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Thursday, July 13, 2017

Citation du 14 juillet 2017

Un feu d’artifice qui implose et n’arrivait pas à atteindre le ciel. Voilà, quand je pense à la vie de beaucoup de gens, cette image-là me vient à l’esprit : des feux qui implosent au lieu de s’élancer vers le haut.
Susanna Tamaro – Va où ton cœur te porte (1994)
Contrairement à un usage fautif fréquemment employé par les médias, l’implosion désigne un effondrement d’une masse sur son intérieur, ce qui en fait l’exact contraire de l’explosion. Bien sûr dans le cas d’une fusée de feu d’artifice cela désignerait plutôt un départ qui se conjugue à une retombée immédiate, un peu comme une fusée spatiale qui au lieu de s’élancer majestueusement vers le ciel monte sur quelques centaines de mètres, et puis retombe piteusement – même pas après avoir explosé.
La vie peut rater de bien des façons, mais selon notre auteur-du-jour, mais la pire est cette retombée qui au lieu d’élever concentre l’existence dans la médiocrité et dans l’éternel retour des petites tâches quotidiennes.
Mais au fait : de quelle façon risque-t-on de rater sa vie ? Peut-être y a-t-il autant de façon de rater sa vie que d’espoir de la réussir – Dis-moi ce que tu espères et je te dirai comment tu vas rater.
Disons que vous êtes un jeune qui sort du collège, votre Brevet en poche : Qu’allez-vous faire ?
- Réponse A : Vous entrez au lycée
- Réponse B : Vous mettez en ligne sur YouTube votre dernière composition musicale grattée sur votre guitare dans votre chambre en espérant 3 millions de connexions.
- Réponse C : Vous entrez dans le Mouvement de La République en Marche.
- Réponse D : Vous faire allégeance à Daech.


Mise à part la dernière réponse où la réussite doit ressembler à une jolie explosion de feu d’artifice, toutes les autres réponses peuvent mener à l’échec. La seule différence est l’altitude à la quelle elle aura lieu.

Monday, January 30, 2017

Citation du 31 janvier 2017

Si tu tombes, c’est la chute, et si tu chutes, c’est la tombe.
Aphorisme d’alpiniste (Rapporté par Sylvain Tesson dans Sur les chemins noirs)
Il y a des chutes dont on ne se relève pas. Sylvain Tesson témoigne d’avoir été jusqu’à l’extrême bord de cette chute-là, puisqu’après être tombé d’un toit d’une hauteur de 8 mètres il été relevé brisé menu ; le voici aujourd’hui heureusement presque totalement réparé – mais il s’était imaginé hémiplégique jusqu’à la fin des ses jours.
On peut admettre qu’il existe des chutes qui mènent irrémédiablement au tombeau comme en effet dans l’alpinisme ou comme Tabarly mort noyé pour être tombé de son bateau.
Par contre, peut-être y a-t-il des chutes métaphoriques qui ne répondent pas à cette situation ? Peut-être y a-t-il même des domaines dans les quels n’importe quelle chute n’empêche pas de se relever quand même ?
On l’aura compris, je pense aux chutes des hommes politiques. Qui dit que DSK ne reviendra pas en politique un jour ? On parle bien d’entrevues discrètes mais fréquentes entre lui et Emmanuel Macron ; certes ça ne prouve rien, mais si on pense à des retours inimaginables tels que celui du Général de Gaulle revenant en 1958 après 12 ans de traversée du désert, on se dit que rien n’est vraiment définitif en politique. L’homme politique est balloté par les évènements comme le marin à la mer par les vagues : un hasard l’écarte, un autre le ramène.

Tout cela nous conduit à remarquer que l’opinion publique est beaucoup moins dangereuse que la loi de la pesanteur. On évoquait il y a peu les malheureuses victimes de l’attentat du 11 septembre qui se sont jetées dans le vide du haut du Word-trade-center : et de l’inexorable résultat de ce saut désespéré. Par contre, la chute d’un gouvernement peut s’oublier, et les raisons qui l’ont provoquée également. Même quand on a été un ministre maladroit, qu’on a loupé l’inratable, voire même quand on a piqué dans la caisse, on peut être à nouveau  porté sur le pavois par le peuple oublieux ; les arrière-cours de la République regorgent d’hommes providentiels qui attendent un appel du peuple.

