Wednesday, August 24, 2016

Citation du 25 aout 2016

Former les hommes, ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu.
Aristophane
Voilà bientôt la rentrée scolaire, non seulement celle des élèves, mais aussi celle des enseignants – y compris ceux qui font leur première rentrée, je veux parler des néo-promus.

- Inutile, chers professeurs, vous qui peaufinez vos premiers cours, de chercher le bourrage de crâne ; cherchez plutôt la motivation. Mo-ti-vez vos élèves, et vous verrez que c’est beaucoup plus facile après. Moi qui vous parle, j’ai été dans une vie antérieure prof de philo. Eh bien, je savais que j’avais une petite semaine pour répondre aux élèves qui demandaient « A quoi ça sert, la philo ? » de façon motivante (1). D’ailleurs ce n’est pas pour rien que beaucoup de collègues commençaient l’année en fourrant leurs jeunes élèves au fond de la caverne (celle de Platon) et en leur promettant que s’ils écoutaient bien ils parviendraient à en sortir.
Alors, c’est Aristophane qui a raison ? Oui, bien sûr et les IUFM (2) sont remplis de gens très malins qui savent comment allumer ce feu… Sauf que… Sauf que les élèves ne sont pas des petits animaux réagissant mécaniquement à des stimuli. Beaucoup sont capable de sentir brûler le feu dont parle Aristophane, mais le pyromane est parfois quelqu’un – ou quelque chose – de bien imprévisible. Parfois il s’agit d’une petite idée qui fait tilt dans le cerveau et qui allume l’incendie. Parfois même il s’agit d’une circonstance tout à fait extérieure à la volonté du prof, mais qui vient à son secours.
Il suffira d’une étincelle pour allumer le feu !


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(1) Il est vrai que quand ça marchait, ça risquait d’être remis en cause avec la première note de dissertation.

(2) Mise à jour : il s’agit des ESPE (Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education).

Tuesday, August 23, 2016

Citation du 24 aout 2016

TRYGÉE : Ça ne sert à rien, mes amis, d'avoir des dents blanches, si l'on n'a rien à se mettre dessous. 
Aristophane – La Paix
A quoi servent les dents ? A manger – oui, bien sûr, mais pas seulement. Elles sont là pour être montrées – même si selon Aristophane, c’est secondaire.
Avoir les dents blanches, ce n’est pas seulement pour soi ; c’est aussi pour les autres, ceux à qui on les montre. Et l’originalité de l’espèce humaine, ce n’est pas de montrer les dents seulement pour faire peur – parce que là, on se moquerait qu’elles soient blanches ou jaunes, il suffirait qu’elles aient l’air solides. Mais il arrive aussi que les être humains montrent leurs dents pour charmer, dans le sourire. – et là, leur aspect est important.
D’ailleurs, le quel de ces deux sourires est-il le plus avenant ?

 
Le rire est peut-être le propre de l’homme, mais le sourire l’est également. Ça c’est sûr…

Bon, mais je sens chez vous, chers lecteurs, une certaine insatisfaction : « Quoi, lisons-nous ce Blog pour trouver de pareilles fadaises ? Etre philosophe, ça sert seulement à ça ? Que de temps perdu ! »

Un peu de patience, chers amis, j’y viens : Aristophane a mille fois raison, et je crois qu’on aurait tort de l’oublier. Supposons que le sourire de gauche soit celui d’un mineur bolivien ou d’un paysan philippin ; imaginons que, par miracle, son sourire laisse voir une rangée impeccable de dents blanches. Mais qu’est-ce que ça changerait ? Peut-il supporter le travail épuisant de la mine sans mâcher des heures durant des feuilles de coca (mauvais pour les dents-blanches) ? A-t-il de quoi se nourrir suffisamment ? Quelle est son espérance de vie ? Quand les hommes sont obligés pour vivre de travailler durement toute la journée, sont ils autre chose que des animaux attelés à la quête de nourriture ? Avant de se soucier de savoir quelle est la couleur des dents demandons-nous ce qu’on a à se mettre dessous.

