Monday, January 26, 2015

Citation du 27 janvier 2015

A quarante-huit ans, je reste persuadé qu'il n'y a qu'un malheur, celui d'être cynique. Je refuse d'être libéré de tout absolu, d'exceller dans la raillerie. Ce qu'il y a de plus criminel au monde, c'est l'absence de naïveté. Elle réduit l'essentiel à des minuties et abolit nos élans.
Alexandre Jardin – Mes trois zèbres
Alexandre Jardin a beaucoup été moqué dès ses premiers succès littéraires parce qu’à 20 ans il faisait mine d’être encore un enfant émerveillé. On a cru à une posture et on la lui a reprochée. D’autres n’y ont pas cru : il sont dit qu’il était vraiment comme ça, et il a été jugé ridicule. A présent, à 48 ans il affirme que ce sont les seconds qui avaient raison.

Comme souvent les citations qui regorgent d’idées sont des capharnaüms invraisemblables dans le quel il faut remettre de l’ordre.
- L’élan de la jeunesse quand on n’est plus tout à fait jeune (48 ans !), c’est dans la naïveté qu’il se trouve. « Naïveté » désigne en effet l’état de celui qui est comme le jour de sa naissance.
- Le refus de naïveté consiste à réduire l'essentiel à des minuties : fouiller dans les détails qui trahissent l’impossibilité de nos principes, conduit à ne plus les voir, ne plus en tenir compte.
- Le cynisme est l’arme de ceux qui ne veulent plus de la naïveté – mais surtout :
a) être cynique, c’est être libéré de tout absolu,
b) être cynique c’est aussi exceller dans la raillerie.
c) Du coup, le cynique est un homme qui utilise la raillerie pour se mettre en retrait de tout adhésion à l’absolu. C’est un sceptique d’un genre un peu pervers : au lieu de dire comme il le devrait s’il était un sceptique « ordinaire » : « croyez ou pas, les deux sont équiprobables » - il dit : « tout absolu est incroyable ».

Bref : Alexandre jardin a fait bien rire en son temps. Mais il assume.

Nous, on croyait qu’il blaguait…

Sunday, January 25, 2015

Citation du 26 janvier 2015

Les amours et les haines des peuples sont fondées, non sur des jugements, mais sur des souvenirs, des craintes et des fantômes.
André Maurois
L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs…
Paul Valéry (Cité le 5 /4/06 – Voir ci-dessous la citation complète)

Lorsque la tourmente de la vie secoue très fort un peuple, comme ce fut le cas du notre il y a quelques jours, il se regroupe autour de souvenirs passés. « Si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens ». Décidément ce proverbe africain (?) recèle une inépuisable sagesse.
La France humiliée, la France jetée à terre ne peut se ressaisir qu’en se regroupant autour de ses Héros : Clovis, Saint Louis, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napoléon, Voltaire (chassez l’intrus)… De Gaulle eut le génie non seulement de rappeler cette origine, mais encore d’appeler chaque français à venir prendre place dans l’ombre de ces géants.

Que ces géants soient des mirages, qu’ils nous invitent par leur présence à des réactions incontrôlées parce que jamais fondées sur des jugements, après tout qu’importe ?  N’est-ce pas dans le vécu immédiat que nous cherchons notre bonheur, notre tranquillité, - notre salut ?
- Seulement voilà : chacun de ces personnages a été grand pour des faits qu’il a accompli dans une époque donnée, dans un contexte donné. Aujourd’hui, on ne peut plus faire semblant de l’ignorer : les plus réactionnaires se ridiculiseront quand ils voudront reprendre le glaive de Jeanne d’Arc ou la hache de Charles Martel.

