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Wednesday, September 20, 2017

Citation du 21septembre 2017

Il n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu.
Evangile de Luc, 12 : 2
Commentaire II
Loin de toute paraphrase (cf. Post d’hier), on a pu entendre cette sentence de Jésus comme une condamnation de tout ce que nous machinons afin de nous dissimuler aux autres.
A commencer – par exemple – par le vêtement.
Pourquoi donc porter des vêtements ? Suivant cette parabole rapportée par saint Luc, disons : pour cacher nos parties honteuses et les laideurs de notre corps, qui pourtant ne cesseront pas d’exister !
- Messieurs, vous avez des mollets de coq et des biceps de gringalet ? Portez chemises et pantalons : mais sachez bien que vous resterez pourtant un minus ! Et pour ce qui pendouille tristement, n’oubliez pas le caleçon… Et vous, mesdames, qui avez les seins qui tombent sur le ventre et le ventre sur les genoux, remontez donc tout ça avec des soutifs’ et des corsets ; mais ça n’empêchera pas que ça retombe quand vous voudrez faire la donzelle sur les planches à Deauville.

- On pourrait aussi prétendre qu’au contraire le vêtement, loin de cacher, est plutôt là pour montrer ; ou plutôt pour se montrer.




Vanitas, vanitatum ! Ce que vous montrez ce n’est pas vous, ce n’est que la mode du jour – et en plus vous êtes peut-être une fashion victim
- On dira que finalement le vêtement sert avant tout à se protéger du froid, et que si l’humanité est née en Afrique, là où le climat est chaud, elle en est sortie depuis bien longtemps, qu’elle a du affronter les glaciations et les hivers qui n’en finissent plus et que, faute d’avoir la toison de l’ours, les hommes ont du obtenir sa peau pour survivre.



Ötzi, chasseur du néolithique (reconstitution)

Tuesday, June 03, 2014

Citation du 4 juin 2014



Je pense que les tatouages sont horribles, c’est comme porter une robe Gucci à vie.
Karl Lagerfeld  ̶  Le monde selon Karl
De l’esthétique féminine I
Oui, Lagerfeld a raison : un tatouage, c’est indélébile : c’est comme une robe de Gucci qu’on serait obligé de porter tous les jours. Quelle lassitude ! L’essence même de la mode – outre l’élégance – est de nous permettre de renouveler notre apparence : un jour en Gucci, le lendemain en Dior, et puis après en Balmain, et puis en Cardin et … etc…
Sauf que : la femme qui se fait tatouer peut très bien le faire sans qu’on le voie, à moins justement de retirer sa robe – sa Petite Robe Noire ! Dans ce cas, Lagerfeld a tort : ce qui change, ce n’est pas le tatouage, certes, mais c’est l’amant qui le voit.
o-o-o
Ceci étant quel tatouage rechercher ? Ou plutôt : quel tatouage l’amant va-t-il rechercher en déshabillant sa conquête ? Est-ce le plus étonnant ? Est-ce le plus érotique (bien caché dans les replis de l’intimité) ?
Selon l’étude que je viens de mener, il y a deux sortes de tatouages, qui correspondent à deux sortes de femmes :
- Celui-ci :

C’est-à-dire une femme décorative, pour égayer la chambre à coucher ;
- et puis celle-ci :
C’est-à-dire une femme à lire.

Saturday, June 02, 2012

Citation du 3 juin 2012



Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de notre environnement. –
Pierre Joliot – La recherche passionnément
Petit manuel de survie en période de crise.
Leçon 1
On commence à déchanter : la droite est partie mais la crise est restée. Moins de jobs, plus d’impôts – et débrouillez-vous avec ça.
Et en plus on est obligé de souhaiter, pour que reparte l’économie, que renaisse aussi tout ce qui ratatine notre belle planète, la vide de sa substance et la laisse racornie et noirâtre, avec une pauvre humanité qui tourne en rond dessus en crachant ses poumons.
… Et en plus c’est aujourd’hui la fête des mamans et on n’a plus de thunes pour lui offrir des roses blanches.
--> Etonnez-vous après ça qu’on aille se jeter sous les roues du TGV.
Quoique… Avez-vous une maman qui porte encore des jeans (si vous lisez mon Post d’hier, vous verrez que selon Nadine de R* la chose est à peu près certaine) ? Et qui aurait un vieux jean dont elle ne voudrait plus ?
Si c’est le cas : vous allez lui acheter un jean tout neuf pour lui offrir à l’occasion de la fête des mamans. Si vous êtes fauché, tapez dans l’enveloppe contenant l’argent pour les clopes, vous pourrez le remettre bientôt.
Vous offrez ce beau cadeau à votre maman ravie, en lui demandant innocemment qu’elle vous laisse son vieux jean – c’est pour vos bonnes œuvres.
Et là, précipitez-vous sur e-bay et mettrez-le en vente à un prix exorbitant : car de nos jours, on achète des jeans pour leur usure. S’ils sont « neuf » alors ils ont été patiemment et chèrement élimés et craqués : on les use avant de les mettre en vente, comme le montre notre image.

