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Sunday, November 08, 2015

Citation du 9 novembre 2015

N’attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours.
Albert Camus
Vous parliez du Jugement dernier. Permettez- moi d'en rire respectueusement. Je l'attends de pied ferme: j'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement des hommes. Pour eux, pas de circonstances atténuantes, même la bonne intention est imputée à crime.
Albert Camus
Si vous furetez sur le Net à la recherche de citations de Camus, vous tombez sur celle-ci : « N’attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours » qui est reprise maintes et maintes fois, y compris sur des T-shirts, sous le portrait du philosophe. Et du coup nous voilà un peu embarrassés, car il est exclu que le Jugement dernier, qui fait le bilan de votre vie – je dirais même l’ultime bilan, le bilan des bilans – puisse revenir chaque jour.
Heureusement, Camus a pris la peine de nous l’expliquer (citation suivante) : le Jugement dernier dont il parle est ce moment où les âmes après la pesée de leurs mérites et démérites voient les portes du Paradis ou le gouffre de l’Enfer s’ouvrir pour elles.

Jugement dernier – Ecole des Pays-Bas méridionaux 15ème siècle
Et ce n’est plus l’archange Gabriel qui préside à ce choix : ce sont nos frères humains. Ici, comme le montre ce triptyque, pas de salut à espérer : nous voici voués aux flammes de l’enfer sous la gardes de démons cornus – qui ne sont autres que nos semblables.
Bref, Camus retrouve la thèse de Sartre : l’enfer, c’est les autres. Mais il précise le sujet : même la bonne intention est imputée à crime. Lisant cela, je pensais à nos ministres qui sont chaque jour voués à l’enfer des commentaires pour tel ou tel propos, telle ou telle action (1). Quoiqu’ils fassent ils savent qu’ils seront critiqués. Et ceux qui les critiquent le font même quand ils savent que s’ils avaient le pouvoir ils feraient comme les ministres incriminés.
Car  ce qui compte, c’est justement de posséder le pouvoir.
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(1) Cf. la récente interview de Myriam el Khomeri crucifiée par Jean-Jacques Bourdin pour avoir ignoré le nombre de renouvellement possible d’un CDD… alors qu’elle est ministre du travail.

