Saturday, February 13, 2016

Citation du 14 février 2016

Ta taille ressemble au palmier, / Et tes seins à des grappes. / Je me dis : / Je monterai sur le palmier, / J'en saisirai les rameaux ! / Que tes seins soient comme les grappes de la vigne, / Le parfum de ton souffle comme celui des pommes, / Et ta bouche comme un vin excellent,... / -Qui coule aisément pour mon bien-aimé, / Et glisse sur les lèvres de ceux qui s'endorment ! / Je suis à mon bien-aimé, / Et ses désirs se portent vers moi.
14 février : la Saint-Valentin ! soucieux de maintenir cette gentille tradition, La Citation-du-jour ajoute cette année encore son commentaire destiné aux amoureux.

On est souvent étonné, voire même choqué par l’érotisme latent qui baigne le Cantique des cantiques ; comme si le caractère charnel de ce poème ne cadrait pas avec l’élévation spirituelle qui convient à un texte biblique. Mais c’est une erreur.
Du coup :
- En ce jour de saint Valentin, nous devons nous rappeler que placer l’amour sous le signe d’un saint conduit à en faire une adoration. Valentin peut adorer Valentine, au même titre qu’il peut aussi adorer le Sacré Cœur.
- Toutefois, il est bon de rappeler que l’amour célébré à la saint Valentin est également charnel, et qu’il ne suffira pas non plus de roucouler de tendresse aux pieds de notre belle, sinon elle ira voir ailleurs s’il n’y aurait pas d’autres Valentins plus entreprenants.

Tentons la synthèse entre l’adoration et l’orgasme, et demandons aux mystiques quelle réponse ils apportent à cette question.
Pour le savoir lisons ce texte intitulé : L'orgasme mystique au féminin. « Dans ce mouvement d’une confiance absolue, dans une foi sans tache et sans doutes, le regard porté exclusivement et « obsessionnellement » vers Dieu et son Amour sublime, ce désir dénudé́, absent à soi-même, dans une posture de pur réceptacle, va se transformer en un jaillissement extatique, orgasmique, ouvrant à une possession de soi par l’Etre divin. » (Dominique Deraita – Seul ce qui brule : l'orgasme mystique au féminin). Lire ici.

Extase de sainte Thérèse par le Bernin
Hum… Tous ça est bien, mais enfin faut-il être deux pour jouir de cette extase ? Je veux dire : non pas deux avec Dieu ; mais deux avec l’autre ? Lisons la suite :
« Considérant la puissance orgasmique comme une énergie cosmique qui nous fait plus que chair, nous devons accepter de cultiver en nous cette énergie. Dès lors, la sexualité et l’orgasme paraissent comme une « pratique », un chemin, et non comme une rencontre casuelle ; l’orgasme comme un cadeau reçu et non comme la revendication d’un droit. Et peut être pourra-t-on parfois apporter à celles qui y seront sensibles, une touche de sacré, c'est-à-dire de transcendance, c'est-à-dire de l’au delà̀ de la rencontre des corps de chair, (…) l’orgasme comme le signe de l’alliance où dans la qualité́ de mon abandon de femme je permets qu’entrent en résonance les parcelles de lumières qui nous habitent, dans l’explosion incandescente qui nous donne la pleine sensation de vie. »
Attendez… Je lis bien là, que c’est aux femmes que s’adresse ce texte ? Que quand on dit : l’orgasme comme un cadeau reçu et non comme la revendication d’un droit, on signifie que les Valentines doivent s’offrir aux Valentins et tant pis pour elles s’ils passent sur elles à la vitesse du TGV ? Réciproquement, que le plus grand cadeau que les messieurs peuvent offrir à leurs petites femmes en ce 14 février est leur organe grâce auquel elles vont recevoir leur orgasme ?

Oui, pour la saint Valentin, offrez un orgasme – mais un orgasme mystique!