Monday, August 22, 2016

Citation du 23 aout 2016

Je me méfie des marchands de bonheur comme des marchands de catastrophes.
Isabelle Adjani – Journal du Dimanche 21 aout 2016

Quoi ? Plus de foot ! Plus de Tour de France ! Plus de J.O. !
Hélas…Pour passer le temps, il va falloir à nouveau s’occuper de politique !
Bof… Allons-y quand même…

« J'ai eu tort, je n'ai pas eu de bol » aurait déclaré François Hollande à propos de sa promesse d’inverser la courbe du chômage. A quoi Isabelle Adjani répond : "Quand les engagements deviennent des promesses et les promesses des paris, invoquer le manque de chance pour un chef de l'État, c'est drôle, non ?", a ainsi questionné l'actrice. "Au fond, la politique n'est peut être plus une affaire sérieuse. On joue, on gagne, on perd... en attendant la revanche. Je me méfie des marchands de bonheur comme des marchands de catastrophes. " (Référence ci-dessus)
Et alors ? Faut-il vraiment se scandaliser ? Je veux dire, quand on attend des politiques qu’ils nous jouent l’air de l’avenir radieux (et sa variante en mode mineur : « ça ira mieux demain »), on n’a vraiment pas à se plaindre si ça tourne mal ensuite : on n’a que ce qu’on mérite.
J’ai eu bien des fois l’occasion de dire ici combien les citoyens, en se transformant en adeptes du clientélisme, devenaient complices de la corruption de la démocratie. Quand on promet de voter pour le mieux disant économiquement, pour celui qui annonce qu’il fera plus (de service public) avec moins (de moyens), plus pour les uns et moins pour les autres, etc. – on n’a pas le droit de faire comme si on ignorait ce qui se cache derrière ça. Mais jusqu’à présent les élus s’efforçaient de garder une certaine dignité ; nous étions priés de faire comme si leur sincérité était totale : après, qu’ils échouent,  relève des accidents de l’histoire. D’ailleurs nous disent-ils, ils n’ont pas été si mauvais ; il n’y a qu’à imaginer ce qui se serait passé s’ils n’avaient pas été là. – Seulement voilà ce que souligne Isabelle Adjani : François Hollande n’est pas sérieux ; il n’a « pas eu de bol » c’est tout ce qu’il trouve à dire après 4 années de pouvoir. Sa promesse de redresser l’emploi était un pari : « Si je le gagne, alors je, me représenterai en 2017 ». Avons-nous fait la Révolution pour mettre de pareils Guignols au pouvoir ?
Holà ! Gardons  notre calme ! Ne nous hâtons pas de souscrire à pareilles conclusions. Mais avouons que nous risquons bien d’avoir pas mal d’occasion d’y croire.

Surtout maintenant que les J.O. sont terminés.

Sunday, August 21, 2016

Citation du 22 aout 2016

Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore / Près du passé luisant demain est incolore.
Guillaume Apollinaire
De l’avenir ou du passé, le quel a le plus d’existence ?
Selon Apollinaire, ni le passé ni l’avenir n’existent : seuls existent les souvenirs et les projets. Ce sont donc eux qui sont mis dans la balance : la mémoire est plus vivante que l’attente. Du coup la jeunesse devient morne – pour ne pas dire mourante ; et la vieillesse pleine de vie et d’allégresse.
Opérant un renversement complet des valeurs attribuées au temps, Apollinaire estime donc que le souvenir vécu est comme un double de la vie, qu’il est le seul a avoir son lustre. Notre poète a-t-il tort ? A-t-il raison ? Pour le savoir, comparons la vie d’un jeune de 20 ans et celle d’un vieillard de 80 ans : la quelle est la plus enviable ? Personne je crois ne balancera : à 20 ans la vie parait plus belle qu’à 80 (1).
Toutefois, si nous suivons le poète, nous dirons que la vie n’est jamais un pur « maintenant », mais toujours un présent-augmenté, que ce soit d’un futur ou d’un passé. Et à ce  compte, le « présent-jeune » n’est-il pas plus inquiet et angoissé que le « présent-vieux » ? Quelle joie pour le jeune homme qui étreint une femme mais qui se demande s’il sera à la hauteur de son désir ? Alors que le vieillard pourra toujours se rappeler de cette fameuse soirée, autrefois, à Ibiza, durant la quelle il a séduit trois femmes.

