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Wednesday, December 20, 2006

Citation du 21 décembre 2006

C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d’être serf ou d’être libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal, ou plutôt qui le pourchasse.

Etienne de la Boétie Discours de la servitude volontaire (1)

Voici l'énigme, relevée par la Boétie : pourquoi les hommes supportent-ils les violences du pouvoir ? La Boétie a cru discerner une complicité entre les esclaves et leurs maîtres, imaginant chez ces malheureux un désir de servitude ; il pointait le déséquilibre des forces entre la multitude asservie et l’individualité unique du tyran. En toute rigueur, il avait raison : le peuple asservi est multitude ; le tyran est toujours une personne unique (2). Mais, à la lumière des siècles écoulés depuis sont époque, on peut penser qu'il a commis deux erreurs.

La première est que, pour que la domination soit possible, il faut que les dominés soient le moins nombreux possible. Il s’agit de minorités, ethniques, sociales, économiques, religieuses, etc. Mais ce n’est pas seulement leur faiblesse numérique qui rend possible leur asservissement ; c’est qu’ils doivent être perçus comme des marginaux dans la société

Car, et c’est la deuxième erreur de la Boétie, le tyran n’est pas seul : la multitude est avec lui non pas pour supporter avec masochisme sa violence, mais pour l’encourager et l’aider à violenter ses victimes. Seulement, ces victimes sont expiatoires ; elles sont coupables. Et la violence qui s’exerce sur elles répond à une nécessité pour équilibrer la société en cas de crises.

Nous avons déjà, ici même évoqué la thèse de R. Girard concernant la victime expiatoire (le pharmakos Cf. message du 8 mai) : parce que nous avons besoin d’évacuer par la violence le stress provoqué par les catastrophes qui s’abattent sur la société, nous avons besoin de désigner quelques responsables sur les quels se déchaînera la violence. Ces responsables seront justement les individus ou les groupes perçus comme des étrangers, comme ceux qui ne peuvent que nuire à la société, parce qu’ils ne lui sont pas intégrés.

Alors bien sûr, la Boétie pointe un fait essentiel : les libertés sont bafouées pour tous sauf pour le(s) bénéficiaire(s) de pouvoir. Mais il oublie de remarquer que la responsabilité de ces privations est précisément attribuée aux minorités : les Juifs qui spolient les malheureux ouvriers, les étrangers qui trahissent le peuple…

… les immigrés qui pillent nos allocations familiales.

(1) Cf. aussi le message du 29 août

(2) Le Discours de la servitude volontaire, est parfois aussi intitulé le Contr’Un.

Sunday, May 07, 2006

Citation du 8 mai 2006

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine,
Et, malgré vous, nous resterons français.
Vous avez pu germaniser la plaine,
Mais notre coeur vous ne l'aurez jamais.

Paroles : Gaston Villemer et Henri Nazet Musique : Ben Tayoux (1871)

Halte-là ! En ce jour du 8 mai je lance un cri de révolte et d’avertissement.

La paix est une mauvaise chose, elle va contre la nature des sociétés, elle les fragilise et les désoriente, elle les laisse désarmées devant les épreuves de l’Histoire. Pas de réconciliation, pas de consensus mou ! Il faut bander nos muscles, exacerber nos passions, exercer notre habileté aux armes, apprendre aux plus jeunes contre qui ils doivent déchaîner leur violence, qui ils doivent massacrer, qui ils peuvent violer. Il nous faut de la barbarie au-delà des frontière, pour être bien sûr qu’elle n’est pas chez nous. …

Bref. Il nous faut un ennemi, héréditaire ou non, peu importe, dont l’existence soit un stimulant de notre propre existence, qui nous empêche de dégénérer, qui stimule et canalise en même temps nos plus bas instincts, ceux dont Nietzsche dit qu’ils sont néanmoins indispensables à la vie.

Rappelons-nous les thèses de René Girard (même si elles sont un peu passées de mode) : comme la violence est inévitable dans la société, il faut qu’elle puisse s’exprimer, et pour cela il lui faut une victime émissaire (bouc émissaire ou pharmakos (1)). Nos sociétés modernes ne dérogent pas à cette règle, seulement elles n’ont plus d’institution pour la prendre en charge : voilà cette violence qui ne sait plus où aller parce que personne ne l’oriente vers un but qui soit neutre ou qui soit récupérable pour le bien de la société : c’est l’anarchie assurée ! Voyez les émeutes de novembre. Il a suffit de parler de racaille et de Kärcher pour que tout s’enflamme, comme si le brasier était déjà prêt, n’attendant que l’étincelle pour s’enflammer.

Nicolas Sarkozy : le pharmakos des banlieues ! Voilà un titre tout trouvé pour Libé le Figaro !

(1) A Athènes, on entretenait à grand frais par prévoyance quelques malheureux destinés au sacrifice. Lors d'une calamité, cette victime sacrificielle : le pharmakos, était promenée dans la ville puis tuée ou chassée.