Showing posts with label faute. Show all posts
Showing posts with label faute. Show all posts

Saturday, September 16, 2017

Citation du 17 septembre 2017

Je chéris ta personne et je hais ton erreur.
Racine
Dieu aime les homosexuels mais il déteste l’homosexualité
Propos d’intégristes catholiques, au début de l’épidémie de sida

Faire une telle distinction entre un être et son acte, n’est-ce pas un peu hypocrite ? C’est un peu de cette façon qu’au début de l’épidémie de sida on considérait cette maladie comme un châtiment des homosexuels, et les cathos de l’époque précisaient : « Dieu aime les homosexuels mais il déteste l’homosexualité »
Quel salmigondis ! Peut-on faire plus hypocrite que de dire une pareille chose ; c’est comme si  on disait que l’assassin est un homme qui n’a aucun rapport avec l’assassinat qu’il a pourtant commis.
Tentons de réfléchir un peu – Peut-être voudrait-on dire : « De même qu’un homme reste un homme même quand on lui a coupé la jambe, de même cet homme-là reste un homme même quand il a commis un crime monstrueux. »
Voilà le point : s’agit-il de disjoindre un homme d’un acte qui révèle son essence ou bien qui se trouve (comme l’erreur involontaire) attaché accidentellement à lui ? Dans ce dernier cas, non seulement cet acte ne révèle pas un vice fondamental de l’être humain (car, n’est-ce pas, l’erreur est humaine), mais on peut – et même on doit – en débarrasser l’individu ; c’est là que l’ami véritable se révèle.
Revenons alors aux homosexuels : certains justifient la formule citée en disant que l’homosexualité est un péché capital, comme la fornication. Et comme on dit : à tout péché miséricorde, alors il faut bien admettre que les homos n’ont pas perdu l’amour de Dieu.
Les homos sont-ils d’ailleurs différents des fornicateurs ordinaires dans la mesure où ceux-ci n’ont pas en tête de faire des enfants lorsqu’ils forniquent ?
Au fond les homos seraient simplement des gens qui désobéissent à l’ordre divin : Croissez et multipliez !
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. 28Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (Genèse 1 :28)

En matière de copulation aussi le « comment » importe moins que le « pourquoi ».

Tuesday, October 04, 2016

Citation du 5 octobre 2016

(Une panne réseau m'a empêché de publier depuis dimanche dernier. Avec toutes mes excuses.)

Ce que fait un homme c'est comme si tous les hommes le faisaient. Il n'est donc pas injuste qu'une désobéissance dans un jardin ait pu contaminer l'humanité; il n'est donc pas injuste que le crucifiement d'un seul juif ait suffi à la sauver.
Borges – La forme de l'épée
Celui qui a péché, c'est lui qui mourra. Un fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils: au juste sera imputée sa justice, et au méchant sa méchanceté.
La Bible – Ezéchiel, XVIII, 20

Avec le contraste entre ces deux citations on aura reconnu les termes du débat : le péché originel est-il crédible ? Et symétriquement : la valeur salvifique du sacrifice de Jésus est-elle aujourd’hui encore sur nos têtes, alors même qu’à l’époque de sa mort, non seulement il ne savait rien de nous, mais encore il n’était pas sûr que l’humanité dure jusqu’à nous ?
Nous autres, hommes du 21ème siècle, sommes-nous redevables de ce nous sommes à des hommes d’autre fois, situés à l’origine des temps ou à l’origine de notre histoire ? Alors même que nos gènes sont soumis à variation et mutation il faudrait admettre que quelque chose en nous se serait conservé, imperturbablement.

- Selon Ezéchiel, la Bible établit un lien indéfectible entre l’acte et la nature de celui qui l’a accompli : l’action juste établit que son auteur est juste ; seul le péché accompli prouve que celui qui l’a commis est un pécheur. Le péché est une preuve d’une faute dont l’homme innocent ne peut en être chargé.
- Sauf que selon Borges il y a une communauté de nature entre les hommes, au point qu’il faudrait parler plutôt d’humanité que d’hommes : si la nature de l’acte qualifie son auteur, alors le péché d’un seul établit la nature pécheresse de tous parce que « tous » sont solidaires les uns des autres.
- Alors, peut-on aussi en tirer preuve pour dire que le sacrifice de Jésus a valeur pour l’humanité entière, c’est-à-dire pour tous les hommes passés, présents et à venir ? Peut-être, mais alors il faut supposer une très forte cohérence entre les hommes, admettre qu’existe une humanité qui ne constitue qu’un seul sujet solidaire de ce que chacun fait.
L’espèce humaine ne formerait alors qu’un seul être qui surgirait progressivement dans la collection des générations qui se succèdent – à moins de supposer que ce soit toujours le même homme qui réapparaisse.

