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Friday, October 27, 2017

Citation du 28 octobre 2017

La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement. [...] Il faut un minimum de bien-être et de confort ; mais, passé cette limite, ce qui devait nous aider devient une source de gêne.
Mahatma Gandhi - Lettre à l'âshram (texte complet en annexe)

Commentaire I
Je commencerai par la seconde partie de cette citation : idée d’une limite au-delà de la quelle tout s’inverse : ce qui était bien fait devient méfait, ce qui était confort devient gêne.
Nous avons déjà rencontré cette idée que l’argent était jusqu’à une certaine somme source de satisfaction – voire de bonheur ; et qu’au-delà une augmentation était indifférente. Mais ici on va plus loin : plus de confort n’est pas indifférent, mais souci.
On rencontre la théorie de cette limite dans la thermodynamique : lorsque la pression monte dans une chaudière un rien de plus et c’est la catastrophe. « Catastrophe » : justement une branche des mathématiques en a fait l’étude sous le nom de « théorie des catastrophes », où le terme de catastrophe désigne le lieu où une fonction (mathématique) change brusquement de forme (Art. Wiki). On vérifie cela tous les jours, ne serait-ce que par les inquiétudes soulevées par les innovations techniques censées nous faciliter la vie mais qui en réalité nous confrontent à des complications nouvelles, et – surtout – à des menaces nouvelles quoiqu’encore éloignées : on pense ici à l’intelligence artificielle (I.A.). Le tout est de savoir s’arrêter à temps, ou si l’on veut savoir reconnaitre quand le temps est venu.

Car si un petit progrès donne une brusque rupture, peut-être n’est-ce que du fait de nos habitudes que cette rupture surgit. René Thom, l’initiateur de la théorie des catastrophes écrit : « l'essence de la théorie des catastrophes c'est de ramener les discontinuités apparentes à la manifestation d'une évolution lente sous-jacente. Le problème est alors de déterminer cette évolution lente qui, elle, exige en général l'introduction de nouvelles dimensions, de nouveaux paramètres. »
C’est alors l’histoire qui devient le pilote pour ce genre de science quand elle sort du domaine des mathématiques pour entrer dans celui des civilisations.
La suite à demain… si vous le voulez bien.
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« La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement. C'est le seul moyen pour connaître le vrai bonheur et nous rendre plus disponible aux autres [...] Il faut un minimum de bien-être et de confort ; mais, passé cette limite, ce qui devait nous aider devient une source de gêne. Vouloir créer un nombre illimité de besoins pour avoir ensuite à les satisfaire n'est que poursuivre du vent. Ce faux idéal n'est qu'un traquenard. » Mahatma Gandhi - Lettre à l'âshram

Monday, April 24, 2017

Citation du 25 avril 2017

Il ne s'est jamais rien fait de grand dans le monde que par le courage et la fermeté d'un seul homme qui brave les préjugés de la multitude.
Gracchus Babeuf

D’où vient  le progrès ? De la tâche besogneuse de la multitude qui ne sait même pas ce qu’elle fait ? Ou bien de l’intuition géniale d’un individu qui brave les condamnations superstitieuses de la masse – ou plutôt de ceux qui la conduisent ? On sait ce qu’il en fut de Galilée, condamné par l’Inquisition à rétracter sa thèse de l’héliocentrisme, ou encore de Giordano Bruno, brûlé vif par le Pape pour ses thèses jugées athées. Ils furent des « révolutionnaires du savoir » et Bruno en fut le martyr.
Aujourd’hui les obscurantistes relèvent la tête un peu partout dans le monde, soutenus par les pouvoirs religieux ou politiques – alors  il faut le rappeler : en matière scientifique, un seul peut avoir raison contre tous. Il suffit pour cela que les expériences menées soient scientifiques, qu’elles soient reproductibles par chacun et que les contradicteurs n’aient rien d’autre à objecter que le poids du passé, de la tradition, ou encore de leur croyances.

