Monday, December 05, 2016

Citation du 6 décembre 2016

- Qu'y a-t-il dans un nom ? / Ce que nous appelons rose, / Par n'importe quel autre nom sentirait aussi bon.
Shakespeare – Roméo et Juliette
- Dans la langue, il n’y a que des différences, sans terme positif. 
Saussure – Cours de linguistique générale
- Traduction du mot «/rose/ » :
Anglais : pink / Basque : arrosa / Afrikaans : pienk / Chinois : Fěnhóng sè
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Il est inutile de vouloir, comme Cratyle, sonder les sonorités des mots pour découvrir leur sens. Seul compte l’exigence de sens, autrement dit, ce que nous voulons savoir c’est si (par exemple) le chinois qui dit « fěnhóng sè »
            1) pense à quelque chose que ce son désigne,
            2) et de quelle chose il s’agit.
Tout le reste n’est que poésie – ce qui n’est pas rien, il est vrai.

J’en étais là de mes réflexions, me disant que j’étais vraiment entrain d’enfoncer des portes ouvertes quand cette phrase de Pascal m’est revenue en mémoire : «  La coutume est une seconde nature, qui détruit la première». (1)
Oui, et en effet, si nous nous amusions à permuter les mots en accolant à leur signifiant le signifié d’un autre, on aurait quelque chose de très choquant (peut-être drôle mais choquant quand même), alors même que nous serions seulement entrain de passer d’une convention à une autre.
Exemple : appelons « rose » les wc et « wc » la rose et disons : « Avez-vous senti comme les wc du jardin sont parfumés ? » - Ou bien: « Refermez correctement les roses, ce n’est pas présentable ! » Et pourtant, en toute rigueur, si les mots sont des conventions, il est très légitime de les permuter ainsi. Mais on sent bien que ce n’est pas vrai : même averti de l’opération (pour un langage secret comme aiment à en faire les enfants) on reste fortement liés à cette habitude et les mots sont comme imprégnés du sens qui leur est habituellement accolé. Ainsi, dès que l’on passe à l’étranger, les sonorités particulières prises par les noms propres nous surprennent désagréablement (comme London pour Londres ou Beijing pour Pékin).
Saussure parlait d’arbitraire à propos de caractère contingent du rapport signifiant/signifié : c’est un fait culturel bien ordinaire, et pourtant nous ne le considérons pas comme tel, surtout lorsque sortant du domaine du langage, on passe à d’autres conventions toute aussi arbitraires. Faut-il donc s’habiller de noir pour un deuil, de blanc pour une femme qui se marie alors qu’au Mexique on enterre les gens en costume blanc et que les chinoises se marient en rouge.
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(1) On la trouve aussi chez Aristote (Ethique à Nicomaque) et aussi chez Montaigne (« L’accoustumance est une seconde nature, et non moins puissante. » Essais, Livre III, ch.10)
Et chez Pascal, Pensées frg 93 Brg

Sunday, December 04, 2016

Citation du 5 décembre 2016

Allons enfants de la Patrie / Le jour de gloire est arrivé !
Claude Joseph Rouget de Lisle – La Marseillaise


Marcel Gotlib – Super Dupont


Ah !... Gotlib est mort : quelle tristesse ! Comment ne pas avoir une pensée aujourd’hui, non seulement pour lui, mais aussi pour tous ces personnages qu’il a créés – et en particulier pour Superdupont, dont l'ombre plane au-dessus de  nos campagnes électorales :
Superdupont président !
Et si il y avait du vrai là-dedans ? S'il y avait quelques chromosomes de Superdupont dans chaque candidat à la succession de François Hollande ?
            - Un Valls, qui aurait nourri ses gènes ibériques avec du camembert et du pinard ?
            - Un Fillon qui porterait le célèbre béret sur ses cheveux gominés et qui aurait sous le bras la baguette de pain ?
            - Et Marine, n’aurait-elle pas la cocarde dans ses cheveux blonds et ne porterait-elle pas le plateau de la serveuse de cabaret : Supermadelon ?

Mais on l’a compris déjà : tout ça c’est du pipeau : on ne parle de la patrie que quand il faut faire des sacrifices. Un Superdupont qui se sacrifie tout seul ça n’existe pas : nous sommes tous des Superdupont.
Quand le jour de gloire est arrivé, il s’agit simplement d’aller se faire faucher par la mitraille en brandissant le drapeau de la Patrie.
Et aujourd’hui, pour sauver le Fraaaance il faut travailler 48 heures par semaine payer la Tva à 22% et adorer le Sacré Cœur de Jésus-Christ afin d’expier nos fautes.
Alors, Superdupont, on voudrait quand même y croire:

Au secours, Superdupont !

