Wednesday, September 02, 2015

Citation du 3 septembre 2015

(Noé) but du vin, s’enivra, et se découvrit au milieu de sa tente.
Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères.
Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père.
Genèse 9, 20-26
L’histoire de Noé, tout le monde la connait et pourtant on ne comprends pas très bien : quelle faute a donc commise Cham pour avoir été maudit par son père jusque dans sa descendance ? Qu’est-ce qu’il a bien pu raconter à ses frères ?
L’iconographie de cette histoire nous présente habituellement un vénérable vieillard, endormi nu et que des jeunes gens recouvrent d’un drap tout en regardant ailleurs. Autrement dit, on évite d’évoquer la première partie de l’histoire qui nous présente Noé, à poil sous sa tente parce qu’il avait trop picolé

C’est qu’on a du mal à accepter de se représenter la scène. Car en vérité elle n’est pas jolie-jolie :

Vu ici
Regardons la photo : ce respectable vieillard (appelons-le comme ça pour rester dans le ton biblique) perd toute dignité en révélant son intimité, cuisses largement écartées, mais pénis camouflé. Car, montrer ses couilles dans une peau flasque, privées de ce glorieux sceptre qui  devrait les surmonter, n’est-ce pas le comble du ridicule ? D’ailleurs allons jusqu’au bout de l’idée : en voyant ces attributs flapis et ridés, on imagine ce qu’on ne voit pas : un vieux membre tout ridé, n’ayant plus que la peau pour le soutenir.
Mais oui, bien sûr : si Noé avait été un homme jeune et vigoureux, qu’importe que le fils l’ait vu nu ? (1) La faute est d’avoir pu observer la décrépitude du vieillard dans celle de ses organes génitaux. 
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(1) D’autant plus qu’en général le réveil révèle une puissance phallique toute à fait glorieuse – les  messieurs me comprendront.

Tuesday, September 01, 2015

Citation du 2 septembre

A l'automne, ce n'est pas le froid qui chasse les hirondelles, c'est le manque d'insectes. C'est une constante du vivant, d'être convoqué par sa faim, et si les hirondelles reviennent avec les beaux jours, ce n'est pas pour honorer le printemps, c'est juste que là où elles étaient, à nouveau il n'y avait plus rien, disparues ces myriades d'insectes nés après les pluies.
Serge Joncour – L'amour sans le faire
 Charmantes hirondelles… Leur arrivée nous annonce le printemps ; leur vol criard ponctue notre été ; leur réunion sur les fils électriques (comme ici la semaine passée) annonce que l’automne va arriver.
Cliché J-P Hamel
Mais l’oiseau n’est pas là pour nous aider à nous repérer dans les saisons. Pas du tout – car en réalité il n’agit que convoqué par sa faim. S’il vient, c’est parce qu’il y a beaucoup de bons insectes à manger chez nous ; s’il part, c’est parce qu’il y en a plus ailleurs.
Ces oiseaux migrateurs, qui survolent les frontières et s’arrêtent ou bon leur semble sans demander autorisation pour cela, et qui de surcroît sont convoquées par leur faim : ça ne vous rappelle rien ? Lampedusa, Chios, Calais etc…
Le message ? L’humanité depuis son origine a toujours agi  sous la menace de la mort, même si, nous les Européens, l’avons momentanément oublié, obnubilés que nous sommes par le cours de l’euro ; mais ne devrions-nous pas admettre qu’il est plus naturel (pour ne pas dire plus noble) d’être gouverné par sa faim que par l’appétit du lucre. 
C’est tout ? Le message est fini ?
- Si ça ne suffit pas disons que nous ne devrions pas être inquiets de voir débarquer les migrants, mais beaucoup plus de les voir repartir : car ça voudrait dire que nous sommes devenus moins attirants – donc moins riches –  que nos voisins ; d’ailleurs ne sommes-nous pas vexés lorsque  les migrants de Calais nous disent qu’ils préfèrent l’Angleterre à la France ?
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(1) Serge Joncour, écrivain dilettante. Son éditeur dit de lui : « Il a commencé des études de philosophie alors qu’il voulait faire nageur de combat ».

Monday, August 31, 2015

Citation du 1er septembre 2015

Si l’on passait l’année entière en vacances ; s’amuser serait aussi épuisant que travailler.
William Shakespeare – Henry IV

Les vacances ? Dès le deuxième jour, l'ennui commence sitôt le petit-déjeuner expédié. On va acheter des cartes postales qu'on adresse à des truffes qui s'ennuient autre part en vous écrivant les mêmes.
Frédéric Dard

