Friday, October 24, 2014

Citation du 25 octobre 2014



Ou dans une maison déserte quelque armoire / Pleine de l'âcre odeur des temps, poudreuse et noire, / Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient, / D'où jaillit toute vive une âme qui revient.
Baudelaire – Le flacon (Les fleurs du  mal) Lire ici
La madeleine de Proust a été choisie comme l’exemple type du mécanisme olfactif qui produit la reviviscence des souvenirs. Mais il faut aussi lire ce poème des Fleurs du mal de Baudelaire qui a sur ce sujet le bénéfice de l’antériorité et surtout la virulence. Car, si on peut, à la fin d’un repas – au moment au moment où les estomacs brassent cette excellente gastronomie qu’on vient de leur confier  – évoquer la madeleine de Proust, par contre on ne le pourra pas avec la  pestilence des cadavres visqueux dont nous parle ce poème.
Pour ménager nos estomacs, je propose de songer à d’autres odeurs (évoquées au début de ce poème), qui sourdent d’un Flacon – et on supposera qu’il s’agit d’un vieux Chanel aux aldéhydes (1). L’essentiel est de se rappeler que si nos précieux souvenirs peuvent renaitre à l’écoute d’un très vieux rock-n’-roll, ils sont encore plus facilement réveillés par de très anciennes odeurs.
Etrange constatation : si une réalité, quoi qu’ayant disparu depuis longtemps peut revenir dans un parfum, c’est qu’elle existe bel et bien en nous.
--> Du coup, on se prend à philosopher sur le réel : il n’est pas uniquement ce qui existe en dehors de nous. Il dépend aussi et peut-être surtout d’une foi particulière qui accompagne non seulement nos sensations mais encore le souvenir que nous en gardons.
On rejette souvent avec dédain les fausses perceptions que  nous appelons « illusions d’optiques ». On devrait au contraire les saluer comme un moyen simple et immédiat de comprendre que toutes nos perceptions même celles qui n’existent plus que comme souvenirs sont également colorées, pleine du suc de la vie, parce que nous y croyons même sans le savoir. Elles semblent s’imposer à nous alors que c’est nous-mêmes qui les imposons.
On comprend du coup d’où vient la puissance de certains souvenirs : si la réalité dépend de facteurs psychologiques, rien n’empêche ces mêmes facteurs de se manifester dans le souvenir – et peut-être d’y être plus puissants que dans la vision de la réalité actuelle. Quelle différence entre ce paysage que je découvre pour la première fois et celui que je voyais depuis la fenêtre de ma chambre d’enfant, dans la maison de campagne de mes grands-parents ? Aucune sinon que le second me revient en souvenir, accompagné de l’odeur des dentelles de ma grand-mère.
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(1) « Les aldéhydes … sont reconnaissables à leur odeur métallique, grasse, chaude, et suivant l’aldéhyde, plus ou moins orangée, grinçante, savonneuse, avec parfois un effet "fer à repasser". » (Lire ici)

Thursday, October 23, 2014

Citation du 24 octobre 2014



Le calembour représente l'unique point de jonction entre un imbécile et un génie.
San-Antonio  – Les pensées de San-Antonio
(...) c'est un spectacle qu'on n'oublie pas de sitôt (comme dirait un joueur de cithare).
San-Antonio – En peignant la girafe
Série San-antonienne – V
Donc : calembour – San-Antonio est-il un imbécile ou un génie ? Voyons un peu.
Quand nous subissons un calembour, comment savoir ce qu’il en est de son auteur ?
On peut essayer comme ça :
            -> Le génie a mauvaise conscience : il s’excuse toujours après avoir lâché un calembour.
            -> L’imbécile rit grassement en vous envoyant des coups de coude dans les côtes : Hein que c’est marrant ?

