La pulsion est dite sublimée dans la mesure où elle est dérivée vers un nouveau but non sexuel et où elle vise des objets socialement valorisés." – Laplanche et J.-B. Pontalis "Vocabulaire de la Psychanalyse" (1967)
Monday, August 13, 2012
Citation du 14 août 2012
La pulsion est dite sublimée dans la mesure où elle est dérivée vers un nouveau but non sexuel et où elle vise des objets socialement valorisés." – Laplanche et J.-B. Pontalis "Vocabulaire de la Psychanalyse" (1967)
Sunday, August 12, 2012
Citation du 13 août 2012
Monday, January 30, 2012
Citation du 31 janvier 2012
Pourtant voilà quelqu’un qui a utilisé sa notoriété d’intellectuel (2) pour appeler à la mobilisation au côté des rebelles libyens. Il l’a fait, et même si aujourd’hui on crie à la manipulation de la part des islamistes, il n’en reste pas moins qu’on a pu alors épargner pas mal de vies innocentes.
Revenons à la citation de Nizan, qui nous interroge plus généralement sur la fonction des intellectuels (en l’occurrence : les agrégés de philo) : gardez-vous, nous dit-il, de croire que ces gens sont « ès-qualité » des terre-neuves ou même des personnes respectables.
Admettons qu’ils ne le soient pas : mais faut-il le leur reprocher, comme si ils trahissaient leur fonction naturelle ? Ou bien faut-il dire : ces gens sont comme tous les autres, il y a la même proportion de saints et de filous que partout ailleurs…
Mon expérience des agrégés de philosophie c’est que souvent ils sont complètement fermés à la vie politique – voire même à la réalité quotidienne – et que les imaginer soutenant le pouvoir par intrigue est proprement hilarant.
Un souvenir : nous sommes dans un village de vacances, entre philosophes rassemblés pour un colloque (sur la citoyenneté je crois). Au petit déjeuner, nous discutons du cogito : je sais que ça parait être caricatural, mais c’est comme ça. Mon voisin, un spécialiste d’histoire de la philosophie, ouvre son yaourt. Tous en polémiquant à propos de Descartes, il verse hardiment le contenu du pot de yaourt dans sa tasse de café, dont bien sûr il avait oublié l’existence.
Comment voulez-vous que des gens comme ça puissent être des chiens de garde de la bourgeoisie ?
-------------------------
(1) « En avril 1932, Nizan publie chez Rieder Les Chiens de garde, féroce pamphlet contre la philosophie universitaire de l’époque. Il y dénonce avec violence les philosophes en place, « chiens de garde de la bourgeoisie » qui, face aux ravages provoqués par la crise économique, aux exactions et à la violence de la colonisation, à la montée du fascisme en Europe, ont choisi de se taire plutôt que d’agir, au nom de l’Esprit et des valeurs abstraites et éternelles qui dissimulent la réalité. » A lire ici
(2) J’en vois qui font la moue : un intellectuel, ça ? Je rappelle que Sartre était l’objet de pareilles moqueries, comme si l’auteur de l’Etre et le Néant ne pouvait être un vrai philosophe.
Tuesday, June 07, 2011
Citation du 8 juin 2011
Intellectuels : ils sont plutôt le déchet de la société, le déchet au sens strict, c'est-à-dire ce qui ne sert à rien, à moins qu'on ne les récupère.
Roland Barthes – Le grain de la voix - Entretiens 1962-1980
L’avantage des citations, c’est qu’elles vous donnent à penser au-delà de ce qu’elles disaient dans leur contexte original.
1 – Les intellectuels sont comme les déchets, ce qui ne sert à rien. Et donc on peut s’en passer sans mal. Peut-être même devrait-on en interdire l’existence, les pourchasser hors de nos frontières comme on le faisait autrefois, quand Voltaire devait s’installer sur la frontière suisse pour sa sécurité ; quand Descartes était obligé de vivre en Hollande. Ils sont au mieux inutiles ; au pire : dangereux.
2 – Toutes fois, les déchets sont l’ambiguïté même : ils sont certes ce qu’on peut jeter sans perte ; mais aussi ce qui permet toutes sortes de créations – ou de re-créations – pour qui sait les utiliser. Il y a des Trésors dans les déchets, et notre époque est devenue l’époque du recyclage comme les années 70 étaient celles de la consommation. Voyez le nucléaire : déchets d’aujourd’hui ; source d’énergie demain (peut-être).