Monday, December 19, 2016

Citation du 20 décembre 2016

Celui qui connaît la paix intérieure n’est pas plus brisé par l’échec qu’il n’est brisé par le succès. Il sait vivre pleinement ces expériences dans le contexte d’une sérénité profonde et vaste, en comprenant qu’elles sont éphémères et qu’il n’a aucune raison de s’y attacher. Il ne saurait « tomber de haut » lorsque les choses tournent mal et qu’il doit faire face à l’adversité. Il ne sombre pas dans la dépression, car son bonheur repose sur des fondements solides.
Matthieu Ricard – Plaidoyer pour le bonheur
- Eh bien, Kévin, te voilà tout chiffonné : qu’est-ce qui t’arrive donc ?
- C’est Jade – tu te rappelle ?
- Ta meuf ?
- Oui, elle. Tu sais ce qu’elle m’a fait ?
- Ne me dis pas qu’elle t’a plaqué ?
- Si… Et en plus elle est partie avec un sale type, un barbu qui l’oblige à porter le voile et à marcher trois mètres derrière lui.
- Ah… Je comprends Kévin – tu te dis : « Pourquoi elle a préféré ce type ? Est-ce que je suis si minable qu’elle préfère un homme qui la traite comme ça ? Qu’est-ce que j’aurais dû faire ? La sortir en laisse ? »
- Laisse tomber… Tu vas me faire pleurer.
- Non, Kévin, ne pleure pas. Pense que ton épreuve n’est qu’une occasion de comprendre comment ça fonctionne des filles comme celles-là, qu’est-ce qu’elles veulent en réalité, et puis que ça ira mieux avec la prochaine.
- Alors, selon toi je devrais aller draguer à la sortie des mosquées ? Merci bien !
- Pas seulement : comprends que certaines femmes ont besoin de sentir l’autorité de l’homme, qu’elles ne la sentent vraiment que lorsqu’elles se sentent en danger. Et s’il n’y a pas de menace extérieure, c’est à toi d’être menaçant et de donner les règles pour y échapper.
- Autant s’acheter un  labrador !
- Oui… Je vois Kévin que tu n’es pas fait pour ce genre de femmes… Alors, au lieu de gémir, tu dois profiter de ce qui t’arrive pour comprendre qui tu es. Si Jade t’a plaqué, c’est parce que tu n’étais pas ce type d’homme et que tu ne le savais pas. Maintenant tu le sais, et donc tu es plus fort.
Tu sais Kévin, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. C’est ce que dit Nietzsche… à moins que ce ne soit Matthieu Ricard ?
- Arrête ! Epargne-moi tes clichetons pourraves !
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(Certains parmi vous, mes chers lecteurs s’attendaient peut-être à ce que, rebondissant sur les propos de Matthieu Ricard je parte sur l’idée qu’une petite jeune fille ça n’a pas beaucoup de cervelle et que, du coup, si l’une s’en va une autre la remplacera sans difficultés. Mais que nenni ! La Citation-du-jour respecte l’être humain, quelque soit son genre)

Sunday, May 31, 2015

Citation du 1er juin 2015

Les hommes sont nés pour réussir et non pour échouer.
Henry David Thoreau
                       Chers jeunes gens,
Dans quelques jours vous allez passer le Bac et vous angoissez. Vous vous dites que vous auriez dus être plus attentifs en classe, plus sérieux en faisant vos devoirs, plus rigoureux dans la rédaction de vos fiches de révision – les vôtres ne seraient mêmes pas bonnes à faire des pompes.
C’est vrai tout ça. Mais dites-vous aussi qu’il y a des milliers d’autres lycéens comme vous, et qu’ils vont réussir, parce que le bac est fait pour être réussi et non pour faire échouer.
C’est ce que nous dit Thoreau, mais je vous sens sceptiques : vous vous dites peut-être que je le cite rien que pour vous calmer, un peu comme on administre un comprimé de Tranxène avant une opération chirurgicale. Mais non, je vous assure : la réussite est inscrite dans l’ADN de l’humanité, car sans sa recherche et son obtention, l’espèce eut depuis longtemps cessé d’être.
- Galimatias que tout cela ! Aujourd’hui si t’as pas ton bac t’es plus rien – et puis c’est tout.

