Showing posts with label vertu. Show all posts
Showing posts with label vertu. Show all posts

Wednesday, July 30, 2014

Citation du 31 juillet 2014




Il faut de la force assurément pour tenir toujours la balance de la justice droite entre tant de gens qui font leurs efforts pour la faire pencher de leur côté.
Louis XIV – Mémoires
La balance, à quoi ça sert ?
Retrouvons aujourd’hui notre balance : selon Louis XIV, cette balance est celle de  la justice, qui compare les mérites et les démérites afin de les rétribuer
Notons qu’il s’agit là d’une opération technique bien rassurante : il suffit comme le dit le Roi d’être assez ferme, c’est-à-dire impartial, dans la tenue de la balance ; c’est elle qui fait le reste : ça penche d’un côté ou de l’autre. On imagine bien de nos jours un gros ordinateur relié à une base de données phénoménale qui aurait digéré toute la jurisprudence, et nous voilà débarrassés des tribunaux et de leur lenteur !
Seulement, tout ça parait bien loin de nous. Notre pratique de la balance c’est bien autre chose : comme nous le disions hier, il s’agit de la pesée de notre propre corps, opérée le matin (chaque matin ?) dans notre salle de bains. S’agit-il d’une pratique hygiéniste visant à connaitre notre poids pour  savoir si nous sommes en bonne santé ? Oui, mais pas seulement.
Moins que cela (sommes-nous si sûrs que le surpoids serait incompatible avec une bonne santé ?), mais aussi plus : notre vérification matinale n’a-t-elle pas pour but de savoir si nous avons été assez fermes sur nos principes, assez vertueux pour renoncer à ce petit gâteau au chocolat afin de perdre ce vilain bourrelet qui nous boudine dans notre jean ?
Plus vertueux, plus fermes dans notre rigueur morale : et voici notre balance de justice qui réapparait, accompagnée de l’étalon qui va permettre à Saint-Michel (cf. Post d’hier) de nous récompenser ou de nous châtier.
… Etalon avez-vous dit ? Quel étalon ?
Celui-ci peut-être :

Wednesday, September 18, 2013

Citation du 19 septembre 2013


La vertu devient rigide, quand ..... le reste ne l'est plus !  
Anonyme (comme beaucoup de citations d’auteurs inconnus celle-ci est parfois attribuée à Coluche)
Qu’est-ce que la vertu ? A cette question Socrate a répondu : la vertu est ce qui résulte de l’amour de la connaissance, c’est-à-dire de la pratique de la philosophie.
Bien. Prenez-en de graine, bande d’ignares !
What else ?
- Machiavel : la vertu est la force associée à la ruse. Le Prince est vertueux quand il sait quand il le faut terrifier son peuple ou le flatter, ainsi que l’a montré Laurent de Médicis qui laisse Savonarole tyranniser le peuple de Florence avant de faire brûler son corps supplicié en place publique. (1)
- Et puis encore ? Selon les dictionnaires, la vertu est la retenue dans la jouissance des plaisirs physiques. C’est ainsi que les dames de petite vertu sont celles qui cèdent facilement à la tentation de Vénus – où que les moines pratiquent l’abstinence sexuelle, espérant en échange conquérir  le Paradis.
--> La vertu serait donc plus facile à pratiquer lorsque, la nature concourant à la morale, le grand âge (chez les messieurs du moins) prive les élans virils du support d’indispensables hormones, les réduisant à n’être plus que de lointains souvenir : la vertu devient rigide, quand le reste ne l'est plus.
Comme toujours les principes ne valent que tant qu’ils ne sont pas contredits par l’exemple : qu’on trouve un seul cas où quelqu’un, visiblement peu enclin à grimper sur les dames (ni sur les messieurs) se comporte de façon immorale – quelqu’un qui, bien que n’étant absolument pas Super-Cochon, se révèle néanmoins totalement corrompu, et voilà cette maxime prise en défaut.
Alors, mes amis, vous en connaissez des gens comme ça ?
Non ? Cherchez mieux – Oui, n’est-ce pas, le monsieur qu’on voit ici, sur ce Post mémorable, vous lui auriez donné le Bon Dieu sans confession. Et voilà que l’on apprend qu’il a tapé dans la caisse ? Chez lui, même la vertu n’est pas rigide…
------------------------------------
(1) Pour moderniser cet exemple, voyez Bernard Madoff, condamné à 150 ans de prisons pour avoir escroqué ses actionnaires qui n’avaient pourtant eu que ce qu’ils méritaient.