3 – Venons-en à l’essentiel : les intellectuels comme les déchets sont susceptibles d’être récupérés. C’est même là et là seulement qu’ils ont de l’intérêt.
Toute la question est de savoir comment on fait pour récupérer un intellectuel.
- Faut-il commenter ses pensées ?
- Faut-il l’utiliser comme un excitant pour se mettre à penser nous-mêmes ?
- Faut-il lui demander de s’interpréter lui-même ?
… Oui, on déjà l’a compris : les intellectuels d’aujourd’hui ont lu Barthes ; ils savent que le public ne comprend rien à leurs propos et donc ils nous livrent l’interprétation clé en main.
Ce qui devrait être conçu comme un éclairage, un point de vue, une hypothèse, un sens parmi d’autres, devient alors « certitude », « vérité indiscutable », ce que « tout le monde sait », ce qui est « bien évident », « absolument incontestable » etc…
Il ne faut pas chasser les intellectuels. Il faut simplement leur dire qu’on est assez grand pour avoir par nous-mêmes un avis sur leur propos.
Wednesday, June 30, 2010
Citation du 1er juillet 2010
Un intellectuel est un type qui est rassuré quand il n'est pas compris.
Pierre Perret – Les pensées
Voilà une pensée qui date terriblement… Sans savoir quand elle a été écrite, je parierai qu’elle remonte aux années 50 ou 60.
Car depuis, l’intellectuel a connu une mutation : il est devenu un penseur médiatique. Habitué des plateaux de télévision ou des studios de radio, non seulement il a sur tout ce qui arrive une théorie, mais en plus il est là pour vous faire voir ce que vous avez déjà vu, vous faire entendre ce que vous avez déjà entendu.
- Heu, je comprends pas bien ce que vous dites là. Seriez pas un intellectuel par hasard ?
Mais non. C’est pourtant simple. L’intellectuel est là pour lui donner du sens à votre quotidien, pour vous montrer que ce que vous avez vécu est un signe de quelque chose de plus profond, de plus durable qui émerge là, dans votre quotidien. Grâce à ce monsieur vous allez donc pouvoir attraper l’évènement par les oreilles et voir à quoi il est rattaché.
Et pour faire tout cela il doit être éminemment compréhensible. Je dirai même que ses propos doivent être cristallins, qu’on doit les recevoir comme s’ils sortaient de notre propre cerveau : que ses pensées deviennent les notres.
L’intellectuel d’aujourd’hui ne se contente pas de vous donner l’impression qu’il est intelligent mais encore que vous êtes aussi intelligent que lui. Bref il vous fait penser par sa pensée.
Voilà qui rapproche l’intellectuel des sophistes qui régnaient à Athènes au temps de Socrate, eux qui selon Platon se prétendaient capables de vous persuader de n’importe quoi.
- Un exemple ? Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, je donnerai l’exemple qui me vient à l’esprit maintenant : je veux parler du désastre (1).
Ecoutez bien les commentaires (2), comme celui d’Alain Finkielkraut, pour qui tous les problèmes des cités de banlieues – à savoir ethnicisation, pertes des valeurs morales et politiques, perte de la structure de la langue française – émergent dans les évènements qui nous ont à tort amusés durant le bref passage de cette équipe en Afrique du Sud.
Résumons-nous : selon moi les intellectuels dont on critique l’obscurité sont des profs de facs qui s’imaginent parler à leurs étudiants. Il n’y en a pas tant que ça.
Pour le reste – et sauf ceux qui se donnent le but de stimuler la pensée de leurs lecteurs – on trouve chez les intellectuels des gens hyper-brillants qui vont vous dispenser de penser, à condition bien sûr que vous soyez bien crédules.
Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle.
Merci René ! (3)
(1) Il s’agit bien sûr de celui de notre Equipe Nationale de Football.
(2) Ou bien relisez celui que j’ai mis en ligne le 24 juin
(3) René qui ? René Descartes bien sûr ! Suivez un peu !