Tuesday, February 19, 2013

Citation du 20 février 2013



La mort est l'espérance de qui n'en a plus. 
Adolphe Thiers
"Ô toi qui entres ici abandonne tout espoir !"
Dante - La divine comédie – L’Enfer. (Cité le 3/3/2006)
Monsieur de Lapalisse, un quart d’heure avant sa mort était encore en vie : et qu’est-ce qu’il a fait de ce quart d’heure ? Il s’est réjoui d’avoir encore un espoir : celui de mourir bientôt…
On quitte une lapalissade pour tomber dans une autre. Et encore celle-ci n’est-elle pas gaie.
Pas gaie ? Peut-être – mais optimiste quand même : ne plus avoir aucun espoir c’est réservé à celui qui est passé de l’autre côté de la frontière qui nous sépare du pays de la mort, et qui chemine vers les portes de l’enfer – portes sur lesquelles se trouve gravée  la sentence de Dante : Toi qui entres ici abandonne tout espoir
--> Pour endurer les souffrances présentes suffit-il donc, comme le pensait Epicure, de réaliser qu’elles sont promises à cesser dans la mort – dans un petit moment (1) ? On peut en douter : « Bof… dira le condamné à mort. La belle affaire ! Quelle belle espérance que la mort ! Mourir bientôt ? Mais c’est justement cela qui me désespère ! Moi je dis, comme madame Du Barry au pied de l’échafaud : « De grâce, monsieur le bourreau, encore un petit moment. » (Voir ici)
- Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’espoir est attaché à l’existence d’un avenir. Oh, pas forcément d’un grand ni d’un bel avenir. Simplement que l’instant présent soit ouvert sur un instant suivant, mais non pas de façon « mécanique » comme avec le compte à rebours qui va déclencher le couperet de la guillotine ; il suffit que l’instant présent bascule sous l’impulsion de ma liberté.
L’espérance est l’effet de la liberté, quand bien même celle-ci serait limitée au fait de choisir de mourir quand rien d’autre n’est plus possible.
Toutefois, choisir dans ce cas, ce n’est pas nécessairement choisir de mourir plutôt que de vivre, puisqu’on suppose que le cas est déjà tranché. S’agirait-il alors de mourir comme ci ou comme ça : en héros ou en lâche ?
Pas sûr non plus : si je suis lâche comme Garcin dans Huis-clos, je n’ai même pas ce choix à faire : la lâcheté, c’est ma nature, c’est mon essence – je n’y puis rien. (2)
Alors, c’est vers les Stoïciens qu’il faut se tourner : la liberté disent-ils c’est de consentir au sort qui m’est fait. Encore faut-il bien entendre l’expression « consentir » : ça veut simplement dire ne pas s’émouvoir, ni se révolter. Ce qu’il faut, c’est comprendre que ça ne dépend pas de nous, que ça n’a rien à voir avec nous. Il ne s’agit donc pas d’aimer ce qui nous arrive, mais simplement de ne pas nous en troubler ni de nous en désespérer. Et cela c’est déjà une manifestation de notre liberté, puisque ça suppose qu’on fasse effort pour abandonner une attitude spontanée de révolte et de désespoir.
L’espérance pour qui n’a plus d’espoir, c’est d’avoir encore ce tout petit degré de liberté.
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(1) Tel était rappelons-nous, l’un des remèdes d'Épicure.
(2) Pour ceux qui objecteraient que Sartre a affirmé que l’homme n’a pas d’essence, et qu’il se réalise librement durant son existence, je rappellerai que justement Garcin s’est constitué en lâche par ses actes de lâche (c’est un déserteur et en plus au moment d’être fusillé il s’est comporté lamentablement). Ce n’est donc pas qu’il n’y ait pas d’essence, mais simplement qu’elle s’est créée au cours de l’existence.

Saturday, January 28, 2012

Citation du 29 janvier 2012

L'enfer a été fait pour les curieux.
Saint Augustin – Les Confessions livre XI


Citation décorant un tapis de souris (en polyester durable)

Curieuse citation, ou plutôt, curieux usage d’une citation.
Alors que saint Augustin est, dans le livre XI des Confessions, aux prises avec la compréhension du temps et donc que l’enfer y incarne les souffrances du philosophe confronté à l’énigme du temps (qu’on ne peut réellement ni comprendre ni renoncer à comprendre), voilà qu’on propose un tapis de souris qui nous interpelle avec cette citation.
Ma curiosité à moi, c’est : Pourquoi ?
Pourquoi avoir choisi cette phrase pour servir de champ de course pour la souris de notre ordinateur (1) ?
Hypothèse 1 : l’ordinateur sert fréquemment à flâner sur Internet, activité qui est généralement l’aboutissement de la curiosité. Or, on sait qu’Internet apporte à notre curiosité des ressources inconnues jusque-là. D’où l’avertissement du Tapis de souris, destiné à nous détourner de cette passion supposée malsaine.
Hypothèse 2 : celui qui a conçu et fabriqué ce tapis de souris ne s’en servait pas lui-même. Il l’a réservé à la vente donc à aux autres qui ne peuvent qu’être des petits curieux, alors que lui est animé du désir de faire progresser l’humanité dans la voie de la science et du progrès technique.
Et donc je suppose que notre homme a un tapis de souris qu’il se réserve avec une citation bien glorifiante. Du genre :
L'art, c'est l'homme ajouté à la nature. (Bacon)
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(1) On connait les hippodromes, les cynodromes, faudrait-il, pour désigner les tapis de souris, inventer les muscodromes (de mus, musculus, nom scientifique de la souris) ?