Voilà donc notre 1ère leçon de survie : l’usure est une valeur ajoutée – n’hésitez pas à mettre aux enchères vos vieux vêtements.

Friday, June 01, 2012

Citation du 2 juin 2012


Jean : C’est une institution, à l’égal du réfrigérateur ou de la télévision. Les hommes, les femmes, les enfants, les bébés, les vieillards, les clochards et les milliardaires en ont porté, en portent ou en porteront. On ne s’élève pas contre une institution, on la subit.
Nadine de Rothschild, Le bonheur de séduire, l’art de réussir : savoir vivre aujourd’hui
Voilà : c’est Nadine de R* avec ses jugements à l’emporte-pièce et sa condescendance. Cette fois, elle s’en prend au jean.
Le Jean – votre jean – est ainsi frappé de nullité. Comment espérer être à la mode avec ça ? Tout le monde en porte, et pire encore – tout le monde en porte depuis … sa naissance et jusqu’à sa mort. Né emmailloté dans un jean, enseveli revêtu de son dernier jean.
Le jean, une institution ? Elle est bien gentille Nadine de R*, elle ne veut pas nous vexer, mais quand elle le compare au réfrigérateur, on comprend tout de suite qu’elle vise une banalité fonctionnelle de la pire espèce (1).
Oui, mais : Nadine, des jeans comme ceux-là, tu en as porté ?

Reste quand même que nait un doute : le jean n’a-t-il pas perdu son âme (2) en évoluant bien au-delà des limites supposées par Nadine de Rothschild ?
Car c’est vrai : on peut se demander si ce dont on parle existe encore vraiment. Ce string-jean est-il encore un jean ? Plus simplement, le jean en élastis qui a remplacé le jean en toile bien raide, n’est-t-il pas complètement dénaturé ?
Certes, on peut admettre que l’élastis a préservé la fesse rebondie, qui est l’essence du jean. Mais qu’en est-il du feeling ? Le jean doit être rough as the man who weares it, comme disait la pub.
Le jean, c’est le futal du macho, du mec qui en a (3). Le jean souple comme un gant de soie on n’y croit pas.
Bon – j’exagère peut-être un peu. Reste que ce n’est pas à Nadine de nous dire si on doit mettre notre vieux jean à la poubelle.
Surtout pas à la poubelle – en tout cas, pas avant d’avoir lu le Post de demain
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(1) Je me souviens que lorsque la VW (la Coccinelle) existait encore, un journaliste de revue automobile disait d’elle qu’avec son allure épouvantable et sa décourageante fiabilité, elle n’était que le « frigidaire de la route ».
(2) Car, n’en doutez pas, les jeans ont une âme. Les miens en tout cas. Pas les vôtres ?
(3) Levi's fabriquait autrefois ses jeans en mettant un rivet juste à l’entrejambe, histoire qu’avec la pression interne ça ne craque pas. Valorisant.
Sauf qu’autour du feu de camp ce fichu rivet concentrant la chaleur en venait à brûles les corones. Il a donc fallu le supprimer – ça, c’est la dialectique de la virilité.

Thursday, June 24, 2010

Citation du 25 juin 2010


Entre le soutien-gorge et la culotte, s'étend cette brève zone de chair nue, boursouflée par les élastiques: étonnante erreur de la mode qui scie en deux le tronc féminin!
Hervé Bazin - La mort du petit cheval
Curieuse ne trouvez-vous pas, cette critique des sous-vêtements féminins à la quelle se livre Hervé Bazin, On se prend même à sourire en se rappelant la plaisanterie déjà bien ancienne : sur la plage un agent accoste une dame en bikini.
- Madame, sur cette plage, les maillots deux pièces sont interdits.
- Ah bon s’étonne la dame. Et la quelle dois-je ôter ?
Mais je dirais quant à moi que cette citation de Bazin ne me donne pas envie de sourire
.
Essayons en effet de visualiser ce dont il parle : voyez par exemple ces sous-vêtements conçus par notre Miss préférée.
Où voyez-vous donc de la chair boursouflée ? Où voit-on un tronc féminin scié en deux ?
Sous des dehors plutôt débonnaires, cette citation ne constitue-t-elle pas en réalité un fantasme de tueur pathologique, de dangereux schizophrène ?
Est-ce bien Bazin qui parle ici ?
- Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, sors de ce corps, Landru !