Et l’auteur du calembour, comment peut-il signaler qu’il n’est pas un parfait crétin ?
Pour échapper à ce risque de confusion, il lui faut compliquer le calembour, qu’il ne soit pas un simple jeu de mot, trop évident. Mais attention ! Il faut qu’il soit compréhensible, sinon c’est le bide total : non seulement on a pris le risque du calembour, mais en plus personne ne le comprend…
Pour trouver le juste le milieu entre le trop et le pas-assez en matière de calembour, on peut compter sur San-Antonio (du moins dans cet exemple) : car il joue sur l’assonance « si tôt/cithare » ce que chacun peut comprendre, mais il dissimule ce jeu de mot dans une parenthèse ! Et on sera conscient du jeu sur les mots parce qu’il n’y a que lui (= le calembour) pour donner du sens à cette phrase – car sinon, que viendrait faire ici le joueur de cithare ?

Autre procédé : le même jeu de mot du Chat de Geluck est soutenu par le dessin qui joue le même rôle : un peu d’étrangeté dûe à la présence de cette cithare est utile pour décrypter le jeu de mots – Mais Chut ! A trop l’expliquer on dégonfle l’effet.

(Cette image est à retrouver dans cet article passionnant sur le rapport entre humour et ironie – on y reviendra sans doute.)

Wednesday, October 22, 2014

Citation du 23 octobre 2014



Je ne réponds rien. Je le toise, je l’examine, le jauge, le détecte, l’approfondis, l’estime, l’envisage, l’identifie, le cerne, l’inventorie, le soupèse, le palpe, l’imagine, le tripote, le caresse, l’hypothèse, l’hypothèque et l’accepte....
San-Antonio
Série San-antonienne – IV
Aujourd’hui, un peu de rhétorique : étudions ce cas d'accumulation.
1 – Il faut d’abord écarter un doute : cette phrase de San-Antonio est-elle un cas d’accumulation ou d’énumération ?
--> Voyons les définitions (Source Wiki) :
            a) Une énumération  est une figure de style qui s'apparente à la liste en dénombrant des divers éléments dont se composent un concept générique ou une idée d'ensemble, constituant ainsi une récapitulation.
            b) L'accumulation est une cascade de mots ou groupes de mots qu'elle énumère, sur un court segment de phrase ou de vers. Elle consiste globalement en l'entassement de plusieurs mots de même nature et de même fonction, souvent dans un ordre désordonné.
2 – Pas de doute : cette phrase de San-Antonio est bien un cas d’accumulation, ne serait-ce qu’en raison des points de suspension qui montrent qu’on n’a pas  affaire à une énumération exhaustive.
De plus, une énumération serait impossible : l’inépuisable capacité de notre héros à jauger son interlocuteur ne saurait s’énumérer avec exactitude : il y aurait trop à dire pour faire tenir ça dans une phrase ; du coup, l’énorme supériorité du commissaire San-Antonio sur son adversaire enfle la phrase et la fait éclater dans ces points de suspension.
Enfin, l’accumulation est un procédé comique, un peu comme ces pléonasmes qu’on accumule sans fin dans le but d’amuser…
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N.B.  Ah ! ces pléonasmes ! Si seulement ce procédé était là seulement pour amuser les gens ! Voyez cette insupportable habitude qu’on a de dire « au jour d’aujourd’hui » : n’est-ce pas ridicule ? Oui, parce que ne l’oublions pas : « aujourd’hui » est déjà un pléonasme : hui en ancien français signifie « ce jour » ; donc aujourd’hui signifie déjà « au jour de ce jour ». Et « au jour d’aujourd’hui » signifie « au  jour du jour de ce jour ». Ça peut durer longtemps comme ça.

Tuesday, October 21, 2014

Citation du 22 octobre 2014


Le grand problème du monde moderne, c’est l’évacuation de ses résidus.  Ce qui a manqué à l’univers, c’est le trou de départ, une poubelle naturelle où déverser la matière des trous à venir. Et maintenant, avec les bricoles radioactives, ça se complique salement.
San-Antonio – Tango Chinetoque (1965)
Série San-antonienne – III
Résumé du Post précédent : l’homme est un animal qui se reconnait aux ordures qu’il abandonne derrière lui : elles ne sont pas réutilisables. On ne peut les supprimer sans en créer de nouvelles.