A cela je réponds : ce qui est vrai c’est que si le bac avait été conçu pour coller la moitié des candidats, il aurait été supprimé depuis longtemps : car, voyez-vous, si 50% des élèves de terminales restaient en terminale, comment faire monter ceux qui achèvent leur première ? Il y aurait embouteillage, et ce que l’Education Nationale doit absolument savoir faire, c’est gérer des flux.

- Chers jeunes candidats, vous m’êtes sympathiques, je vais donc vous dire ce qu’il en est. Peu importe ce que vous ne savez pas, et que vous auriez dû apprendre. Car l’important, c’est d’être dans la moyenne, et voilà tout (1). Une preuve ? Il y a 20% d’illettrés à l’entrée au collège. Croyez-vous que ce soit normal ? Et si ce ne l’est pas pourquoi laisserait-on passer au collège ces enfants qui n’ont a priori aucune chance de réussite ? Réponse : pour ne pas embouteiller le système – et parce qu’on ne sait pas faire mieux à ce prix-là. Alors, ne pouvant faire que tout le monde sache lire en 6ème, on fera qu’il ne soit plus obligatoire de savoir lire pour entrer au collège. (2)
Alors, plus d’angoisse, plus de Tranxène. Votre Bac, vous l’aurez, et pour la suite vous avez le temps d’y penser. Parce qu’avant, vous allez partir en vacances avec votre copine, et c’est quand même ça qui remplit votre horizon.
Je me trompe ?
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(1) Voir la distinction entre évaluation normative et évaluation formative.

(2) En marge de cela, notez cet adage : A collège unique, critère de réussite unique. Je crois que vous allez en entendre parler d’ici 2017.

Sunday, February 15, 2015

Citation du 16 février 2015

Après un échec, tout n'est pas fini. C'est un cycle qui commence en beauté.
Charles Baudelaire
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Charles Baudelaire, Recueillement – Les Fleurs du mal CLIX
L’échec : un cycle qui commence en beauté… On peut se livrer à une lecture prosaïque de cette phrase. Ainsi de ceux qui font de la compétition sportive l’objet de leur espérance, et qui, à la suite de l’échec de leur équipe, espèrent dans la nouvelle compétition en se disant que, quand on débute mal, on ne peut que progresser. Ou alors qu’il faut tomber bien bas pour pouvoir se relever, comme on talonne le fond de la piscine.
Que veut dire Baudelaire ? Que la vie est faite de cycles et qu’à la suite d’un cycle qui se solde par un échec, un autre commence ? Que même si l’échec final est en même temps l’échec inaugural du cycle nouveau, c’est un beau début ? Bref : faut-il y voir une marque d’optimisme, selon le quel le meilleur est toujours l’horizon de la vie ?

Mais enfin, l’optimisme n’est pas le fort de Baudelaire – ça, on le sait. L’homme qui interpelle la douleur comme dans ce poème si ténébreux et si envoutant caresse en réalité cette idée que c’est l’échec qui donne l’expression la plus noire certes, mais aussi la plus belle, de la nature humaine.
Oui, c’est cela : celui qui invoque sa douleur ne peut croire au bonheur qu’à condition de loger celui-ci dans le renoncement à la lutte et l’acceptation de la mort – que dis-je « acceptation » ? C’est « délectation » qu’il faudrait dire ! Au fond, puisqu’on ne peut empêcher la mort, alors il reste à l’aimer. Non la mort des autres – mais bien la notre.

Enfin, je veux dire : non pas la mort, non pas le hoquet final, mais tout ce qui la précède et l’annonce.