Alors comment se fait-il que nombre de personnes soutiennent le créationnisme ou l’innocuité de l’industrie humaine sur le climat ? Cette régression à un stade archaïque de la culture, là où le fantasme installe sa magie et remplace la raison, est-elle normale ? Comment le progrès arrive-t-il à faire marche arrière ?
On met en avant le fanatisme nourri comme on l’a vu par le fantasme et l’appât du profit de la part d’industriels qui ne voient que leur profit à court terme. Soit. Mais pour que le peuple marche, pour qu’il suive sans broncher ces thèses absurdes, il faut une sacrée carence dans le domaine de l’esprit scientifique. Je ne veux pas dire qu’il faudrait que chacun soit diplômé en physique quantique ou en biologie moléculaire. Mais que chacun sache ce que c’est qu’une hypothèse, une expérience, une loi, une théorie : oui voilà ce qu’il faudrait pour mettre en pièce ces courants de pensée qui abrutissent les pauvres gens.
Bref : il faudrait que chacun ait lu un petit bout de l’introduction à l’étude de la médecine expérimentale de Claude Bernard…
--> En plus on peut télécharger l'ouvrage entier ici !

Friday, August 19, 2016

Citation du 20 aout 2016

Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c'est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s'y adapter.
Joseph Schumpeter, 1943 Capitalisme, socialisme et démocratie, (Traduction française 191) – Lire le texte ici

Ceux qui croyaient que Schumpeter était une vieille lune dont la lecture était réservée à des universitaires un peu fripés, un peu poussiéreux vont devoir réviser leur jugement. Car voilà qu’on ressort avec force exclamations admiratives sa théorie de la Destruction créatrice, que l’on désigne comme l’alpha et l’oméga de l’économie libérale.
Il est vrai que l’idée est courante et qu’elle repose sur des observations facilement actualisables : l’évolution des techniques, des nouvelles méthodes de production et de distribution, après avoir détruit les emplois qui étaient attachés au stade précédent de l’évolution économique, en engendrent à présent des nouveaux Toutefois la nouveauté de la théorie de Schumpeter est à chercher ailleurs – à savoir dans la place accordée à l’innovation technique dans l’évolution économique.
Je ne ferai pas la critique de cette théorie, faute de compétence dans le domaine de l’économie. Mais en restant au ras des pâquerettes du quotidien, je me contenterai de poser cette question : derrière chaque emploi détruit, il y a un homme dont la place au sein de la nouvelle organisation n’est pas garantie. La destruction des emplois dans l’industrie peut bien être contrebalancée par des créations dans les emplois dans l’ingénierie numérique, rien ne dit que le chaudronnier de 45 ans qui vient d’être licencié pourra s’établir technicien de maintenance chez Interface numérique.


D’ailleurs, regardez le monsieur de 50 ans : quelle place parait-il occuper dans l’Entreprise ? Et puis, entre nous vous semble-t-il avoir été chaudronnier dans une vie antérieure ?

Sunday, January 10, 2016

Citation du 11 janvier 2016

Mais cette certitude : que l’homme n’a pas toujours été ce qu’il est, permet aussitôt cet espoir : il ne le sera pas toujours.
Gide – Nouvelles nourritures – Livre 4, 1 (1935)
L’Homme vous dégoute ? Vos semblables vous déçoivent ? Ne vous inquiétez pas : ça ira mieux demain !
Prenons une comparaison : nous pourrions penser que les paysages qui nous environnent ont toujours été tels que nous les voyons, et pourtant nous savons grâce à la géologie qu’il n’en est rien. En ce moment même l’Himalaya s’élève sous nos yeux et nous ne le voyons pas. De même l’humanité est en chemin ; l’homme croit-on n’a pas changé depuis les pharaons… Mais en réalité « l’homme devient ».
Bien. Oublions nos lointains ancêtres, à quoi  ils ressemblaient et comment ils vivaient. Pensons à l’homme du futur. A quoi ressemblera-t-il dans 500000 ans?
Sans nous lancer dans des élucubrations dignes de la science fiction, relevons que le progrès qui est en route depuis le début de l’humanité a pris des chemins bien étranges. Du pithécanthrope à Cro-Magnon, l’évolution s’est faite par abandon progressif de la force physique au profit du développement cérébral. Ce n’était pas du tout évident car cela place l’humanité sous la dépendance de la transmission du savoir technique : quand le poing ne suffit plus pour briser l’os de l’ours, il faut inventer la hache de pierre, puis la fabriquer et enfin apprendre à s’en servir. Qu’à un seul moment la génération en place ne puisse plus donner à la nouvelle génération les connaissances techniques nécessaires à la survie, et c’est toute l’humanité qui s’écroule. La survie de l’espèce repose non sur des individus transmetteurs de gènes, mais sur des communautés transmettrices de savoir.

