Thursday, March 23, 2017

Citation du 24 mars 2017

Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.
Bernard Pivot – Le Métier de lire
Trompettes / De la renommée, / Vous êtes / Bien mal embouchées.
Brassens
Les journalistes sont actuellement critiqués par les hommes politiques comme étant responsables de leurs déboires éthiques ou judiciaires. On leur reproche tantôt de faire une instruction uniquement à charge contre les politiciens soupçonnés de malversation ; tantôt on les accuse de ne pas relayer suffisamment les informations qui seraient vraiment utiles.
La presse quant à elle répond tantôt que la vérité n’a pas à être nécessairement bénéfique pour les candidats aux élections ; tantôt qu’ils répondent à « la curiosité du public ». « Les français ont le droit de savoir »  répète inlassablement Jean-Jacques Bourdin, un interviewer connu pour ses méthodes un peu radicales lors de ses entretiens (1).
Toutefois, la citation de Bernard Pivot soulève quelques difficultés : que le journaliste relaye la curiosité du public, on l’admet sans peine. Mais que cela lui donne un droit à exiger une réponse  à ses questions, là on commence à douter. Même un accusé a le droit de se taire lorsque les enquêteurs l'interrogent : qu’est-ce qui fondrait un « devoir de parler » ? La curiosité n’est pas une véritable justification : mes voisins peuvent bien être très curieux de savoir ce que je fais chez moi, entre les 4 murs de ma maison lorsqu’ils ne peuvent me voir. Et alors ? C’est seulement lorsque leur intérêt propre est en cause qu’ils peuvent réclamer. Et encore : si je dois passer entre les mains d’un chirurgien je suis en effet justifié de demander s’il se livre à la consommation régulière de drogue ou s’il est alcoolique. Mais je n’ai aucun droit à enquêter chez lui, et tout ce que je peux exiger, c’est un test à l’entrée du bloc prouvant son abstinence.
Mais la formule de Pivot a aussi une autre signification : c’est que la curiosité du public n’est pas seulement la justification du travail du journaliste, elle montre que sa véritable vocation est là – renseigner le public sur ce qu’on lui cache, sachant que découvrir ce qui est défendu est depuis l’origine de l’humanité, certes un péché, mais aussi un grand bonheur. De même qu’Adam a eu sans doute un grand bonheur à mordre dans le fruit défendu, de même les lecteurs de Closer se sont précipités pour voir le Président sur son scooter en pleine nuit.


La « Une » de Closer relayée par le Huffington Post
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(1) Une présentation assumée par l’intéressé dans cette vidéo.

Wednesday, March 22, 2017

Citation du 23 mars 2017

La société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs.
Hannah Arendt – La Crise de la culture - 1961
La société de masse est (...) une société de consommateurs, où le temps du loisir ne sert plus à se perfectionner ou à acquérir une meilleure position sociale, mais à consommer de plus en plus, à se divertir de plus en plus
Hannah Arendt – La Crise de la culture - 1961
Hannah Arendt – Une philosophe se penche sur l’avenir 4

Reste à dire en quoi consiste la société de masse, et on aura le propos de Hannah Arendt dans son ensemble.
Selon elle, la société de masse est une société a-politique, c’est à dire un groupe humain réuni par une force externe et non par une activité propre du groupe. Le vivre-ensemble, célébré de nos jours est d’abord un faire-ensemble et c’est en cela que consiste la politique ainsi que l’activité vraiment humaine. (1)
On comprend donc :
- D’abord que la culture est un faire-ensemble, et non une consommation passive de signes de distinction. Raison pour la quelle une société qui n’est pas politiquement unie dans une activité commune ne saurait avoir de culture véritable. Rappelons que le modèle suivi par Hannah Arendt est la cité grecque, unie par la démocratie directe (qui n’inclut pas les esclaves comme on le sait) et que la culture qui en résulte est la philosophie, la tragédie, l’histoire et la rhétorique (sans oublier la géométrie qui a une place à part).
- Ensuite qu’une société « sans culture » comme la notre peut par contre fort bien être une société de loisir étant entendu que les loisirs sont alors une forme de consommation – éventuellement de produits culturels.
- De ce point de vue, que devient la culture au sens noble du terme ? Elle devient un contenu consommable, comme l’a montré Guy Debord dans sa Société du spectacle, où les loisirs ne sont qu’une forme de consommation impliquant la marchandisation de la « culture ». Comme on le voit ci-dessous, le Musée du Louvres et Disneyland ne présentent pas de différence notable.


Sans commentaire – Cliché J-P Hamel
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(1) Sur la vita activa de Hannah Arendt, lire le compte-rendu de la Condition de l’homme moderne ici.

Tuesday, March 21, 2017

Citation du 22 mars 2017

Elle a.... insulté mon oreille / Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas / Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.
Molière – Les femmes savantes. II, 6
La « clause  Molière » (désignant la capacité d’un travailleur du bâtiment à comprendre et parler le français afin d’exclure légalement les travailleurs étrangers – lire ici) est bien nommée. Car si l’on relit la fameuse scène d’où notre citation est extraite, on voit bien que les situations évoquées par Molière sont très proches de ce qu’on vise aujourd’hui : le mauvais usage du français est là également une raison d’exclure celui qui se révèle incapable de pratiquer correctement la langue française
Je ne saurais mieux faire que reproduire l’extrait de la scène en question (1) :
 (Résumé : Philaminte chasse Martine, sa bonne, parce qu’elle parle mal le français)
Philaminte
Elle a, d'une insolence à nulle autre pareille /Après trente leçons, insulté mon oreille / Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas / Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.
[……]
Martine
Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon ; / Mais je ne saurois, moi, parler votre jargon.
Philaminte
L'impudente ! appeler un jargon le langage / Fondé sur la raison et sur le bel usage !
Martine
Quand on se fait entendre, on parle toujours bien, / Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.
Philaminte
Hé bien ! ne voilà pas encore de son style ? / Ne servent pas de rien !
Bélise
O cervelle indocile ! / Faut-il qu'avec les soins qu'on prend incessamment, / On ne te puisse apprendre à parler congrûment ? / De pas mis avec rien tu fais la récidive, / Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative.
Martine
Mon Dieu ! je n'avons pas étugué comme vous, / Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
Bélise
Quel solécisme horrible !
Philaminte
En voilà pour tuer une oreille sensible.
Bélise
Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel. / Je n'est qu'un singulier, avons est pluriel. / Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
Martine
Qui parle d'offenser grand'mère ni grand-père ?
Philaminte
O Ciel
[…]

