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Monday, November 28, 2016

Citation du 29 novembre 2016

Les faiblesses des hommes font la force des femmes.
Voltaire
Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
La Boétie – Discours de la servitude volontaire.
Thèse : la force et la faiblesse ne sont que des valeurs relatives, ainsi : ce sont les faiblesses des hommes qui font la force des femmes. Et les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux
Antithèse : la force est une action mécanique d’un objet sur un autre. On peut mesurer son intensité en newton (symbole : N) (1)
On comprend que s’il y a « thèse » et « antithèse », c’est parce que d’un côté on pense qu’il est impossible de mesurer la force, et que pour l’évaluer il faut un degré de comparaison (on dit « plus fort que… » comme on dit « plus beau que … », sans pouvoir dire de combien), alors que de l’autre on peut avoir une mesure de la force, sans se soucier de faire une comparaison.
o-o-o
Voyez ça :


La femme qui porte le gros camion est-elle plus forte que l’homme qui le conduit ? Evidemment s’il n’est pas Superman. Mais l’important ce n’est pas cela : c’est de savoir à combien de newton (N) évaluer la force de cette Superwoman.
Manifestement, l’image reproduite ici se plait à inverser les codes : alors que la femme est habituellement comparée aux hommes pour des qualités morales (celles qui justement peuvent subir une variation du fait de la faiblesse des hommes), la voilà qui l’emporte dans un « jeu de force basque » très physique.
Mais revenons à l’avertissement de Voltaire : faut-il négliger la force morale, qui vaut non seulement pour le rapport homme/femme, mais aussi pour le rapport maitre/serviteur ou patron/salarié, comme le rappelle La Boétie ?
Car en réalité, la notion de force herculéenne, avec ces colosses de foire qui soulèvent des troncs d’arbre ou des sacs de sable, nous font bien rire aujourd’hui. L’incroyable force qui consiste à soulever un énorme camion fait hausser les épaules : pour faire cela, il y a des grues, qui peuvent être manœuvrées par un gringalet – ou par une minette épaisse comme un haricot vert. Quelle importance ? Par contre imposer son autorité d’un seul regard parce qu’on a su transmettre le message qu’on ne céderait pas, qu’on a une force de caractère inoxydable : voilà la vraie force, celle qui se mesure non pas en newton (N) mais en individus subjugués.
Et là inutile de recourir à des machines super-puissantes.
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(1) Les nuls en physique pourront avantageusement lire ceci.

Monday, June 20, 2016

Citation du 21 juin 2016

Avoir peur, c’est se préparer à obéir.
Corey robin et Patrick Boucheron – L’exercice de la peur, usages politiques d’une émotion.
L’avantage de certaines citations c’est de ne jamais pouvoir être prises en défaut. Ainsi de la Citation-de-ce-jour puisqu’on on peut admettre qu’on soit prêt à subir l’autorité dès lors qu’on en craint les effets, ou bien qu’en ayant peur on soit prêt à obéir à n’importe qui – un führer par exemple – qui saurait nous faire croire qu’il est seul à pouvoir nous protéger.
Des lâches qui fuient comme des lapins sont en effet prêts à subir la domination qui les fera plier sous sa menace. Telle était la situation de l’esclave soumis aux brutalités d’un maitre, et telle était aussi autrefois l’idée qu’on se faisait de la soumission politique. On croyait en effet qu’il suffisait de résister pour surmonter la servitude : qu’on se rappelle la thèse de La Boétie (1) : la servitude est volontaire de la part de ceux qui la subissent car ils sont multitude alors que le tyran est seul (étant admis que ses soldats font partie de ceux qui subissent également sa domination). Mais quelle erreur ! Nous le savons bien depuis que le 20ème siècle est passé par là : le pire tyran est celui qui se présente comme un amical protecteur ; celui qui dit : « Oui, le danger qui vous menace est grand et soyez persuadé que si vous ne faites rien vous êtes perdu. Mais vous avez une chance de vous en tirer : c’est de vous en remettre à moi pour vous défendre. Car je saurai vous tirer de là : ensemble c’est possible ! »
On dira Trump ! Marine ! Mélanchon ! Abou Bakr al-Baghdadi !
Attention toutefois à ne pas aller trop vite : il y a là dedans différents chefs : les uns vont vous dire : « Comptez sur moi pour vous défendre, pour cela il vous suffit de me donner les pleins pouvoirs. » Ça c’est Trump. Et puis il y a ceux qui disent : « Soyez prêts à vous faire sauter avec les impies qui menacent notre religion. Vous êtes les soldats de Dieu unis dans la foi pour chasser de ce monde les mécréants qui veulent sa perte ! » Ça c’est l’islamisme.
D’accord – Maintenant on voudrait savoir comment faire pour ne pas avoir peur ?
Croyez-vous que je vais vous dire : « Ecoutez-moi et faites ce que je vous dis, car en vérité je vous le dis, Je suis le chemin, la vérité, et la vie » ?
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Sunday, September 30, 2012