Sunday, April 14, 2013

Citation du 15 avril 2013

Kant a certes les mains propres, mais le problème tient au fait qu’il n’a pas de mains.
Charles Peguy
Morale kantienne II
- Viens ici, Kévin, j’ai à te parler.
- Oui, Papy. Qu’est-ce que tu veux me dire ?
- J’ai entendu les confidences de ta mère. Elle dit que tu passes tes nuits loin de la maison. Que, quand tu rentres au petit matin, tu sens très fort l’herbe et l’alcool et que de surcroit tu as des cernes sous les yeux qui n’ont même pas disparu quand tu te réveilles – à midi. Est-ce vrai ?
- Ben oui, Papy. Je fais la teuf avec mes amis. On picole c’est vrai, mais pas trop. Juste ce qu’il faut pour que nos copines qui en font autant soient joyeuses et qu’elles nous laissent les approcher.
- Les approcher ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Ben tu sais bien ? Rappelle-toi, Papy, quand tu étais jeune, que tu te retrouvais pour la soirée avec Mamie – et ses copines ?
- Ne détourne pas la conversation s’il te plait ! Moi, je voudrais que tu me dises quand tu te lèves le lendemain et que tu te regardes dans le miroir qu’est-ce que tu vois ?
- Je vois que je ne suis pas fraichou, et en plus que j’aurais mieux fait de me déshabiller avant de me coucher.
- Non Kévin, non. Ce que tu vois c’est un petit débauché qui au fond de lui a honte de ce qu’il a fait et honte de ce que ses parents – et moi-même – vont en penser.
- Oh ! Lala… et toi, Papy ? Hein, toi. Quand tu te regardes le matin qu’est-ce que tu vois – à part ta vieille peau ?
- Moi, Kévin, j’ai peut-être une vieille peau toute fripée, mais au moins je me sens parfaitement tranquille. Je n’ai pas à avoir honte parce que je n’ai pas succombé à mes pulsions.
- Tes pulsions ! De quoi tu parles ? Te rappelles-tu seulement ce qu’elles étaient ? C’est facile pour vous les vieux d’être purs : vous n’avez plus rien qui puisse vous tenter.
Tiens tu veux que je te dise ? Tu me fais penser à Kant – Kant, tu sais le philosophe. L’autre jour, notre prof de philo nous a cité Péguy : Kant a certes les mains propres, mais le problème tient au fait qu’il n’a pas de mains.

