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Monday, December 28, 2015

Citation du 29 décembre 2015

L'homosexualité est apparue comme une des figures de la sexualité lorsqu'elle a été rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d'androgynie intérieure, un hermaphrodisme de l'âme. Le sodomite était un relaps, l'homosexuel est maintenant une espèce.
Michel Foucault
Il ne s’agit ici que de la sodomie des homosexuels, pas de celle « imposée » par les circonstances, celle des prisons ou des équipages de terre-neuvas. Toutefois il reste encore à distinguer entre le sodomite qui, par perversité goûte la jouissance interdite, bravant sans honte  l’anathème divin, et l’homosexuel qui en fait autant non par révolte mais par un déterminisme global. L’homosexuel possède selon Foucault une nature différente de celles des autres, mais qui constitue une variété appartenant à l’espèce, alors que le sodomite est un individu séparé des autres par sa volonté de faire le mal.
Qu’est-ce que ça change, direz-vous ?  Que nous importe que l’homo se fasse sodomiser non pour défier Dieu mais parce qu’il aime ça ? Question mal posée dit Michel Foucault : avec l’homosexualité, il ne s’agit pas seulement de pratiques sexuelles ; et même qu’importe que l’homo fasse l’amour comme-ci ou comme-ça ? Ce qui compte, c’est se qui se passe dans son être total. Que sa psychologie, sa vision de la nature et des hommes soit accompagnée d’une sexualité différente, qu’elle soit non pas celle d’un homme, non pas celle d’une femme, mais celle d’un homosexuel, c’est évident ; mais, avec l’homosexualité, la référence à la sexualité est trompeuse, je dirais même secondaire : elle ne signifie pas une pratique sexuelle, pas plus qu'une position dans la société. Les homos forment une espèce, c’est à dire qu’ils sont de part en part différents de nous – différents, mais complémentaires, au même titre que la femme est complémentaire de l’homme – et réciproquement.  
Tout cela rejoint une réflexion que je me fais fréquemment quand on fait référence exclusivement à la sexualité des homos (Du genre : « Il fait quoi celui-là : l’homme ou le femme ? ») : pourquoi les définir par le sexe ? Serait-il intéressant de nous définir – nous les hétéros – par notre pratique sexuelle ? « Et vous, vous êtes quoi ? Femme  dessous ou femme dessus ? »


Sunday, December 27, 2015

Citation du 28 décembre 2015

L’autodestruction de la nature, qui est un thème fondamental chez Sade, cette autodestruction dans une sorte de monstruosité déchaînée, n’est jamais effectuée que par la présence d’un certain nombre d’individus qui détiennent un surpouvoir. Le surpouvoir du prince, du ministre, de l’argent, ou le surpouvoir du révolté.
Michel Foucault
Je ne suis pas sûr que Sade ait pris appui sur cette idée de surpouvoir. Pour lui, il était certes essentiel de disposer d’une puissance telle qu’on ceux qui la détiennent puissent libérer leurs instincts furieux sans dommage … pour eux ; mais delà à en faire une thèse de philosophie politique sûrement pas. (1) – De même, ne nous trompons pas sur le sens de cette autodestruction de la nature : chez Sade, elle ne prend sûrement que le sens de permission accordée par la nature à ceux de ses enfants en qui éprouvent le besoin de détruire d’autre créatures, également issues de son sein.
Mais qu’importe, quand une idée est puissante, je la prends et je me sauve avec ! Voici donc : ceux qui dans un déchainement monstrueux détruisent la nature possèdent nécessairement un surpouvoir qu’il soit politique, économique, ou révolutionnaire.
--> Et pourquoi donc le pouvoir démocratique, celui du peuple, ne pourrait-il pas prendre des mesures qui aboutiraient à détruire la planète – ou du moins notre environnement ? Demandez par référendum au peuple Canadien s’il voudrait interdire l’exploitation des gaz de schistes…
Mais ce à quoi pense Foucauld – et ce pour quoi il se place dans le sillage de Sade – c’est à l’explosion de violence, la destruction gratuite … et jouissive ! Bombarder atomiquement le Groenland pour faire fondre la calotte glaciaire…
Seulement ce n’est pas comme ça que les choses se passent : ça fond oui. Mais ça fond aussi à cause de la pauvre femme qui là-bas dans le Sahel allume son feu de bois pour faire sa cuisine ; et aussi à cause des flatulences de sa pauvre chèvre…
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(1) La trace qu’il a laissée dans la politique se trouve dans son adresse aux français : « Français, encore un effort si vous voulez être républicains ! » Lire ici

Wednesday, January 28, 2009

Citation du 29 janvier 2009

I would prefer no to.

Melville – Bartleby

Je préférerais pasJ’aimerais mieux pas

Inutile de se torturer les méninges. Cette formule est parfaitement claire en anglais, et Gilles Deleuze en a fait une analyse parfaitement limpide – citée en postface de l’édition de poche (Folio).

Sans revenir donc sur le sens et l’effet de la formule de Bartleby en tant qu’elle subvertit le langage, et au lieu de m’intéresser à cet étrange abandon du Scribe imaginé par Melville (qui pourtant fait la trame dramatique de sa nouvelle), je préfèrerais (I would prefer) m’interroger sur le rejet qu’elle entraîne de la part des gens qui environnent Bartleby.

Car n’est-ce pas, il n’y a drame que parce que les gens ne peuvent supporter cet homme qui reste planté dans son bureau derrière son paravent sans rien faire, rien si ce n’est exister là, en dehors de tout cadre social. Ce scandale est tel que pour finir on va mettre Bartleby en prison avec les voleurs, les vagabonds et les fous. Et qu’il va y mourir d’inanition.

Il faudrait être Michel Foucault pour analyser cette panique que déclenche Bartleby, l’homme sur qui les réseaux de pouvoir qui organisent la vie quotidienne de chacun n’ont pas de prise. Car le biopouvoir commence là, dans la vie quotidienne, avec les normes qui soumettent notre existence à une série de prescription : hygiène, habillement, travail, sociabilité, etc.. Et c’est l’assujettissement à ces pouvoirs qui s’entrelacent dans la réalité sociale la plus ordinaire (car nul besoin de pouvoir institué ici) qui est mis en péril par ce refus de Bartleby de participer aux exigences de la vie quotidienne.

Ce qui est intolérable chez Bartleby, c’est que sa passivité est en fait une résistance au pouvoir, la seule qui soit efficace, plus que la révolte, plus que la violence, plus que la révolution.

Bartleby est un véritable anarchiste.