Tuesday, June 22, 2010

Citation du 23 juin 2010

Une chose folle, et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes.

La Bruyère – Caractères

Non – Nous n’allons pas dénigrer la mode d’été qui s’étale dans nos vitrines, ni nous lamenter sur les fashion victime. Après tout que deviendrait notre beau Karl sans elle ?

Nous souhaiterions parler non de la mode, mais des modes. Vous pigez ? Non ? Vous le faites exprès ?

Je pense aux lieux à la mode, aux mots qu’on répète parce que tout le monde le fait, aux idées qu’il est bon de colporter… . Bref suivre ce genre de mode c’est adhérer à un conformisme paradoxal parce qu’il évolue constamment, et que s’il nous permet de faire partie de la tribu – c’est à condition de connaître le mot de passe qui change tout le temps.

Je crois que ce sont les jeunes qui aiment les modes, du moins qui les suivent – et les vieux comme moi (si, si) qui les détestent.

Pourquoi ? Parce que le temps passant et l’expérience aidant, nous constatons que non seulement les modes changent – ça c’est une banalité – mais aussi et surtout qu’elles reviennent.

Il ne suffit pas de brûler ce qu’on a adoré, pour faire comme tout le monde et pour ne pas paraître une pauvre cloche. Il faut aussi retrouver ce qu’on avait aimé avant de le détester il y a 20 ou 30 ans et le faire avec un ravissement tout neuf. Oublier qu’on l’a déjà fait, déjà dit, déjà porté. Et oublier aussi qu’on a dit et écrit que c’était le comble de la ringardise, que ceux qui fréquentaient ces bistrots ou adoraient ces chanteurs, c’étaient des pauvres ploucs.

Bref, non seulement les modes nous mettent sous la tutelle des autres ; mais en plus elles exigent qu’on se déjuge, et voire même qu’on soit en contradiction avec nous-mêmes.

Et ça, ça fait beaucoup.

Sunday, January 25, 2009

Citation du 26 janvier 2009

La nudité, c'est pire qu'indécent, c'est bestial ! Le vêtement, c'est l'âme humaine.

Michel Tournier – Le fétichiste, p.309, in Le Coq de bruyère

Le problème, voyez-vous avec ce genre de citations, c’est qu’elles sont piquantes et évidentes. Tant et si bien qu’on les colporte sans trop se demander si on a raison de le faire.

Car enfin, si Tournier a raison, l’âme humaine est :

- visible ;

- interchangeable (on en change comme de chemises) ;

- facultative (elle disparaît avec la nudité)…

Et réciproquement, la nudité c’est :

- l’animal humain, c'est-à-dire un corps sans âme ;

- ce qui prive l’homme de son humanité ;

- s’exhiber sans vêtements c’est une injure faite aux autres.

Nous avions déjà abordé la question du vêtement il y a bientôt trois ans (déjà !), pour conclure qu’il avait juste l’inconvénient de n’exprimer que ce que la mode a retenu comme signe intéressant à manifester. Exit l’âme dans ce qu’elle a de personnel, et bonjour le stéréotype…

Alors, bien sûr tout le monde n’est pas une fashion victime… Il y a tous ceux qui choisissent leur habillement pour exprimer ce qu’ils veulent faire apparaître d’eux-mêmes. Leur vêtement est un discours, une déclaration concernant ce qu’ils sont.

Mais vous n’empêcherez pas les gens de la rue de décoder votre tenue d’abord en fonction de l’écart qui la sépare de la tenue à la mode.

Car le vêtement est un signe, et le signe fonctionne à partir des autres signes qui auraient pu figurer à sa place. Le petit chandail en cachemire à la place du pull à col cheminée de chauffeur poids lourds.

Dans la langue, tout n’est que différence, disait Saussure. Dans la mode aussi.

Sunday, July 06, 2008

Citation du 7 juillet 2008

Il n'y a plus de mode, rien que des vêtements.