Tuesday, January 24, 2012

Citation du 25 janvier 2012

L'enfer est trop petit pour tout le monde.
Claire de Lamirande – La Neige de mai

On ira tous au paradis, Même moi.
Chanson de M. Polnareff / J.L. Dabadie

Question : qu’est-ce qu’on peut faire au Paradis, qu’on ne pourrait pas faire en Enfer ?
Réponse : y aller avec tout le monde.
Curieux ça… Est-ce que ça voudrait dire qu’on ne peut jouir de Paradis, qu’à condition d’y être avec l’humanité entière ? Que l’Homme ne se retrouve que dans la totalisation de tous les individus de son espèce – et donc que vouloir priver cette Humanité de l’un de ses membres, c’est la dénaturer et par là faire souffrir l’ensemble des hommes individuels ?
--> Que – par exemple – l’absence d’Hitler, de Staline et de Pol Pot au Paradis suffirait pour en faire un Enfer ?
Non, n’est-ce pas ? Pareille idée est un blasphème.
Par contre on trouve quand même l’idée que, si le Paradis est toujours assez grand pour accueillir tout le monde, l’Enfer est un lieu possédant une certaine surface, un certain volume et que, comme tel, il a une capacité limitée qu’il ne peut dépasser. L’enfer serait comme les wagons des trains de la déportation, prévus pour "40 hommes" - ou "8 chevaux (en long)" ?
Quel sens donner à cette asymétrie ? Y a-t-il une vérité théologique qui se glisserait dans ce paradoxe ?
Voilà ce que je suggère : alors que le Paradis a été conçu par le Seigneur comme devant recevoir toute l’humanité – étant entendu qu’Adam a été conçu sans tâche, et que d’autre part, l’Omniscient sait d’emblée combien d’hommes verront le jour au cours de l’histoire de l’humanité – l’Enfer a été bricolé après la Faute par l’Ange déchu, le quel n’étant pas omniscient l’a dimensionné selon la taille de l’humanité de l’époque et selon les statistiques de la damnation.
De toute façon, puisqu’il y a un système de vases communicants entre le Paradis et l’Enfer (plus d’âmes en Enfer = moins d’âmes au Paradis), je ne sais pas si on va manquer de place en Enfer, mais je suis sûr qu’on ne risque pas d’en manquer au Paradis.

Wednesday, September 28, 2011

Citation du 29 septembre 2011

J'aime encore mieux l'enfer que le néant. L'enfer c'est la vie qui dure.

Georges Duhamel – Chroniques des Pasquier

Plutôt souffrir que mourir, / C'est la devise des hommes.

La Fontaine - La Mort et le Bûcheron

Terrible amour de la vie ! Préférer une éternité d’atroces souffrances et de désespoir sans fond au néant qui éteint toute existence…

On pourrait considérer que ce choix est totalement fictif, parce que nous n’y pouvons bien sûr rien. Mais en réalité il est l’occasion d’énoncer une évaluation en formulant un vœu : que la vie ne s’arrête jamais, même si elle était l’enfer sur terre, une somme de souffrances épouvantables, comme elle le devient dans certaines maladies. Telle était déjà le souhait du pauvre bûcheron de La Fontaine, et nous nous étions exprimé là-dessus il y a déjà bien des ans (voir ici).

Mais Duhamel renouvelle un peu le sujet : ce qu’il fuit, c’est le néant, entendu que si la vie s’arrête, alors c’est lui qui nous attend.

Laissons de côté la question de savoir si on imagine quelque chose quand on parle du néant. Remarquons plutôt que cette horreur qu’il nous inspire est d’ordre culturel, puisqu’elle est absente de certaines religions. Ainsi dans le bouddhisme, la « contemplation de la vacuité » donne lieu à des exercices de méditations particulièrement élaborés.

On me dira que la vacuité (sunyata voir ici) est moins le néant qu’une certaine forme de non-être – reste que certains courants du bouddhisme font de la déconstruction et du vide un moment essentiel pour se libérer des erreurs et des illusions de la vie.

De surcroit, dans la spiritualité orientale la mort reste marquée d’un coefficient positif, en tant qu’elle est une libération, justement parce qu’elle est l’anéantissement de l’âme individuelle : celle-là même que Georges Duhamel voudrait sauver, fut-ce au prix d’abominables souffrances.

