Monday, July 25, 2016

Citation du 26 juillet 2016

Nous nous plaignons de notre ignorance, mais c'est elle qui fait presque tout le bien du monde : ne prévoir pas, fait que nous nous engageons.
Bossuet – Œuvres complètes (édition 1863)
L'ignorance et la bêtise du peuple font la force du dictateur.
Jdan Noritiov

Que penser de l’ignorance ? D’un côté on la rejette, parce qu’elle paraît complice des dictateurs qui assoient leur domination sur la croyance en leur pouvoir démiurgique ; de l’autre on l’apprécie – par exemple quand on évite de dire à quelqu’un qu’il est désigné pour mourir bientôt ; ou encore quand on refuse les tests qui révèleraient une prédisposition génétique à une maladie incurable : c’est qu’alors l’ignorance est une condition de la vie normale.
Imaginons que par magie on puisse lire le « Journal du lendemain », et que celui-ci annonce à son lecteur son propre décès ; celui-ci serait-il allé tranquillement travailler comme chaque jour ? Et qu’est-ce qui se passerait dans les étables si les cochons savaient que la bétaillère pour l’abattoir arriverait le lendemain ? (1)
Mais il y a plus : ne pas savoir, ne pas prévoir, ce n’est pas seulement le secret du bonheur ; c’est aussi, comme le dit notre Auteur-du-Jour, que l’ignorance encourage l’engagement : comme nous imaginons facilement que l’avenir nous sourira, l’ignorance de ce qu’il nous réserve véritablement nous aide à formuler des projets que nous tenterons de réaliser.

Oui, bien heureux l’ignorant ! Si de surcroit il a foi en un Protecteur qui étend sur lui sa Providence, alors il s’en remet à lui : Inch’Allah ! A quoi bon se soucier de l’avenir ? Fais ce que tu dois, et quand au résultat remets en au Seigneur-Dieu.
L’ignorance est une grâce.
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(1) Voir (ici) le film Babe, le cochon devenu berger

Sunday, July 24, 2016

Citation du 25 juillet 2016

Petite communauté de quelques dizaines de personnes, la communauté juive d’Apt ne survécut pas à une émeute en 1348 : on lui reprochait d’être responsable de la peste noire qui sévissait alors.
Inscription sur le Portail au Mascaron – Apt (Vaucluse)
  

Œdipe, jugé responsable de la peste qui frappa Thèbes dans un passé mythique, a été chassé de la ville après avoir eu les yeux crevés. Combien de Juifs ont été, comme à Apt, massacrés parce qu’on les a crus responsables de la peste : n’avaient-ils pas la réputation d’être des empoisonneur de puits ?
- L’histoire ne serait donc qu’un éternel recommencement ?
Je me posais cette question en écoutant récemment les commentaires d’observateurs britanniques à propos de la désillusion consécutive à la sortie de leur pays de l’Europe Unie. Ces gens, disent-ils, ont été victime d’une campagne électorale mensongère ; ils ont cru que les « étrangers » étaient responsables de leurs malheurs, qu’ils leur prenaient leur travail et la place de leurs enfants dans les écoles. Ils voient maintenant, alors qu’on leur annonce les milliards perdus en Bourse et les entreprises qui font leurs valises, qu’ils ont été victimes avant tout de leur propre ignorance.
Oui, quand le malheur s’abat sur une communauté elle a tôt fait de trouver un bouc émissaire ; et bien sûr le faible, le différent, l’inassimilé est le premier à être désigné. Peu importe qu’il soit où non véritablement responsable : qu’a-t-on à faire de la vérité ? L’important est que le malheur ne reste pas invengé. Si cette histoire se répète depuis la lointaine antiquité, c’est que ces passions primitives une fois débusquées ne disparaissent pas pour autant : le malheur qui nous frappe est toujours une injustice parce qu’on le croit toujours l’effet d’une intention. Si je suis malade, c’est que quelqu’un m’a contaminé ; viré de mon travail, c’est bien sûr l’effet d’une jalousie ; incapable de finir le mois sans être en découvert : c’est la faute de ces travailleurs détachés qui font chuter les salaires.
o-o-o

Mais on n’a pas encore tout dit : Œdipe était un brave garçon, bien propre sur lui, et rien de le désignait à première vue comme le criminel suscitant le courroux divin. Par contre, si quelques personnes me sont odieuses parce que différentes, avec une peau colorée autrement que la mienne – et qu’en plus elles ne fréquentent pas l’Eglise de Dieu, alors il faut nécessairement qu’une telle abomination produise le Mal. Il n’y a plus qu’à attendre : le premier fléau venu fera l’affaire.