Friday, February 12, 2016

Citation du 13 février 2016

Parce que le milliardaire n'a pas récolté sans peine, il s'imagine qu'il a semé.
Jean Jaurès – L'armée nouvelle
Ironie de Jaurès : comme l’économiste du 18ème siècle, le capitaliste du 20ème siècle, physiocrate attardé, fait semblant de croire qu’il faut se donner le mal de semer son argent si on veut voir surgir, démultiplié par le miracle de la nature, ces épis bien mûrs issus de ce seul grain de blé.
Et moi, que devrais-je dire lorsque je mets mon salaire, gagné grâce à mon labeur chez l’Ecureuil : d’où vient ce surplus constitué par les intérêts qu’il me rapporte ?
Marx l’a souvent dit : l’un des aspects du capitalisme est de donner à croire que l’argent peut travailler. Oui, si j’admets que mon argent peut faire des petits, c’est parce que je crois en cela : l’agent se reproduit lui-même et c’est en cela que consiste son travail. A quoi Marx répond : fétichisme de l’argent ! (1) Seul le travail humain peut produire de la valeur d’échange, et si donc mon salaire épargné produit des intérêts, ceux-ci ne sont en réalité que la part de plus-value extorquée aux travailleurs qu’on a pu salarier grâce à mon épargne. Battez votre coulpe, honnêtes travailleurs qui attendez un profit de votre épargne : vous contribuez en réalité à l’exploitation des masses laborieuses !
… Bien sûr, avec un taux d’intérêt à 0,75% le livret de l’Ecureuil ne me rend pas responsable d’une exploitation des masses laborieuses très importante ! Mais là n’est pas le problème : écoutez ce qui suit, car c’est ici que notre siècle domine le sujet. La finance nous a appris que la valeur d’échange (= l’argent) résulte du marché et non de la quantité de travail nécessaire à produire la marchandise. Et le marché, ça fluctue… On peut jouer avec ça, ça s’appelle spéculer. C’est ainsi que certains produits en sortant de l’usine sont directement chargés en containers sur des immenses cargos qui constituent comme des entrepôts flottants. La valeur de ce chargement dépend de l’acheteur : et donc  la même marchandise peut voir sa valeur fluctuer en même temps que la navigation, en fonction de l’état du marché. Bien sûr, nous restons dans le cadre de l’économie réelle. Mais notre Ecureuil beaucoup plus malin peut envoyer ses traders spéculer directement avec mes économies, par exemple acheter de la dette allemande et la revendre ensuite pour en acheter une autre beaucoup plus spéculative…
Bon, je ne vais pas vous faire un cours d’économie, j’en serais incapable et le peu que je sais, vous le savez sûrement aussi. En tout cas vous en savez suffisamment pour ne pas ignorer que gagner de l’argent n’a rien à voir avec le fait de se fatiguer. Ça vaut aussi pour la réciproque : se fatiguer ne signifie pas obligatoirement gagner de l’argent.
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(1) Sur le concept de fétichisme chez Marx, on peut lire sous la plume d’Isabelle Garo ceci : « Marx affirme que c'est “dans le capital porteur d’intérêt, le fétichisme atteint sa forme la plus parfaite” (Marx – Théorie sur la plus-value T. III) puisque la plus-value semble naître directement de la circulation sous sa forme monétaire. Le reste de cette passionnante étude ici.

Thursday, February 11, 2016

Citation du 12 février 2016

La République c'est le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté.
Jean Jaurès
« Quelle que soit sa croyance religieuse » : il faut se souvenir de cette phrase, en particulier aujourd’hui, puisqu’à qu’à présent, aidés en cela par les musulmans radicaux, on a parfois le sentiment que l’appartenance à la communauté musulmane prive ceux qui en font partie de certains droits : par exemple celui d’être considérés comme étant leur égaux par certains citoyens.
On aurait pu ajouter : « Quelle que soit sa race », mais voyez comme vont les choses : à présent la race et la religion c’est du pareil au même. Et qu’importe que les musulmans soient éventuellement kurdes, perses, berbères ou turcs ? Qu’importe qu’il y ait des arabes athées ? Mais surtout : qu’importe que ce soient-là des bêtises ? Car les bêtises ont elles aussi leur poids et parfois elles font très mal.

