Thursday, May 22, 2008

Citation du 23 mai 2008

Ce n'est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons ; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable …; c'est la vie qui dissout l'amour.

François Mauriac – Le désert de l'amour

Il est vrai que Mauriac parle ici plus particulièrement de l’amour, mais pour une fois il me semble que le couple amour/mort est moins pertinent que celui de jeunesse/mort :

– Vous voulez rester jeune ? Mourez jeune.

Il y a des paradoxes qui se dissipent en même temps qu’ils nous apparaissent : celui-ci en est un. Reste à comprendre ce qui se passe.

Pour dire les choses d’une façon un peu abrupte, il faudrait affirmer que l’éternité est celle du souvenir, et que rien d’autre de ce qui est humain n’est éternel. Nous serons à jamais – si toute fois nous accédons à cette forme d’éternité – cette image que les autres auront fixée de nous, et qu’ils transmettront aux autres générations. Si cette image est celle d’un jeune être qui n’a pas eu le temps de vieillir, alors c’est elle qui sera « à tout jamais » notre image.

Deux observations :

1 – D’abord on a un peu ici l’idée du péché mortel, celui qui scelle notre destin post-mortem dès lors que nous mourons juste après l’avoir commis et avant de nous en être repentis. Nous resterons pour l’éternité définis cette faute qui nous a damné.

2 – Ensuite, on comprend vite que le souvenir que nous laisserons derrière nous n’a guère de chance de survivre à nos enfants, au mieux à nos petits enfants. Vous avez le souvenir de votre arrière grand-mère, vous ?

Conséquence : si vous voulez être immortel, laissez des œuvres qui vous incarnent : Homère avec l’Iliade, Michel Ange avec la Sixtine, etc…

Oui, mais alors, la jeunesse ? Ce n’est pas mon œuvre que je veux immortelle, c’est MOI, moi JEUNE !

C’est très simple : créez une œuvre géniale très jeune et puis disparaissez à 20 ans, comme Evariste Gallois.

Vous avez passé l’âge ? Pas grave : attendez votre prochaine réincarnation.

Wednesday, May 21, 2008

Citation du 22 mai 2008

Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on est heureux qu’avant d’être heureux.

Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse,

La paix fait partie de la béatitude non dans son essence, mais comme un antécédent et une conséquence. (...) Elle est conséquente parce qu'ayant obtenu la fin ultime, l'homme reste apaisé dans le repos de son désir

Thomas d'Aquin – Somme théologique

Voilà : le philosophe est habitué à ces débats entre des auteurs pardessus les siècles, mais pour tout un chacun, ce genre de rencontre est habituellement assez stérile.

Pourtant on a ici la preuve que, sur des questions éternelles comme le bonheur, on arrive à découvrir des positions assez instructives.

Au fond, ce qui frappe ici c’est que Rousseau fait ressortir par son absence l’importance de la béatitude. L’homme heureux de Rousseau est celui qui jouit en imagination ; c’est dans le fantasme que se trouve le bonheur, et c’est bien ce que savent les publicitaires qui, comme Séguéla, se vantent de vendre du rêve : que voudriez-vous acheter d’autre ?

Dans la béatitude par contre, comme le dit encore Thomas d’Aquin la volonté se repose dans la fin dont elle jouit.

Je vous sens intrigué : la béatitude ça existe vraiment ? Vous pourriez donner un exemple ?

Un exemple ? Ecoutez une aria de Mozart ou admirez un but de Pauleta (1) : la béatitude à la quelle vous parvenez se concrétise dans le fait que vous pourriez regarder ou écouter en boucle sans que jamais votre plaisir diminue. Analysez maintenant ce qui se passe : êtes-vous dans le désir ? Non puisque ce que vous n’avez, le temps de cette jouissance, rien à désirer de plus - sinon que ça dure indéfiniment ; et justement ça peut durer indéfiniment, sans que jamais la lassitude ne s’installe.

Maintenant si vous n’êtes jamais encore parvenu à cet état de béatitude, ne vous découragez pas : ordinairement on considère qu’elle est le privilège des sages… ou des saints !

(1) Si vous avez le cœur solide regardez ça : il y en a 6 !

Tuesday, May 20, 2008

Citation du 21 mai 2008

Il vaut mieux des droits sur les denrées que des impositions. Un cordonnier à qui vous demanderez deux écus disputera tant qu'il pourra; et, si vous lui faites payer 25 livres de droits pour un muid de vin, il les payera sans s'en apercevoir, et gaiement.

Montesquieu - Mes Pensées

Montesquieu a l’art d’enfoncer des portes ouvertes : chacun sait aujourd'hui que l’impôt est impopulaire parce qu’on sort de l’argent de sa poche pour le donner à l’Etat, mais que la TVA nous indiffère parce qu’on ne sait jamais combien on donne à chaque achat.

