Showing posts with label béatitude. Show all posts
Showing posts with label béatitude. Show all posts

Monday, March 13, 2017

Citation du 14 mars 2017

Ce qui est passé nous manque et ce qui dure nous lasse.
Daniel Pennac – Le cas Malaussene (page 284)

Jamais content : voilà la vérité ! Jamais satisfait de son sort, jamais heureux : l’homme grommelle tout le temps – mais, s’il est malheureux, c’est bien fait pour lui : il a tout ce qu’il faut mais il ne sait pas se contenter de ce qu’il a.
Voilà une leçon de sagesse sans doute fort opportune, mais ne va-t-on pas trop vite à la conclusion ? On devrait d’abord se demander pourquoi ce qui nous manque, nous lasse dès lors que nous l’avons ? Devrions-nous en conclure que c’est la durée qui se révèle contradictoire avec le bonheur, et que, si nous nous lamentons de ne pas être heureux, c’est simplement parce qu’on ne peut l’être qu’à condition d’être dans le changement ? On va vite faire appel à un romantisme de la conquête : la belle jeune fille envoute le beau prince charmant qui vient l’enlever sur son cheval blanc… Mais dès lors qu’il l’a mise dans son château, il commence à reluquer la femme de chambre. Triste ? Oui, mais vrai !
Toutefois, là encore on réduit un peu trop vite la situation à quelque chose de particulier.
Spinoza nous avait prévenu : la joie c’est dans le changement que nous l’éprouvons, lorsque nous passons d’un état inférieur à un état supérieur. Voyez plutôt : « J'entendrai donc par joie … une passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande. » Spinoza – Ethique, Proposition XI, Scholie (1). Idem avec la tristesse : « La tristesse est le passage de l’homme d’une plus grande à une moindre perfection» Spinoza – Ethique, 3ème partie.
Inutile donc d’espérer être heureux de posséder indéfiniment ce qui a fait notre joie, puisque nous cessons d’en jouir dès lors que nous y sommes accoutumés ?
Pas du tout : c’est simplement que nous avons identifié la joie et le bonheur. Ou plutôt, nous avons cru que c’était le bonheur qui devait être permanent alors que c’est le propre de la béatitude : nous avons manqué une étape, celle de l’édification de la béatitude. Là encore c’est Spinoza faut consulter : « et certes, si la joie consiste dans le passage à une perfection plus grande, la béatitude doit consister pour l'âme dans la possession de la perfection elle-même. » (Ethique, III, prop. 33, scolie)
Celui qui a atteint cette perfection telle qu’un « plus » ne serait pas un « mieux », connait la béatitude, état de complète et permanente satisfaction. Et cet état n’est pas celui d’un surhomme ou d’un saint, mais celui de tout homme qui se sait partie prenante de la vertu divine, émanation de celle-ci, y compris dans sa fragilité et dans son impermanence. « Le propos de Spinoza est de montrer que nous pouvons éprouver une telle joie lorsque nous savons être attentif à la puissance de vie que nous sommes fondamentalement » (Lire ici)
---------------------
(1) C’est nous qui soulignons, ainsi que dans les autres citations de Spinoza.

Wednesday, May 21, 2008

Citation du 22 mai 2008

Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on est heureux qu’avant d’être heureux.
Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse,
La paix fait partie de la béatitude non dans son essence, mais comme un antécédent et une conséquence. (...) Elle est conséquente parce qu'ayant obtenu la fin ultime, l'homme reste apaisé dans le repos de son désir
Thomas d'Aquin – Somme théologique
Voilà : le philosophe est habitué à ces débats entre des auteurs pardessus les siècles, mais pour tout un chacun, ce genre de rencontre est habituellement assez stérile.
Pourtant on a ici la preuve que, sur des questions éternelles comme le bonheur, on arrive à découvrir des positions assez instructives.
Au fond, ce qui frappe ici c’est que Rousseau fait ressortir par son absence l’importance de la béatitude. L’homme heureux de Rousseau est celui qui jouit en imagination ; c’est dans le fantasme que se trouve le bonheur, et c’est bien ce que savent les publicitaires qui, comme Séguéla, se vantent de vendre du rêve : que voudriez-vous acheter d’autre ?
Dans la béatitude par contre, comme le dit encore Thomas d’Aquin la volonté se repose dans la fin dont elle jouit.
Je vous sens intrigué : la béatitude ça existe vraiment ? Vous pourriez donner un exemple ?
Un exemple ? Écoutez un aria de Mozart ou admirez un but de Pauleta (1) : la béatitude à la quelle vous parvenez se concrétise dans le fait que vous pourriez regarder ou écouter en boucle sans que jamais votre plaisir diminue. Analysez maintenant ce qui se passe : êtes-vous dans le désir ? Non puisque ce que vous n’avez, le temps de cette jouissance, rien à désirer de plus - sinon que ça dure indéfiniment ; et justement ça peut durer indéfiniment, sans que jamais la lassitude ne s’installe.
Maintenant si vous n’êtes jamais encore parvenu à cet état de béatitude, ne vous découragez pas : ordinairement on considère qu’elle est le privilège des sages… ou des saints !
--------------------------------------
(1) Si vous avez le cœur solide regardez ça : il y en a 6 !