Thursday, August 17, 2017

Citation du 18 aout 2017

La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente.
Philippe Geluck - Le succulent du chat (publié le 16/07/2006)

« …si on partage son amour, il augmente » – et puis quoi encore ? C’est vrai : ça fait bizarre de retrouver le Chat, d’habitude si cartésien, céder à la bluette sentimentale.
Quoique… Il est quand même vrai qu’il y a des partages qui, s’ils ne nous enrichissent pas forcément, ne nous appauvrissent pas non plus. C’est même là que se situe la différence entre ces deux principaux partages, ainsi que nous le fait voir l’illustration suivante :

 

S’il y a une forme de partage sans déperdition c’est l’ère du numérique qui nous l’a fait découvrir avec le partage de l’information. C’est vrai que depuis Gutenberg on n’avait pas trouvé mieux pour cela que la publication imprimée. Mais maintenant appuyez sur la touche ad hoc et hop ! C’est parti !

Mais quelle différence avec le partage des ressources ! Voyez ces enfants occupés à mordre dans une tranche de pastèque fraternellement partagée.  Vous remarquez tout de suite la taille de la tranche ? Supposez qu’elle soit simplement normale et alors le partage sera tout de suite moins fraternel. Vous avez même des philosophes, comme Hobbes qui ont fait de refus du partage le moteur de l’histoire de l’humanité. Car, dit-il on n’est jamais sûr d’avoir assez, tant il est vrai que l’avenir demeure incertain. L’homme préhistorique devait dévorer sa proie avant qu’elle ne soit pourrie ; l’homme civilisé a inventé le congelo.

Wednesday, August 16, 2017

Citation du 17 aout 2017

Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines, ou de sa religion.
("No one is born hating another person because of the color of his skin or his background or his religion...")
Nelson Mandela (Cité par Barack Obama à l’occasion de la manifestation suprématiste de Charlottesville)

Près de 4 millions de « like » accompagnent ce tweet d’Obama à propos des évènements de Charlottesville et ce n’est certes pas un hasard – voici pourquoi : au lieu de mettre toute son autorité dans l’affirmation que le suprématistes blancs ainsi que le KKK et les néo-nazis incarnent le  Mal absolu, Obama s’élève au-dessus de ce débat pour en souligner l’implication : - oui, tous ces gens sont mauvais, mais s’ils  sont comme ça, c’est parce qu’ils l’ont choisi. Ils sont donc pleinement responsables de leur faute.
Bien sûr se trouve écartée sans discussion la réponse facile des racistes : nous ne sommes pas nés racistes mais nous le sommes devenus en voyant ce que les noirs sont du fait de leur race. Nous ne sommes pas supérieurs ; ce sont les autres qui sont inférieurs.
--> Oui ce discours n’est pas supportable car ce que sont les noirs est une conséquence du racisme des blancs. Ce jugement se trouve déjà dans le texte que Sartre consacré aux juifs (1) : les juifs sont une création des antisémites, ils sont devenus tels qu’ils sont  par réaction à l’antisémitisme des sociétés où ils vivent. On aurait à peu près la même idée avec la célèbre formule de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme ; on le devient »

Bref : les suprématistes sont moralement responsables de leur cruauté et de leur faute, sans aucune excuse. Reste qu’ils ont trouvé les instruments de leur haine tout prêts dans leur environnement : les mots cruels, les communautés fragmentées – et puis les cagoules et les croix enflammées.



On ne peut pas tout inventer.
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(1) Sartre – Réflexion sur la question juive (1946) - Lire des commentaires ici