Je suis
Charles Martel

Faut-il expliquer d’avantage ? Dire qui était Charles Martel – et dire aussi que le monde dans quel il guerroyait n’avait rien à voir avec celui d’aujourd’hui - et ses sarrazins avec nos musulmans ? Grossière erreur ? Oui, mais à tout prendre pas plus grossière que d’invoquer Jeanne d’Arc ou Saint Louis… Et puis qu’importe ? Que Clovis fut un sauvage à queue de cheval ou Jeanne d’Arc une bergère qui sentait fort la chèvre… Oui, qu’importe ?
… A moins qu’on cherche la vérité. Car, pour trouver, il faut refuser de vivre au rythme de ses émotions et se tourner vers ses jugements.
Mais c’est un peu plus difficile…
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« L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellectuel ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L'histoire justifie ce que l'on veut, n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient des exemples de tout et donne des exemples de tout. »  Paul Valéry – Regards sur le monde actuel. (Lire le reste ici)

Saturday, January 24, 2015

Citation du 25 janvier 2015

Le sexe des garçons, il leur sert à tout. ça sert à faire la guerre, président de la République, directeur, aviateur. ça sert à penser, à tout commander ; à décréter ; à légiférer. Accessoirement, ça sert à faire des enfants et même à faire pipi.
Danielle Décuré – Vous avez vu le pilote ? C’est une femme.

Le sexe des garçons… Voyons, rappelez-moi : à quoi ça ressemble ?
A ça :

Et à quoi ça sert déjà ? Ah, oui ! A faire pipi. Evidemment. Mais , pas seulement.
Regardez plutôt :

ça sert à gouverner un pays, à faire des lois, à piloter un avion…
Non… Mais qu’est-ce qu’elle imagine, Danielle Décuré ? Comme toutes les femmes, elle croit que le sexe de l’homme est cet appendice ridicule qui ballotte entre ses jambes, et qui parfois s’érige en sceptre glorieux … pour quelque temps, parce voilà la débandade qui arrive. Eh bien non. Chaque homme le sait : le sexe masculin est partout dans le corps de l’homme. Il est au bout de ses doigts : ce sont des doigts d’homme ; dans ses yeux : son regard est viril ; dans sa langue, dans sa voix, dans son cerveau... Bref, ce miraculeux sexe, il n’est que finalement dans ce petit organe (que Freud dans l’histoire du petit Hans, nomme le « fait-pipi ») qui alors est à son tour investi de virilité.

Alors voilà : quand bien même  on pourrait greffer des c… à une femme (1), ça ne changerait rien. Car, voyez-vous il faut d’abord avoir la virilité pour que ça marche et la virilité c’est une question d’essence : elle est partout et elle est nulle part.
Mais, vous n’êtes pas obligé(e) de me croire.
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(1) On a fait plus extraordinaire: voir Bougakov – Coeur de chien.

Friday, January 23, 2015

Citation du 24 janvier 2015

Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c'est le citoyen qui fait la république.
Georges Bernanos
Périodiquement le terme de République et l’adjectif « républicain » reviennent sur le devant de l’actualité. A chaque fois c’est un terme très important qu’on considère comme discriminant par rapport à un tas de vilaines choses qu’on veut jeter à la poubelle (comme les partis « non républicains »).
Alors on répète inlassablement ce terme, en espérant que personne ne viendra jamais nous demander ce qu’on veut dire par là.
Seulement, inutile de tergiverser : la question ressurgit un jour ou l’autre, comme avec cette citation de Bernanos où sont explicitement distingués démocraties et république.
Heureusement, La Citation-du-Jour est là pour vous éclairer !
==> La République est :
- Une Démocratie = pouvoir souverain au peuple et à ses représentants (opposition à monarchie)
- Un pouvoir qui s’exerce par des lois (démocratiquement établies) reconnues par des individus libres et égaux (opposition à despotisme)
- De plus, la République défend des valeurs communes : elle signifie alors « communauté d'esprit ou d'idée », dans le sens où elle s’incarne dans un Etat qui recherche un bien commun. (opp. au libéralisme  qui prône la neutralité de l’Etat, ou au fascisme qui recherche le bien de quelques uns)
Autrement dit si vous êtes monarchistes, fasciste, libéral (au sens rigoureux), alors vous n’êtes pas républicain.