Monday, July 30, 2012

Citation du 31 juillet 2012

Définition – Persévérance n. Humble vertu qui permet aux médiocres de parvenir à un succès peu glorieux.
Ambrose Bierce – Le dictionnaire du Diable (1911)
Que de choses étranges ! On en a le tournis.
Déjà, on apprend qu’il y a des vertus « humbles ». Non pas que l’humilité soit une vertu, mais que les vertus elles-mêmes peuvent être humbles, c'est-à-dire : « sans prétention, sans éclat, peu élaboré ou de peu d’envergure » (TLF). On se faisait une plus haute idée de la vertu.
Ensuite, que les médiocres puissent parvenir à la réussite. Certes, on est content pour eux. Mais qu’il ne faille pour ça que de la persévérance, voilà qui fait réfléchir.
Par exemple : tous ceux qui ont loupé leur examen ou leur concours en juin peuvent se dire : « Je réussirai ! Je l’aurai ! Je ne sais pas si ce sera dans 6 mois, dans 1 an, dans 10 ans – mais je l’aurai ! » Ce sera un humble succès, mais succès quand même.
Du coup j’hésite un peu. J’ai écrit : « qui ne faille que de la persévérance » ; est-ce donc si facile d’être persévérant ?
Les Jeux Olympiques sont l’occasion pour les coaches de féliciter leurs poulains, lorsqu’ils ont décroché une médaille :  « C’est un gars (une fille) qui a du caractère : malgré ses échecs, il (elle) ne s’est jamais découragée : toujours la même rage de vaincre. Au moment de la compèt’, c’est ça qui fait la différence ! »
Oui, il n’est sans doute pas si simple d’être persévérant, si l’on veut que ce soit dans la visée du succès et non pas dans la réédition de l’échec. Il faut en effet que chaque tentative soit « comme la première fois », mais avec à chaque fois le progrès de l’expérience et de l’apprentissage.
Persévérance  n. Humble vertu. Oui, mais vertu quand même.
A suivre.

Thursday, December 30, 2010

Citation du 31 décembre 2010

Gourmandise, paresse, luxure : ce sont les trois vertus cardinales, les vertus de la Fête.

Jean-Louis Bory – Ma Moitié d'orange

Youpi ! Ce soir on fait la fête ! Youpi ! Comme le baron de La vie parisienne, on va s’en fourrer jusque là ! Et tant pis si demain on doit se réveiller pas très frais : au moins on aura fait quelque chose de vertueux, puisque nous aurons cédé à Gourmandise, paresse, luxure [qui] sont les trois vertus cardinales, les vertus de la Fête.

Stop ! C’est un peu facile de jouer sur les mots : les vertus de la fête n’ont rien à voir avec celles de la morale, celles qu’on vise quand on prend le mot « vertu » dans son sens absolu. Ici il s’agit de la virtu, c'est-à-dire de ce courage ou de cette force qui rehausse la capacité à laquelle elle est attribuée.

Et d’ailleurs, tant que vous y êtes, puisqu’il n’y a pas de vertu sans exercices pour la faire croître, dites-moi quels exercices vous avez pratiqués pour parvenir à l’excellence dans le domaine de la bombance, de la fainéantise, et du frotti-frotta amoureux ?

Ridicule ? Bon. Alors, ne vaudrait-il pas mieux abandonner ce vocabulaire, renoncer à ces vertus – surtout si on veut y voir des vertus cardinales ?

Oui, sans doute… Pourtant, reconnaissons que l’idée de vertu associée à la fête a quelque chose d’essentiel : quand on cherche à réaliser une vertu, on poursuit un idéal, on fait en sorte d’arriver à toucher l’étoile qui brille sur l’horizon. On ne peut alors commettre nul excès, puisque, quoiqu’on fasse, on ne pourra que s’approcher de la vertu, jamais la dépasser.

- Avec la vertu, s’il n’y a pas d’excès, en revanche il peut y avoir des insuffisances. Tout ce qui dégoûte notre gourmandise, tout ce qui effarouche notre paresse, tout ce qui ramollit notre luxure se nomme vice qui nous éloigne de la fête.

Donc, soyez un peu sérieux : en attendant le réveillon, vérifiez votre stock de langues de belle-mère, approvisionnez votre cave à champagne, relisez la liste de vos convives, voir si vous n’avez oublié personne.

Etc…

Youpi !

Saturday, September 04, 2010

Citation du 5 septembre 2010

Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s'enivrer sans trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous !

Baudelaire – Le Spleen de Paris

Vendanges 1

Septembre : voici venu le temps de la reprise du travail, des impôts à payer, des souvenirs qui rendent le passé plus désirable que l’avenir… Amertume.