Toutefois Gide ne suit pas cette intuition ; il profite de cette idée de progrès de l’espèce pour nous refiler une nouvelle transcendance. Il nous harangue : « Camarade, sache le découvrir en toi-même, cet homme du futur, et, comme du minerai d’où l’on extrait le pur métal, exige-le de toi. Obtiens-le de toi. Ose devenir qui tu es ! » (Nouvelles nourritures 1,4 – Texte à lire ici)
Bon… Je ne vais pas me fâcher avec tous ceux qui applaudissent ce genre d’envolée. Je dirai seulement : savez-vous seulement où va l’homme ? Avez-vous une idée de la direction que va prendre (dans les milliers d’années à venir) l’humanité ? Et si le surhomme était préfiguré par les cruels barbares que nous connaissons ?

On dira que ces fanatiques vont au rebours du sens de l’histoire, que c’est l’intelligence de plus en plus affûtée qui marque l’évolution humaine. Soit. Mais regardons autour de nous : souhaitons-nous vraiment que tout le monde ait plus d’intelligence ? Le docteur Mengele ne devait pas en être totalement dépourvu…

Tuesday, May 12, 2015

Citation du 13 mai 2015

La nature ne fait jamais appel à l'intelligence que si l'habitude et l'instinct sont insuffisants. Il n'y a pas d'intelligence là où il n'y a ni changement, ni besoin de changement.
H-G Wells – L'Homme invisible (1897)
L’homo sapiens dit-on est caractérisé par une faculté essentielle : l’intelligence.
… Quand nous observons nos semblables, nous avons parfois un doute : sont-ils bien de la même race que ces hommes qui ont ratatiné le Neandertal ? Quand la paresse ou l’indécision se lit dans le comportement de certains hommes d’aujourd’hui, pourquoi leur intelligence est-elle aux abonnés absents ?

« La nature ne fait jamais appel à l'intelligence que si l'habitude et l'instinct sont insuffisants » nous dit Wells, rappelant par là que toute faculté humaine doit s’interpréter en terme de profit pour l’espèce. Si nos compagnons ne brillent pas par l’intelligence, c’est qu’ils n’en ont pas besoin pour survivre – ni bien sûr pour se reproduire. C’est que l’habitude et l’instinct leur suffisent, ce qui signifie qu’il n’y a ni changement, ni besoin de changement.
Pour que l’intelligence soit un atout en terme de survie, il faut que l’imprévisibilité du milieu nous oblige à laisser de côté l’instinct pour recourir à l’improvisation et à l’invention. On peut supposer qu’il y eut autrefois des très longues périodes où l’intelligence ne servait à rien, où les rituels et la coutume de la tribu suffisaient amplement : le petit d’homme dès la naissance savait ce qui allait lui arriver dans sa vie entière.

Cool. Sauf que Wells laisse entendre que ce raisonnement ne fonctionne que si nous n’avons pas besoin de changement. Et c’est là que notre civilisation paraît. L’homme occidental a inventé quelque chose d’inimaginable autrefois : l’envie, le désir – en un mot le besoin – de progrès. Tout ce qui a été fait et qui a réussi doit malgré tout disparaître. Nous voulons inventer quelque chose de nouveau, quelque chose qui n’a jamais existé, au risque d’ailleurs que ça rate. Les procédés techniques doivent innover, mais aussi les structures sociales, et donc notre position dans la société : nous voulons que notre avenir ne soit plus inscrit dans notre état civil, que chacun puisse vivre son existence comme si la Civilisation repartait de zéro à chaque fois.

« Tout cela doit être soumis aux effets de l’intelligence » dit Wells : c’est ça l’optimisme.

Friday, April 17, 2015

Citation du 18 avril 2015

Les erreurs passent, il n'y a que le vrai qui reste.
Diderot – Pages contre un tyran
L’optimisme contenu dans cette citation est bien caractéristique de l’époque de Diderot : le 18ème siècle fut en effet le moment où beaucoup se persuadèrent que l’humanité était sur le point de réaliser de grandes révolutions qui allaient la débarrasser de l’obscurantisme et des aliénations qui empêchaient son essor depuis des millénaires.
Alors, certes il y eut des révolutions et certaines très importantes. On les paya au prix fort de souffrances et de sang, mais qu’importe, s’il reste vrai que la Civilisation a progressé dans le même temps ?

