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Monday, February 29, 2016

Citation du 1er mars 2016

Lorsqu’on emploie trop de temps à voyager, on devient enfin étranger en son pays.
Descartes – Discours de la méthode
A rolling stone gathers no moss (Pierre qui roule n’amasse pas mousse)
Proverbe (1)
Qu’est-ce qu’un étranger ? Ou plutôt devrait-on dire « Qu’est-ce qu’être étranger », puisqu’on comprend que selon Descartes on ne nait pas étranger mais on le devient. Et qui plus est, on peut le devenir dans son propre pays, lorsqu’on n’a y pas séjourné suffisamment longtemps. Et à notre tour nous pourrions demander à Descartes s’il n’est pas devenu étranger à la France, lui qui a vécu en Hollande à partir de 1629 ?
Mais revenons à notre propos : parmi les différentes manières de devenir étranger, l’une consiste à voyager sans cesse, restant étranger aux pays qu’on traverse, et le devenant par rapport à son propre pays, un peu comme un navigateur qui, ne faisant que de brèves escales, n’aurait que son navire pour patrie. Au fond l’important est de comprendre que l’étranger est simplement quelqu’un qui manque de racines, et qui, ne se reconnaissant dans les coutumes d’aucune nation, serait comme la pierre qui roule et qui ne laisse aux mousses ou aux lichens aucune possibilité de s’enraciner sur elle. Appartenir à un pays, ne tient pas tant au fait de rester sur sa terre natale qu’à celui de se laisser féconder par son terroir.
C’est ainsi que les étrangers dont nous rejetons la présence comme étant différents de nous, seront les français de demain, non seulement par naturalisation, mais aussi par enracinement. D’ailleurs comment comprendre que la France se soit construite par l’apport, venu de l’extérieur de ses frontières, de tous ces gens dont pas un ne nous apparaît aujourd’hui étranger ?
S’il faut s’arrêter de rouler to gather moss, alors souhaitons qu’on puisse le faire là où l’on veut.
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(1) Proverbe cité en anglais pour rendre possible le calembour suivant : Despite what appears to be Mick Jagger's impressively dogged attempt to sleep with most of the models in London and despite his long-standing friendship with Kate Moss, journalists have not yet had occasion to wheel out the inevitable headline « Rolling Stone gathers Moss » ( Traduction : Malgré la tentative impressionnante et tenace de Mick Jagger de dormir avec la plupart des modèles à Londres et en dépit de son amitié de longue date avec Kate Moss, les journalistes n’ont pas encore eu l'occasion de titrer l’inévitable « Rolling Stone recueille Moss ») (Lire ici)

Wednesday, November 12, 2014

Citation du 13 novembre 2014

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.
Montaigne – Essais
Lorsque tu ne sais pas où tu vas, rappelles-toi d’où tu viens.
Proverbe africain
Malgré les apparences, ces deux citations pourraient bien être complémentaires. Car si nous voyageons sans savoir où nous allons, alors, pourquoi voyager ? Sauf à dire que nous fuyons quelque danger qui nous menace là où nous étions. Peu importe où nous allons – car nous n’allons nulle part. Tout ce que nous voulons c’est ne surtout pas retourner là d’où nous sommes partis = Rappelles-toi d’où tu viens… pour ne plus jamais y aller. 
Je sais bien que cette interprétation risque de scandaliser ceux qui trouvent dans ce proverbe africain l’idée que nos racines sont ce que nous avons de plus précieux, et que sans elles nous ne sommes plus rien. Et que si nous sommes perdus, la seule chose importante que nous ayons à faire, c’est de rebrousser chemin, de retourner au berceau de nos ancêtres. Evidemment, c’est à Ulysse que nous pensons, lui qui fut ballotté pendant 10 ans sur les flots, et qui ne voulait qu’une chose, c’est de retourner là d’où il venait : dans sa Patrie.
Tout cela est vrai, mais ce dont nous parlons avec Montaigne, c’est des voyageurs qui sont persécutés chez eux et qui trouvent leur asile dès qu’ils ont franchi les frontières de leur pays.
o-o-o
Ne sommes-nous pas comme ces demandeurs d’asile, à chercher toujours ailleurs la tranquillité qui nous fuit dès que nous sommes seuls face à nous ? Mais qui fuyons-nous ? Quel ennemi armé de machette ? Quelle mafia, quels tortionnaires ?
Hélas ! Notre pire ennemi est parfois en nous, c’est cette noire araignée qui tisse sa toile dans notre esprit, qui nous ronge d’anxiété et de culpabilité ; à la fuir nous passerons notre existence et nous la stériliserons.
--> C’est de ces gens là que parlent les stoïciens pour dénoncer leur folie : semper instabiles mobilesque sunt (1). Car ce qu’ils fuient c’est eux mêmes – et donc il est illusoire de vouloir partir, car ils emmènent leur persécuteur avec eux.
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(1) Ils sont toujours instables et en mouvement (Sénèque) – Voir le texte + la traduction (en italien !) ici

