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Saturday, July 23, 2016

Citation du 24 juillet 2016

Si c’est gratuit, c’est vous le produit. 
Anonyme (Généralement cité à propos des Big-data)
There ain't no such thing as a free lunch », (« Un repas gratuit, ça n'existe pas »)
Robert A. Heinlein – Révolte sur la Lune (1966)
La méfiance à l’égard de la gratuité est une sage précaution de méthode : lorsqu’un tract publicitaire l’annonce, on se dit : « Attention ! Piège à cons ! » Et on a bien raison, mais ce qui serait plus intéressant, c’est de savoir comment marche ce piège. C’est là que les grandes entreprises du Web brillent par leur inventivité : ce que nous leur donnons en échange de leur services « gratuits », c’est nous-mêmes ! Oui, nous dans les mille petits détails de notre vie, quand nous cherchons l’heure d’un train, quand nous envoyons un SMS à nos amis depuis notre Smartphone, ou quand nous achetons une petite robe pour l’été. Certains dirons que si on peut nous connaître en ne sachant que cela c’est que nous sommes devenus bien minables. Peut-être. Mais dans la mesure où c’est notre argent qui intéresse les manipulateurs de Big-data, inutile pour eux de savoir quelle est notre religion ni quelle sorte d’émotion nous ressentons en aspirant à pleins poumons l’air frais du petit matin.


Quand on nous dit : « C’est vous le produit », c’est cela que nous avons du mal à comprendre : c’est aussi que nous ne nous connaissons pas très bien. Car, sinon, nous saurions à quoi nous consacrons notre argent. Ce qu’on peut vendre de nous (ce par quoi nous sommes donc un produit), c’est cette mince interface, qui nous relie au monde extérieur, du moins au monde économique extérieur ; ces besoins de petits riens, ces désirs qui font dire de nous que nous sommes bien « matérialistes » : car suppose-t-on, nous serions intéressés uniquement par ce qui s’achète et qui se vend. Les critiques « soixante-huitardes » de la société de consommation disaient que la pub nous manipulait et qu’elle nous dénaturait en nous faisant croire que nous serions plus Beaux, plus Grands, plus Forts grâce aux produits du commerce. Aujourd’hui tout ça, c’est terminé : non pas dépassé, mais bel et bien acquis. Plus besoin de faire de la publicité pour une gamme de produit. Nous sommes déjà déterminés à acheter ceci ou cela et c’est notre comportement quotidien qui le révèle ; il ne reste plus qu’à nous persuader d’opter pour telle marque plutôt que pour telle autre.

Monday, April 04, 2011

Citation du 5 avril 2011


Les primevères et les paysages ont un défaut grave : ils sont gratuits. L'amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine.
Aldous Huxley – Le meilleur des mondes
Gratuité IV
[Gratuit – Qu'on donne pour rien. Consultations gratuites. Enseignement primaire gratuit.]
Je reviens une dernière fois sur le sens courant du mot, déjà évoqué avant-hier : mais, comme on va le voir, c’est l’exemple fourni par Huxley qui a retenu mon attention.
L'amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine…Aldous Huxley écrit cela en 1931.
Faut-il encore un indice supplémentaire pour montrer que nous avons changé de siècle – voire de millénaire ? Car, n’est-ce pas, l'amour de la nature aujourd’hui fournit du travail à beaucoup d’usines, et sans doute serait-il intéressant de faire le bilan-carbone de l’industrie qui tourne au nom de l’écologie et du développement durable.
Au fond ce qu’on pourrait ajouter à ce constat plutôt banal, c’est que du temps d’Aldous Huxley l’amour (celui de la nature du moins) était contemplatif, alors qu’aujourd’hui il est devenu actif – voire même activiste.
Parodiant la formule si célèbre, il faudrait dire : l’amour n’est rien d’autre que la somme des actes accomplis par amour. Tu aimes la Nature ? Prouve-le.
Par exemple ? Les primevères poussent-elles encore toutes seules ? Oui, mais à condition que les prés ne soient pas transformés en parkings : déploie les banderoles et viens sit-inner là-dessus pour l’empêcher.
Les paysages sont toujours aussi beaux ? Oui, mais encore faut-il que ne poussent pas là-dedans des tours de refroidissement de centrales nucléaires. Manifeste encore et encore camarade.
Et quoi ? On prétend mettre au milieu de notre beau paysage un champ d’éoliennes ? Sacrilège! Sortez les scies et les tronçonneuses, on va mettre tout ça par terre !

Sunday, April 03, 2011

Citation du 4 avril 2011

Rien n'est jamais sans conséquence, En conséquence, rien n'est jamais gratuit.

