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Friday, May 13, 2016

Citation du 14 mai 2016

Ça fait plaisir que vous (= Woddy Allen) soyez en France parce que ces dernières années vous avez beaucoup tourné en Europe, alors que vous n'êtes même pas condamné pour viol aux Etats-Unis.
Laurent Laffitte – Discours d’ouverture de la 69ème édition
du Festival de Cannes
Vanne – subst féminin.
Idée de raillerie : pour, se moquer de qqun. Idée de fausseté : syn. boniment. Idée d'humour, de plaisanterie, de répartie amusante. Au resto, Abdel a commencé à nous ressortir ses vannes à 2 balles !
Dictionnaire de la zone

Il y a aujourd’hui une kyrielle d’humoristes, imitateurs, chroniqueurs, animateurs, passent leur temps d’antenne à « faire des vannes » dans le but d’amuser le public. Ce qui est notable, c’est qu’ils jouissent d’une liberté totale et ton et de contenu ; leur seule limite est le rire : ils peuvent dire absolument ce qu’ils veulent à condition que ça fasse rire. On entend parfois des choses qui mettent à mal les interdits concernant les allusions sexuelles ou les propos infamants. Qu’importe : ils ont tous les droits car le rire est une caution qui couvre tout.

Donc voilà Laurent Laffitte qui déroule son boniment, et qui, devant la salle des Congrès, devant le tout-festival, « vanne » Woddy Allen en faisant allusion aux déboires de Roman Polanski, condamné à errer en Europe suite à une affaire de mœurs qui lui interdit de mettre les pieds aux USA. Seulement Woddy Allen a été lui aussi en délicatesse avec cette police, pour avoir été accusé par la fille de sa compagne, Dylan Farrow, d'attouchements sexuels. Du coup : mines effarées des congressistes cannois, silence de glace : la vanne de Laffitte tombe à plat. C’est un échec et le voilà accusé par Emmanuelle Seigner (la compagne de Roman Polanski) d’être « un gros blaireau vulgaire et pathétique ». (Voir ici)

Alors, je demande : et si cette blague avait été drôle ; en serait-elle légitimée ?

Thursday, July 02, 2015

Citation du 3 juillet 2015

« Me faire passer pour quelqu'un de raciste, je trouve cela choquant... Ma meilleure amie est tchadienne, donc plus noire qu'une arabe. »
Prix de l’humour politique attribué à : Nadine Morano, ancien ministre

Que faire quand, l’été venant, la canicule ramollit notre cerveau – oui, que faire pour lui redonner vigueur ?
- Demander aux hommes politiques de nous stimuler par des réparties humoristiques, sachant que les meilleures seront celles qui paraitront involontaire. Car il est un peu facile quand on parle dans un micro d’avoir comme ça, déjà prête, la répartie bien cinglante qui fera sursauter l’auditeur. Ainsi de cette répartie de Patrick Mennucci (député PS) à propos de Jean-Noël  Guerini, Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, soupçonné d’être maffieux : « Il dit qu'il n'est ni de droite ni de gauche ; alors il est forcément du Milieu ». C’est trop « fabriqué » pour nous faire rire. Ce que nous voulons, c’est la naïveté, celle qu’on peut croire authentique, même si en réalité elle est fausse.
On devine pourquoi nous avons choisi, parmi de très nombreux exemples celui de Nadine Morano. Sa citation a ceci de particulier qu’elle a un sens que les esprits de bonne volonté trouveront sans mal, mais qui, selon sa littéralité est absurde. En plus, comme Nadine Morano traine avec elle l’image d’une fille du peuple mal éduquée et qui remplace la dialectique par la vulgarité, alors c’est sans hésiter qu’on penche pour la naïveté.
Car, c’est cela qui nous intéresse. Cet humour politique doit être involontaire, il doit être une maladresse heureuse, qui accroche un sens dérisoire à une phrase qui se voulait percutante, voire même grandiloquente. Et quand cette bourde porte une signification involontaire – une révélation : alors c’est le pied !

Comme cette tchadienne qui est plus noire qu’une arabe : dans la classement des races détestées par le raciste, le noir est une unité de grandeur. L’arabe est une fois  noir ; l’africain sub-saharien est deux fois – voire trois fois – noir…

Wednesday, January 28, 2015

Citation du 29 janvier 2015

Les allemands ont le nihilisme ; nous, nous avons la blague.
Paul Bourget
Ce qui tuera l'ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l'esprit français : la blague.
Edmond et Jules de Goncourt – Journal 30 juin 1868 (cité le 3-2-12)

J’avais développé il y a déjà 3 ans cette citation des Goncourt : pour eux, comme pour Flaubert – et donc comme pour Paul Bourget – la blague est cette vacuité qui détruit les valeurs les plus sacrées en faisant croire qu’elle ne valent pas plus … qu’une blague. Tout devient n’importe quoi.