L’impôt fait souffrir, et c’est pour ça que Montesquieu lui préfère les taxes. Certains aujourd’hui proposent le prélèvement de l’impôt à la source pour éviter justement ces contestations, d’autres le refusent justement pour les rendre possible.

Ajoutons que Montesquieu ne parle pas de l’impôt progressif sur les revenus, qui eux ne peuvent pas être calculés comme des taxes sur le coût d’un produit, mais sur un certain état de la fortune. Il n’en parle pas parce que ça n’existe pas à son époque, ou du moins que les tentatives faites pour l’instituer se sont soldées par un échec : une société de privilégiés est une société où les plus riches – ou les plus puissants – sont précisément exemptés de l’impôt.

Aujourd’hui le débat entre plus de taxes ou plus d’impôt est un débat centré sur la justice fiscale et sur la solidarité entre les citoyens.

Heureusement que 2 siècles de démocratie et de républicanisme se sont écoulés…

Quoique… Vous avez suivi le débat sur la suppression des niches fiscales ? Vous avez vu par quoi ça s’est soldé ?

Monday, May 19, 2008

Citation du 20 mai 2008

J'étais arrivé à ce point d'émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.

Stendhal

- Alors Kévin, qu’est-ce que tu fais-là, à la terrasse du Flore au lieu de réviser ton bac ?

- Ouahou ! Mate un peu la meuf… Comment qu’elle est belle… On dirait un Top Model.

- Attention Kévin, tu es trop jeune encore pour le savoir, mais contempler la beauté n’est pas sans risques. Tu connais Stendhal ?

- Qui ça ? Sandale ? Connais pas.

- Stendhal a découvert que la beauté pouvait provoquer un désordre psychosomatique qu’on a depuis appelé syndrome de Stendhal : tiens écoute ce qu’en dit le dictionnaire :

« Le syndrome de Stendhal est une maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge de chefs-d'œuvre artistiques. Cette perturbation est assez rare et touche principalement des personnes trop sensibles. Ce syndrome fait partie de ce qu'on peut appeler les troubles du voyage ou syndromes du voyageur. »

- Qu’est-ce que tu viens me casser les pieds avec ton syndrome de Stendhal ? Mater une meuf, ça fait de l’effet, oui, mais c’est pas ton Stendhal qui va me l’apprendre.

- Mais Kévin, Stendhal parle de la beauté suffocante des œuvres artistiques, celles qu’on trouve dans les Eglises ou les musées, et pas spécialement à la terrasse du Flore.

Il faut que tu le saches, Kévin, la beauté n’est pas exclusivement ce qui te met en heureuse disposition sexuelle.

- La beauté, c’est une belle fille voilà tout. Et tu sais qui c’est qui a dit ça ? Hein ? C’est mon prof de philo. Même qu’il a dit qu’il avait trouvé ça chez Platon dans son bouquin sur un type nommé Hippias. (1).

Alors là ton Stendhal, il peut toujours nous parler de ses Musées et de son syndrome, Son syndrome c’est qu’il a vu une meuf et qu’il a envie de lui mettre un bon coup de …

-…Tais-toi Kévin !

(1) Platon Hippias majeur - 287e

Sunday, May 18, 2008

Citation du 19 mai 2008

Nous avons eu Dieu, la raison, la nation, le progrès, le prolétariat. Il fallait aux sauveteurs un radeau de sauvetage. Voilà donc, pour les aventuriers de l'Arche Perdue, les droits de l'homme comme progressisme de substitution.

Régis Debray - Que vive la République

Tiens ? Voilà les aventuriers de l’Arche perdue de retour ? C’est l’effet Festival de Cannes sans doute…

Les droits de l'homme progressisme de substitution. Que ceux qui se frottent les yeux en se demandant s’ils ont bien lu ne s’étonnent plus et qu’ils sachent (ou qu’ils se rappellent) qu’en Mai-68, les droits de l’homme et la démocratie avaient très mauvaise presse :

- que la dictature du prolétariat, était évidemment revendiquée comme un progrès,

- que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen était impitoyablement dénoncée comme idéologie bourgeoise.

Bon. Mais c’est vrai que Régis Debray met justement le prolétariat sur le même rang que Dieu ou les Droits de l’homme et que – surtout – son ouvrage date de 1989.

Ce qu’il réclame, c’est le renouveau de l’esprit républicain. Puisqu’un peuple n’existe que par l’unanimité d’un projet, et que cette unanimité ne peut naître que du débat, alors les principes des Droits de l’Homme sont totalement insuffisants. Pour Régis Debray on ne va pas réunir politiquement le peuple autour d’un idéal pareil, les Droit de l’h