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Monday, September 06, 2010

Citation du 7 septembre 2010

Cueillez la grappe pendant qu'elle pend, on ne fait pas toujours vendange.

Marivaux – Télémaque travesti

[J’en vois qui ricanent : ils se disent peut-être que je vais leur servir un Post sur ces grappes qui pendent et qu’il faut cacher derrière des feuilles de vignes – et qu’il vaudrait mieux justement qu’elles ne pendent pas ? Que nenni ! Je célèbre la vigne et le vin. Point barre. –]

Vendanges 3

Ah... La date des vendanges…. Leur détermination donne lieu à bien des spéculations, à bien des paris. Et pourtant elle est fixée par des experts – un peu comme la date du ramadan.

C’est qu’en effet, on ne fait pas toujours vendange, et il appartient aux spécialistes de dire quel est le moment opportun, sans quoi la récolte est fichue.

- On devine qu’il s’agit aussi pour Marivaux de nous alerter à propos des étapes de la vie : sachons profiter de ce que chacune nous offre sans quoi il sera bientôt trop tard pour en profiter.

Oui, mais il existe aussi des vendanges tardives, et ce sont même celles qui donnent les vins les plus précieux, les plus recherchés.

Laissons de côté les aspects techniques de ces vendanges, et retenons qu’il y a des cépages qui donnent le meilleur d’eux-mêmes quand ils sont en « surmaturité », c'est-à-dire desséchés, donc concentré (1).

Exactement comme avec les âges de la vie humaine, il y a donc des âges du raisin qu’il faut savoir reconnaître et utiliser.

C’est ainsi que nous laisserons les raisins verts de côté (2) ; l’immaturité n’est pas bonne à consommer et il en va de même chez les hommes : comme le disait Platon, ne nous attachons pas aux enfants parce que nous ne savons pas ce qu’ils deviendrons à l’age adulte.

Mais il faut admettre que la surmaturité est – éventuellement – intéressante, et qu’elle offre des avantages que la maturité n’offre pas. Et la métaphore peut là aussi être filée : les seniors sont légion désormais ; sachez, vous les jeunes, tirer parti de cette abondance !

Comme j’ai juré de maintenir haut le niveau moral de ce post, je laisse à d’autres les analogies avec les vendanges de l’amour (3). Mais il y a bien d’autres avantages à courtiser des personnes d’âge mûr… voire très mûrs.

Demandez à François-Marie Banier…. (4)

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(1) Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici l’article de Wikipédia :

« En France, l'appellation Vendanges tardives est réservée aux vins d'Alsace élevés à partir de cépages récoltés en surmaturité, plusieurs semaines après l'ouverture officielle des vendanges.

Les cépages utilisés sont les cépages dits "nobles" : le riesling, le pinot gris, le gewurztraminer et le muscat d'Alsace. Les arômes du cépage et la puissance de ces vins sont accentués grâce au phénomène de concentration de sucres dû au dessèchement des grappes, ainsi qu'au développement de la pourriture noble (botrytis cinerea). »

(2) La Fontaine – Le renard et les raisins

(3) Avouez que vous l’attendiez depuis le début, celle là… La voici pour ceux qui ont eu la patience de lire jusqu’ici.

(4) Pour ceux qui ont passé leurs vacances sur Mars et ne rentrent que maintenant : voir ici

Sunday, September 05, 2010

Citation du 6 septembre 2010

L'excès du vin dégrade l'homme, aliène au moins sa raison pour un temps, et l'abrutit à la longue. Mais enfin le goût du vin n'est pas un crime ; il en fait rarement commettre ; il rend l'homme stupide et non pas méchant.

Jean-Jacques Rousseau

Vendanges 2

En cette époque des vendanges, permettez moi encore une fois de célébrer les mérites du vin : - Le vin, mes très chers frères, a ce mérite qu’il rend les homme stupides plutôt que méchants.

Qu’est-ce qui rend les hommes méchants me direz-vous alors, mes chers frères ? Rousseau vous laisse le deviner : c’est la raison, la raison raisonnante, celle qui calcule les effets de nos actions pour atteindre au succès de nos entreprises – quelles qu’elles soient, même les plus égoïstes, même les plus abjectes. C’est la mise hors circuit de la raison qui rend possible le retour à l’heureux temps des débuts de l’humanité, quand les hommes livrés aux douces préoccupations de leur nature vivaient en paix loin les uns des autres dans la florissante forêt primitive.

Ce temps n’est plus, mais il nous reste le vin qui nous permet de le retrouver.

…Je vois certaines de nos sœurs qui hochent la tête : elles ont je crois eu des maris qui sont rentrés ivres à la maison et les ont battues comme plâtre…

Mes très chères sœurs, je comprend votre désarroi, mais écoutez-moi encore.

Le vin libère les instincts de l’homme mais comme nous le dit Jean-Jacques, tout est bon sortant des mains de la nature. Tout devient mauvais par l’effet de la société qui nous corrompt.

Pourquoi vos maris vous battent-ils ? Parce qu’ils ont une pulsion qui les pousse vers vous et que vous n’y répondez pas suffisamment vite. Voyez les Bonobos : ces singes sont connus pour la paix et la tranquillité qui règne dans leur horde. Dès qu’il y a un début de conflit, on voit les femelles prendre la position qui sollicite l’accouplement et tout rentre dans l’ordre.

Mes très chères sœurs, si votre mari est pris de boisson au lieu de lui crier dessus et de le traiter de sale ivrogne, faites plutôt comme la femelle bonobo. Vous verrez comme il va se calmer.

Saturday, September 04, 2010

Citation du 5 septembre 2010

Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s'enivrer sans trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous !

Baudelaire – Le Spleen de Paris

Vendanges 1

Septembre : voici venu le temps de la reprise du travail, des impôts à payer, des souvenirs qui rendent le passé plus désirable que l’avenir… Amertume.

C’est le moment de faire l’éloge de l’ivresse ! Ou, si vous préférez, l’éloge de la perte de lucidité.

A quoi bon la lucidité, si c’est pour se désoler d’être au monde, d’y voir clair et d’avoir une conscience ? Baudelaire nous en avertit : il faut seulement choisir le bon moyen de s’enivrer ; autrement, gare aux effets secondaires !

- De vin ? Pourquoi pas, surtout s’il est bon. Reste à négocier avec notre estomac – et surtout notre foie – la suite du processus. Là se trouvent les effets indésirables.

- De poésie ? Là oui, sans aucune hésitation. Y a-t-il des effets secondaires à redouter ? tout dépend du choix du poète : il faut savoir choisir celui à choisir qui ne va pas vous coller la migraine ou le bourdon (par exemple moi, je choisirais plutôt Baudelaire que Rimbaud, s’il s’agit d’éviter que les rêves ne soient des cauchemars).

- De vertu ? Là, ça vous étonne, hein ? Comment peut-on s’enivrer non seulement avec vertu mais encore de vertu ? Si on admet que l’ivresse provient d’un excès de consommation, on devrait admettre que l’excès de vertu pourrait exister ? Et provoquer une perte de lucidité ? Et avec quels effets secondaires ?

… Je suppose un instant que la vertu excessive puisse affecter les fidèles d’une religion. J’imagine alors que soit inscrits – mention obligatoire – sur les portes des églises l’avertissement suivant :

Abus dangereux

Peut nuire à votre santé

Risque d’affecter votre lucidité.

Moi, je préfère encore le pinard.