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Saturday, July 04, 2009

Citation du 5 juillet 2009

Il faut tout prendre au sérieux, mais rien au tragique.

Thiers – Discours à l' Assemblée Nationale - 24 Mai 1873

En 1873, le sort politique de la France était en effet à prendre au sérieux, et pour ce qui est du tragique, la défaite de 70 était encore dans toutes les mémoires…

Néanmoins je suppose qu’en 1873, quand on parlait de tragédie, outre la défaite de Sedan, on devait encore avoir en tête les exemples de la tragédie grecque, avec Eschyle, Sophocle, Euripide, et aussi Aristote, et aussi Œdipe… Tant d’exemples qui montrent l’inutilité de la lutte du héros, dont le courage désespéré s’épuise à lutter contre des forces qui l’écrasent.

On pourrait donc interpréter la phrase de Thiers comme un avertissement de ne négliger aucun effort pour faire réussir la politique de la nation, ajoutant que pour cela il ne fallait pas croire à un destin tragique qui mène inexorablement à une issue fatale, quelque soient les efforts déployés pour y remédier.

Faut-il s’en tenir là ? Je crois qu’on peut radicaliser le message un peu plus : en politique, rien n’est jamais fini, rien n’est jamais perdu. Tout est sérieux, rien n’est tragique – du moins au sens où nous l’avons dit.

Voyez le général de Gaulle, le 18 juin 1940 : la situation de la France est tragique, du moins il le semble. Mais pour lui, elle est surtout sérieuse, car il y a encore quelque chose à faire. Tout n’est pas perdu, car si la France a perdu une bataille, elle n’a pas encore perdu la guerre.

Prendre au sérieux, c’est se placer dans une logique de l’action, qui suppose un contexte dans le quel cette action va venir s’inscrire. De Gaulle inscrit la résistance dans le contexte d’une guerre mondiale et non d’un conflit franco-allemand. Si un tel contexte n’avait pas existé, alors là, oui, la situation eut été tragique et la résistance digne du héros de la tragédie grecque : condamné à lutter et à mourir écrasé par l’Histoire.

Le propre du politique est de saisir le contexte dans le quel son action va pouvoir se faufiler et porter ses fruits.

Courage, mes amis ! J’aperçois le bout du tunnel !

Monday, October 15, 2007

Citation du 16 octobre 2007

Le jour où vous reviendrez à lui, de tout votre coeur et de tout votre être, pour faire la vérité devant lui, alors il reviendra à vous et ne vous cachera plus sa face.

Tobie 13,6 (Ancien Testament, livres Deutérocanoniques)

Le jeu du « for-da » (1) , évoqué par Freud pour décrire l’expérience de la dissimulation et de la réapparition chez le petit enfant peut-il nous servir à décrypter une situation qui revient de façon systématique dans la Bible ? En tout cas, ce jeu est sans doute l’un des touts premiers par le quel l’enfant entre en relation avec les adultes.

Coucou… Le voilà ! Blasphème ou réalité ?

Et en effet, le thème de la dissimulation revient plusieurs fois dans l’Ancien Testament : une fois c’est Adam qui se cache parce qu’il a honte de sa nudité (2) ; mais généralement, c’est Dieu qui se cache. Pourquoi ?

1 - Il se cache pour montrer sa réprobation : l’homme n’est pas digne de Le voir. Lorsqu’il se sera repenti de ses péchés, alors Il ne vous cachera plus sa face. Lorsqu’Il se cache, Dieu ne répond plus aux appels de l’homme : Il ne dit rien, et surtout, Il ne fait rien pour exaucer ses prières. Le Dieu caché est une expérience de la faute et de la mauvaise conscience. Dieu caché = Dieu fâché.

2 - Mais le Dieu caché, c’est aussi thème du tragique de l’existence chez Pascal, qu’il développe dans les Pensées. Il y a eu la Révélation, autrement dit un moment où Dieu s’est montré dans sa transcendance. Et puis, il y eu le péché et Dieu a cessé de se manifester, nous sommes chassés du Paradis dans un monde désenchanté. Si l’existence est tragique, c’est parce que Dieu, avant de se cacher, s’est montré : comment faire pour vivre loin de Lui, alors que son regard est tombé sur nous ? Comment répondrons à son appel, nous qui sommes restés si indignes de Lui…

3 - Je sens que je vous mets la pression, alors, pour réconforter mes lecteurs je vais les rassurer : le Dieu caché n’est rien d’autre que le souvenir de la peur de l’enfant qui se croit abandonné, seul dans le noir de leur chambre. Rien ne lui cache ses parents, sauf les ténèbres. Mais c’est la solitude et l’impuissance qui le saisissent. Le Dieu caché, c’est l’expérience de la déréliction.

Si vous n'avez pas une bobine de fil sous la main (cf. Note 1), essayez avec la clef de votre Mercedes, ou avec la zapette de votre télé..


(1) Il s'agit d'un jeu où l'enfant fait apparaître et disparaître alternativement une bobine de fil, accompagnant cette succession d'apparition et disparition des mots "A pu... Le voilà !" ou "For...Da" en babil enfantin germanique - cf. aussi Post du 2 avril 2006)

(2) Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.
Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit: Où es-tu?
Il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. (Gn. 3, 8-10)

Monday, March 20, 2006

Citation du 21 mars 2006

« Il y a deux tragédies dans la vie. L'une est de ne pas obtenir ce que l'on désire ardemment.

L'autre est de l'obtenir. »

George Bernard Shaw

Première tragédie : le désir inassouvi. Pas de problème, c’est bien tragique.

Deuxième tragédie : le désir assouvi. Là c’est moins évident. Expliquons :

- d’abord Bernard Shaw ne dit pas « assouvi » ; il dit « obtenir ce que l’on désire ». Ce n’est pas du tout la même chose, car entre ce que nous désirons et ce qui nous satisfait pleinement il y a parfois une marge importante. Donc le tragique, c’est de comprendre que toute la peine qu’on s’est donnée pour obtenir ce qu’on désirait est peine perdue parce qu’on est déçu du résultat.

- Ensuite, à supposer que notre désir soit assouvi, c’est peut-être au prix d’une tragique conséquence. Nous tremblons qu’on devine nos fantasmes tant ils sont immoraux et asociaux. Mais s’ils devaient être réalisés, quelle catastrophe ! La civilisation s’est réalisée dit Freud le jour où le Droit a contraint les individus à renoncer à leurs plaisirs : preuve de l’impossibilité de les laisser s’exprimer.

Troisième tragédie : c’est qu’il n’y a pas d’autres possibilités. Nous sommes confrontés à cette alternative ou bien la première tragédie, ou bien la deuxième. Point final. Donc la vie est tragique.

Et alors, c’est tout ? Pas de message du philosophe ? Pas de recette pour sortir de ce dilemme ?

En cette période de troubles au quartier latin, des images, réminiscences de mai 68, me reviennent. Elles disaient : « Jouissez sans entraves » Facile. Mais comment faire, puisque le désir ne se satisfait pas d’être satisfait. Les petits étudiants de 68 ne se laissaient pas troubler : sur le mur de la librairie Larousse, en face de la Sorbonne, sous le dessin du pissenlit-Larousse qui s’égrène, ils avaient écrit : « Je sperme à tous vents… »(1).

Trop facile.

(1) Pour mémoire, le slogan de Larousse était à l’époque : « Je sème à tous vents. »