Confucius

Gratuité III

[Gratuit - Qui est fait sans but déterminé, qui constitue une fin en soi; qui ne sert à rien.]

Aujourd’hui, j’envisage le dernier sens donné par le TLF au concept de gratuité. Et il faut avouer qu’on a un peu l’impression qu’ils ont fourré là-dedans tout ce qui restait : 1 - sans but déterminé ; 2 - qui constitue une fin en soi ; 3 - qui ne sert à rien.

Un vrai bric-à-brac sémantique !

Quoique… On peut sans doute réduire la polysémie, voire même en tirer des conclusions bien intéressantes. Je m’y attellerai peut-être un jour prochain, pour le moment, je retiens que cette idée de gratuité concerne un acte que l’on fait sans viser un but précis et extérieur à l’acte lui-même : un acte gratuit est un acte qui n’est pas un moyen d’atteindre une fin autre que lui-même.

Illustrons l’idée avec cet exemple (trouvé chez Aristote) :

- Je travaille pour obtenir un salaire, ou un statut social, ou pour modifier la nature. Le travail n’est pas un acte gratuit. On vivrait très bien sans travailler si nous avions tout ce qui nous est nécessaire sans avoir besoin le faire.

- Maintenant supposons que je fasse de l’exercice physique ; c’est pour conserver la santé, parce que la santé est la condition du bonheur. Et être heureux, c’est précisément une fin en soi, qui répond à une exigence de la nature humaine : donc à la différence du travail, l’exercice physique, à condition qu’il ne fasse qu’un avec la santé et avec le bonheur, est un acte in fine gratuit. (1)

Mais tout cela ne fonctionne pas avec la thèse de Confucius : celle-ci suppose qu’on ne fasse pas de distinction entre la conséquence indirecte (l’action est un moyen par nature extérieur au but poursuivi), et la conséquence directe (l’action est solidaire du but recherché).

Et alors ?

- Alors, chez nous on fait la différence entre la contrainte personnelle et la contrainte extérieure : la première est compatible avec la liberté ; la seconde ne l’est pas. Et cette distinction n’a pas de sens pour un chinois confucéen. Sans doute pas plus que l’idée de liberté individuelle.

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(1) J’en vois qui grimacent parce que selon eux l’exercice physique est fatiguant et tout comme le travail ils s’en passeraient bien s’ils pouvaient conserver la santé sans cela. Alors ? Ils ne savent pas que les marathoniens sont shootés aux endorphines ? Certains l’appellent même l'hormone du bonheur pour le coureur à pied…

Saturday, April 02, 2011

Citation du 3 avril 2011

J’ai longtemps pensé, déclare Prométhée, que c’était là que se distinguait l’homme des animaux. Une action gratuite… Comprenez-vous ?... l’acte… né de soi… donc sans Maître ; l’acte libre ; l’acte autochtone ?

Gide – Prométhée mal enchaîné (1899)

Gratuité II

[Gratuit – Qui ne repose sur rien, qui n'est pas fondé, justifié.]

Combien de fois est-on revenu sur l’acte gratuit gidien, avec ce Lafcadio qui assassine un petit vieux uniquement pour se prouver qu’il est possible de faire ça sans raison… et puis on en reste là. Rien n’en subsiste dans la pensée sauf l’exemple qui n’éclaire finalement rien du tout.

Je préfère quant à moi remonter à cette version de l’acte gratuit qui émerge dans Prométhée mal enchaîné, ouvrage méconnu de Gide.

L’acte gratuit n’est pas seulement un acte libre ; il est aussi un acte autochtone. Ça on ne vous l’avait pas dit, n’est-ce pas ?

L’histoire de la philosophie nous livre en effet le mythe des autochtones, dans la République de Platon, où les citoyens d’Athènes sont dits « autochtones » parce que leurs ancêtres sont nés du sol même de la cité. Pour un tel homme, être autochtone, c’est être parfaitement homogène à la nature de la Patrie, et pour une idée – ou pour un acte – c’est se confondre avec la nature de l’être qui la conçoit. Comprenez-vous ?... l’acte… né de soi…

L’acte gratuit n’est donc pas essentiellement un acte immotivé, c’est simplement un acte qui apparait comme une excroissance de celui qui l’accomplit – et c’est ce sens qu’il convient de donner à la liberté (1). S’il paraît non justifié, c’est simplement que pour lui, la question du Pourquoi ? n’a pas de sens.

Un exemple ? Montaigne à la question : « Pourquoi Etienne de La Boétie était-il mon ami ? » Répond : « Parce que c’était lui ; parce que c’était moi. »

L’amitié : quel plus bel exemple d’acte autochtone trouver ?

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(1) Liberté au sens moral donc, et non liberté comme libre-arbitre.