Dans tous les petits d’hommes qui viennent au monde aujourd’hui, c’est Judas qui nait de nouveau.

Saturday, April 11, 2015

Citation du 12 avril 2015

Qui meurt paie ses dettes
William Shakespeare
Un bonne citation, celle qui donne à penser, c’est une phrase qui a un double sens : l’un évident ; l’autre qui nous interroge. Car piégé par cette fausse évidence, on rebondit de sens en sens, sans jamais pouvoir faire une véritable synthèse.
Ainsi, bien qu’on ne puisse demander à un mort de payer ses dettes, il n’en reste pas moins qu’on va poursuivre ses héritiers afin d’en obtenir le remboursement. Mais par ailleurs, on dit bien que la mort du coupable éteint l’action de la justice : on ne condamne pas un mort – à moins d’être comme ces tyrans barbares qui assassinent les parents et les enfants de leur adversaire même après sa mort. Reste que la mort solde bien quelque chose : on justifie la peine de mort par le fait qu’elle seule permet au coupable de « payer sa dette à la société ».

Et ce n’est pas fini : on peut aussi prendre la citation du côté non de la mort, mais de la dette. Comprendre que la dette est « impayable », qu’elle produit une insolvabilité irrémédiable, durant toute notre vie, ce dont la mort seule nous délivrer.
L’exemple le plus simple est celui de la dette dont on ne peut payer que les intérêts. Ainsi des paysans d’autrefois pratiquement réduits en esclavage parce que leur travail parvenait à peine à payer les dividendes de leurs emprunts. Les pauvres paysan acculés à la ruine, se pendaient à la saint Michel, date à la quelle l’usurier venait encaisser son dû. Aujourd’hui, chacun pense au cas de la Grèce.
Mais en réalité, tout cela vient d’encore plus loin, des premières religions qui ont eu à régler la question des rapports de l’Homme à Dieu. Le péché est une dette contractée envers lui, dont le pécheur s’efforcera d’obtenir la remise – le pardon – grâce à des actes de contrition, voire aux sommes d’argent qu’il consacrera à l’achat d’indulgences (voir ici). De toute façon, la dette religieuse est impossible à effacer, puisqu’il faudrait pouvoir « dédommager » Dieu ; mais Dieu nous est incommensurable, au point que seul son pardon, acte gratuit par excellence, peut nous libérer du mal qu’on lui a fait.

Mais ce n’est pas fini : la mort  n’efface rien – l’Enfer et son éternité de souffrances destinées à faire expédier indéfiniment la faute, sont là pour nous le rappeler.

Friday, February 22, 2013

Citation du 23 février 2013



C'est nous inspirer presque un désir de pécher, / Que montrer tant de soins de nous en empêcher; / Et si par un mari je me voyais contrainte, / J'aurais fort grande pente à confirmer sa crainte.
Molière –  L'Ecole des Maris, I, 2 (vers. 155-160)
Lisette, qui prononce cette tirade serait-elle un précurseur du féminisme ? Molière ajoute par la réplique suivante (celle d’Ariste) que pour maintenir les femmes dans la vertu, les verrous et les grilles ne sauraient remplacer le sentiment de l’honneur. On retrouve le débat sur la morale et la répression des fautes : la punition ne sert à rien tant que la compréhension du caractère vicieux de la faute n’est pas reconnu. Punissez un enfant, dit-on, et vous lui apprendrez à mieux se dissimuler la prochaine fois…
Mais le propos est ici légèrement différent : il s’agit de souligner que le fait de dire, principalement pour défendre, revient quand même à décrire le vice contre lequel il s’agit de prémunir, et donc de donner à penser ce qui autrement resterait dans les brumes d’une naïve ignorance. Les manuels de confesseurs (1) chargés d’enseigner aux prêtres l’art de susciter les confidences de jeunes soumis à la tentation de la débauche l’indiquaient bien fortement : inutile de donner les détails des perversions dont on souhaite l’aveu – au cas où le jeune pénitent n’en aurait pas été informé : la discrétion est la condition nécessaire pour obtenir une bonne confession.
Faut-il dire que cette rouerie de confesseur n’est en fait qu’une naïveté un peu ridicule ? Pas si sûr : parlant récemment d’une campagne de prévention du suicide, un responsable d’association disait combien ce genre d’intervention rencontrait d’obstacle en milieu scolaire. « Attention, lui disait-on, ne soyez pas trop explicite. Vous risquez un effet de contagion. Nos jeunes sont si fragiles… »
------------------------------------
(1) Un exemple entièrement numérisé datant  de 1843, ici.