Bim ! Ça c’est du lourd ! et pourtant ce n’est pas cela que je voulais souligner. Je voulais reprendre un autre passage de la citation – celui-ci : « Tout homme, (…) a droit à sa part de souveraineté ». Car, depuis Jean Bodin on sait que la souveraineté ne se divise pas, parce que la diviser ce serait la réduire en la cantonnant dans un domaine étroit où elle cesserait du même coup d’être « souveraine ». Comment donc se pourrait-il que chacun des français – vous, moi, les autres – en ait un morceau (d’autant plus petit qu’on serait plus nombreux) ? Admettons ce qu’on nous répète : tu es citoyen français parce que tu jouis du droit de vote – en particulier pour élire ton député, au pouvoir législatif, et ton Président au pouvoir exécutif. Bon, mais moi,  j’écoute Jean Bodin et je voudrais que ce morceau soit en même temps le tout ! Etre en même temps la chambre des députés et la Présidence à moi tout seul ! Que ce bout de souveraineté soit la Souveraineté absolue ! Comment faire ?
Rappelons-nous que le suffrage est destiné à désigner les représentants non de monsieur Dumollet ou Tartenpion, mais du peuple dans son ensemble. Notre part de souveraineté, c’est ça : désigner ceux qui sont les meilleurs pour gouverner la France et non ceux qui ont promis de réduire les impôts de telle classe social (dont justement, nous faisons partie).

Et donc : si nous avons élu un candidat parce qu’il a promis de faire de nous des privilégiés, ne nous plaignons pas qu’il ne tienne pas sa promesse, si c’est un faveur de la France entière qu’il gouverne.

Wednesday, February 10, 2016

Citation du 11 février 2016

La vérité de la vie est dans l'impulsivité de la matière. L'esprit de l'homme est malade au milieu des concepts.
Antonin Artaud – Le bilboquet
Que les concepts fassent écran entre la réalité et nous, c’est une idée fort répandue, qu’Artaud reprend (peut-être sans y penser). En revanche il la rénove et la magnifie à sa façon : car au lieu d’insister sur la pâleur des concepts sclérosants et paralysants, au lieu d’évoquer le monde qui bouge derrière l’écran de fumée des mots, il se tourne vers la matière quasiment vivante, en tout cas réagissante et impulsive. (1) Refusant d’opposer la minéralité à la matière vivante, on pourrait voir le monde comme cela : une matière vivante, qui surgit d’elle-même, un peu comme le bois ajoute au tronc un tour de plus chaque année, mais aussi un peu comme la lave surgit du volcan. On serait dans un monde enchanté où les esprits de la forêt côtoieraient ceux du fleuve ou de la montagne.
o-o-o
Mais il n’y a pas que cela. Dans un monde dont la vie s’est retirée, l’homme est malade. Oui, la maladie résulte de cette coupure entre un monde qui bouge et nous mêmes qui sommes bloqués, comme dans une carapace qui nous étouffe. On retrouve, comme dans chacun des écrits d’Artaud la souffrance de cette pathologie d’une vie qui s’étouffe elle-même qu’il faut ranimer sans cesse parce que nous la détruisons sans cesse.
Je crois qu’il faut lire Artaud, ne serait-ce que pour cela : la compréhension intime de la souffrance de cette maladie qu’est la schizophrénie – ou comme on voudra l’appeler, peu importe. La pathologie mentale est souffrance, intolérable, sans issue, elle est cet enfermement qu’Artaud tente de décrire pour s’y sentir moins seul.
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(1) On croit entendre Diderot pour qui la matière dont le monde est pétri est vivante, au point d’ailleurs que ce soit peut-être par elle que nous ayons une destinée post mortem !
Ecoutons-le : « Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l’un à côté de l’autre ne sont peut-être pas si fous qu’on pense. Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et s’unissent. » Diderot - Lettre à Sophie Volland (15 octobre 1759)

