Monday, December 04, 2017
Citation du 5 décembre 2017
Sunday, April 09, 2017
Citation du 10 avril 2017
Saturday, August 13, 2011
Citation du 14 aout 2011
L'homme c'est bien malaisé à définir. Admettons que ça reste un enfant. Gentil et câlin à ses heures, mais plein de vices.
Bernanos – Monsieur Ouine
Dans un Post précédent (voir ici) on disait à la suite de Giono que l’homme reste toujours un enfant au sens où il a toujours besoin d’une maman.
Bernanos reprend à son compte cette idée, mais il la complète à sa façon : certes l’homme demeure le bébé qu’il a été, mais en plus il est resté le petit vicieux qu’il fut étant enfant.
Nous revoilà avec la perversion enfantine sur les bras, nous qui l’avions soigneusement évitée depuis presque 5 ans (nous citions alors la formule de Freud : L’enfant est un pervers polymorphe.).
Inutile de reprendre les remarques faites alors. Bernanos ajoute simplement que c’est par régression que nous sommes, nous autres adultes, des vicieux (ou des pervers), laissant entendre que l’adulte, l’homme parvenu à sa maturité, ne le serait plus (si toute fois il parvenait à la maturité totale).
Ce que nous pouvons noter encore, c’est que pour Bernanos, l’homme n’existe pas d’un bloc, qu’il n’est pas d’abord un enfant et puis ensuite un adulte. Il se fait progressivement par adjonction successives, un peu comme son cerveau s’est constitué par ajout d’un cerveau moyen au cerveau reptilien ; et puis d’un cortex – et d’un néocortex – autour du cerveau moyen. Chaque « cerveau » conserve ses spécificités, mais il entretient des échanges avec les autres couches cérébrales.
Revenons maintenant à notre citation : ce qu’on voudrait savoir, ce n’est pas seulement comment l’adulte dialogue avec l’enfant (un peu comme dans la psychologie transactionnelle), mais comment l’enfant câlin dialogue avec le petit sadique (ce qui met en jeu l’ambivalence des tendances).
Mais, si Bernanos a raison, pour le savoir peut-être suffirait-il de regarder en nous-mêmes.
Friday, November 21, 2008
Citation du 22 novembre 2008
Nérine
Votre pays vous hait, votre époux est sans foi :
Dans un si grand revers que vous reste-t-il ?
Médée
Moi,
Moi, dis-je, et c'est assez.
Pierre Corneille – Médée
Orgueilleuse Médée… Fière d’elle-même, elle triomphe malgré l’adversité. Sombre et terrifiant triomphe, tel est l’avertissement de la tragédie (1). Oui, Médée est cruelle, elle est même monstrueuse. Mais ici elle nous invite à la suivre, non dans sa cruauté, mais dans l’indépendance et dans l’autonomie de l’être qui se suffit à lui-même. Ce n’est pas être « suffisant » - au sens de fatuité – qu’être autosuffisant. C’est être adulte.
… Parce que nous, nous crions très fort quand l’adversité nous malmène : Allo maman, bobo…
Comment dire que l’affirmation du moi est orgueil, superbe et vaine gloire – et en même temps, que la recherche d’un soutien, d’un giron où venir se réfugier est une ridicule régression infantile ?
Puisqu’on en est là rappelons ce que nous écrivions à propos de l’adulte : être adulte ce n’est pas cesser d’être un enfant, mais cesser d’être l’enfant que d’autres – les parents – ont voulu qu’on soit.
Aujourd’hui, nous dirons quelque chose de plus : c’est dans l’abandon de la demande de compassion que l’on trouve la ressource pour s’affirmer et être enfin soi-même.
L’éducation aristocratique était en même temps une éducation stoïque : on ne se plaint pas ! La légende de l’enfant de Sparte qui se laissait dévorer le ventre sans rien dire, par le petit renard qu’il venait de voler et qu’il cachait sous son manteau, pour que l’on ne découvre pas son larcin, était exemplaire pour la morale qu’on enseignait alors.
Voilà : comparez avec la compassion politique qui est devenue le cheval de bataille de la gauche mais aussi de la droite. Voyez quel homme on y cultive, comparez-le à ce que nos ancêtre – ceux de 89 – voulaient être et qu’ils nommait citoyen.
La comparaison est cruelle, je sais.
(1) Tant qu’à relire ses classiques, on préfèrera peut-être la tragédie d’Euripide ? Voir ici.
Friday, April 18, 2008
Citation du 19 avril 2008
Les vieux ? Deux fois enfants !
Aristophane - Les nuées (vers 1417)
Si comme moi, Molière vous laisse de marbre, essayez Aristophane : les Nuées ou Lysistrata me font tordre de rire. Pourquoi pas vous ?