C’est le moment de faire l’éloge de l’ivresse ! Ou, si vous préférez, l’éloge de la perte de lucidité.

A quoi bon la lucidité, si c’est pour se désoler d’être au monde, d’y voir clair et d’avoir une conscience ? Baudelaire nous en avertit : il faut seulement choisir le bon moyen de s’enivrer ; autrement, gare aux effets secondaires !

- De vin ? Pourquoi pas, surtout s’il est bon. Reste à négocier avec notre estomac – et surtout notre foie – la suite du processus. Là se trouvent les effets indésirables.

- De poésie ? Là oui, sans aucune hésitation. Y a-t-il des effets secondaires à redouter ? tout dépend du choix du poète : il faut savoir choisir celui à choisir qui ne va pas vous coller la migraine ou le bourdon (par exemple moi, je choisirais plutôt Baudelaire que Rimbaud, s’il s’agit d’éviter que les rêves ne soient des cauchemars).

- De vertu ? Là, ça vous étonne, hein ? Comment peut-on s’enivrer non seulement avec vertu mais encore de vertu ? Si on admet que l’ivresse provient d’un excès de consommation, on devrait admettre que l’excès de vertu pourrait exister ? Et provoquer une perte de lucidité ? Et avec quels effets secondaires ?

… Je suppose un instant que la vertu excessive puisse affecter les fidèles d’une religion. J’imagine alors que soit inscrits – mention obligatoire – sur les portes des églises l’avertissement suivant :

– Abus dangereux

– Peut nuire à votre santé

– Risque d’affecter votre lucidité.

Moi, je préfère encore le pinard.

Sunday, August 22, 2010

Citation du 23 août 2010

Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient pas d'autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses, et de luxe même.

Montesquieu - De l’esprit des lois (Principes des trois gouvernements – Chapitre 3), Principe de la démocratie

En démocratie selon Montesquieu, si la vertu ne guide pas les dirigeants, seul l’appât de la richesse et du luxe va les soutenir – ou plutôt les précipiter dans la corruption. Ne pourrait-on accoupler la vertu et la recherche de la richesse ? Le capitalisme associé au libéralisme nous oriente dans cette voie, et la recherche de l’enrichissement n’est plus aujourd’hui synonyme de vice incompatible avec une bonne politique ; par exemple, pour en revenir à nos grecs d’aujourd’hui, les mensonges de l’Etat auraient pu paraître supportables sous condition de réussite dans la gestion financière du pays.

Hélas pour eux, les politiques grecs d’aujourd’hui ne connaissent ni la vertu, ni la bonne gestion financière…

On ne demande plus aux gouvernants d’être vertueux (on a des ayatollah pour ça) (1) ; par contre on leur demande de respecter les promesses faites au peuple lors de leur élection – donc de proscrire le mensonge électoral. Autrement dit on a glissé de ce qui fait la force du pouvoir politique, vers les buts qu’on peut lui assigner. Il ne s’agit plus de légitimer le pouvoir en considérant ce sur quoi il s’appuie, mais seulement de considérer le contrat qui le lie aux électeurs. Notre-Président le répète depuis 2007 : j’ai été élu pour faire ceci-cela… et pas pour cela-ceci (2).

Dans certains pays africains (je pense au Gabon comme exemple), le président corrompu jusqu’à la moelle a acheté la paix civile avec des enveloppes gorgées de dollars. Lorsqu’un opposant prétendait fonder un parti d’opposition, il était convoqué à la présidence, et au lieu de le jeter aux crocodile on lui donnait une grosse enveloppe en échange de son ralliement.

Certains diront avec Montesquieu qu’effectivement en démocratie l’absence de vertu est signe de corruption. Soit. Mais alors que pour Montesquieu un tel régime devait inéluctablement dériver vers l’anarchie et la guerre civile, on constate que le vice est aussi un bon ciment social.

Voilà en effet qui ferait tomber à la renverse et Platon et Aristote.