1965… Vous avez bien lu : en 1965 San-Antonio parle déjà des déchets radioactifs !
Les déchets radioactifs sont une variété de déchet difficiles à évacuer, mais résultant de la même opération que tous les autres déchets : il s’agit des scories, des résidus issus de l’activité humaine. L’homme des cavernes a laissé derrière lui des éclats de silex et des os rongés. L’homme moderne laisse – entre autre – des stocks de matière radioactive retirée des réacteurs nucléaires, de l’eau contaminée, des combinaisons devenues radioactives, etc. On décontamine à Fukushima en utilisant de l’eau qui a son tour devient radioactive et pollue le Pacifique, contaminant les poissons, etc.

Mais il n’y a pas que la radioactivité. L’évolution de ces 50 dernières années a consisté à prendre conscience que la terre ne comportait pas de « poubelle naturelle » et que c’était valable pour tous nos déchets.
On a fini par découvrir ce qu’un enfant de 3 ans sait déjà : le cube que l’on cache sous un cornet de papier reste présent en-dessous. L’enfouissement des déchets dans des puits de mine, leur immersion dans des fosses marines abyssales n’y a rien changé : il ne suffit pas de faire disparaitre à nos yeux ces déchets pour qu’ils cessent d’exister.
La nature toxique des « bricoles radioactives » a eu très vite ce rôle de révélateur : d’où la date si précoce des remarques de San-Antonio. Mais on a aussi découvert que rien – nul trou originel – ne ferait disparaitre de la surface de la terre nos déchets. Dès 1970 le trou dans la couche d’ozone, dû semble-t-il aux CFC, nous alerté. Mais plus récemment c’est la découverte d’une sorte de nouveau continent fait de sacs de plastiques jetés à la mer, qui nous a atterrés.
Que faire si nous ne voulons pas simplement réduire notre activité ?
Une seule solution : que chaque individu produise lui-même l’énergie dont il a besoin selon des procédés absolument propres.
… Par exemple, fabriquez cette roue de hamster reliée à une dynamo pour alimenter votre ordi. Vidéo ici


Monday, October 20, 2014

Citation du 21 octobre 2014



Le grand problème du monde moderne, c’est l’évacuation de ses résidus.  Ce qui a manqué à l’univers, c’est le trou de départ, une poubelle naturelle où déverser la matière des trous à venir. Et maintenant, avec les bricoles radioactives, ça se complique salement.
San-Antonio – Tango Chinetoque (1965 – Lire la critique ici)
Série San-antonienne – II
Tous les déchets produits par l’activité humaine sont, depuis l’origine de l’humanité, des résidus impossibles à insérer dans un cycle naturel : c’est d’ailleurs la définition même du déchet – à savoir : ce qui résulte d’une activité de production et qui reste totalement improductif. C’est comme cela qu’il faut interpréter la remarque de San-Antonio regrettant l’absence de trou de départ : San-Antonio imagine le jardinier creusant un trou pour planter un arbre : que faire de ce monticule de terre, sinon s’en servir pour reboucher un autre trou, un trou déjà-là ? Dès que l’homme a commencé à travailler (disons, depuis qu’il a été chassé du paradis) il a commencé à creuser des trous – seulement voilà : pas de trou initial à combler, et donc pas de poubelle naturelle : nulle trace d’une poubelle céleste dans la Genèse.
Alors, certes, la Création est supposée fonctionner en circuit fermé, sans déchet. Lorsque l’herbivore mange l’herbe il est mangé à son tour par le carnivore, lequel en mourant ira engraisser la terre qui lui servira de sépulture, permettant ainsi à l’herbe de repousser.
Oui, comme nous l’avons dit, ce qui caractérise l’activité humaine c’est qu’elle ne se compense pas dans un  cycle naturel.
Seulement, quelle importance ? Si au lieu de combler un trou, nos déchets servent à construire une colline ? En creusant la mine, nous avons entassé les déchets dans des terrils qui rythment agréablement le paysage d’un pays désespérément plat : on y gagne ! Ces déchets sont extraits des entrailles de la terre : qu’ils soient en-dessous ou au-dessus, ça ne change rien.
Mais, voilà que ces déchets sont des bricoles radioactives : c’est là que ça se complique salement !
La suite à demain – si vous le voulez bien.