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Monday, August 16, 2010

Citation du 17 août 2010

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. […] / Elle part, elle s'évertue ; / Elle se hâte avec lenteur./ […] / De quoi vous sert votre vitesse ?

La Fontaine – Le lièvre et la tortue

1ère partie : Elle se hâte avec lenteur.

L’oxymore (1) le plus célèbre peut-être de la littérature française : la hâte dans la lenteur (2).

Mais comme toujours, quand un procédé rhétorique est mis œuvre il faut aussi qu’il apporte un sens particulier. Ici, c’est l’idée que la lenteur permet de réussir dans une entreprise – voire même dans une compétition de vitesse.

A notre époque, la morale qu’on aimerait tirer de cette fable c’est que l’économie d’énergie fossile est possible, parce que la surconsommation liée à la vitesse n’apporte rien de bon.

Mais La Fontaine met en jeu autre chose dans sa fable : c’est le sérieux. Le lièvre n’est pas seulement celui qui va vite, mais aussi celui qui s’amuse, qui musarde parce qu’il croit que sa vitesse lui permettra de réussir quand même. Or voilà la morale : quand on n’est pas sérieux, quelque soient les qualités dont on dispose par ailleurs, on échoue devant ceux qui sont moins bien doués mais qui travaillent avec acharnement.

L’oxymore nous dit donc ceci : Si la contradiction entre la hâte et la lenteur n’existe pas, c’est parce que la hâte sérieuse est une qualité et non une quantité (comme l’est la vitesse du lièvre). La hâte sérieuse est celle qui correspond à l’effort soutenu et orienté toujours vers le même but : elle accompagne la vertu du caractère.

C’est pour cela que la tortue l’emporte quand même.

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(1) Un oxymore est une expression qui met côte à côte deux mots ayant des sens opposés et aboutissant à une image contradictoire comme dans « cette obscure lueur qui tombe des étoiles ». Voir La Liste.

(2) De la hâte dans la lenteur : je ne résiste pas au plaisir de renvoyer à la publicité Ovomaltine, qui nous montre un Suisse à l’accent un peu traînant nous annonçant qu’il a 8 secondes pour délivrer son message publicitaire avant que… ça n’explose.

Saturday, July 04, 2009

Citation du 5 juillet 2009

Il faut tout prendre au sérieux, mais rien au tragique.

Thiers – Discours à l' Assemblée Nationale - 24 Mai 1873

En 1873, le sort politique de la France était en effet à prendre au sérieux, et pour ce qui est du tragique, la défaite de 70 était encore dans toutes les mémoires…

Néanmoins je suppose qu’en 1873, quand on parlait de tragédie, outre la défaite de Sedan, on devait encore avoir en tête les exemples de la tragédie grecque, avec Eschyle, Sophocle, Euripide, et aussi Aristote, et aussi Œdipe… Tant d’exemples qui montrent l’inutilité de la lutte du héros, dont le courage désespéré s’épuise à lutter contre des forces qui l’écrasent.

On pourrait donc interpréter la phrase de Thiers comme un avertissement de ne négliger aucun effort pour faire réussir la politique de la nation, ajoutant que pour cela il ne fallait pas croire à un destin tragique qui mène inexorablement à une issue fatale, quelque soient les efforts déployés pour y remédier.

Faut-il s’en tenir là ? Je crois qu’on peut radicaliser le message un peu plus : en politique, rien n’est jamais fini, rien n’est jamais perdu. Tout est sérieux, rien n’est tragique – du moins au sens où nous l’avons dit.

Voyez le général de Gaulle, le 18 juin 1940 : la situation de la France est tragique, du moins il le semble. Mais pour lui, elle est surtout sérieuse, car il y a encore quelque chose à faire. Tout n’est pas perdu, car si la France a perdu une bataille, elle n’a pas encore perdu la guerre.

Prendre au sérieux, c’est se placer dans une logique de l’action, qui suppose un contexte dans le quel cette action va venir s’inscrire. De Gaulle inscrit la résistance dans le contexte d’une guerre mondiale et non d’un conflit franco-allemand. Si un tel contexte n’avait pas existé, alors là, oui, la situation eut été tragique et la résistance digne du héros de la tragédie grecque : condamné à lutter et à mourir écrasé par l’Histoire.

Le propre du politique est de saisir le contexte dans le quel son action va pouvoir se faufiler et porter ses fruits.

Courage, mes amis ! J’aperçois le bout du tunnel !

Monday, August 06, 2007

Citation du 7 août 2007

L'opposé du jeu n'est pas le sérieux mais la réalité.

Sigmund Freud

1 - Le sérieux chez Kierkegaard, c’est le moment de l’engagement, celui qui est le propre du stade éthique. Le sérieux est lié à la volonté d’aller jusqu’au bout de l’entreprise, de remplir sa vie jusqu’au bord, de ne pas en laisser perdre un instant (voir le texte). L’homme sérieux n’est pas celui qui, empesé et engoncé dans ses certitudes, les impose comme un carcan aux autres et à lui-même. Le sérieux n’est pas opposé à la légèreté si la légèreté est la vérité de la vie. Il n’est pas opposé au jeu lorsque le jeu permet à l’existence de se développer dans toutes ses potentialités.

2 - Le jeu est l’opposé de la réalité. Comprenons que, s’il n’y a pas de jeu sans règles, c’est parce que celles-ci ont pour fonction de remplacer la réalité. Qu’on se souvienne des petits enfants qui inventent des jeux pour la cour de récré : « On dirait que tu serais le gendarme et moi le voleur ». Si le conditionnel est le temps des règles du jeu, c’est qu’il est celui de la mise à l’écart de la réalité et de l’invention d’un autre monde.

3 - Chez Freud, le jeu est sans doute lié au principe de plaisir, en tout cas il est opposé au principe de réalité. Si le principe de plaisir exige une satisfaction immédiate de la pulsion, le principe de réalité quant à lui exige que cette satisfaction soit remise à plus tard, le temps que les besoins et les exigences de la réalité qui leur sont liées soient pris en compte.

4 - Le désir recherche à s’affranchir des contraintes de la réalité : pour cela il invente le fantasme. Le fantasme est en relation avec le principe de plaisir, il est l’invention d’une pseudo réalité, fabriquée sur mesure pour coïncider avec l’objet désiré et qui n’exige pas le détour par la réalité pour être mis en œuvre.

Dans cette fonction, le jeu et le fantasme ne font qu’un.