Sunday, December 21, 2014

Citation du 22 décembre 2014

L'obligation d'orgasme, n'est-ce pas ce qui empoisonne les relations des hommes et des femmes ? Sous pression, ils se contraignent à y parvenir, transformant un moment gratuit, libre, inutile, en une compétition qu'il faut gagner.
Eric-Emmanuel Schmitt – Les Perroquets de la place d'Arezzo (2013)


Miss.Tic – Don d’orgasme

--> Hier solstice d’hiver. C’était aussi la Journée mondiale de l’orgasme : initiée par deux pacifistes, elle stipule que tout ceux qui s’y associent donnent/éprouvent un orgasme pour décharger les tensions haineuses ou violentes génératrices de conflits.
Tous ensemble, tous ensemble, faites l’amour.

…Oui, mais ça, c’était hier. Et si vous avez loupé le coche, vous pourriez penser que vous n’avez plus qu’à attendre le 21 décembre 2015 pour remettre ça ??? Horreur !
Du calme, s’il vous plait ! Si l’on ne copule pas tous ensemble, on peut quand même donner à sa douce compagne le bonheur du plaisir et, suivant le conseil d’ Eric-Emmanuel Schmitt, on peut aussi se rappeler que l’orgasme n’est ni une obligation, ni un tabou. Il est ce qu’on donne à l’autre gratuitement, comme n’importe quel don, et non pas pour être reconnu et recevoir le Phallus d’Or.


De toute façon vous avez une session de rattrapage : allez au Japon le 1er dimanche du mois d’avril (Tiens ! Ça tombe le jour de Pâques : il va falloir choisir) – Bref, au Japon, c’est le jour du "Kanamara Matsuri", littéralement "le festival du phallus". La principale attraction : un défilé de pénis géants à travers la ville. A voir ici.
On trouve une version longue ici.

Saturday, December 20, 2014

Citation du 21 décembre 2014

Je bande donc je suis
Les Fauteuses de Trouble – (Blog féministe)
Rigidité: Ce qui prouve que l'on est mort ou que l'on est en vie avec envie.
Robert Scipion (Définition de mots-croisés)
Non, non, non, non, Saint Eloi n'est pas mort (bis) / Car il bande encore (bis)
Le pou et l’araignée (chanson de carabin – à écouter ici, chanté par des carabines)

Robert Scipion, auteur de mots-croisés et de célèbres définitions (voir celles-ci), nous donne l’opportunité de revenir avec le sourire sur la formule répercutée par les Fauteuses, formule qui m’avait fait un peu tiquer lorsque je l’avais brièvement évoquée (c’était le 18décembre).

Voici le problème : pour Robert Scipion la rigidité est une preuve de désir – ce qu’on ne lui contestera pas. C’est aussi une preuve que, comme saint Eloi, on est encore en vie (car malgré l’ultime érection des pendus, on se doute bien que ça ne doit pas durer). Donc il faudrait corriger la formule : « Je bande donc je suis » en « Je bande donc je suis vivant ». Mais est-elle la preuve de mon existence comme être conscient et pensant – une sorte de « cogito » qui confèrerait une force ontologique à la bandaison ?
--> Et si on devait prendre au sérieux cette formule citée par les Fauteuses de trouble ?
Descartes aurait-il dû écrire : Turgeo ergo sum. (1) Pourquoi ?
N’oublions pas que le cogito apparait au moment ou Descartes est en plein doute : que sais-je, dit-il, si je ne rêve pas que j’ai des mains, des pieds et même un corps ? Il se peut que je n’aie rien de tout cela et que mon corps ne soit rien qu’une fausse idée, une illusion comme celle de ces fous qui imaginent qu’ils sont des cruches ou qu’ils ont un corps de verre. Donc je n’ai ni pied, ni mains – et donc pas de pénis: comment pourrais-je bander ? Je ne pourrais au mieux que rêver que je bande.
- Oui, mais voilà : et si le rêve de la bandaison me tirait du néant : rêver de bander, n’est-ce pas la même chose que bander réellement ? J’entends bien que pour bander il faut avoir un corps. Mais, cela suffit-il ? Descartes pense que le rêve doit s’effacer au moment où la réalité s’affirme. Mais le rêve n’est-il pas indispensable à l’érection ? Et si ce n’est pas le rêve ce serait alors le fantasme qui lui est étroitement lié.
-------------------------------

(1) Turgeo : être gonflé, enflé, plein de… (Gaffiot p. 1614)