Sunday, October 27, 2013

Citation du 28 octobre 2013


Y’a que les routes qui sont belles / Et peu importe où elles mènent
J.J. Goldman – On ira
Hier, l’autoroute était un lieu d’ennui qu’il fallait utiliser pour se donner de la culture. Mais aujourd’hui, nous allons rectifier le tir : l’autoroute, c’est aussi ce qui permet de voyager - et ce qui compte, c’est le voyage et lui seul. Mieux, même : comme Kerouac, l’éternel routard, nous l’a appris, ce n’est pas l’arrivée qui compte, ni le lieu où l’on va – l’important, c’est de laisser tomber les chaines qui nous emprisonnaient et de partir sans savoir où. D’ailleurs, même en sachant vers où l’on va on peut encore espérer ne jamais y arriver.
C’est exactement ce que chante J.J. Goldman (1) : en partant sans retour, nous n’avons, pour paraphraser Marx, que nos chaines à perdre. L’important est de ne jamais s’attacher : like a rolling stone, roulons, roulons…
Dans sa préface à La Condition de l’homme moderne, Hannah Arendt se dit stupéfaite d’une déclaration de quelques jeunes gens disant qu’ils seraient prêts à quitter la terre pour aller s’installer dans une base lunaire ou martienne – quelque chose comme ça. Selon Arendt, l’attachement à la terre où l’on vit est nourricier de l’homme : on ne peut vivre qu’à condition d’habiter la terre qui nous a vu naitre. Comment alors admettre de la quitter pour un lieu inhumain, où l’on vivrait sans retour ?
Faut-il donc s’imaginer comme dans la série Star Trek naviguant dans la galaxie à la recherche d’autres être intelligents avec qui se battre ou avec qui s’allier pour faire régner la justice ?
--> Goldman, Dylan, Star Trek : que des exemples des années 60-80. C’est qu’aujourd’hui, où sont les jeunes qui chanteraient On laissera nos clés, nos cartes et nos codes / Prisons pour nous retenir ?
Ah… Mes pauvres enfants…  Dites-moi : où sont les jeunes ?
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(1) Qu’on lise les paroles de On ira : on comprendra assez bien l’impact de ce chanteur sur la jeunesse de l’époque (années 80). A ce propos une anecdote : en ces années-là les lycéennes (filles de terminale littéraire) avaient la manie d’écrire sur leur classeur des citations qui leur étaient chères. Celles trouvées dans les chansons de Goldman étaient les plus nombreuses.

Tuesday, January 17, 2012

Citation du 18 janvier 2012

On ne voyage pas pour voyager mais pour avoir voyagé.
Alphonse Karr
Quel voyageur êtes-vous ?
De ceux qui feuillettent fébrilement les brochures des voyagistes pour trouver le Tour Operator qui mettra au programme du voyage en Malaisie un détour par un village perdu en montagne où l’on vous fera assister à la Cérémonie du buffle ?
Et en plus, ces voyageurs-là ont des quantités d’appareils numériques pour photographier, filmer, enregistrer… Malheur à leurs amis qui accepteront l’invitation au barbecue de retour !
Bref : des gens comme ça, on n’est pas prêt d’oublier qu’ils ont voyagé, parce que en partant en voyage ils ne pensaient qu’au retour, ce n’est pas l’étrange nouveauté qu’ils visaient, mais une manière de briller dans leur environnement familier.