-------------------------------

(1) …ni d’ailleurs d’être de bons gestionnaires (il y a des financiers pour ça), pas plus que de bons stratèges (il y a l’Etat major pour ça)

(2) « Pas pour augmenter les impôts, pas pour baisser les salaires, pas pour laisser les voyous terroriser les honnêtes gens… » Chic !

Tuesday, October 27, 2009

Citation du 28 octobre 2009

Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs.

La Rochefoucauld – Maximes

Ce qui est un peu énervant avec ces moralistes du XVIIème siècle, c’est leur côté misanthrope : finalement on devine que Molière n’a pas eu à aller très loin pour trouvent le modèle d’Alceste ; en tout cas La Rochefoucauld incarne bien le parangon (1) de cette morale qui triomphe avec la contre-réforme…

Hé bien, faut-il donc déplorer que nos vices soient si nombreux qu’ils se détruisent les uns les autres ? Et que – paradoxalement – le vrai vicieux soit finalement l’être « pur », celui qui n’est obsédé que par un seul vice ce qui lui permet de s’y livrer sans retenue ? En tout cas, relevons que La Rochefoucauld entérine cette conception de l’homme qui en fait un lieu de conflit entre des tendances opposées, admettant ainsi comme les stoïciens que c’est seulement en dehors de l’homme – dans la nature – que l’harmonie existe.

Est-ce si sûr ? Bricolons donc un peu cette citation ; et si on disait : « Ce qu’il y a de bien avec les vertus, c’est qu’elles s’épaulent et se renforcent les une les autres » ?

Parce que voyez-vous, si la vertu s’oppose au vice, ce n’est pas seulement en tant que le bien s’oppose au mal ; elle doit aussi remplacer le conflit par de l’harmonie.

Dans ce cas, nous aurions une clé pour analyser le comportement humain :

- D’un côté, tous ceux qu’on voit hésiter, délibérer, se reprendre et qui finalement ne font rien : ce sont les poly-vicieux, ceux qui se débattent au milieu de leurs multiples turpitudes ;

- De l’autre, tous ceux qui n’hésitent jamais dans la vie, qui donnent l’impression de n’avoir jamais à choisir parce qu’ils ont toujours déjà choisi ; et là il faut distinguer :

--> ceux qui sont animés par l’accord harmonieux des vertus (amour du prochain ; respect mystique du sacré ; force héroïque de caractère, etc…)

--> ceux qui sont des monomaniaques du vice, qui n’en connaissent qu’un – mais qui le connaissent bien.


(1) Le mot du jour :

Parangon – Exemple ou modèle (en particulier de vertu)

Saturday, December 29, 2007

Citation du 30 décembre 2007

Gourmandise, paresse, luxure : ce sont les trois vertus cardinales, les vertus de la Fête. Le Paradis sur terre.

Jean-Louis Bory - Ma Moitié d'orange

Gourmandise, paresse, luxure … sont trois vertus cardinales. La provocation de Jean-Louis Bory est un peu grosse, mais enfin elle a le mérite de poser la question.

Faut-il donc désespérer de la vie pour ne pas céder au péché ? Heureux les malheureux, parce que la royaume des cieux leur appartient !

Pour vous, qui préparez votre Réveillon gourmand et qui demain, allez paresser au lit et peut-être en profiter pour goûter à la lux… (mes doigts frémissent sur le clavier) : je vous poserai deux questions.

- D’abord, avez-vous l’impression que ces joies soient ce qu’on peut espérer du Paradis, du moins du paradis terrestre ? N’attendez-vous que ça ? Estimez-vous que si on atteint déjà à ces plaisirs, on doit s’estimer satisfait ? Où bien si vous recherchez autre chose, pensez-vous que l’espoir apporté par la Nativité du Rédempteur soit ce vers quoi vous devez vous tourner ?