L’amour de la vie est – dans ce cas – l’amour de soi-même.

Sunday, June 27, 2010

Citation du 27 juin 2010

La société devient enfer dès qu'on veut en faire un paradis.

Gustave Thibon

Quand l'homme essaye d'imaginer le Paradis sur terre, ça fait tout de suite un Enfer très convenable.

Paul Claudel – Conversations dans le Loir-et-Cher

Ceux qui lisent de temps à autre ce Blog connaissent mon aversion pour les prêcheurs d’évidence, les admirateurs de connivence, les enfonceurs de portes ouvertes. Ils doivent donc être surpris de me voir citer – et à deux reprises encore – cette banalité selon la quelle dès que nous tentons de réaliser le paradis sur terre, c’est l’enfer que nous créons (le meilleur des mondes – l’avenir radieux, etc.).

Mais justement, même dans les évidences les plus évidentes, il y a encore des zones d’ombre à éclairer.

Car, n’y a-t-il pas un paradoxe à constater que nous autres, les humains, doués de désir et de conscience – et d’intelligence – nous ne parvenons qu’à produire du malheur là où on voudrait créer du bonheur ?

Laissons de côté la question du désir (qui ferait mon bonheur au prix du malheur des autres), et refoulons la quête de bonheur au profit de celle du Paradis : après tout, est-ce que je sais si le bonheur suffirait à définir le Paradis ? Certains n’hésiteront pas à le nier, tant la béatitude leur paraîtrait la seule idée vraiment opportune ici.

Alors il ne reste plus que l’hypothèse suivante : le Paradis n’est paradisiaque que s’il nous est donné, et il devient infernal s’il est notre œuvre.

Voyons ça – Donné par qui ? Sûrement pas par nos semblables, déjà parce qu’il n’y a rien à attendre de bon de leur part (L’enfer, c’est les autres), et ensuite parce que même si on s’y essayait, il faudrait une collection innombrable de Paradis tous différents pour satisfaire tout le monde. Jamais personne n’y parviendra.

Personne… si ce n’est Dieu lui-même, car Lui seul sait ce qu’il nous faut.

Conclusion : il n’y a qu’une chose à faire pour restaurer le Paradis sur terre : prier Dieu. Et aussi faire ce qu’il faut pour mériter que l’accès au Paradis terrestre soit rouvert.

Et ça, c’est pas gagné.

Monday, July 27, 2009

Citation du 28 juillet 2009

Même en Enfer, régner est digne d'ambition ; mieux vaut régner en enfer que de servir au ciel.

John Milton – Le paradis perdu

Avouez que vous aussi vous pensez qu’il vaut mieux régner en enfer que servir au ciel.

Et vous n’avez sans doute pas tort, parce que si on regarde bien, à côté des pauvres damnés, il y a les démons qui les torturent et qui y prennent manifestement du plaisir… Par contre être un simple numéro dans la cohorte des anges et chanter en chœur les louanges du Seigneur, ad vitam eternam, ça saoule…

Plus sérieusement, Milton nous suggère que les hommes recherchent plus la satisfaction de leurs passions que l’épanouissement de leurs vertus, et que la plus grande de toutes les passions est celle du pouvoir. Il ne s’agit pas de montrer le vice triomphant de la vertu, mais plutôt les aspirations humaines fusionnant sous la houlette d’une seule et unique passion. Et cette passion est la passion politique par excellence : l’ambition de régner.

Et si tous les hommes étaient comme ça, je veux dire, si il n’y avait au fond qu’une seule et unique passion qui les anime, les autres restant subalternes ? Ils ne diffèreraient que par la nature de la passion qui domine les autres : chez les uns les femmes, chez les autres, le jeu, d’autres encore la domination, etc…

Hé bien, nous aurions là une clé pour évaluer les hommes politiques qui se proposent à nos suffrages.