Mais vous, vous êtes peut-être plutôt du genre à voyager comme Kerouac, sac à dos, pouce levé sur la Route 66 ? Ces voyageurs-là appartiennent plus à la race des pionniers, qui cherchent de nouvelles frontières mais ne se soucient pas du retour.
Oui, c’est cela la différence : le retour.
Les uns ne partent que pour revenir, et encore : non pas plein d'usage et raison, mais les poches bourrées de clés USB.
Pour les autres, le retour est souvent une déroute – et c’est un peu le cas de Kerouac. A moins que le retour soit l’occasion de rêver au prochain départ. J’ai connu un jeune homme qui démissionnait de son job avant de partir en voyage, et qui ne rentrait qu’une fois épuisées ses ressources.
Celui-là, ce n’est pas pour raconter ses voyages qu’il rentrait chez lui, mais parce qu’il n’avait plus de thune.
Mais peut-être ses poches étaient-elles vides comme les poches crevées d’Arthur Rimbaud ?

Sunday, January 08, 2012

Citation du 9 janvier 2012

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage / Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, / Et puis est retourné, plein d'usage et raison, / Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Joachim Du Bellay (1522-1560)
- Heureux qui comme Ulysse...

Jack Lang candidat aux législatives dans les Vosges ?
Selon plusieurs sources proches du PS, l'actuel député du Pas-de-Calais sera candidat socialiste à Saint-Dié, dans la deuxième circonscription des Vosges, un département où il est né voilà 72 ans. (Info de la presse en ligne)
Il y a quelque chose d’émouvant dans les pérégrinations de Jack Lang, à la recherche d’une circonscription de parachutage : personne ne souhaite voir l’éléphant socialiste prendre comme aire d’atterrissage une circonscription confortablement occupée par d’autres. On imagine la déception du brillant politicien, qui sait occuper tous les plateaux de télévision sans faire montre d’arrogance et néanmoins avec tout le brillant qu’on attend d’un héros français, lorsqu’il voit le peu de cas qu’on fait de son mérite.
Toutefois, avec Saint-Dié, voilà que la solution se dessine : sa légitimité ne saurait être contestée s’il s’agit de devenir le représentant de la circonscription où il vit le jour. Et cela, parce qu’il est naturel de revenir finir sa vie là où on l’a commencée, ou plutôt : de vivre entre ses parents le reste de son âge.
En sorte que, refuser à Jack Lang de se présenter à Saint-Dié, ce n’est pas seulement lui refuser de bénéficier de la sinécure de cette circonscription des Vosges ; c’est encore lui dire :
- Qui tu es, toi ? Passe ton chemin, on ne te connaît pas ici. Personne ne se présente pour dire de toi : oui, je suis son parent et je lui ouvre ma maison.
Avouez que c’est vraiment trop cruel.

Saturday, December 26, 2009

Citation du 26 décembre 2009

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Il semble que la philosophie ne voyage point, aussi celle de chaque peuple est-elle peu propre pour un autre
Rousseau – Discours sur l’origine de l’inégalité (note 10)