Wednesday, January 18, 2012

Citation du 19 janvier 2012

Les héros doivent toujours quitter la ville. Parce que nul n'est prophète en son pays, parce qu'il faut toujours sortir pour prêcher, et donc prêcher toujours ailleurs, et donc toujours quitter. Pour se refaire une virginité.
Christine Angot – Quitter la ville
Se refaire une virginité
Il m’arrive parfois de donner une citation uniquement parce qu’elle est un prétexte à évoquer une idée.
Aujourd’hui c’est un peu le cas : l’idée est celle de la virginité qu’on pourrait – ou non – refaire.
La question est : peut-on « refaire » une virginité – la virginité n’est-elle pas, comme la pureté dont elle est le signe, ce qu’on ne peut retrouver après l’avoir perdu ?
L’exemple étant bien sûr la virginité féminine, dont certaines cultures font encore aujourd’hui la condition de l’acceptation des femmes non mariées dans la société. Sans parler des religieux …
La preuve que la virginité est irrémédiablement perdue dans le mariage est bien que, pour la Vierge Marie, il n’a pas fallu moins de trois miracles pour sauver sa virginité (1) : vierge même mariée ; vierge après avoir été fécondée ; vierge après avoir enfanté.
Je laisserai de côté la question du sens de la perte de virginité des femmes mariées ; après tout l’enfantement est saint et le sourire de l’enfant est un reflet de celui du Seigneur.
Par contre, élargissant le sens de la virginité à la pureté morale, on pourrait se demander d’où vient cet aspect irrémédiable de sa perte : pourquoi ne pourrait-on pas, comme le suggère Christine Angot, se refaire une virginité ?
Je suggèrerai que cette impossibilité renvoie au temps de la faute : la faute morale est essentiellement temporelle, inscrite dans l’histoire du sujet. Ce qui veut dire que, pas plus qu’on ne peut remonter le temps pour modifier les évènements passés, on ne peut faire que la faute n’ait pas été commise.
C’est cela qui fait la souffrance morale et le remord cuisant : « A tout jamais tu seras celui qui a commis cette faute. Tu peux toujours te faire pardonner : ta faute sera surmontée ; ce n’est pas pour autant qu’elle sera effacée ».
Certains torturés de la conscience font le même syndrome avec l’échec : « A tout jamais tu seras celui qui a loupé son bac l’année de tes 18 ans ! »
------------------------------------
(1) Une gâterie pour vous, chers lecteurs : la vidéo de l’abbé Guy Pagès consacrée à la virginité perpétuelle de la Mère de Jésus. Un régal.

Tuesday, March 16, 2010

Citation du 17 mars 2010

Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs. L'athéisme n'est autre chose qu'un essai de déclaration d'insolvabilité.

Victor Hugo – Littérature et philosophie mêlées

Ici et ailleurs 1

Avec tout le respect que je dois à Victor Hugo, je crois qu’il s’est un peu mépris sur le terme d’insolvabilité. Car si je dis : ma faute est une dette si et seulement si Dieu existe, alors l’athéisme ne consiste pas à dire : je supposerai que Dieu n’existe pas, parce que n’ai pas de quoi le dédommager de mes péchés, mais bien : Dieu n’existe pas, donc mes fautes ne sont plus des dettes.

Concentrons-nous donc sur le début de cette citation : Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs.

Au cas où notre faute serait en effet une dette que nous aurions contractée, la question est de savoir qui est notre débiteur. Celui qui en est victime ? Celui qui a édicté la loi par rapport à la quelle ce que je viens de faire est une faute ? Ou moi-même, en rapport avec mon propre jugement ?

Déjà je suppose que si je suis coupable envers moi-même, alors il n’y a aucune raison que je paie ailleurs. Et puis, ailleurs, ça veut dire aussi plus tard. Si je suis coupable envers moi-même, pourquoi attendre ? A moins que j’attende le soir pour faire pénitence en m’infligeant une flagellation, et le lendemain pour enfiler mon cilice.

