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Thursday, November 10, 2016

Citation du 11 novembre 2016

En définitive, les victimes des guerres sont mortes pour rien. Seulement, elles sont mortes pour nous.
Georges Clemenceau – Discours de paix


Ce qui fait la force de certaines citations comme celle-ci est de ne pas conclure tout en conduisant invinciblement le lecteur à le faire de lui-même.
- Ainsi de notre Citation-du-jour qui use du schéma de la transitivité logique : si (a) implique (b) et si (b) implique (c), alors (a) implique (c). (1)
Donc si « mourir à la guerre » implique « mourir pour rien » et si «  mourir pour rien » c’est « mourir pour nous, » alors c’est que ce « rien  » n’est autre que « nous ». C’est d’une logique implacable, vous n’y pouvez rien changer.
Mais la force de cette conclusion inéluctable c’est aussi de nous obliger à admettre que ces victimes sont mortes de façon parfaitement inutiles, et que la patrie dont le drapeau a été rougi dans leur sang se bornera à le laver : ça pourra resservir pour la prochaine !
Conclusion cynique ? Oui, surtout en 1918, à l’époque où les familles éplorées cherchaient dans les honneurs officiels un semblant de consolation pour la perte des maris, des pères, des frères, des fils.
Cette  horrible guerre (pléonasme) a souillé les valeurs dont elle prétend s’orner : l’héroïsme qui consistait en réalité à rester le plus longtemps possible vivant sous les obus ; et l’honneur de mourir … pour la gloire des généraux.
D’ailleurs, il se peut qu’en ce jour on passe devant ces monuments aux morts érigés après la guerre. Nous en avons reproduits parfois quelques uns qui étaient forts contestataires (voir ici). Mais ce sont des exceptions – quoique : si tous rendent avec émotion hommage aux morts de la guerre et aux pauvres veuves et orphelins qui les pleurent, jamais – absolument jamais – n’apparaît le gradé qui leur a ordonné de marcher à l’abattoir.
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(1) Il s’agit de la transitivité de l’implication (voir ici)

Tuesday, March 04, 2014

Citation du 5 mars 2014


Tout homme est mortel. Socrate est homme. Socrate est mortel.
Attribué à Aristote (384-322 av. J.-C.)
Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Eugène Ionesco – Le rhinocéros
Allez ! Vous reprendrez bien encore un petit syllogisme !
Avec cette fois une erreur de raisonnement, rien que pour voir ce que ça fait :
Soit le syllogisme en Barbara (cf. hier). Rappelons qu’il s’énonce ainsi :
Tout P est S, or tout F est P, donc tout F est S.
Soit (dans l’exemple d’Ionesco) : chat = P ; mortel = S ; Socrate = F
On voit que le syllogisme  d’Ionesco s’écrit : Tout P est S ; or F est S ; donc F est P.
Faut-il s’étonner de cette erreur ? S’agit-il d’une facilité que se donne Ionesco, rien que pour s’amuser ? On peut le penser, mais ce serait rabattre le sens sur une bien piètre intention.
o-o-o
En réalité, on a tronqué la citation. La voici rétablie telle qu’elle est dans la pièce (lire ici) :
« Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Autre syllogisme : tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Le Vieux Monsieur
Et il a quatre pattes. C’est vrai, j’ai un chat qui s’appelle Socrate.
Le Logicien
Vous voyez...
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Socrate était donc un chat !
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
La logique vient de nous le révéler. »
L’idée est donc que c’est la logique et non la réalité qui dicte la pensée. Nous n’avons qu’à nous soumettre à cette autorité, sans même tenter d’y résister. C’est la logique qui nous enseigne qu’il y a bien des chats qui s’appellent Socrate ; de même que c’est la logique qui nous apprend que tous les animaux à 4 pattes – dont les chiens – sont des chats (1)
…. De même qu’il est logique que les minorités nationales soient persécutées « démocratiquement » par la majorité – etc…
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(1) Juste avant, dans le même passage :
« Le Logicien, au Vieux Monsieur
Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Mon chien aussi a quatre pattes.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Alors, c’est un chat.
Certains animaux à 4 pattes sont des chats ; Isidore et Fricot sont chats ; donc ils ont aussi 4 pattes. »

Monday, March 03, 2014

Citation du 4 mars 2014


Tout homme est mortel. Socrate est homme. Socrate est mortel.
Attribué à Aristote (Premiers analytiques)
Ce n’est pas la ciguë mais le syllogisme qui a tué Socrate.
Paul Valéry
Valéry ironise sur ce qui a tant amusé nos potaches d’autrefois.
Certes, Socrate a péri en buvant la cigüe ; mais il vivait encore dans nos mémoires. C’est en se métamorphosant en un personnage dont la seule consistance était de vérifier le fonctionnement d’un syllogisme (1) qu’il en a disparu.
On peut sans doute généraliser ce principe : les personnages historiques dont la mémoire est conservée dans une tradition scolaire sont pour la plupart des légendes formés par et pour cette tradition qui est sans rapport avec la réalité historique.
Bon – Vérifions tout de suite. Soit l’affirmation suivante :
- Ce n’est pas Jules César mais Jules Ferry qui a fait périr Vercingétorix.
Wiki affirme en effet que Jules César et Vercingétorix étaient devenus amis, que ce dernier vivait à Rome non dans un cachot, mais dans une villa, et qu’il ne fut mis à mort que sous la pression de Sénat romain.
- Certes, Vercingétorix est devenu un héros pour les français parce qu’il a résisté aux Romains ; mais cette résistance est elle-même attestée par Jules césar qui, dans son commentaire de La Guerre de Gaules rehausse la bravoure et l’acharnement de son ennemi pour rehausser sa propre.
Mais finalement, la Gloire scolaire ne vaut-elle pas mieux que la réalité historique ? C’est du moins ce que laissent penser ces deux représentations de Vercingétorix : la gauche étant une représentation supposée – en tout cas de l’époque ; la droite étant la statue équestre de Vercingétorix datant du XIXème siècle.