Tuesday, August 15, 2017

Citation du 16 aout 2017

Un grand peuple sans âme est une vaste foule.
Lamartine – Premières méditations

Une amie me disait récemment : « Tout le monde parle du peuple comme si chacun le rencontrait chaque matin au coin de la rue. Mais enfin, le peuple, moi je ne sais pas ce que c’est. Tu le sais, toi ? »
Ouvrons le dictionnaire :
« Peuple – Subst. masc.
Etymologie : du latin populus.
Sens 1 :
Un peuple est une communauté vivant sur un même territoire ou, par extension, unie par des caractéristiques communes comme la culture, les mœurs, la langue...
Sens 2 :
Le peuple est l'ensemble des citoyens d'un Etat ou des personnes constituant une nation, par rapport aux gouvernants et en référence aux principes de citoyenneté. Exemple : "Le peuple souverain".
Sens 3 :
Le peuple désigne l'ensemble des citoyens de condition modeste ou humble, par opposition aux groupes ou classes privilégiées par la naissance (Noblesse), par la fortune, la culture, l'éducation... »  (Source La Toupie. Lire ici)
Une question est de savoir si l’appartenance à un peuple est un fait de volonté (d’assentiment) ou bien si c’est le simple fait de naitre ici où là, de parents eux-mêmes liés à telle communauté. On naitrait français en vertu de la Constitution, comme le marocain nait musulman. À l’opposé il y a la nation à la quelle selon Péguy n’appartiennent que ceux qui adhèrent librement et volontairement à ses idéaux. La question posée par mon amie ne serait alors pas pertinente : hors de question de rencontrer le peuple au coin de la rue.
Du coup, certains diront : « Mais enfin, c’est au fond de toi-même que tu rencontres le peuple. C’est là, dans le tréfonds de ta conscience que germent les choix et les devoirs qui sont le produit de ces valeurs auxquelles tu adhères sans même y penser, parce que tu est français et non ***» (mettez la nationalité qui vous convient).
Oui… A ce compte-là, il est probable qu’on verra le peuple rétrécir comme peau ce chagrin : mes compatriotes, au fond de mon cœur, ils ne seront pas beaucoup à trouver place, du moins si je les sélectionne selon mes critères (ne me demandez pas les quels, demandez-vous plutôt si c’est vrai pour vous).
Si tout être humain, quelque soit son Dieu, quelle que soit la façon dont il traites les femmes ou les autres races est pour vous un frère, alors oui, il va falloir beaucoup de place – et vous en avez, c’est sûr. Mais, est-ce le cas ?
Mais rappelez-vous la blague (de Coluche ?) qui faisait rire (un peu « jaune » il est vrai) dans les années 80 :
- Je veux bien que Mouloud y soit mon frère. Ah ! Mais pas mon beau-frère !

Monday, August 14, 2017

Citation du 15 aout 2017

Je lis dans l'avenir la raison du présent.
Lamartine
- Salut Gérard, comment ça va ?
- Ah… Antoine ! Salut : ça va comme ça peut…
- Holà, cher ami, tu ne sembles pas fraichou ! Aurais-tu mal dormi ? Resté à draguer un peu trop tard en boite, peut-être ?
- Oui, mais non. Tu sais bien quel jour on est ?
- Bah, oui. On est le 15 aout.
- Et tu sais ce qu’on fait ce jour là ?
- Euh… On va saluer Marie-pleine-de-grâce ?
- Mais non !!! tu le fais exprès ? Le 15 aout, on fait les valises, on rempli le SUV et on rentre.
- Evidemment, on rentre : et alors ?
- Et alors tu sais ce qui va se passer : retrouver le bureau, la machine à café avec les collègues qui auront comme toi la peau bronzée et toujours les mêmes histoires salaces à raconter. Et le travail et le téléphone, et…
- Mais enfin, oui, ça va arriver. Mais pour le moment tu es encore en vacances, les pieds dans le sable et jusqu’à demain tu t’en fiches de tout ça !
- Moi, je ne suis pas comme toi : je lis dans l’avenir la raison du présent.
- ???
- Oui, moi je sais qu’on n’a de vacances que pour mieux se remettre au travail. Si on a pris du plaisir et si on a fait la grasse mat’ chaque matin, c’est uniquement parce que le patron attend de nous plus d’effort et plus de sacrifices. Et c’est aujourd’hui (enfin, plutôt demain) qu’il va falloir rembourser tout ce qu’on a reçu
- Ah… Mon pauvre Gérard, tu penses trop toi ; ça te joue des tours.
Un Lexomil, Gérard ?



(Je sais, la pub est sexiste. Mais le Lexomil, ça marche aussi pour les Gérard)

Sunday, August 13, 2017

Citation du 14 aout 2017

Athées : Quelle raison ont-ils de dire qu'on ne peut ressusciter ? Quel est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais été soit, ou ce qui a été soit encore ? Est-il plus difficile de venir en être que d'y revenir ?
Blaise Pascal – Pensées
On dit que la naissance vous fait oublier les temps antérieurs; on dit que mettre au jour, c'est mettre à jour, comme un carnet qu'on fait débuter à blanc en lui arrachant des pages.
André Pieyre de Mandiargues

Où étions-nous avant de naitre ?
Oui : qui pose donc cette question ? Personne. Pascal pointe cette lacune de notre curiosité : car il est tout aussi difficile d’imaginer  un commencement absolu de l’existence que son anéantissement complet.
Et donc : tant qu’à faire de s’interroger sur la mort, interrogeons-nous aussi sur la naissance. Ne nous demandons pas « Où serais-je après ma mort ? », mais plutôt « Où étais-je avant de naitre ? »

On sait que, parmi les philosophes, Platon a été le premier à s’interroger sur ce thème, affirmant que nous ne naissions jamais de rien, mais que nous nous réincarnons dans une nouvelle existence, oubliant la précédente sans que pour autant celle-ci cesse d’influer sur notre vie nouvelle. Car chaque ancienne vie est comme un palimpseste dont le texte sous-jacent peut surgir dans notre nouvelle vie.