Si je ne suis pas coupable envers moi-même, il reste alors que je puis l’être envers ma victime. Mais pourquoi irais-je réparer le mal que je lui ai fait ? Si je l’ai spoliée, c’est que je me sentais bien comme cela et que ses souffrances n’avaient aucune importance pour moi.

C’est donc toujours devant l’autorité que nous commettons une faute :

- Si l’autorité est en nous, comme avec le sur-moi, alors comme on vient de le dire nous devons payer notre faute tout de suite ;

- Si l’autorité est dans le monde, comme la police, ou le juge, ou le chef, alors nous devons rester inconnus pour ne pas payer la faute, avec la crainte d’être démasqué un jour et de payer ailleurs.

- Si l’autorité est au-dessus du monde, comme c’est le cas avec Dieu, alors impossible d’y échapper : Dieu nous voit et, comme Caïn, il nous faudra payer.

… D’où l’idée que l’athéisme est quand même assez confortable. Mais ce que la citation de Hugo nous a aidé à dépister reste significatif : c’est qu’au fond la conscience morale n’est pas autre chose que le sentiment d’avoir à payer une dette, et que cela implique la reconnaissance d’une autorité.

- On parle beaucoup en ce moment de l’absence de conscience morale à propos d’une émission télé qui réactive l’expérience de Milgram. Cette expérience et ses divers avatars montrent que l’autorité nous lave de nos fautes, parce que c’est elle qui conditionne notre conscience morale. Je crois qu’on a tout dit là-dessus

…Sauf que l’expérience originaire mettait en scène des participants complices qui jouaient le rôle d’élèves et un sujet à qui on assignait le rôle le professeur, en lui demandant d’envoyer une décharge électrique au pseudo-élève à chaque fois qu’il fournissait une mauvaise réponse.

--> Chers lecteurs professeurs, dites moi si vous n’avez pas des fois rêvé de faire ça ?

Et puis, si vous en avez rêvé, dites moi si vous avez eu l’impression d’avoir commis une faute et si vous avez le sentiment de devoir la payer un jour pour ça ?

Wednesday, November 05, 2008

Citation du 6 novembre 2008


-->

Pureté-Impureté 2
9 Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit : Où es-tu ? 10 Il répondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. 11 Et l'Éternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ? 12 L'homme répondit : La femme que tu as mise auprès de moi m'a donné de l'arbre, et j'en ai mangé.
Genèse 3, 9-12
J’ai toujours été surpris par l’aptitude du Seigneur Dieu à démasquer la faute d’Adam…
…Bon sang, mais c’est bien sûr : si Adam se sait nu, c’est parce qu’il a mangé le fruit l’arbre de la connaissance du bien et du mal… Et d’ailleurs, le péché, ce n’est pas d’être nu, ni de se savoir nu, mais bien d’avoir désobéi (1).
Toutefois, à cette théologie de la perte de l’innocence, on peut ajouter une métaphysique de la pureté. (2)
La pureté c’est ce qui ne peut se dire à la première personne : Je suis pur est une affirmation mensongère, parce que la pureté est liée au jaillissement de l’être qui existe sans se représenter à lui-même. Avoir conscience de soi-même, en entendant par là la représentation de ce qu’on est, est incompatible avec la pureté. Celui qui est pur ne le sait pas, parce qu’il ne se sait pas. Il ne suffit pas de dire que la pureté est ineffable. Elle est surtout inconnaissable.
Voilà où nous en sommes : pour perdre sa pureté, Adam n’a même pas besoin de désobéir ; même si le Seigneur-Dieu ne lui avait pas défendu de manger le fruit de cet arbre, il aurait perdu sa pureté dès qu’il l’aurait mordu. Car, dès lors qu’il se représente à lui-même (que ce soit sa nudité ou bien autre chose ; tiens par exemple s’il se dit : j’ai un gros nez ou bien mes cheveux commencent à tomber), il a perdu la pureté. Bien sûr, perdre ainsi la pureté ce n’est pas forcément une faute – et on vient de dire que le péché originel ne résulte pas de cela.
Reste qu’on arrive ainsi à se dire que pureté et sagesse ne vont pas de paire, s’il est vrai que comme le disait Socrate, la sagesse répond à l’injonction : Connais-toi toi-même.
(1) Je ne développe pas, mais on comprend que le péché est antérieur à la faute morale. Car c’est avant même de savoir ce qu’est le bien et le mal qu’Adam a commis son péché.
(2) Je reprends ici les éléments développés par Vladimir Jankélévitch dans Le pur et l’impur.