Citation du 1er octobre 2012



Quand on veut gouverner les hommes, il ne faut pas les chasser devant soi. Il faut les faire suivre.
Montesquieu – Mes pensées
Commentaire I
Voilà un avertissement dont il faudrait bien se rappeler : méfiez-vous de ces leaders d’opinion, de ces tribuns, de ces chefs potentiels qui vous disent : « Je sais comment nous sortir de ce mauvais pas où est engagé notre pays. Suivez-moi, je vous promets des jours meilleurs ! ». En réalité, il ne veut pas vous aider mais vous gouverner.
Oui, pour gouverner les hommes, il faut les faire suivre… C’est ce que chaque élection nous apprend, et nous marchons … derrière notre nouveau chef, sans trop savoir où nous allons – à quoi bon d’ailleurs ? Il suffit que lui le sache. Un peu comme pour les convois militaires : seul le véhicule de tête connait le chemin, tous les autres le suivent. Il suffit de nous persuader que nous sommes, comme disait Kant, trop sots pour savoir nous diriger nous-mêmes.
Même si nous n’avons pas vraiment confiance, nous suivons quand même le chef, mûs par un obscur désir d’abdiquer notre liberté pour le confort de l’obéissance – comme l’affirmait La Boétie (1).
Mais, si nous laissons de côté les grégaires compulsifs et les esprits trop facilement impressionnables, ne peut-on pas dire que pour tous les autres, l’avertissement de Montesquieu est devenu inutile ? Que nous savons bien ce qu’il en est des politiques, et que la compétence que nous leur attribuons est à la hauteur de notre naïveté ?
Raison pour laquelle, les plus malins d’entre eux nous disent : « Je ne vais pas vous conduire, je vais vous suivre. Parce que moi, je suis déterminé à faire ce que vous voulez, et je sais à quoi vous êtes prêts pour l’obtenir. Votez pour moi, et je serai toujours à l’écoute de votre volonté. »
Quand on veut gouverner les  hommes, il faut leur faire croire qu’on les suit.
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(1) Cf. La Boétie – Discours de la servitude volontaire (à lire ici)

Thursday, August 04, 2011

Citation du 5 août 2011

Celui qui a le pouvoir a le droit : si vous n’avez pas l’un, vous n’avez pas l’autre non plus. Est-il si difficile de comprendre cette vérité ?

Max Stirner

Qu’est-ce que le droit ? La réponse facile consiste à dire, comme Kant, que le droit est l’accord des volontés selon une règle.

Mais Stirner ne s’en laisse pas conter : le droit, dit-il, n’est pas l’accord selon une règle, mais la soumission à une force commune.

Vous êtes d’accord avec Stirner ? Bien : vous voilà anarchiste ! Mais vous avez un pas à franchir encore pour l’être tout à fait : cette force commune n’existe que par la complicité des pauvres gens qui renoncent à leur liberté et se soumettent à la force d’un seul. De La Boétie à Stirner, la route est droite (1), et le sens est clair : le droit n’est qu’une idéologie destinée à rendre possible la domination d’un seul sur la foule. Et les révolutions arabes nous l’ont montré, avec leur incroyable réussite (du moins en Tunisie et en Egypte) : quand le peuple, comme l’âne qui refuse d’avancer, refuse de faire une concession de plus, alors on voit que le droit n’est plus du côté du tyran, ni de l’Etat, mais du peuple.

Est-il si difficile de comprendre cette vérité ? Où est donc la difficulté alors ? On entend en ce moment que les Frères musulmans d’Egypte mobilisent les foules pour demander que l’Egypte devienne une république islamique : pour moi, cela signifie que les égyptiens ont chassé un tyran afin de pouvoir se précipiter dans les bras d’un autre.

Cela nourrit aussi le pessimisme issu de La Boétie : le peuple accepte de se soumettre à la servitude parce qu’il aime ça. Simplement, il s’ennuie au bout d’un certain temps d’être à genoux devant un même tyran ; il lui faut en changer.

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(1) Et on ne peut même pas dire qu’elle monte comme le prétend la célèbre raffarinade (« La route est droite, mais la pente est forte »)

Wednesday, January 19, 2011

Citation du 20 janvier 2011

Quand ils voudront / Leur aide au roi retireront, / Et le roi tout seul restera, / sitôt que le peuple voudra.

Jehan de Meung – Le roman de la rose

Bien loin qu’un roi fournisse à ses sujets leur subsistance, il ne tire la sienne que d’eux, et selon Rabelais un roi ne vit pas de peu. Les sujets donnent donc leur personne à condition qu’on prendra aussi leur bien ? Je ne vois pas ce qu’il leur reste à conserver.

Rousseau – Du contrat social, livre I, chapitre 4

La récente révolution tunisienne a pris tout le monde de court, tant le départ du Président-Dictateur a été rapide. Comment ? Voilà un homme qui a les pleins pouvoirs depuis plus de 20 ans et qui s’enfuit alors qu’on ne dénombre que quelques dizaines de morts, tombés sous les balles de sa police ?

C’est tellement étrange que même les dictateurs les plus endurcis de la région (1) s’empressent de faire toutes sortes de promesses à leur peuple. On ne sait jamais …

--> Laissant de côté La Boétie et son utopie (2), je me contenterai la tradition médiévale, évoquée ici par Jean de Meung et rappelée par Rousseau : le roi n’est roi que parce que le peuple accepte de lui apporter son « aide ». Ce qui veut dire que, non seulement le roi doit mater les révoltes quand elles se produisent, mais qu’il lui faut encore obtenir que le peuple travaille pour lui. Ce n’est pas par la complicité du peuple qui se laisse écraser sous la férule du despote et qui en redemande parce qu’il aime ça (sic : La Boétie) que s’explique la pérennité des dictatures ; c’est par la collaboration du peuple avec le régime que le roi peut être pleinement roi.

Là est la faiblesse des dictatures : sans même avoir à résister à la révolte,

– elles peuvent tomber si le peuple refuse l’impôt

– ou s’il refuse de se contenter de ce qu’on lui laisse quand on lui a pris l’impôt ;

– ou s’il proteste parce qu’on ne lui donne pas le travail qui lui permettra de payer l’impôt (comme les jeunes diplômés de Tunisie).

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(1) Sauf bien sûr le « bouillant colonel » Kadhafi.

(2) On peut consulter les Posts qui lui ont été consacrés ici.