Que le drame de Charlie Hebdo soit advenu pour des caricatures du Prophète dans un journal satirique, cela donne à penser.
Certes, la satire a un but : elle veut corriger l’erreur ; son bras est armé d’un fouet. Mais combien il est facile de la confondre avec la blague ! Les dessinateurs (survivants) de Charlie sont comme ça : ils nous expliquent qu’avec ces caricatures, il s’agissait de faire quelque chose d’un peu drôle, que sinon ça n’en valait pas la peine. Est-ce que tout ça vaut une rafale de kalachnikov ?
Seulement voilà : en matière de blasphème, il y a des gens qui n’ont vraiment pas le sens de l’humour. Ils disent : un blasphème est un blasphème, il vise – exactement comme le déni nihiliste – à détruire le sacré, ou du moins à offenser Dieu (1).
On dit : pourquoi ces fondamentalistes ne répliquent-ils pas avec les mêmes armes que les gens de Charlie ? Pourquoi n’ont-ils pas publié des dessins, des textes, ridiculisant ces blasphémateurs ?
C’est que pour faire ça, il faut se contenter de nier – ou de corriger – symboliquement. Là est la différence : pour les Islamistes, tout doit être réel : le blasphème est réel ; la kalachnikov aussi est réelle.
Charlie, fais attention – et réfléchis un peu avant de rigoler : On ne court jamais aussi vite qu’une balle de kalach ! (2)
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(1) J’ai expliqué ici que je finissais par croire que la Blasphème était une formule magique, qu’il suffisait de le prononcer – et peu importe l’intention – pour qu’instantanément il soit constitué.

(2) Rappelez-vous : c’est ce que disait Amin Dada.

Thursday, March 14, 2013

Citation du 15 mars 2013



Il y a loin de la croupe aux lèvres. 
Boris Vian
Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ? 
Boris Vian
Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée libre et indépendante.
Boris Vian – Le Goûter des généraux
Pour quelqu’un qui, comme moi, commente des citations, c’est une aubaine de tomber sur une citation commentée par son propre auteur, et surtout quand ce commentaire prend comme ici la forme de citations.
1 – je … suis … en train de jouer avec les mots – Il s’agit en effet d’un simple jeu de mots : la croupe est ici une altération de la coupe, ce qui revient à glisser sous une formule bien admise une vilaine cochonnerie (1).
2 – Et si les mots étaient faits pour ça ? Prendre la fonction secondaire pour la principale (procédé déjà rencontré chez Vian : voir ici). A quoi bon parler si ce n’est pour en rire ?
3 – Dire des idioties… c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée libre et indépendante. Autojustification ou autocritique ? On attendrait en effet autre chose : par exemple que le seul moyen de dégonfler des propos ampoulés (qui nous « gonflent » justement), c’est de montrer qu’ils ne valent pas mieux que les idioties qu’on leur substitue.
--> Au lieu de cela, on trouve l’aveu d’une pauvre manip’.
Façon de désarmer la critique en la devançant ?
4 – Ou plutôt manifestation d’un humour kierkegaardien consistant à rire de soi-même pour montrer qu’il existe quelque chose (de plus sérieux) au-delà. 
A la suite de Kierkegaard, Boris Vian serait-il donc en train de nous inviter à passer du stade éthique au stade religieux ?
Mais voilà que moi aussi je vous « gonfle » par mes propos-ampoulés… Me tapez pas ! Aïe ! Pas sur la tête !
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(1) Dont la moindre est de faire allusion à la croupe (féminine) dont la proximité avec les (petites) lèvres est bien connue (c’est pas moi qui dit ça : c’est ceux-là). On est dans l’humour de cour de récré.

Saturday, September 15, 2012

Citation du 16 septembre 2012



Le Maréchal de Richelieu (1)
Bien qu'octogénaire, il eut la témérité de se remarier. Une princesse lui demandait en riant, le lendemain, comment il avait pu se tirer d'un pas si difficile. Elle dut se contenter de cette réponse : "Le plus difficile n'est pas d'en sortir".
Lorédan Larchey – L'Esprit de tout le monde - Joueurs de mots (1891)
Voilà dimanche : jour de loisir, de repos, de sourire. Mais jour où nous devons quand même ajouter quelque chose à notre science pour éviter de perdre notre temps.
Voici la question du jour : comment faire pour qu’un bon mot devienne un mot d’esprit ?
Eh bien, il suffit de faire en sorte que l’auditeur ait quelque chose à deviner, à comprendre, à ajouter. Quelque chose qui ne soit pas bêtement donné, mais qui soit suggéré – et la plus éloignée sera la suggestion, le plus apprécié sera le mot d’esprit. L’idéal serait même que soit présent le sot qui ne comprendrait rien à ce qui se dit.
Vérification : supposez donc que le maréchal de Richelieu, soucieux de se faire bien comprendre ait dit : « le plus difficile n’est pas d’en sortir… mais d’y entrer ! ». Vous avez encore le bon mot, mais pas le mot d’esprit.
Bien sûr le pire serait d’expliquer avec le plus de sérieux possible la situation : « A mon âge, la nuit de noce pose le problème de l’introduction plus que celui du retrait ».
Ou encore  – le pire du pire : « A 80 ans ma nuit de noce est restée platonique parce que mon vit, vieux, ridé et flaccide n’a jamais pu pénétrer le con de ma femme. » (2)
Tout ce qui fait gagner en clarté fait perdre en participation de l’auditeur – et donc en comique. Comme le dit la publicité : Ce n’est pas parce que c’est déjà fait qu’il n’y a rien à faire.
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(1) Louis François Armand de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu (1696-1788), petit neveu du cardinal.
(2) Les mots en italiques sont choisis dans le vocabulaire du 18ème siècle. Vous pouvez aussi les traduire (même si la chose est horrible) : vit = pénis ; con = vagin.