- Le ventre, le bas-ventre et le repos du corps : pensez-vous que la fête consiste à leur donner satisfaction ? Sans les sentiments, sans la pensée, mais avec le paroxysme de la jouissance, sommes-nous au Paradis, c’est à dire les plus heureux possible ?

Vous pensez peut-être qu’hypocritement j’emprunte le masque de J.L. Bory pour venir vous tourmenter avec la perte de sens du Noël religieux. En réalité, je suis sincère quand je demande s’il faut jeter par dessus bord les sentiments et la pensée pour être enfin heureux.

Parce que s’il n’y a que ça à faire, c’est facile.

Faisons-nous bidasses.

Thursday, December 27, 2007

Citation du 28 décembre 2007

Quiconque jouit trop est bientôt dégoûté ;
Il faut au bonheur du régime.

Florian - Le cheval et le poulain (Fables livre 2)

Alors, il est passé ce réveillon ? Et le repas de Noël ? La dinde, le foie gras, les huîtres, vous n’en avez plus la nausée ?

Bon.. Je vois que vous êtes prêt à recommencer le 31 ? Et puis le 1er aussi, chez Belle-Maman ?

Non ? A cause de Belle-Maman ? Non plus ?

Ah… Je vois. Vous n’avez plus très envie de toutes ces bonnes choses, vous êtes saturé : vous êtes donc comme ce poulain de la fable de Florian.

Alors ? Débrouillez-vous, restez chez vous, dites que vous avez chopé la gastro, ou bien que le petit dernier fait une otite purulente, ce n’est pas mon problème. Mais ce que je peux pour vous c’est vous remémorer le message du fabuliste : Il faut au bonheur du régime.

Comprenons bien le sens du message : il faut de la privation pour jouir de l’abondance. Le Poulain de la fable ne profite de son gras pâturage qu’après avoir brouté l’épine et le chardon bibliques. Point de plaisir sans la rupture d’un déplaisir. Au point que la vertu serait suspecte d’être au service du vice… (1)

Que dites-vous ?! Vous n’avez pas le choix, vous devez aller chez Belle-Maman ? Et en plus elle a prévu du filet de bœuf en croûte arrosé d’un Pomerol 1976 (dites-donc elle ne se fiche pas de vous la belle-doche !).

Voici ma prescription pour être en mesure d’en profiter : pas question de vous goinfrer la veille. Menu pour le réveillon du 31 :

- Entrée : potage poireaux pommes de terres (sans beurre ajouté)

- Plat principal : 1 tranche de jambon blanc (fine) avec feuille (une seule SVP) de salade

- Fromage : pas de fromage.

- Dessert : une barquette de Jockey 0 % (vous avez droit à l’Aspartam)

… Oui, je sais ce n’est pas folichons. Mais le bonheur est à ce prix.

(1) Voir Post du 6 octobre 2006

Saturday, December 09, 2006

Citation du 10 décembre 2006

Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon.

Rousseau - Émile ou de l'éducation

Voyons un peu ce que contient la thèse de Rousseau. Si vous travaillez, est-ce que vous vous posez la question de l’utilité sociale de votre travail ? Non ? Vous considérez que la seule question qui importe est de savoir s’il vous permet de vivre correctement ? Vous avez tort. On ne travaille pas seulement pour gagner sa vie ; on travaille également pour contribuer au bien public (1). Le riche ne travaille pas pour vivre ; il doit néanmoins travailler pour les autres, c’est à ce prix qu’il est un citoyen. Et d’ailleurs, si l’oisiveté est un délit, alors le travail est une obligation pénale.

C’est là que les choses se compliquent.

Et en effet, quoi de plus raisonnable que de penser la société comme une association de coopération, chacun œuvrant au bien public et tirant parti de celui-ci. Le mal est facile à débusquer : c’est l’égoïsme ; sa destruction est sans difficulté : c’est la contrainte. Et la contrainte sera sans scrupule : elle sera faite au nom de la liberté de celui qu’on contraint (pour les explications cf. commentaire du 30 août).