Palimpseste (voir ici)

L’oubli n’est jamais absolu, il n’est qu’un effet de ce renouvellement de la vie qui ne parvient pourtant pas à effacer entièrement les anciens acquis. (1)
Pourtant, une autre façon pour une vie naissante de succéder à une ancienne est envisagée par notre Mandiargues dans notre Citation-du-jour : c’est le livre dont on a arraché les pages précédentes qui étaient déjà écrites, le transformant ainsi en livre blanc. L’oubli de la vie antérieure est faite de rejet, un peu comme l’aérostier lâchant du lest pour faire monter le ballon…
Si vous n’êtes pas absolument convaincu d’être comme une page blanche sur la quelle n’importe quel texte pourra s’écrire, alors vous pouvez aussi bien vous demander quel obscur passé trame en vous le destin de votre vie, sur quelle trajectoire une existence antérieure vous a placé. De toute façon vous avez le choix entre déterminisme et liberté – vieux problème philosophique, jamais résolu, mais qu’on n’a jamais renoncé à poser.
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(1) Telle est donc la réminiscence selon Platon, qui illustre avec le cas du petit esclave du Ménon, où Socrate fait découvrir un théorème de géométrie à cet enfant qui n’en a jamais entendu parler, mais qui y parvient quand même.

Saturday, August 12, 2017

Citation du 13 aout 2017

Toute l'industrie, tout le commerce finira par n'être qu'un immense bazar unique, où l'on s'approvisionnera de tout.
Emile Zola – L'Argent
Dans son roman, Zola invente le Bonheur des dames, qui est l’enseigne du premier grand magasin, calqué sur celui du Bon marché, où tout est disponible. Ceux qui l’ont connu (ou bien la Samaritaine d’autrefois) ont une idée de ce que ça représentait.
L’idée était fort simple : réunir en un seul lieu tout ce qui peut se vendre, sans aucune exclusive. A l’époque (milieu du 19ème siècle) le commerce est une affaire de spécialiste, il y a la mercière et puis il y a le quincailler. Personne ne songerait à trouver un cent de clous et trois mètres de ruban au même endroit : qui donc pourrait vendre tout ça en même temps ?
Mais réunir tout cela se fait quand même, avec le projet non seulement de réduire le temps et les distances, mais aussi de réduire les coûts.
A l’époque d’Amazon, le bazar unique n’est plus un rêve, mais une réalité. Sauf que bien sûr, la plateforme de vente par correspondance a remplacé le magasin – quoique : le petit composant électronique que vous venez de commander ne viendra pas (p. ex.) de la plateforme logistique de Saran, mais direct de Chine. Toutefois, le principe reste le même : payer le moins cher possible.
Il y a encore quelques années on allait à l’Hypermarché pour s’approvisionner de tout en même temps : à la sortie, la botte de poireau voisinait avec la brassière pour le petit dernier. Aujourd’hui, pourquoi cliquez-vous sur amazon.fr ? Parce que vous êtes sûr de trouver votre produit ? De toute façon sur le net vous avez tout ce que vous cherchez avec pour seule difficulté de choisir le fournisseur. Mais justement : le fournisseur que vous allez choisir devra être immanquablement le moins cher pour le même produit. Exactement comme à l’époque de Zola.
Comme quoi, en matière de commerce le progrès consiste seulement à fournir de façon plus efficace ce qu’on veut depuis la nuit des temps.

Quand madame Cro-Magnon avait besoin d’une nouvelle robe en peau de loup, il fallait déjà trouver le chasseur paléo capable de lui ramener la bête et puis il fallait la dépouiller, la tanner, découper, ajuster, coudre… Aujourd’hui, BriBri du Touquet n’a qu’à téléphoner chez Vuitton et on lui livre ça sous 48 heures. Le prix à payer n’est peut-être pas le même – mais après tout, qu’en savons-nous ?