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(1) C’est le syllogisme en mode bArbArA (= Barbara). Voir ici

Tuesday, April 19, 2011

Citation du 20 avril 2011

Les seules logiques véritablement bonnes servent à ceux qui peuvent s'en passer, dit d'Alembert. À travers un télescope, les aveugles ne voient rien.

Georg Christophe Lichtenberg – Le miroir de l'âme


Aujourd’hui une citation de d’Alembert. Et un commentaire de cette citation par Lichtenberg.

Que pourrais-je ajouter ?

Eh bien déjà que ce commentaire est une véritable leçon sur la bonne façon de commenter une citation, et que je dois prendre cette leçon pour moi.

Car son exemple : « À travers un télescope, les aveugles ne voient rien » non seulement éclaire la citation de d’Alembert – à savoir : la logique est l’art de mieux penser mais ne peut rien pour ceux qui sont incapables de penser – mais en plus c’est un excitant pour la pensée : un teaser (1) comme on dirait aujourd’hui.

Venons-en à l’idée : la logique sert non pas à penser, mais à mieux penser. Autrement dit, la vérité logique qu’on peut établir sans jamais se soucier du contenu véritable des pensées (contenu qu’on peut sans dommage remplacer par des variables telles que <p>, <q> etc.) ne porte pas de sens avec elle.

Disons-le autrement : on va de la pensée – ou de la connaissance des choses – à la logique et non pas l’inverse. Ce que Kant a dit et répété : les preuves de l’existence de Dieu fondées sur la logique (comme la preuve ontologique établissant qu’il serait contradictoire de concevoir un Etre comme infiniment parfait et de dire en même temps qu’il ne possède pas l’existence, qui est une forme de perfection) ne prouve absolument pas la nécessité de l’existence de Dieu. Elle peut tout juste prouver que cette existence est possible (et encore faut-il d’abord démontrer que l’existence est justement une perfection).

On demandera peut-être alors à quoi sert la logique si elle vient après coup ? Ne serait-elle qu’un amusement de l’esprit, un peu comme on conçoit parfois l’exercice des mathématiques ? Sans doute, mais pas seulement : car on est absolument certain qu’un défaut de raisonnement (un paralogisme) invalide la pensée. La logique ne prouve pas forcément la vérité, mais on est sûr que lorsqu’elle fait défaut alors on est dans l’erreur.

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(1) Nous prenons le mot au sens qu’on lui donne en publicité.

Sunday, November 14, 2010

Citation du 15 novembre 2010

Du temps que les femmes ne votaient pas, on faisait la guerre pour elles. Maintenant qu'elles votent, on la fait pour le pétrole. Est-ce un progrès ?

Boris Vian

Commentaire II (Suite du commentaire du 7-1-08)

Femmes + Droit de voter = Guerre pour le pétrole

La première réaction devant cette phrase est de se dire : Vian fait l’andouille en additionnant des choux et des navets. Il fait rire (à bon compte) pendant un petit instant et puis on pense à autre chose.

Mais nous aurions tort de passer si vite à « autre chose ». Car cette phrase un peu ridicule ne fait que rendre manifeste une manipulation de l’argumentation qui bien souvent passe inaperçue.

Que fait Boris Vian ? Il prend deux évènements successifs, et il fait comme si l’un était la cause de l’autre. S’appuyant sur le fait que la cause et l’effet sont successifs dans le temps, il considère que tout ce qui se succède ainsi est lié par une relation causale.

On a l’habitude d’évoquer cet abus de raisonnement inductif avec l’histoire de la tortue et du missionnaire :

- Un jour sur une côte africaine (du temps où les premiers blancs venaient de débarquer), un missionnaire arrive, et le jour même les pécheurs attrapent une tortue marine, animal dont ils sont particulièrement friands. Comme cette pèche, sans être miraculeuse, était assez rares, ils ont attribué cette bonne fortune à l’arrivée du missionnaire, et à partir de ce jour ils ont attendu avec impatience la venue d’un nouveau missionnaire dans l’espoir de renouveler la capture de la tortue.

Maintenant réfléchissons un peu à toutes les discussions politiques ou autres, et demandons-nous si ce n’est pas ce même sophisme qu’on nous fait avaler à longueur de débat…

Du genre :

- Depuis que vous êtes au pouvoir, la crise internationale s’est déchaînée, amenant le chômage et la misère. Vous êtes l’affameur du peuple.