Hum… J’en vois qui rigolent sous cape : même avec des hésitations, mieux vaut étreindre pour de vrai une belle jeune femme que d’en garder seulement le souvenir : la jeunesse peut se lancer dans des entreprises que le vieillard ne pourrait pas même commencer. A quoi bon se rappeler que « dans des temps anciens, j’ai séduit trois femmes dans la même soirée », sinon à avoir des regrets de ne plus pouvoir le faire ? Sans compter que finalement les souvenirs du vieux ne sont rien d’autre que le présent du jeune-qu’il-fut ; si celui-ci était éjaculateur précoce, que seront les souvenirs de jeunesse du vieillard 50 ans plus tard ?
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(1) Même si Nizan, dans la préface d’Aden Arabie, a écrit : « J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie … ».

Saturday, August 20, 2016

Citation du 21 aout 2016

- Mademoiselle, je ne vous ai pas plutôt aperçue que, fou d'amour, j'ai senti mes organes génitaux se tendre vers votre beauté souveraine et je me suis trouvé plus échauffé que si j'avais bu un verre de raki. (…le prince Mony Vibescu tenait ces propos à une jolie fille svelte qui, vêtue avec élégance, descendait vers la Madeleine.)
Apollinaire – Les onze mille verges (ch. 2)

Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé…
Roland Barthes – Fragments d’un discours amoureux (Cité le 11-07-2009)

Avant d’aborder ces Citations-du-jour, rappelons d’abord que Roland Barthes explique, dans le Plaisir du texte, que l’une des sources de jouissance pour le lecteur est dans le décalage entre le niveau de langage et le contenu de la phrase. Il prend pour exemple Sade, dont les héros emportés dans les élans sexuels les plus déréglés, s’exclament en des termes que Vaugelas n’aurait pas désavoués. (1) Cet attrait repose sur la rupture de ton entre un contenu jugé trivial et le langage châtié et relevé utilisé pour le signifier.

--> A présent : que disent nos Citations-du-Jour ? Si la surprise opérée par ce décalage est complète, c’est qu’on est habitué à ce que le langage cache ce que dit le corps. Or voici que  c’est justement dans ce langage que le Prince Mony Vibescu interpelle une jeune femme croisée sur le boulevard, faisant état de sa surproduction hormonale.
o-o-o
- Mais enfin, à quoi sert donc le langage, si le corps dit déjà – et beaucoup mieux – la vérité sur l’émoi dans le quel se trouve notre Prince à observer les avantages de la demoiselle ? Les plus belles déclarations d’amour ne sont-elles pas celles que les galants laissent lire dans leurs yeux (ou ailleurs) – galants qui d'ailleurs n’ont généralement que fort peu de moyens oratoires pour exprimer leur flamme ?
Généralisons : le langage est-il vraiment indispensable, alors que le geste peut également signifier de façon très efficace l’intention ? D’ailleurs, ne dit-on pas qu’une bonne claque est plus efficace qu’on long discours ? Et qu’on ne vienne pas dire que les mots sont plus nuancés que les gestes, car ils peuvent aussi être extrêmement blessants.
A chaque fois qu’on a essayé de deviner quelle fut l’origine du langage, on suppose qu’il a rempli une fonction qui sans cela serait restée à l’abandon ; ainsi de l’amour, qui permet d’interpeler – et donc d’intercepter – plus facilement la gentille petite femme qui passe sur le boulevard.
Mais, c’est vrai qu’aujourd’hui, il suffit de sortir le Smartphone et d’activer le GPS de l’amour
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(1) « … il me demanda, quand il eut fini, s’il n’était pas vrai que son foutre fût excellent… De la crème, monseigneur, de la crème, répondis-je, il est impossible d’en avaler de meilleur » Sade – Juliette ou les prospérités du vice (à lire ici)