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Tuesday, April 07, 2009

Citation du 8 avril 2009

Insouciance II

Etudiez comme si vous deviez vivre toujours ; vivez comme si vous deviez mourir demain.

Saint Isidore de Séville

Dans la série « comment être optimiste et lucide en même temps » : le cloisonnement.

Etudiez comme si vous deviez vivre toujours : et en effet, inutile de demander combien de temps on va mettre pour arriver au bout de nos recherches. Car, en toute rigueur pour savoir, il faudrait tout savoir, ce qui n’arriverait qu’après un temps indéfini. En plus, il faut être capable pour arriver à comprendre prendre son temps, vérifier, et revenir en arrière quand c’est nécessaire. Et encore, pouvoir commencer une nouvelle recherche à tout âge comme au premier jour.

…vivez comme si vous deviez mourir demain : car c’est dans l’instant que nous vivons, et l’instant est toujours du présent vécu. Il y a urgence à vivre, et remettre à demain ce que nous pouvons faire le jour même voilà la perversion (1)

Oui, mais que faut-il faire pour vivre ?

Par exemple, la nonchalance et la passivité sont-elles des mauvaises façons de vivre sous prétexte qu’on ne ferait rien de spécial pour vivre ? Certainement non, mais à condition de l’avoir choisi et non subi.

Attendez un peu que je comprenne : si je reste toute la journée dans mon lit au lieu d’aller courir l’aventure dehors, peut-on dire que je le subisse, pour autant que personne ne m’y contraigne ?

Oui, effectivement, mais à condition de ne pas être en contradiction avec moi-même. Supposez que j’aie plusieurs désirs en même temps, il me faudra bien choisir s’ils ne sont pas compatibles entre eux ; comme par exemple sacrifier mon présent à mon avenir, ou au contraire faire dès maintenant ce qui me plaît même si ça hypothèque mon avenir. Mais alors il faut que j’assume mon choix, et c’est ça qui me permettra de dire que je vis là maintenant dans le présent.


(1) C’est ce qu’on appelle la procrastination.

Et voilà encore une occasion de briller en société grâce à la Citation du jour.

Monday, April 06, 2009

Citation du 7 avril 2009

Insouciance I

L'homme insoucieux, l'imprévoyant, est moins accablé et démonté par l'événement catastrophique que le prévoyant.

Pour l'imprévoyant, le minimum d'imprévu. - Quoi d'imprévu pour qui n'a rien prévu ?

Paul Valéry / Tel Quel

Quoi d'imprévu pour qui n'a rien prévu ?

Mais qui donc ne prévoit rien, absolument rien ? Pour vivre, vous êtes bien forcé de parier que votre train va arriver à bon port, que votre mari va rentrer comme d’habitude ce soir, que vous allez vous réveiller demain matin et non pas succomber à un infarctus.

Toutefois, dira-t-on, l’insouciant est d’abord celui qui a choisi de penser à autre chose, de faire « comme si » demain n’arrivera jamais, « comme si » ce soir ne viendra jamais après ce matin. Rousseau racontait que les Caraïbes (indigènes originaires des Caraïbes) étaient capable de vendre leur hamac en se levant le matin, ne songeant pas qu’ils en auraient besoin le soir.

Bon, mais alors, est-il vrai que l'homme insoucieux, l'imprévoyant, est moins accablé ?

Faut-il souscrire à cet éloge de l’insouciance ?

Voyez Heidegger, et son éloge du souci (qu’on trouve déjà chez Kierkegaard) : la certitude que la mort arrivera un jour et donc (c’est là ce qui compte) que notre existence a une durée limitée nous enseigne à vivre pleinement, sans perdre notre temps comme si nous avions l’éternité pour nous. Rappelons aussi les Egyptien dont on dit qu’ils mettaient une tête de mort sur la table du festin pour s’exciter à profiter de la bonne chair le temps qu’ils vivaient encore.

Etre moins accablé ce n’est pas difficile, il suffit de vivre comme l’animal dont on suppose qu’o ne se sait pas mortel. La vie d’un pourceau est-elle plus enviable que celle de l’homme qui sait que le temps lui est compté ?