Ding-ding-ding…. C’est la rentrée ! Finies les vacances ? Snifff !
Mais non – on va pas se mentir : en réalité on est heu-reux. Oui, heureux de rentrer de vacances, de retrouver les amis-les-copains, de s’asseoir de nouveau à son bureau, de se remettre derrière son établi ou son volant. On est bien chez soi ; et chez soi, c’est ce qui nous a manqué pendant les vacances.
Et pour le vérifier, songez que certains pays (comme la Finlande) envisagent de rendre le travail facultatif : ce qui veut dire qu’on rentre de vacances quand on veut – et jamais si on le veut. Ce qui suppose que les gens rentreront effectivement pour travailler, et que peut-être ils prendront encore moins de vacances qu’aujourd’hui.
Ça, c’est ce qu’on appelle « le revenu universel ». Revenu universel ? Comment ça marche ?
- Dans les pays qui l’adopteront on versera à chacun une allocation uniforme (entre 800 et 1000 euros mensuels) sans condition de ressources ou de travail. On trouvera ici des détails plus  approfondis sur la question, mais il suffit quand même de se rappeler combien d’allocations sont déjà versées pour comprendre qu’en les mettant bout à bout, on n’arriverait pas loin du résultat escompté.
Bref : aller travailler sans obligation, simplement parce que c’est une manière de s’insérer dans la société, est-ce une utopie ? On lira en annexe les réflexions de feu Jacques Marseille, qui n’avait rien d’un utopiste.
o-o-o
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » : pourquoi ne pas surmonter cette malédiction ? On a déjà l’accouchement sans douleur, pourquoi pas le travail sans souffrance ?
Rentrer de vacances parce qu’on en a assez et qu’on préfère reprendre le travail, serait une utopie ? Probablement pas : moi je pense qu’il y a beaucoup de gens qui le font déjà mais qui ne l’avouent surtout pas. Des hypocrites, comme ces profs qui brûlent du désir de retrouver leurs élèves, mais qui retrouvant leurs collègues lors de la pré-rentrée :
- Dites-moi, chers collègues, combien de semaines jusqu’aux vacances de la Toussaint ?
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Annexe

« Le pari de l'allocation universelle est que l'insertion sociale ne peut se construire sur la contrainte mais sur la confiance placée dans les bénéficiaires de ce nouveau droit. Une utopie, sans doute, pour tous ceux qui n'accordent aucune confiance aux individus et pensent que seule la contrainte de "gagner son pain à la sueur de son front" est le meilleur garde-fou contre la paresse. Un pari sur l'intérêt et la nature humaine pour tous ceux qui pensent au contraire qu'un individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu'il aura librement choisi. »  Jacques Marseille, L'Argent des Français, chap. 32, Éditions Perrin, 2009.

Sunday, August 30, 2015

Citation du 31 aout 2015

C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles.
William Shakespeare – Le roi Lear
Les fous précipitent les hommes qui les suivent vers l’abime. Les aveugles qui les suivent ne voient pas où on les entraine. Donc :
1 – Ceux qui peuvent guider les autres (= qui ont le pouvoir de le faire), ne savent pas le faire de façon raisonnable.
2 – Ceux qui obéissent ne savent pas évaluer les ordres aux quels ils obéissent.
Vu comme ça, et dans la perspective de la vie politique actuelle on ne peut que souscrire au jugement de Shakespeare.
Bien sûr, ces propos sont pessimistes. De plus, ils semblent cautionner les ennemis de la démocratie : « Trouvons, nous disent-ils, les meilleurs et donnons leur le pouvoir tout en empêchant le peuple de les chasser pour remettre les fous à leur place ».
Ensuite, on peut imaginer que si les fous guident le peuple, c’est parce que justement il faut être fou pour prétendre faire une telle chose. Ce qui reviendrait à dire qu’au lieu de vouloir gouverner un pays, il vaudrait mille fois mieux laisser les choses se faire comme ça, sans qu’on prétende y changer quoique ce soit, sans prétendre faire avancer le coche comme la mouche de la fable.
Oui, mais alors, à qui s’en remettre ?
Demandez aux Grecs (1), vous verrez ce qu’ils vous répondront.
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(1) Je parle des grecs d’aujourd’hui, pas des concitoyens de Platon.

Citation du 30 aout 2015

Honi soit qui mal y pense

Rien n'est bon ni mauvais en soi, tout dépend de ce que l'on en pense.
Shakespeare – Hamlet


Deux approches de la même idée, toutes deux venant de notre voisine et amie, l’Angleterre.
1 – La jarretière accessoire vestimentaire des femmes, souvent assimilé à leur intimité et qu’on ne devrait pas évoquer en dehors de leur boudoir, peut devenir un insigne de la plus haute dignité – telle que les plus grands du royaume soient honorés de l’arborer.
L’idée est qu’il ne faut pas honnir quiconque, car l’honneur n’est pas forcément  lié à une apparence visible ; la véritable grandeur d’un homme est dans la considération qu’on lui accorde. Une autre idée est aussi que la puissance d’un grand roi s’évalue à sa capacité à hisser le plus vil ornement à hauteur des plus grandes distinctions. Il arrive que ce qui touche à l’intime des rois corresponde à ce phénomène : ainsi de la maitresse de Louis XV (La Poisson devenue Marquise de Pompadour) ; ainsi de la jarretière de la comtesse de Salisbury, maitresse du roi Édouard III.
2 – Le bon et le mauvais dépendent tous les deux non de la réalité auxquelles on applique ces évaluations, mais de l’évaluateur lui même. On pense bien sûr à l’ouvrage de Nietzsche Par delà le bien et le mal (1).

Sans vouloir forcer la ressemblance (mais après tout qu’importent les siècles qui séparent Shakespeare de Nietzsche ? La philosophie touche ici des concepts sur les quels l’histoire n’a pas de prise), la question de l’origine des valeurs se trouve évoquée dans des contextes identiques. Il n’est pas dans notre capacité de rencontrer le mal absolu : tout ce qu e nous pouvons dire c’est que notre être est dans sa totalité convulsé par les horreurs commises par des hommes : le mal nait de cette convulsion.
Alors, je sais que ça nous coute beaucoup de dire une chose pareille devant les abominations commises par certains. Mais certaines de ces abominations sont encore plus abominables lorsque ceux qui les commettent prétendent le faire au nom du Bien absolu. Ainsi des viols « religieux » des adeptes de l’Etat Islamique.
Révoquer le mal absolu c’est aussi révoquer le Bien absolu.
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