« La philosophie ne voyage point » : entendez que chaque peuple considère la sienne comme valable pour l’humanité entière.
Et Rousseau d’ajouter (cf. infra) que le philosophe qui voyage croit retrouver partout les mêmes hommes, avec les mêmes coutumes, ayant les mêmes soucis et ayant trouvé les mêmes solutions. A quoi bon étudier l’homme exotique s’il est partout le même qu’ici – et si les différences ne sont que des dégénérescences ? Voilà une bonne raison selon Rousseau pour condamner la philosophie.
On comprend que Lévi-Strauss, ait tressé des couronnes de laurier à Rousseau et voué Diderot aux gémonies (1).
Laissons de côté le débat Rousseau/Diderot : Lévi-Strauss a-t-il fait autre chose que chercher à retrouver le socle uniforme à partir du quel l’humanité a bâtit ses coutumes et ses cultures ? Qu’est-ce donc que la « structure » (en tant que jeu d’oppositions) sinon précisément ce qui se retrouve partout, à l’identique ?
Mais plutôt que de chercher la contradiction essayons de comprendre la vérité qui s’en dégage. L’essentiel pour Lévi-Strauss n’est pas de retrouver ce qui unit les hommes, mais bien ce qui les différencie, c'est-à-dire leurs différentes cultures, qui s’expriment par leurs langages, leurs mythes, leurs façons de cuisiner ou de s’habiller spécifiques à chacune. Dans ce domaine, ce qui est constant sert seulement à assurer la communauté de nature (quelque chose comme le patrimoine génétique de l’espèce).
Or, voilà que la mondialisation, en dehors de ses ravages économiques et écologiques, se caractérise aussi par des ravages irréversibles dans la diversité culturelle. Au moment où l’on prétend préserver la diversité biologique et zoologique, on laisse dépérir les derniers représentants des peuples « premiers ». Ou plutôt, on a laissé dépérir.
Car maintenant il n’y a plus grand-chose à perdre ; les derniers indiens d’Amazonie ont déjà enfilé leur tee-shirt Coca-cola.
Oui, c’est maintenant qu’il n’est plus utile de voyager : c’est maintenant qu’on pourrait écrire, comme Lévi-Strauss, qu’il faut haïr les voyages et les explorateurs,

(1) A cause de sa description des Tahitiens du Supplément au voyage de Bougainville.
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Annexe
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Depuis trois ou quatre cents ans que les habitants de l'Europe inondent les autres parties du monde et publient sans cesse de nouveaux recueils de voyages et de relations, je suis persuadé que nous ne connaissons d'hommes que les seuls Européens ; encore paraît-il aux préjugés ridicules qui ne sont pas éteints, même parmi les gens de lettres, que chacun ne fait guère sous le nom pompeux d'étude de l'homme, que celle des hommes de son pays. Les particuliers ont beau aller et venir, il semble que la philosophie ne voyage point, aussi celle de chaque peuple est-elle peu propre pour un autre. La cause de ceci est manifeste, au moins pour les contrées éloignées. Il n'y a guère que quatre sortes d'hommes qui fassent des voyages de long cours : les marins, les marchands, les soldats, et les missionnaires. Or on ne doit guère s'attendre que les trois premières classes fournissent de bons observateurs, et quant à ceux de la quatrième, occupés de la vocation sublime qui les appelle, quand ils ne seraient pas sujets à des préjugés d'état comme tous les autres, on doit croire qu'ils ne se livreraient pas volontiers à des recherches qui paraissent de pure curiosité... On n'ouvre pas un livre de voyage où l'on ne trouve des descriptions de caractères et de mœurs ; mais on est tout étonné d'y voir que ces gens qui ont décrit tant de choses, n'ont dit que ce que chacun savait déjà, n'ont su apercevoir à l'autre bout du monde que ce qu'il n'eût tenu qu'à eux de remarquer sans sortir de leur rue, et que ces traits vrais qui distinguent les nations, et qui frappent les yeux faits pour voir, ont presque toujours échappé aux leurs. De là est venu ce bel adage de morale, si rebattu par la tourbe philosophesque, que les hommes sont partout les mêmes, qu'ayant partout les mêmes passions et les mêmes vices, il est assez inutile de chercher à caractériser les différents peuples ; ce qui est à peu près aussi bien raisonner que si l'on disait qu'on ne saurait distinguer Pierre d'avec Jacques, parce qu'ils ont tous deux un nez, une bouche et des yeux."
Rousseau – Discours sur l’origine de l’inégalité (note 10)

Sunday, October 12, 2008

Citation du 13 octobre 2008


Le plus lourd bagage pour un voyageur, c'est une bourse vide.