Hélas ! Triste constat : alors qu’on vient d’aborder le 3ème millénaire, on observe qu’est sans cesse démentie cette foi de Diderot dans l’Histoire ; tout progrès, payé pourtant comme on l’a dit au prix fort, est suivi d’une régression qui nous ramène au niveau le plus bas et le plus abjecte de l’humanité. Et ces hommes aux semelles de plomb qui nous tirent vers le bas disent qu’ils obéissent à Dieu, et c’est pour eux un acte de foi : de telles horreurs sont perpétrées au nom du Tout-Puissant (1). Qui sont-ils ces barbares arriérés, ces hommes qui croient vivre encore au 10ème siècle ? Des étrangers issus de races combattues depuis plus de mille ans ? Mais nous aussi, nous avons eu en plein 20ème siècle, nos Ghettos nettoyés au lance-flamme ; nous avons eu nos goulags où l’« espérance » de vie était de trois mois.
Le progrès ? Admettons qu’il apporte des moyens d’existence accrus, une plus grande sécurité sanitaire – bref : la prospérité. Mais les guerres les plus cruelles ne sont pas celles qu’on fait à son voisin pour s’emparer de ses richesses. Ce sont les guerres qui résultent de la rage à faire triompher des idées – des abstractions sans réalité.
L’erreur de Diderot vient de ce qu’il vécut dans un moment bienheureux – du moins pour ceux qui ont fait partie de sa classe sociale, dans ce pays, à cette époque.
--> Il vous reste 2 ans pour anticiper le triomphe en France d’une nouvelle ère d’obscurantisme et de cruauté : en 2017, retrouvez donc un pays où vous refugier pour y rêver des progrès de la Civilisation.
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(1) « Un autodafé (du portugais « auto da fé », traduction du latin « actus fidei » — « acte de foi ») est la cérémonie de pénitence publique célébrée par l'Inquisition espagnole…  Ce terme est devenu pratiquement synonyme d'une exécution par le feu d'hérétiques. » (Art. Wiki)

Monday, February 23, 2015

Citation du 24 février 2015

Vouloir édifier l'avenir à l'imitation du passé, quelle coupable folie!...
André Gide – Journal 1889-1939, 14 février 1932
On peut lire cette citation  écrite en 1932 en lui donnant un sens restreint : préparer la prochaine guerre en construisant des fortification, c’est à dire en croyant qu’on aura une guerre de position comme en 14 – quelle coupable folie!...
Mais on peut aussi songer au mouvement actuel qui préconise pour la France un retour aux sources (aux fondamentaux comme on dit aujourd’hui) : aux racines chrétiennes de la France ; à l’autorité du père, à celle du curé, du pouvoir millénaire des hommes sur les femmes, du rôle dévolue à celles-ci de materner les enfants, de gérer le foyer etc… Ceux qui ont eu le cran de lire jusqu’au bout le livre d’Eric Zemmour, (et qui n’ont pas été terrassés avant de le finir par un coup de tension) l’auront reconnu : il s’agit bien de cette attitude qui consiste à voir dans le passé – le long, le très long passé – la garantie de la valeur de la civilisation. Ce qui a été fait et réussi durant des millénaires doit être conservé  et reproduit encore et encore.
Bien entendu, ces penseurs excluent le progrès : il est le mal qui consiste à croire que l’avenir nous rapproche d’un mieux, d’un but poursuivi par l’humanité depuis son origine – alors qu’il ne fait que nous en éloigner, affaiblissant en nous la source originelle où nous puisions notre force.
Oui, renier l’avenir et le progrès : quelle coupable folie ! Ces fous voient en l’avenir le risque de dégénérescence de l’humanité, alors que, nous autres, hommes raisonnables, savons qu’elle n’a pu survivre qu’en se transformant pour s’adapter, comme toute espèce vivante, à son milieu et à ses changements, usant de ressources culturelles là où les autres espèces n’ont à leur disposition que des mutations biologiques.

Ne soyons donc pas du côté des fous, même s’il leur arrive d’être séduisants. Mais songeons que s’ils séduisent, c’est parce que les progrès ne sont pas systématiquement bons. Ricœur disait : le progrès, c’est un plus qui est aussi un mieux : évitons donc le plus quand on ne sait pas faire mieux.
On l’a dit, le progrès se reconnaît à ce qu’il poursuit les mêmes buts depuis l’origine de l’humanité – comme se conserver, se reproduire  et puis dessiner ou peindre ce qu’elle imagine :


Un cerf à Lascaux

Et comme on le voit, faire du nouveau certes est tentant, mais faire mieux n’est pas toujours facile