Karl Lagerfeld – Extrait d'une Interview

La citation du jour, dans un souci de civisme, offre gracieusement cette promotion du gilet réfléchissant (du moment que quelque chose se met à réfléchir, on est pour).

Qu’est ce que la mode si ce n’est pas du vêtement ?

Réponse avec la promo du « gilet-jaune » : si c’est Karl Lagerfeld qui assure cette promo, c’est pour souligner le contraste entre l’utilité (ça peut vous sauver la vie), et le style : porter des lunettes de soleil la nuit (on comprend que le gilet jaune n’aille pas avec).

La mode, c’est le style, c’est ce qui n’a pas besoin d’être utile, c’est peut-être même ce qui se doit d’être inutile. D’ailleurs les fashion victims ne me démentiront pas.

…Je sens la contestation monter, et pas seulement du coté de ces pauvres victimes : la mode est utile, et il faut être singulièrement borné pour croire que les fringues n’ont pour fonction que de nous habiller pour nous protéger du froid (ou des autres). Les articles de mode (pour exclure le terme méprisable de « vêtement », et pour inclure les « accessoires ») jouent aussi le rôle de signe de ralliement. Car si le style était le seul critère de la mode, alors à chacun sa mode comme à chacun son style. C’est vrai de Karl Lagerfeld, car personne ne s’habille comme lui. Seulement, le beau Karl, il ne ferait pas une thune si chacun s’habillait comme bon lui semble plutôt que d’acheter sa griffe.

Non, nous avons besoin de marqueurs sociaux – ou esthétiques – et la mode en tient lieu, même si elle n’en est qu’un élément (ajoutons la voiture et les gadgets pour faire bonne mesure). Ceux qui pratiquent le nudismes le savent : il faut se retrouver dans des endroits bien spécifiques – telle plage privée par exemple – pour retrouver ces marqueurs.

Même les sauvages qui vont tout nus, ne sont pas si nus que ça : certains ont des peintures sur le corps pour se différencier des autres tribus ; d’autres ont des étuis péniens ou des ceintures à la quelle attacher leur zizi.

Moi, je rêve d’un défilé de mode chez les Nambikwaras

Friday, March 24, 2006

Citation du 25 mars 2006

« Le moi se compose d'une âme, d'un corps et d'un vêtement. »

William James

Bonjour les fashion victimes ! C’est à vous que s’adresse la Citation du jour. A vous les toxicos de la fringue, à vous les damnés de l’accessoire et de la fripe, vous qui désespérez de vous délivrer un jour de votre addiction : voici William James - soi-même - qui vient vous réconforter.

Qu’est-ce que le moi ? C’est la conscience que j’ai de moi-même. Bon. Je suis donc une âme et un corps. Oui, mais je suis aussi ce que les autres voient de moi ; et pour autant que nos sociétés le permettent, je peux tenter de traduire cette intuition dans cette apparence. Et cette apparence, c’est le vêtement.

En m’habillant, certes, je me cache : je me protège des intempéries, et je dissimule aux autres ce que ma maman m’a appris à dissimuler. Mais je ne me contente pas de cela : en m’habillant, je me montre aussi.

Alors bien sûr cette exhibition peut être dissimulation : l’habit ne fait pas le moine. Elle peut encore être une dénaturation contre laquelle a été inventée la pratique du vendredi libre (où l’on s’habille un jour par semaine comme bon nous semble). Mais elle est aussi une traduction en terme de formes de couleurs etc. de cette personnalité que nous voulons être. Et pas seulement pour moi : aussi pour les autres - surtout pour les autres.

Alors vous, les fashion victimes, qu’est-ce qui fait de vous des victimes ?

C’est le changement permanent de la mode. Depuis longtemps on l’a dit : la mode, c’est ce qui se démode. D’où la nécessité de renouveler des vêtements encore utilisables ; ruineux, mais banal. Mais surtout la mode c’est ce qui fabrique, de façon collective, une personnalité, un moi vestimentaire. Et là le changement, incontrôlable par l’individu, devient très gênant ; je ne peux plus me « traduire » dans le vêtement. Bien au contraire : c’est lui qui me traduit, c’est à dire qui me transpose dans un style qui ne m’appartient pas, qui m’est imposé, qui devient une marque d’appartenance à un groupe (par exemple celui des Djeun’z ou des Seniors ou des Ménagères de moins de 50 ans (non, là je blague)).

Bref, voilà le diagnostic : les fashion victimes ont un nous à la place du moi.

Vous le saviez déjà ? Bon je ferai mieux demain.