Proverbe allemand

Lorsque Jules Vernes invente le personnage de Phileas Fog pour son Tour du monde en 80 jours, il commence par le doter d’un solide compte en banque. Bien évidemment, on imagine que les voyages coûtent chers et que celui qui est sans argent ne peut voyager qu'à pied et sans assistance.

La problématique d’une telle accroche, c’est de se demander si voyager c’est aller loin (et en revenir of course), ou bien rencontrer des gens et des paysages nouveaux.

La question incluse dans ce problème, c’est de savoir si l’argent facilite la rencontre des gens et des paysages.

Pour ce qui est des paysages, disons que chacun sera bien capable d’apporter son opinion ; et qu’on accordera que pour découvrir le Grand Canyon du Colorado mieux vaut partir en avion qu’à pied.

Mais pour ce qui est des gens ? L’argent facilitera à n’en pas douter le premier contact, mais il s’agit alors de rencontrer des « prestataires de service ». Si vous êtes dans un pays « pauvre » alors vous ne serez qu’une « carte bleue sur patte », comme chaque touriste

Mais laissons ces expériences exotiques pour des cas plus proches de nous. Si vous est arrivé de passer une nuit dans un Gîte rural, une de ces fermes plus ou moins transformée, vous avez sans doute comme moi constaté combien la conversation avec la propriétaire des lieux peut être instructive. C’est là qu’on connaît son travail, ses doubles journées de fermière et d’hotesse, les raisons qui l’ont poussée à tout cela. Ce n’est plus l’argent qui nous sert alors – sauf si nous avons encore besoin d’un petit déjeuner. Et ce serait encore plus vrai si on avait frappé la porte d’une maison quelconque pour y passer la nuit.

Sous condition que, sans argent, on ne nous ait pas jeté dehors.

Tuesday, August 22, 2006

Citation du 23 août 2006

Voyager, c'est demander d'un coup à la distance ce que le temps ne pourrait nous donner que peu à peu.

Paul Morand - Eloge du repos

Parcourir l’espace, c’est accélérer le temps. Ne croyez pas que le génie d’Einstein soit nécessaire pour comprendre ça ; vous le savez déjà, surtout si vous pensez que les voyages forment la jeunesse. L’expérience apportée par une saison à traverser le monde, est identique à l’expérience d’une vie, saisie alors qu’on reste assis sur le seuil de sa porte. Et donc, au lieu d’attendre que le monde vienne à nous, allons vers lui.

Laissons de côté ceux qui ne voyagent que pour retrouver systématiquement toujours les mêmes paysages, les mêmes plages, les mêmes piscines d’hôtels. Que cherchons-nous dans les voyages ? Au retour des vacances, beaucoup répondront : « le dépaysement ». Pourquoi pas ? Mais on voit bien que le dépaysement n’est que la rupture du quotidien, rupture appelée à se refermer ensuite sans laisser de traces. D’ailleurs voyagerions nous si nous étions sûrs de revenir différent ? J’en connais qui répondraient « non ».

Mais surtout, je crains que cette thèse ne fasse la part trop belle à l’information, glanée au cours du voyage et oublie le moment de la compréhension. Car suffit-il de voir pour comprendre ? « Le microscope étourdit l’ignorant » disait Alain, soulignant ainsi que la connaissance ne se crée pas par l’information, mais qu’elle ne fait que s’enrichir par elle. D’ailleurs, c’est tout le problème de la vulgarisation : on peut vous dire « e=mc2 », et même développer un peu la formule. Vous n’y comprendrez toujours rien.

Que disent les philosophes ? Qu’il y a bien des voyages philosophiques, oui ; mais ils prennent du temps.

« Je hais les voyages et les explorateurs" dit C. Lévi-Strauss ; quant à Socrate, on sait qu’il n’a jamais quitté Athènes. Et que le voyage de Platon en Sicile n’a pas été une réussite.