Chacun est tenu de contribuer au bien public, on est tous d’accord là-dessus. Seulement, voilà : alors qu’on serait assez d’accord s’il s’agissait d’argent - l’impôt est une contribution reconnue comme nécessaire et la fraude désigne effectivement le mauvais citoyen - en revanche on ne l’est plus s’il s’agit de travail. Et le S.T.O., et le Goulag sont là pour nous rappeler que derrière la vertu morale et civique du travail se cache l’esclavage et l’arme la plus facile à manier pour briser les résistants et éliminer des peuples entiers (2).

Nous ne vivons plus à l’heureuse époque de Rousseau qui écrivait ces lignes, aux alentours de 1760… On pouvait alors croire que les idées les plus raisonnables devraient servir à créer un monde heureux et viable. Quant à nous, nous avons appris à nous méfier des excès de la rationalité.

(1) Vous avez raison d’envier les fonctionnaires. Ce sont les seuls qui n’ont pas à se poser la question de l’utilité sociale de leur fonction, celle-ci étant leur seule justification.

(2) Son seul inconvénient était la durée. On a dit qu’un détenu du Goulag (un zek) avait à peu près une espérance de vie de 3 mois. L’impatience des nazis était telle qu’ils ont fait appel au zyklon B.

Friday, October 06, 2006

Citation du 6 octobre 2006

On n'ose guère avouer que l'on voudrait les plaisirs du vice en récompense de la vertu.

Alain

Pouvons-nous nous passer du vice ? Certes, tout dépend de ce que vous consentirez à appeler vice. Alors, racontez-moi un peu ; c’est quoi votre vice ? (1). … Et puis non, gardez vos secrets, après tout la clandestinité fait partie de la jouissance ; de toute façon la vraie question n’est pas là.

Car la citation d’Alain pose cette autre question : pourquoi sommes-nous vertueux ? Et voilà ce que suggère Alain : nous voulons gagner sur tous les tableaux ; avoir, comme on dit, le beurre et l’argent du beurre ; la conscience tranquille de l’homme vertueux et la jouissance du vicieux. Pas très moral, ça. Mais il y a pire. Selon Alain, nous voudrions que la satisfaction de nos vices soit attachée à notre vertu comme sa récompense, j’allais dire, que le vice soit le mobile de la vertu. Comment peut-on oser demander une chose pareille !

Mais attendez : voilà un scandale pire encore que le précédent : qu’importe que nos plaisirs soient innocents ou coupables, il suffit que nous admettions que nous ne pratiquons la vertu que pour en être récompensés : là est la faute. On ne peut se réfugier dans le relativisme, du genre « le vice des uns est la vertu des autres ». C’est l’idée même de récompense qui est vicieuse : se conduire moralement exclut l’attente de la récompense.

Kant a même pris la peine d’en faire la théorie : on ne peut être vertueux que par devoir, et toute idée de récompense de la vertu (et qu’importe alors que ce soit une récompense vicieuse) ne doit être qu’une possibilité et non le mobile de notre action. La vertu me rend digne d’être heureux dit Kant. Mais je ne peux être vertueux pour être heureux.

Et donc la question initiale : pourquoi sommes-nous vertueux ? admet une réponse : nous ne sommes pas vertueux par aspiration au bonheur (même si ce n’est que la fierté d’avoir bien agi), mais par respect pour la loi morale. Un exemple ? Si je dois secourir mon prochain par respect pour l’humanité qu’il incarne, je dois le faire quelque soit le prochain en question : que ce soit un gentil citoyen ou un pouilleux infecte, c’est tout pareil.

Voilà. Vous ne direz plus que les philosophes ne s’intéressent qu’aux questions. La réponse, vous venez de la prendre, en plein dans la conscience !


(1) Et ne me dites pas que c’est un petit carré de chocolat avant de vous coucher ; ça ne marchera pas.