… Martine ? Encore une candidate au charter des sans-papiers !
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(1) Tout comme je l’avais fait il y a … 7 ans et demi !

Monday, March 20, 2017

Citation du 21 mars 2017

La liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat.
Hannah Arendt - 1906-1975 - La Crise de la culture - 1961
Hannah Arendt – Une philosophe se penche sur l’avenir 3
(En cette période où l’incrédulité le dispute au dégoût devant les puanteurs dégagées par la campagne électorale française, voici un peu de lucidité, venue d’ouvrages écrits il y a plus de 50 ans par la philosophe Hannah Arendt. Ce qui était vrai en 1958 l’est resté aujourd’hui et c’est d’autant plus signifiant que nous étions prévenus)
La quantité d’absurdités, de contre-vérités, de faux raisonnements que déversent les politiques dans leurs déclaration publique est ahurissante (1) : voilà que la démocratie sert à présent de refuge à la bêtise. Toutefois, en critiquant la démocratie, je ne veux surtout pas critiquer le droit donné au peuple de faire valoir ses droits (2) ; mais je pense plutôt à la liberté d’opinion qui apparaît comme un droit à affirmer n’importe quoi, dès lors qu’on présente ça comme une « opinion » ; mais contre les faits, rien ne sert de réclamer la liberté d’opiner autrement qu’ils ne sont : ils ne s’y plieront pas. Et pourtant elle tourne ! disait Galilée obligé d’accepter la doctrine ecclésiastique du géocentrisme.

On voudrait croire que seuls certains sectaires croient encore que les hommes sont sortis des mains de Dieu tels que nous les voyons aujourd’hui, et que Darwin a égaré les hommes sur le chemin de l’erreur satanique ; soit. Reste que beaucoup d’autres faits sont niés parce qu’incompatibles avec l’idéologie : ainsi du chiffre et des effets de l’immigration en France. En fait, les débats sont inutiles car les choses sont beaucoup plus simples que cela : seuls les faits sont irréfutables et en dehors de l’appel aux faits, tout ce qu’on peut prouver relève de la logique ou des mathématiques et se démontre dans le cadre d’une axiomatique bien précise.

Qu’est-ce donc que la liberté d’opinion ? Au sens positif, cette liberté renvoie à des convictions dont l’affirmation est une liberté garantie par les droits de l’homme. Il s’agit de ce qui relève du domaine des convictions religieuses, philosophiques ou politiques – bref on est dans le domaine du sens et non dans celui de la vérité.
Or, dès lors qu’on met en jeu des connaissances, autrement dit ce qui peut être vrai ou faux, cette liberté n’est qu’une farce comme le dit Hannah Arendt, parce qu’elle est l’expression du néant. Je peux bien réclamer le droit de professer que les hommes sont tels que Dieu les a créés, ainsi d’ailleurs que toutes les espèces animales ; et c’est possible si je vois là une métaphore qui fait comprendre comment se pense le rapport de l’homme à Dieu. Mais si je veux dire que l’espèce humaine échappe à l’évolution du vivant – mieux même : si j’affirme que cette évolution n’est qu’une opinion parmi d’autres ; et pire encore : si je crois que cette opinion ne vaut rien car elle n’est pas cautionnée par l’autorité divine : alors ce droit à l’erreur et à l’illusion est un pseudo droit car il ne débouche sur aucune réalité : il ne peut que disqualifier celui qui en fait usage
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(1) Exemple : la quantité d’américains venus applaudir le nouveau Président américain lors de sa prestation de serment, jugée plus importante que montrée par les caméras ; le candidat poursuivi pour abus de bien public et qui s’en remet au verdict des urnes pour trancher  de sa culpabilité ; et cet autre qui a affirmé aux Britanniques que la sortie de l’Europe permettrait de déverser des centaines de milliards de livres sur la tête des citoyens.

(2) Rousseau a depuis longtemps posé le principe que le peuple ne se trompe jamais dès lors qu’il dit quels sont ses besoins : quand quelqu’un interpelle un politique en lui demandant comment il pourrait vivre avec 800 euros par mois, on peut admettre qu’il connaît mieux le sujet que l’homme à qui il s’adresse.

Sunday, March 19, 2017

Citation du 20 mars 2017

Définition du bisou :
            - Géométrie: Bisou est la plus courte distance entre 2 lèvres"
            - Economie: "Bisou est cette chose pour qui « la demande » est toujours supérieure à     « l'offre ».
            - Physique: Bisou est le processus de chargement d'un corps humain.
            - Computer: Bisou est comme un « Réseau local » dans lequel deux corps sont reliés sans câble de données.


Jour du printemps, s’il pleut désormais ce ne peut être qu'une pluie de bisous…
Nos dictionnaires en débordent.
Nos animaux favoris en sont faits :


Nos politiques ne connaissent plus que cela :





Hélas… Il y a des trouble fêtes qui ne savent pas que le règne des bisous est advenu :