Et celle-là : « La seule différence que je connaisse entre la mort et la vie c’est qu’à présent vous vivez en masse et que dissous, épars en molécules dans vingt ans vous vivrez en détail. » Diderot – Idem (Lire ici)

Tuesday, February 09, 2016

Citation du 10 février 2016

Que la concurrence vitale intestine ou intérieure ne s'impose pas à l'homme sociable ou que ce dernier puisse s'en affranchir, c'est ce que suffirait à établir la société même créée par l’homme. Qui dit société dit rapports fondés sur la communauté des intérêts. C'est la solidarité "l'aidons-nous les uns les autres" qui se substitue à l'antagonisme, au "tue-moi ou je te tue" de l'homme, qui a permis à l'homme devenu social de triompher dans la lutte - celle-ci nécessaire - qu'il lui a fallu soutenir contre tout ce qui n'était pas lui, contre les forces organiques et inorganiques de la nature ennemie.
Jules Guesde, En Garde ! (1911)

Les idées sont souvent comme les pendules dont le balancier en mouvement permanent oscille d’une position extrême à l’autre.
Guesde part de l’origine de la société, du principe qui l’a fondée et qui perdure encore aujourd’hui. Ce principe est la communauté des intérêts que Guesde traduit hardiment en solidarité. Du coup la coopération l’emporte sur l’affrontement, hissant les relations humaines jusqu’à la socialisation. Notons que cet effet hautement moral ne repose pas sur des valeurs qu’il serait de notre devoir d’observer, mais sur l’instinct individuel de survivre qui trouve satisfaction dans la communauté humaine en lutte contre la nature ennemie. La compétition entre les hommes, au lieu d’être conçue comme un stimulant pour la force productive des individus, est définie comme l’effet de l’antagonisme qui les oppose, et donc comme ce qui dilue le groupe social, le condamnant à la défaite face aux forces hostiles de la nature. C’est ainsi que lorsqu’un cyclone ravage les Caraïbes, les petites iles indépendantes mettent beaucoup plus longtemps à s’en relever que les Antilles françaises soutenues par la solidarité de la Nation toute entière.

2016 : après avoir chargé la concurrence de tous les péchés, nous voici parvenu à l’autre bout du mouvement de balancier : de nos jours, la concurrence est devenue la condition du développement, mot qu’on prend dans son sens absolu, qui contient non seulement le progrès économique mais aussi celui du bien-être, de la santé, voire même de la civilisation. Les économistes américains ont imposé leur vision de l’Homme : c’est un être certes égoïste mais aussi rationnel. Comme le dit Jules Guesde, son égoïsme l’oppose à ses semblables : dans l’organigramme de l’Entreprise, l’important c’est d’être le meilleur vendeur du mois, et tant pis pour les autres ; mais étant également rationnel, notre super vendeur sait bien que sans un esprit d’équipe minimum, l’entreprise va flancher, et donc qu'il ne pourra pas continuer à vendre, ni à gagner le concours du mois.

Toutefois, ce principe de fractionnement, d’individualisation, peut dans le même mouvement se retourner en son contraire : pour l’emporter sur les autres entreprises, pour être le meilleur, il faut aussi considérer que l’absorption des concurrents est une bonne chose. Au lieu de jouer la carte de Thanatos (le Thanatos freudien qui détruit en dispersant), voici l’entreprise qui obéit à l’instinct de vie (l’Eros freudien qui veut agréger le maximum d’éléments dispersés) : la concurrence capitaliste procède par digestion de la concurrence en non par démembrement.