Friday, December 19, 2014

Citation du 20 décembre 2014

Le verbe aimer est difficile à conjuguer: son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur est toujours conditionnel.
Jean Cocteau
Encore une citation sur l’amour ! Ce Blog en compte déjà plus de 80, sans parler des amants et de l’amitié… N’en jetez plus !
- J’entends bien, mais outre le fait qu’on n’a jamais tout dit de l’amour, il y a le fait que Cocteau nous livre ici une citation comme on les aime : rhétoriquement bien balancée, pleine de vérité – mais aussi pleine de brume.
o-o-o
Amour : son passé n'est pas simple. Cocteau parle-t-il de l’amour au passé, celui qui autrefois bouleversa notre vie, ou du passé de l’amour – autrement dit son origine ? Selon moi, c’est plutôt cela : l’origine de l’amour n’est pas simple, entendons qu’il a toujours plusieurs origines. Voilà donc l’idée : le sentiment amoureux se donne comme un tout inanalysable (« parce que c’était lui, par ce que c’était moi »), mais il résulte d’une alchimie complexe (qui aboutit à une cristallisation – toutefois dans un sens différent de celui de Stendhal)
Amour : son présent n'est qu'indicatif. Ça, c’est déjà plus facile : le sentiment amoureux inclut l’intuition de l’éternité, mais tout dans l’être humain n’est que fugitif et temporel. En nous, l’avenir est foi : en nous levant le matin nous sommes persuadés que nous serons encore de ce monde le soir… et que nous aimerons plus que tout notre petite femme à qui nous faisons la bise en partant bosser… Peut-être n’est-ce qu’une illusion, mais elle est nécessaire pour vivre.
Amour : son futur est toujours conditionnel. « Mon amour, je t’aimerai toujours si… »
Hum… voilà une étrange formule : à quelle conditions l’amour est-il donc suspendu ? Plus encore : l’amour tolère-t-il la conditionnalité ? Car si c’est le cas, alors il faut admettre qu’il soit contractuel : « Mon amour, je m’engage à t’aimer tant que… » :
- tant que tu seras belle, jeune, désirable etc…
- tant que je n’aurai rencontré personne de mieux que toi
- tant que je le voudrai.
--> Alors là, deux possibilités :
- ou bien vous dites que l’auteur de ces lignes écrit n’importe quoi.
- Ou bien vous le remerciez d’oser dire – avec Jean Cocteau – ce que tout le monde
ressent sans oser le penser.

Thursday, December 18, 2014

Citation du 19 décembre 2014

« Notre prochain, ce n'est pas notre voisin, c'est le voisin du voisin », ainsi pensent toutes les nations.
Nietzsche – Le Gai Savoir (1887)
1ère lecture :
… Ou peut-être « le voisin du voisin du voisin – etc. »
Bref : notre prochain nous paraît intéressant parce qu’il est un « voisin », sans savoir de qui. Mais si possible, faisons qu’il soit quand même assez lointain pour ne pas être connu – et surtout pour ne jamais risquer de le rencontrer !
2ème lecture :
L’amour du prochain, c’est Jésus qui en parle le mieux. Ecoutons-le : lorsque le Docteur de  la loi lui demande « Qui est mon prochain ? », Jésus lui répond par la Parabole du Bon Samaritain (texte en Annexe).
L’avantage avec cette parabole, c’est qu’on n’a vraiment pas besoin de la commenter : elle parle d’elle même. Mon prochain c’est l’Homme, c’est à dire tout homme, même le plus étranger, même le plus  humble, même le moins engageant.
Car, quand on veut savoir qui est notre prochain, c’est la charité qu’il faut prendre pour boussole. Et c’est effectivement un bon filon, qu’on peut suivre pour arriver jusqu’à la Justice, comme le prouve cette citation de Proudhon :
« La justice c’est le respect spontanément éprouvé et réciproquement garanti, de la dignité humaine, en quelque personne et dans quelque circonstances qu’elle se trouve compromise, et à quelque risque que nous expose sa défense. » Proudhon – De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise.
Radical, n’est-ce pas?
-----------------------------
Parabole du Bon Samaritain :
- Un docteur de la Loi, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?
- Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort.
Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.
Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre.
Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit.
Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui.
Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ?
C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. (Luc, 10 30-37)

On peut lire aussi ceci

Wednesday, December 17, 2014

Citation du 18 décembre 2014

C'est son prochain qu'il faut aimer comme soi-même. Les autres, c'est facile. Ils sont loin.
 Henri Jeanson
Loin des yeux, près du cœur ? Est-ce pour cette banalité que j’ai retenu cette citation ?
Peut-être, mais pas seulement. Car, s’il est vrai qu’on aime lorsque les défauts de l’être aimé se sont estompés dans le lointain du souvenir – et donc que ce sont les morts qu’on aime le plus – la dénonciation de Jeanson est un peu plus cinglante.
C’est qu’on n’aime pas forcément – voire même du tout – quand on dit qu’on aime. Je m’explique : certes quand je dis à la femme qui est blottie contre mon épaule : « Chérie, je t’aime », ça m’engage et si je ne le pense pas je me prépare bien des soucis, voire même des remords si j’ai une conscience. Mais supposons qu’elle soit loin, très loin de moi ; supposons que je lui écrive des lettres d’amour (comme on le faisait autrefois) ; n’est-ce pas là que je vais imaginer les déclarations d’amour les plus enflammées… mais aussi les plus sincères ? Quand nous lisons les lettres qu’Apollinaire écrivait à Lou, ou Diderot à Sophie, qu’est-ce qui nous frappe ? C’est bien sûr la force de cet amour, qui peut durer aussi longtemps que durera cette correspondance, près de 15 ans dans le cas de Diderot. (1)
Bref : on le devine, l’idée c’est que l’amour n’a pas besoin de la présence de l’autre pour vivre. Il a besoin d’imagination, et pour ça, il n’est pas nécessaire de faire appel au réel.