Méfiez-vous de celui qui proclame : « Non, je ne suis pas un saint et les dames, elles me plaisent toujours autant. » Peut-on servir deux maîtres à la fois, la politique et la libido ? À mon avis les italiens ont été trop indulgents avec Silvio Berlusconi…

Par contre, Notre-Président (1), qui ne boit pas, qui ne fume pas, qui n’est pas plus porté que ça sur les jupons (dites-moi si je me trompe), mais qui nous fait comprendre que le pouvoir, oui, le pouvoir : il aime ça follement ; voilà un homme sérieusement épris de la politique.

Rappelez vous que Fourier qui voulait organiser son phalanstère sur la base des passions mises au service de la communauté affirmait qu’il fallait réserver les emplois politiques à ceux qui avaient la passion cabaliste (2).

En tout cas, ça permet de mettre le bling-bling à sa place : signe extérieur de pouvoir – et rien d’autre.


(1) Ce Post était rédigé avant son malaise de la Lanterne auquel il ne fait aucunement allusion.

(2) C’est la passion qui encourage à la rivalité et à l’intrigue. Voir ici.

Monday, January 05, 2009

Citation du 6 janvier 2009


… notre unique peine / est que sans espoir nous vivons en désir.

Dante – La divine comédie – L’Enfer chant IV, vers 41-42

De quels maux souffrent les damnés ? Sont-ils empalés vivants, ébouillantés, démembrés, déchiquetés par les dents de monstres sanguinaires ?

Sans doute…mais tous ces supplices sont mal perçus en tant souffrances, non seulement parce qu’ils sont devenus – heureusement – inimaginables, mais aussi parce que – hélas ! – nous pouvons puiser dans leur évocation une jouissance sadique.

Mieux vaut sans doute rechercher de quoi souffrent les damnés a minima, ceux qui ne sont accablés ni de ces supplices ni de ces tourmenteurs. (1)

Voici le tout début de la Divine comédie, le chant IV, celui du premier cercle de l’Enfer. Nous sommes dans des Limbes, juste sous les remparts de la Cité Dolente, celle dont la terrible porte nous annonce : « Vous qui entrez, laissez toute espérance » (2). S’y trouvent des enfants morts avant le baptême, et des païens ayant vécu avant que ne vienne le Christ. Tous sont sans tâche ; mais aucun n’a été sauvé.

Quelle est leur souffrance ? …sans espoir nous vivons en désir : la formule reprend l’avertissement placardé sur la porte (ci-dessus), car telle est la souffrance infernale minimale dont sont victimes ces pauvres âmes en peine – c’est le désir sans espoir. Entendez : désir d’être sauvé, sans l’espoir du Sauveur (3). Mais nous pouvons aussi entendre : désir au cœur du quel l’espoir est éradiqué.

Rappelons-nous que le désir est par définition (4) le sentiment qui porte avec lui la certitude que nous pouvons atteindre ce que nous désirons. Autrement dit, que l’espoir est consubstantiel à la vie – si tant est que la vie ne va pas sans désir.

Voici le message de Dante : ceux qui appellent la mort plutôt que la vie sont ceux qui désirent sans espoir.

... Pas gai mon Post ? Mais enfin, je ne vous avais rien promis !

Si c’est ça, éteignez l’ordi et allumez la télé.


(1) Pour un enfer sans supplices voir aussi Huis clos de Sartre.

(2) Chant III - voir aussi Post du 3 mars 2006

(3) Selon Dante, le sacrifice du Christ n’a pas eu d’effet rétroactif.

(4) Cf. la définition de Kant : Le désir est pouvoir d'être par ses représentations cause de la réalité des objets de ces représentations. (KANT – Critique de la faculté de juger – Introduction, III, note)

Monday, July 17, 2006

Citation du 18 juillet 2006

Pour moi le plus grand supplice serait d'être seul au paradis.

Goethe

L’enfer, c’est les autres

Sartre

Un débat entre deux citations, ça vous dit ?