Saturday, December 03, 2016

Citation du 4 décembre 2016

Dimanche, le jour du Seigneur… Un peu de spiritualité ne vous ferait pas de mal, bande de mécréants !


Alors ils seront les deux une seule chair.
Genèse 2, 24
L’homme et la femme sont images de Dieu dans leur corps et dans leur âme. Quand donc l’homme et la femme s’aiment, c’est une image de Dieu qui aime une autre image de Dieu.
Paul Claudel


Chair Seigneur
Exposition photo de Rodolphe Viemont et Thomas Ozoux (Voir ici)

Cette photo est associée par Rodolphe Viémont, son auteur, à la citation de Claudel.
Il ajoute ce commentaire : « Il s’agissait alors pour moi de photographier un corps dénudé de femme, avec érotisme, avec le même mysticisme et esthétisme que lorsque je prie, pour faire de l’acte sexuel, banal pour certains, un acte de foi et plus globalement un acte de beauté. » - Rodolphe Viémont
Nous avions récemment (14 février) abordé la question de l’orgasme mystique, avec une certaine désinvolture tant il nous semblait que n’être qu’un attrape-minette destiné à faire accepter aux femmes avec extase ce qui n’était en réalité que violence destinée à leur faire subir des assauts sexuels dénaturés. Certes, la citation de Claudel nous encourage à aller encore dans ce sens, mais les commentaires du photographe Viemont éclairent d’une façon différente le sujet.
Ecoutons-le : « Contrairement à certaines autres religions qui dissocient Corps et Esprit, le christianisme unit ces deux entités dans la résurrection (des corps !), dans l’incarnation du Christ. Celui-ci s’est fait Homme, Fils de Dieu, Fils de l’Homme. »
La religion chrétienne unit fortement l’âme et le corps ; elle bénit donc aussi la copulation (1).
Oui, le christianisme a conçu l’amour à la façon platonicienne comme double union : puisque l’âme de chacun de nous est liée indissolublement à notre corps, notre amour de l’autre est également union avec son âme et indissolublement avec son corps. Le mépris de la chair présent dans certaines chapelles catholiques n’est pas fondamentalement chrétien ; l’acte charnel n’est pas seulement nécessité physiologique pour engendrer des petits êtres animés par le Seigneur ; il est aussi un acte de haute spiritualité où s’expérimente la fusion de deux âmes-corps.
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(1) Du verbe copuler signifiant en ancien français: unir, joindre. Et dans sa forme réflexive : s’unir.

Friday, December 02, 2016

Citation du 3 décembre 2016

« Le roi de France ne /se/ venge pas /des/ injures du duc d'Orléans. »
Mot qui aurait été prononcé par le roi Louis XII,
lors de son avènement au trône de France en 1498.
Magnanimité : vertu morale poussant à agir, de façon désintéressée et au mépris du danger, pour réaliser ou incarner un idéal.
La magnanimité de Louis XII (précédent duc d’Orléans) qui renonce aux vengeances qu’il pourrait exercer à l’encontre de ses anciens ennemis ne relève pas de quelque vertu morale, et encore moins d’une nouvelle alliance : elle est l’expression du dédain dans la quelle le Roi de France tient désormais de telles injures.
Lisons en effet la  Chronique d'Humbert Vellay (1592) : « /Louis XII affirma/ qu'il ne serait décent et à honneur à un roi de France de venger les querelles, indignations et inimitiés d'un duc d'Orléans, et qu'il oubliait le passé et les retenait pour ses bons et loyaux sujets »
On comprend alors qu’il n’est pas question de vertu mais au contraire de la conscience aigüe de sa valeur : devenu puissante, la victime de ces attaques cesse d’en être affectée car elles sont devenus trop petites pour être remarquées. Ce sont, pour utiliser une expression connue, « des piqures de moustiques sur le dos d’un éléphant ».
Mais cette explication de l’abandon de la vengeance amène aussi une autre conclusion : rappelons la tragédie de Corneille « Cinna (ou la clémence d’Auguste) ». Pour mettre fin aux violences dont le règne de Louis XIII a été l’occasion (1), Corneille établit que seul un pouvoir fort permet de pardonner les injures dont les nobles ont été responsables à l’égard de leur souverain, parce que celui-ci n’a plus rien à craindre s’il se montre magnanime : « Soyez très fort, vous pourrez pardonner les injures qui autrement vous auraient fait vaciller. »
Cette conclusion est valable également dans la vie politique intérieure du pays : la paix amène la paix quand elle signe l’épuisement de l’une des deux parties : la réconciliation nationale est alors possible. (2)
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(1) Il s’agit de la Fronde.
(2) Ceux qui voudraient y voir une allusion à l'union prônée entre les anciens rivaux des élections Primaires de la droite ou de la gauche n'auraient pas tout à fait tort.