Dans les Nuées, Philippide, le jeune héros d’Aristophane, ne se contente pas de rosser son père : il se justifie, aidé en cela par le Raisonnement-Tordu, sophisme enseigné par Socrate (1). Selon lui, rosser son père est enseigné par la nature : les animaux - les coqs en l’occurrence - étant supposé le faire.
- Quels sont les ages de la vie ?
- L’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et la vieillesse.
- Tient ? Les vieux ne sont donc pas des adultes ?
- Ben oui, puisqu’on dit qu’ils retombent en enfance.
Tout cela n’est absolument pas de la fiction, due à un cerveau misanthropique. C’est simplement ce que j’ai entendu bien des fois, de jeunes gens sains d’esprit et pleins d’énergie vitale.
Et alors, que dit Aristophane ? Qu’on doit traiter les vieux comme on traite les enfants quand ils n’obéissent pas aux adultes : la fessée ! Et plutôt deux fois qu’une, puisqu’ils sont deux fois enfants… (2)
Bon, je reconnais qu’on n’en est pas là. Mais avouez que la vie moderne, avec son éparpillement de la famille, et donc sa restriction à la cellule familiale et provisoire est peu favorable à une vie autonome des vieillards. Dès qu’ils ne sont plus capables d’assumer leurs besoins quotidiens, ils sont rejetés par leurs enfants comme gâteux, gênant, fatigants.
Sans revenir sur une question souvent débattues ici même (3), je voudrais dire que le respect des anciens n’est pas forcément dû à leur position d’ancêtres dans la famille. D’ailleurs la famille n’est pas forcément une structure signifiante dans les sociétés traditionnelles. Si pour les romains, les Anciens constituaient une autorité c’est qu’en raison de leur proximité avec la mort, donc avec l’au-delà, ils possèdent une influence particulière : ils sont « médiateurs » privilégiées avec les Dieux. Respectés parce que craints. Dès lors qu’on ne craint plus les Dieux, on ne respecte plus les vieux.
Et chez nous, aujourd’hui ? Les vieux ne sont plus des adultes parce qu’ils ont perdu ce pouvoir de faire qui caractérise l’homme dans la force de la vie. Le respect des vieux ne tient que par l’autorité de la morale, qui comme on le sait, ne parle aujourd’hui que là où l’intérêt la soutient.
(1) Un Socrate plus sophiste que philosophe : une vraie revanche pour tous ceux que le Socrate de Platon énerve par sa fausse bonhomie (Aïe ! me tapez pas !)
(2) D’ailleurs voici la suite de la tirade de Philippide : « II est donc juste que les vieux pleurent plus que les jeunes, d'autant plus que leurs fautes sont moins excusables. »
(3) Le 16 novembre 2007 par exemple
Thursday, January 10, 2008
Citation du 11 janvier 2008
Le temps perdu c'est le temps pendant lequel on est à la merci des autres.
Boris Vian
Malgré les apparences, on ne va pas demander encore une fois au poète de nous expliquer ce que c’est que le temps. Par contre, on va trouver quelque chose comme une boussole qui nous indique où trouver le sens de la vie. Déjà pas mal…
Comprenons aussi que Boris Vian ne se borne pas à nous suggérer que lorsqu’on bosse pour un patron, on n’est pas libre parce qu’il fait de nous ce qu’il veut - ou à peu près - et qu’en tout cas nous ne faisons pas ce que nous voulons pour nous mêmes.
Car, et c’est là l’essentiel de cette citation, pour ne plus être à la merci des autres, il faut déjà être quelque chose - ou quelqu’un - soi-même. Comme le disait Kant (1), la minorité c’est dépendre de quelqu’un qui nous dit ce que nous devons faire, que ce soit pour conserver la santé ou pour choisir notre vie.
C’est donc aussi un bon remède contre les excès commis par les parents et les éducateurs. Qu’est-ce qui vous dit que vous ne faites pas perdre leur temps à vos enfants (ou à vos élèves) quand vous les obligez à faire des devoirs de vacances ou quand vous leur imposez je ne sais quoi - tiens, disons une visite de musée ? A quoi ça va leur servir, si ça ne sert pas à assouvir leur besoin de se réaliser, de se développer un peu plus ?
Alors, bien sûr, pour ne plus être à la merci des autres, il faut quand même compter sur eux. Il faut qu’ils montrent ce qu’on ne connaîtrait pas tout seul, qu’ils incitent à apprendre ce qu’on n’aurait pas le courage de s’imposer à soi-même, qu’ils payent les études…
Oui, il faut tout cela. Mais il faut que tout cela soit émancipateur, et pour l’être, il faut que l’enfant devienne adulte grâce à tout cela. Adulte, c’est à dire différent : car copier un modèle, c’est encore être à la merci de lui.
Il est long le temps pour devenir adulte… mais ce n’est pas du temps perdu.