Saturday, July 23, 2016

Citation du 24 juillet 2016

Si c’est gratuit, c’est vous le produit. 
Anonyme (Généralement cité à propos des Big-data)
There ain't no such thing as a free lunch », (« Un repas gratuit, ça n'existe pas »)
Robert A. Heinlein – Révolte sur la Lune (1966)
La méfiance à l’égard de la gratuité est une sage précaution de méthode : lorsqu’un tract publicitaire l’annonce, on se dit : « Attention ! Piège à cons ! » Et on a bien raison, mais ce qui serait plus intéressant, c’est de savoir comment marche ce piège. C’est là que les grandes entreprises du Web brillent par leur inventivité : ce que nous leur donnons en échange de leur services « gratuits », c’est nous-mêmes ! Oui, nous dans les mille petits détails de notre vie, quand nous cherchons l’heure d’un train, quand nous envoyons un SMS à nos amis depuis notre Smartphone, ou quand nous achetons une petite robe pour l’été. Certains dirons que si on peut nous connaître en ne sachant que cela c’est que nous sommes devenus bien minables. Peut-être. Mais dans la mesure où c’est notre argent qui intéresse les manipulateurs de Big-data, inutile pour eux de savoir quelle est notre religion ni quelle sorte d’émotion nous ressentons en aspirant à pleins poumons l’air frais du petit matin.


Quand on nous dit : « C’est vous le produit », c’est cela que nous avons du mal à comprendre : c’est aussi que nous ne nous connaissons pas très bien. Car, sinon, nous saurions à quoi nous consacrons notre argent. Ce qu’on peut vendre de nous (ce par quoi nous sommes donc un produit), c’est cette mince interface, qui nous relie au monde extérieur, du moins au monde économique extérieur ; ces besoins de petits riens, ces désirs qui font dire de nous que nous sommes bien « matérialistes » : car suppose-t-on, nous serions intéressés uniquement par ce qui s’achète et qui se vend. Les critiques « soixante-huitardes » de la société de consommation disaient que la pub nous manipulait et qu’elle nous dénaturait en nous faisant croire que nous serions plus Beaux, plus Grands, plus Forts grâce aux produits du commerce. Aujourd’hui tout ça, c’est terminé : non pas dépassé, mais bel et bien acquis. Plus besoin de faire de la publicité pour une gamme de produit. Nous sommes déjà déterminés à acheter ceci ou cela et c’est notre comportement quotidien qui le révèle ; il ne reste plus qu’à nous persuader d’opter pour telle marque plutôt que pour telle autre.

Friday, July 22, 2016

Citation du 23 juillet 2016

Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles, / Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles / L'enveloppe. Étonnée, et loin des matelots, / Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine. / Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Chénier – La jeune Tarentine (Lire l’intégralité du poème ici)
Voilà donc une histoire bien triste : une jeune Tarentine (= jeune fille originaire de Tarente en Italie) navigue : elle va retrouver son amant pour l’épouser, elle s’est parée et parfumée rien que pour cela. Elle est maintenant à la proue du vaisseau invoquant les étoiles et sans doute guettant aussi le port. Mais un méchant coup de vent survient : elle tombe à l’eau. Elle ne sait pas nager, elle roule sous la vague, et voilà comment le sculpteur l’imagine au sein des flots :


La Jeune tarentine par Alexandre Schoenewerk (1871) – Musée d’Orsay

Ah… Un si beau corps pétrifié par la mort, quelle tristesse !
Mais quand même, la Jeune Tarentine aurait bien dû se méfier : à chaque fois qu’une jeune fille est à la proue d’un vaisseau, ils se passe quelque chose de tragique : ou bien elle tombe à l’eau, ou bien le bateau coule.
Vous ne me croyez pas ? Regardez plutôt ceci :


Titanic – Film de James Cameron –1997

Thursday, July 21, 2016

Citation du 22 juillet 2016

Chacun peut gouverner lorsque la mer est belle. (In tranquillo esse quisque gubernator potest) 
Publilius Syrus
Commentaire 2
Nous disions hier : « Le bon capitaine est donc celui qui a de bonnes cartes, qui sait où il veut aller et pourquoi… Encore faut-il que la mer soit belle. »
Notre Capitaine-Président est donc au gouvernail du Vaisseau-France (1). Admettons que pour lui la destination soit parfaitement balisée ; il se peut encore qu’une avarie ou un orage, un tremblement de terre, etc. l’oblige à changer de cap et à venir s’abriter dans un port imprévu. On dira même que le meilleur capitaine est justement celui qui est capable de trouver une nouvelle escale quand la destination prévue est impraticable.
Tel doit être le bon chef d’Etat. Quant à nous, nous avons eu (et nous avons encore) un pilote qui a gouverné la France en disant : « Le temps se gâte mes chers concitoyens. La crise est majeure et nous empêche de naviguer comme prévu. Certes nous sommes en haute mer et la tempête fait rage. Mais a vouloir rallier un port nous risquerions l’avarie : ne bougeons plus, affalons les voiles et attendons – ça va se calmer. »
Quand le beau temps est revenu, notre Capitaine-Président nous a dit : « Ça vamieux ! Le bateau a supporté quelques avaries, mais grosso modo il est encore en état de naviguer. »
Mais où est passée l’escadre dont nous faisions partie ? Les autres navires ont pris le risque de naviguer vers un port de fortune où ils ont pu s’abriter et les voilà prêts à prendre le large alors que nous en sommes encore à chercher un refuge où remettre en état notre vaisseau.
- Quand il faut choisir un capitaine, il faut lui demander comment il fera quand tous les pronostics sont pris en défaut et que l’initiative du chef s’avèrera décisive. Innover sans bricoler : voilà un critère de choix !
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(1) On me saura gré, j’en suis sûr, de ne pas reprendre à mon compte l’expression « Capitaine de pédalo » osée par Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de notre actuel Président.