Humm….
… ça fait du monde… Est-ce qu’on ne pourrait pas élaguer un peu ?
Bernanos élague : il remplace tout ça par le terme de citoyen.
1 – Un citoyen, c’est quelqu’un qui est le destinataire du bien commun élaboré par … l’ensemble des citoyens.
2 – Il est donc électeur, puisqu’il contribue à révéler ce bien commun ? Oui, sauf en cas de régime censitaire. – Mais passons.
3 – Car ce qui compte, c’est qu’un ensemble de valeurs communes réunissent tous ces citoyens dans le cadre d’un état. Haro sur les fachos : ils ne sont pas des vrais citoyens puisque leurs valeurs piétinent les nôtres.
4 – Et donc, le citoyen vit nécessairement dans un Etat qui prône des valeurs et qui – éventuellement – les impose. Gare à ceux qui voudraient les contester au nom de leur liberté individuelle ou d’une idéologie, ou de l’autorité d’une religion – suivez mon regard… Du coup, on comprend que les démocraties libérales (type anglo-saxonnes) s’accommodent d’une tolérance qui ouvre la porte aux communautarismes.
Alors, et  nous ? Quel genre de citoyens sommes-nous ?

Thursday, January 22, 2015

Citation du 23 janvier 2015

Comme un son pur, ou un système mélodique de sons purs, au milieu des bruits, ainsi un cristal, une fleur, une coquille se détachent du désordre ordinaire de l'ensemble des choses sensibles.
Paul Valéry – L’homme et la coquille

Dès l'époque secondaire, les mollusques construisaient leur coquille en suivant les leçons de géométrie transcendante.
Gaston Bachelard

Le Nautile : spirale construite selon le nombre d’or (1)

On sait que les mathématiques, en raison de leur formalisme, ne nous apportent pas toutes les certitudes indispensables pour comprendre leur origine : qu’on pense à leur étrange rapport à une réalité dont pourtant notre esprit ne les a pas sortis.
Oui, l’étrangeté des mathématiques vient de là : d’une part ils sont le pur produit de l’esprit humain qui, en les découvrant, ne se soumet qu’aux lois internes de sa logique. Et pourtant on voit bien, dans le même mouvement, la Nature (comme dans la coquille) se soumettre aux mêmes impératifs et aux mêmes axiomes.
Pour le philosophe le problème est irritant : comment comprendre une telle parenté ? D’ailleurs : s’agit-il bien d’une « parenté » ?
- Oui, si on admet que les mathématiques soient dégagées de l’esprit humain par observation généralisante : que le monde soit différent et les mathématiques le seraient aussi.
- Mais on peut supposer aussi que l’esprit des hommes soit en réalité une région de l’univers qui inclut aussi les coquillages des Nautiles et les fleurs réparties en fractales. Les mathématiques nous dévoilent quelque chose de notre essence. Tout est nombre disait Pythagore.
o-o-o
Songeons maintenant à la physique quantique et à ses déroutantes conclusions qui font bon marché de nos principes logiques les plus fondamentaux (comme le principe de non-contradiction à propos du célèbre chat de Schrödinger). On en arrive à conclure que la Nature ne doit pas être considérée comme unique, mais plurielle. Qu’elle peut à une certaine échelle correspondre à cette logique qui interdit qu’un chat soit à la fois et vivant et mort. Mais qu’en deçà de cette dimension, à l’échelle des particules, apparaît alors une autre nature, pour la quelle la superposition de ces états est tout à fait normale. Au-delà de cette limite, votre logique n’est plus valable.
Mais vous n’empêcherez pas des obstinés de chercher une façon d’englober ces différentes régions en trouvant un point de vue en surplomb qui efface ces frontières…
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(1) Ce fait est maintenant contesté ; il semble que Bachelard l’ignorait.

Néanmoins le rôle du nombre d’or dans la nature reste réel, à condition de se tourner vers le monde végétal. Voir ici