Sunday, October 22, 2006
Citation du 23 octobre 2006
Quand on est un intellectuel, ou du moins quand on a de la sympathie pour eux, on sait bien où le bât blesse. On se rappelle de mai 68 et des appels à s’aligner sur les slogans du Petit Livre Rouge ; pire encore : on a eu, au début des années 70, un étonnement admiratif pour Pol Pot qui avait vidé les villes du Cambodge et supprimé la monnaie (du moins c’est ce qu’on croyait alors). Bref, y a-t-il une dictature qu’on n’ait pas encensée ? Staline, Fidel, Mao, Lénine… Sartre à La Havane, Montand et Signoret à Moscou, et Aragon et bien d’autres encore… (1)
Pourquoi cette vulnérabilité ? Hannah Arendt répond : parce que les intellectuels sont des gens qui ne voient pas la réalité ; ils ne voient que des « théories fantastiques », qu’ils plaquent sur la réalité. Les dictatures les plus acharnées sont aussi celles qui prétendent réformer l’humanité, fabriquer l’homme nouveau : on est en pleine utopie, et l’intellectuel est quelqu’un qui aspire à l’utopie, parce que son esprit agile n’est plus embarrassé par les lourdeurs du réel. On a peine à y croire, mais ce sont les intellectuels qui sont les plus acharnés, les plus criminels parfois : Céline jugeait Vichy trop tiède avec les juifs. « Donnez moi une mitraillette et vous verrez ce que j’en fais » disait-il.
Notre Père à tous, nous philosophes et intellectuels, j’ai nommé Platon, voulait que le philosophe gouverne la cité : lui seul a la légitimité pour être roi, parce que lui seul a la science. Alors, c’est peut-être là que se trouve la réponse à notre question sur la fragilité des intellectuels en politique. C’est qu’ils croient qu’existe une science politique, que celle-ci obéit à des lois inflexibles (celles de l’histoire par exemple), qu’il est donc possible de connaître de façon rigoureuse ce que doit devenir l’humanité.
Donnez leur le pouvoir, et vous verrez ce qu’il en feront !
(1) Certes les dictatures de droite, Franco, Pinochet, les Colonels grecs semblent ne pas faire partie du lot. Mais qui sait ?
Wednesday, March 22, 2006
Citation du 23 mars 2006
"Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche."
Michel Audiard - Un taxi pour Tobrouk (Dialogue du film)
Le pouvoir de l’intelligence sur les choses reste très limité: c’est même pour cela que l’esclavage a été inventé ; c’est moins fatiguant de faire travailler les autres, parce que si on se contente d’imaginer qu’on travaille, ça n’avance pas. De là à dire que ce sont les intellectuels qui ont inventé l’esclavage, il y a un pas que je n’oserai franchir.
Néanmoins beaucoup osent malgré tout se demander à quoi sert un intellectuel, qu’il soit assis, couché ou debout. D’ailleurs vous n’en avez jamais rencontré des « intellos », et vous vous en moquez éperdument. Vous croyez donc pouvoir vous passer des intellectuels ? Erreur !
Les intellectuels d’aujourd’hui sont partout sous des formes diverses. Ils sont les conseillers, les donneurs de leçons, ceux qu’on consulte pour le plus petit bobo. Certains sont même devenus des « techniciens », des gens qui ont réponse à tout, et vous avez besoin d’eux non seulement pour ça, mais parce qu’ils font partie de la cohorte des spécialistes dont les conseils inondent la presse et les ondes ; et vous les appréciez parce que vous croyez qu’il y a un spécialiste pour tout. Pour le régime spécial qui fait perdre des fesses et pas des seins, pour le psy spécialisé qui s’occupe du bébé, ou du couple, ou du chien, ou pour le conseiller particulier qui vous permettra de dénicher le compagnon idéal...
Les intellectuels et ceux qui leur succèdent sont donc non seulement ceux qui donnent du sens à votre vie mais encore ils sont ceux qui vous donnent confiance en elle. Et ils n’ont pas besoin de vous promettre la lune (ou le paradis) ; il leur suffit de vous faire croire que ce qui ne va pas dans votre existence peut s’arranger, et surtout, fonctionnant à l’inverse des confesseurs, ils vous disent que ce n’est pas de votre faute
Bref, l’intellectuel assis n’a plus besoin de marcher pour montrer son pouvoir ; il lui suffit de dire : « Lève-toi et marche ! »