Thursday, December 01, 2016

Citation du 2 décembre 2016

Va donc d’instant en instant comme on improvise un chemin de rocher en rocher pour traverser le torrent.
Benjamin Kunkel – Indécision

Calanques de Marseille (cliché J-P Hamel)

« Et maintenant, où est-ce qu’on va ? » Oui : c’est bien l’interrogation anxieuse de ces intrépides promeneurs qui se sont engagés dans une voie sans savoir où elle les mènerait. On a une idée de leur angoisse en les imaginant comme ces audacieux grimpeurs à flanc de paroi entre ciel et mer.
En fait il y a deux possibilités pour illustrer notre Citation-du-jour :
            - soit on s’imagine un peu comme un explorateur en terre inconnue, partant à l’aventure sans savoir véritablement ni où aller ni comment y aller.
            - soit comme le suggère notre Auteur-du-jour on s’imagine partant vers la berge opposée, sautant de rocher en rocher jusqu’à la rive opposée - mais y aura-t-il suffisamment de rochers ?.
o-o-o
La comparaison avec les programmes de nos politiciens est évidente : ou bien ils savent où ils nous emmènent – mais sans avoir la méthode assurée pour y parvenir ; ou bien ils pensent imposer une réforme brutale, genre coup de pied dans la fourmilière, afin de produire quelque chose – sans savoir quoi, mais qui pourrait leur offrir une nouvelle opportunité intéressante. La comparaison il est vrai serait plus pertinente avec le collisionneur du CERN, qui produit des carambolages de particules histoire de voir ce qu’il en sort.
Il est vrai que ce ne serait pas politiquement correct qu’un candidat se montre lucide et dise : « Je vais augmenter le temps de travail sans augmenter les salaires afin d’opposer les ouvriers aux patron: voyons comment ils vont se défendre » ; ou mieux encore : « je vais spolier les classes moyennes en augmentant leurs impôts et en supprimant ceux des riches : voyons ce qu’il en sort ».

Mais l’actualité le montre : quant on propose de telles mesures, on est élu comme un héros.

Wednesday, November 30, 2016

Citation du 1er décembre 2016

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Lavoisier (1743-1794)
Combien de siècles ont été nécessaires pour que cet adage, dû au grand savant que fut Lavoisier (le père de la chimie moderne), devienne une évidence observée sur le terrain ?
Car voilà que cette affirmation ne vise plus seulement des molécules vagabondes, mais bel et bien des objets visibles et tangibles : nos déchets.
Il a fallu qu’il y ait partout sur la terre, aussi loin que possible de la présence des hommes, des traces observables de leur activité sur la nature – telles que celle-ci :

 
Gyre océanique… de plastique
L’existences de « gyres océaniques » remplies de déchets plastiques est la stupéfiante découverte réalisée il y a quelques décennies de ces concentrations de déchets issus de l’activité industrielle des humains, en particulier de leurs vieux emballages, piégés par les courants dans de vastes tourbillons qui les conservent dans des amas toujours plus vastes (on parle même de 6ème, 7ème, 8ème continent).
Bien sûr tout le monde sait cela et on pense qu’il y a des organisations très puissantes et très efficaces qui se chargent de recycler ces déchets : puisqu’on ne peut contourner l’adage de Lavoisier, puisque que rien ne peut disparaître, mais que tout doit inéluctablement se transformer, alors faisons en sorte que cette transformation soit vertueuse. Voilà ma bouteille vide – Vite : transformons-là ! Et la voici devenue une fibre  textile bien chaude : 67 bouteilles vides et hop ! voilà une couette pour deux.
Seulement une autre vérité scientifique nous guette pendant que nous nous ébrouons sous la couette avec notre bonne amie : c’est l’entropie. (1)
A un moment où à l’autre, on ne pourra plus recycler tous ces déchets, il faudra ou bien les abandonner dans la nature ou bien les incinérer – ce qui revient à les abandonner dans l’atmosphère. Car, on ne vous l’a pas dit, mais le trou dans la couche d’ozone et le CO2, sont aussi liés aux transformations de nos déchets.
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(1) L’entropie correspond au degré de désordre dans un système donné (exemple : dans un jeu de cartes, l’entropie est maximum quand on a autant de chance de tirer une carte rouge qu’une carte noire). Ici on fait appel à l’idée de désorganisation d’un système préalablement ordonné.