(1) « Il est si aisé d’être mineur… » Voir le texte
Thursday, September 21, 2006
Citation du 22 septembre 2006
Ce n'est pas en tuant ses parents que l'on devient adulte, mais en tuant l'enfant de ses parents, une cible beaucoup plus difficile.
Benoîte Groult
Comment sait-on que l’on est adulte ? Question sournoise s’il en est, nourrie par la certitude que certains adultes sont en réalité des grands enfants, et que la maturité physique ne leur a pas suffit.
Si en effet la puberté marquait le passage au stade adulte, comme chez l’animal, l’homme serait un animal ; on peut le regretter, mais ce n’est pas le cas. Dans les sociétés traditionnelles, les rites de passages dans le clans des adultes sont là pour nous le rappeler, et nous mêmes savons bien qu’être adulte c’est se conformer à une norme plus que d’accéder à un fait.
Bref : il faut faire quelque chose pour être adulte, ça ne viendra pas tout seul. C’est là que la citation de Benoîte Groult prend tout son intérêt : laissons de côté, nous dit-elle, la vulgate psychanalytique. Vous ne serez un adulte que le jour où vous aurez renoncé à être l’enfant que vous avez été. Ou plutôt non. Disons : vous ne serez un adulte que le jour où vous aurez renoncé à être l’enfant qu’on a voulu que vous soyez. Le « on » en question désignant vos parents.
Faisons simple : imaginons que vous êtes une fille, alors que votre papa voulait un garçon. Il peut se résigner : tant mieux pour vous. Il peut vous rejeter : tant pis pour vous. Mais il y a pire : il peut aussi vous missionner pour être un garçon quand même. Peut-être qu’il ne vous achètera pas des soldats de plomb, mais il vous désignera comme celui qui est capable de devenir celui qu’il n’a pas su être, de réaliser les aspirations qu’il a échoué à réaliser. Et là votre voie est toute tracée : la névrose vous attend. C’est un cas extrême ? Soit. Mais ça marche aussi dans tous les autres cas.
Ce que dit en effet Benoîte Groult, c’est que tous les enfants doivent un jour ou l’autre lutter contre cette identification à l’image qu’on a forgé d’eux : celle de l’enfant chéri qui ne peut que combler le monde entier ; celle de l’enfant-crétin qui ne peut que décevoir ; celle du menteur, celle du surdoué…
On va s’exercer : décrivez-moi l’enfant que vous auriez pu ou que vous auriez dû être…
Friday, May 12, 2006
Citation du 13 mai 2006
Etre adulte, c'est avoir pardonné à ses parents.
Goethe
Terrible Goethe ! Qu'on soit enfant (c’est à dire futur parent), ou parent (c’est à dire ancien enfant), on ressent sa sentence comme le couperet de la guillotine qui tranche irrémédiablement dans la vie, instituant la rupture entre le passé et le présent. Et en même temps, on ne peut s’en détacher, comme si sa vérité nous poursuivait malgré nous.
Ce que dit Goethe, c’est d’abord qu’être adulte, c’est avoir définitivement tourné une page. Pas de retour en arrière possible : la régression infantile ? Si elle existe, ce n’est que la continuation d’un état qui n’a jamais cessé d’être. Celui qui n’a pas abandonné définitivement son enfance ne sera jamais adulte (qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore n’est pas ici en question). Mais que signifie « abandonner définitivement son enfance » ?
Deuxième affirmation de Goethe : on ne devient adulte qu’après avoir pardonné à ses parents. Je ne vais pas convoquer ici toute la littérature freudienne qui permettrait de développer cette intuition de Goethe ; je ne retiens que l’évidence : pour être adulte, il faut cesser d’être celui qui a des comptes à régler avec ses parents. Ne plus être celui qui pleurniche parce que sa maman lui a refusé de le prendre dans son lit le dimanche matin, ou parce que son papa lui a défendu de sortir dimanche après midi. Ne jamais être celui qui attribue ses difficulté d’adulte à l’incompréhension de ses parents (« …s’ils m’avaient écouté, j’aurais pu faire des études de journalisme, je serais aujourd’hui grand reporter en Afrique, au lieu de bosser dans ce boulot de merde »).
Et il importe peu que ces reproches soient justifiés ou non. Car le pardon, ici, commence avec l’oubli, c’est à dire cette force active dont parle Nietzsche, celle qui nous permet de secouer la tête et de dire « Allons, c’est devant qu’est la vie ».
Et si vous n’avez pas pardonné à vos parents alors non seulement vous allez ressasser indéfiniment le passé, ce qui va vous stériliser, mais en plus vous allez transposer votre conflit dans la vie présente, devenant l’enfant de votre épouse, qui n’en a pas envie, ou de vos amis qui n’y sont pour rien. Ou encore vous allez vous efforcer d’être pour vos enfants le parent sans tache, celui à qui on n’aurait rien à pardonner.
Et ça c’est encore pire.