Alors, ça ne vous rappelle rien ? On prétend que l’ère du numérique a disloqué les rapports humains, qu’au lieu de parler à nos voisins réels, nous préférons parler à des amis virtuels, que les rapports amoureux sont devenus à la fois plats et inauthentiques, avec cette appli GPS qui nous permettent, au lieu d’accompagner notre copine qui fait les soldes,  de savoir dans quel magasin elle est entrée.
Mais en réalité, en virtualisant les rapports humains, en démultipliant les « amis » que vous ne rencontrerez jamais, peut-être n’avez-vous pas seulement développé tous ceux qui sont pour vous des « prochains-lointains » ? Peut-être avez-vous aussi découvert, sans même y songer, une nouvelle façon d’aimer les gens ? N’y a-t-il pas dans ces amis, des gens avec les quels vous avez de chauds et réconfortants échanges ? Des amis Facebook avec les quels vous partagez plus de valeurs et de rêves qu’avec … certains de vos amis retrouvés chaque jour à la machine à café ?
D’ailleurs, si jamais vous rencontriez vos amis-Facebook, pensez-vous que ça donnerait quelque chose de plus ? Qu’en savons-nous ? En tout cas personne ne réclame de rencontrer tous ces gens avec qui on a d’affectueuses relations – virtuelles !
--------------------------------------------
(1) « Qu’est-ce que les caresses de deux amants, lorsqu’elles ne peuvent être l’expression du cas infini qu’ils font d’eux-mêmes? Qu’il y a de petitesse et de misère dans les transports des amants ordinaires ! Qu’il y a de charmes, d’élévation et d’énergie dans nos embrassements. » (Diderot – Lettre du 2 juin 1759)  Lisez donc ce Post qui consacre quelques lignes à cette correspondance sous le titre : Monologue à deux voix

Tuesday, December 16, 2014

Citation du 17 décembre 2014

Ne te porte jamais caution.
Thalès de Milet – Apophtegme (1)

Votre fiston est entré à la fac en septembre et vous avez dû vous porter caution pour son appart. Vous avez pensé que, de toute façon ça ne changerait pas grand-chose, puisque c’est vous qui payez.  Erreur ! Vous auriez dû écouter ce conseil de Thalès : ce n’est pas pour rien que son apophtegme a traversé les millénaires pour parvenir jusqu’à nous. On y a trouvé une vérité suffisamment évidente pour la retenir et la transmettre à travers les siècles.
Ne haussez pas les épaules comme si les vieilleries de la Grèce antique ne nous concernaient pas, surtout quand il s’agit d’affaires d’argent : après tout la Grèce d’aujourd’hui est bien contente de trouver des gens qui se portent caution pour elle. Bien sûr – mais quand même, c’est la preuve que la question demeure.
Quant à nous, comment faire avec ces grigous des Agences immobilières ? On est faits comme des rats entre leurs pattes crochues.
Certes. Mais que ça ne nous empêche pas de réfléchir à la vérité qui s’énonce dans cette sentence : s’il ne faut pas se porter caution, c’est parce que nous ne maitrisons pas l’avenir. C’est là tout le problème de la finance : à quel taux engager son argent sur 20 ans alors qu’on ne sait même pas quel sera le taux bancaire l’an prochain ? Qu’on soit obligé de le faire pour soi-même, passe encore. Mais le faire à titre de caution solidaire, voilà ce que la sagesse déconseille. En tout cas Thalès n’oublie pas que la finance et l’altruisme, sont deux choses différentes.
o-o-o
Revenons à la réalité d’aujourd’hui : Thalès, malgré ce qu’on dit de lui (2), ne savait pas tout en matière de finance. Car tout dans l’économie financière repose sur l’incertitude concernant l’avenir. Comment espérer accroitre ses gains, sinon en faisant des placements que d’autres n’auront pas faits ? Au point que la Police de la bourse condamne le « délit d’initié » : la règle du jeu boursier c’est que tout le monde soit placé sous le même « voile d’ignorance » (Rawls)
-----------------------------
 (1) Un apophtegme (du grec ancien ἀπόφθεγμα / apóphthegma : « précepte, sentence ») est un précepte, une sentence, une parole mémorable ayant valeur de maxime. Voir ici.

(2) Voici l’anecdote qu’on rapporte à son propos : « Irrité des remarques de quelques concitoyens à propos de sa sagesse qui ne lui avait pas apporté la richesse, il voulut démontrer qu'on pouvait facilement et rapidement devenir riche: il s'appropria le contrôle absolu des pressoirs à olives de son pays, au moment où il jugea que la récolte des olives serait très abondante et, ainsi, il put imposer le prix qu'il voulait à tous ceux qui devaient utiliser ses pressoirs, ce qui lui rapporta une fortune en une seule saison. Puis ayant prouvé son point de vue, il abandonna ses affaires et retourna à ses occupations d'ordre philosophique et mathématique. »