Ohoh… J’en vois qui ne sont pas d’accord ? Ils ont l’esprit très mal tourné : ils disent qu’il n’y a pas débat, que Goethe et Sartre sont d’accord, parce que, qu’on soit seul ou qu’on soit accompagné, de toute façon la vie est infernale et le paradis est une fiction cynique. En voilà des façons !

Quoique… Supposez que vous vous retrouvez au Paradis avec votre Percepteur, votre belle-sœur, le président d’un parti d’extrême droite, que sais-je encore ? Sartre dans Huis clos, radicalisait même : ses héros sont aux enfers, enfermés avec des gens qu’ils ne connaissent pas, qu’ils n’ont même aucune raison de haïr ; et ils se haïssent pourtant. Soyons donc seuls et nous serons au Paradis ?

Nous avons déjà envisagé la chose (voir commentaire du 2 juin). Au lieu de revenir là dessus supposons que Goethe nous dise : « Pour moi le plus grand supplice serait d'être (seul ou accompagné : peu importe) au paradis. ». Qu’est-ce que ça y change, qu’on soit avec les autres ? C’est le Paradis qui est insupportable ! du moins le Paradis perdu. Celui-là on n’a pas envie d’y retourner ! Kant n’arrête pas de vitupérer contre cette fiction d’un lieu où l’homme (et la femme) vivraient sans jamais travailler (donc à toujours contempler leur nombril (1)) ; où l’harmonie et la bonne entente leur éviterait les efforts pour se dépasser eux-mêmes en dépassant les autres, bref : de parfaits imbéciles comme le furent les « bergers d’Arcadie ». Quant à Valéry il imaginait Socrate au Paradis (celui de grecs : les Champs élyséens) ; il s’ennuie à mourir ; et il est immortel.

Bref : le Paradis : quel Enfer !

(1) A prendre au sens imagé.

Thursday, March 02, 2006

Citation du 3 mars 2006

"Ô toi qui entres ici abandonne tout espoir !"

Dante - La divine comédie (L’Enfer)

C'est cette phrase, gravée sur la porte de l’Enfer, qui accueille les damnés; elle ouvre aussi l’œuvre de Dante. C’est un peu plus honnête que le « Arbeit macht frei » du portail d’Auschwitz…

L’enfer, et après ? Après rien. Ou plutôt si : après l’enfer, l’enfer. Il faut s’appeler Rimbaud pour ne vivre qu’« une saison en enfer » !

Nous avons là une idée de l’éternité. Outre les tortures, l’enfer est désespérant par la certitude de l’avenir. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » dit la sagesse populaire ; parce que l’irréversible de la mort ne s’est pas accompli. Mais l’enfer, c’est l’irréversible dans la vie éternelle : car les damnés vivent, c’est certain : ils vivent en tout cas suffisamment pour souffrir. Mais justement, quelle est la première souffrance en Enfer ? A celle des tourments complaisamment imaginés par l’Eglise médiévale, il ne faudrait-il pas substituer celle du désespoir ?

Dans ce cas nous aurions une idée de l’Enfer dès cette vie. De même que Sartre imaginait l’enfer comme un enfermement dans une chambre d’hôtel de trois personnes qui se détestent et se déchirent sans jamais en finir, la vie quotidienne avec son lot de lassitude, avec ses efforts bientôt abandonnés nous donne une idée de cette déprimante stagnation.

C’est Nietzsche qui a raison. Si tu veux savoir ce que c’est qu’aimer la vie, pense à l’« Eternel Retour » : vouloir que tout ce que tu as vécu, y compris les échecs et les blessures, les souffrances et les deuils, se reproduise indéfiniment, car c’est cela aussi la vie. Aimer la vie pour les sourires de l’enfant et le gazouillis des oiseaux, c’est l’imaginer comme le paradis, un jardin édénique dont on ne sortirait jamais : c’est banal. Aimer la vie au point de vouloir qu’elle se prolonge indéfiniment y compris avec ses désolations, ses chagrins et ses douleurs voilà qui l’est moins.

L’enfer c’est l’éternel retour, c’est sauf pour le Surhomme.