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Wednesday, March 23, 2016

Citation du 24 mars 2016

Celui qui accepte de mourir, de payer une vie pour une vie, quelles que soient ses dénégations, affirme du même coup une valeur qui le dépasse lui-même.
Camus – L’homme révolté

L’attentat terroriste est justifié /pour Camus/, si le meurtrier offre sa propre vie en compensation de celle qu’il arrache, au nom de valeurs qui le dépassent.
Brice Couturier – Les Idées claires Mourir pour des idées...
Les attentats terroristes soulèvent une horreur unanime et c’est à peine si ceux qui les commettent nous paraissent être des humains comme nous. Pourtant il y eut un philosophe pour justifier de tels attentats – du moins ceux qui sont commis par des « kamikazes » : c’est Albert Camus, dans L’homme révolté. Il y a deux ans, Brice Couturier consacrait à cette question cette chronique sur France culture. (1)
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On peut lire ci-dessus une citation extraite du commentaire de Brice Couturier ; il y ajoute cette autre citation de Camus : « La révolte n’a qu’une manière de se réconcilier avec son acte meurtrier s’il s’y est laissé porter : accepter sa propre mort et le sacrifice. » (L’homme révolté, p. 252).
Bien sûr cette thèse entre en résonance avec les attentats djihadistes de Bruxelles, comme avec les autres attentats qui au Moyen-Orient tuent des quantités invraisemblables de pauvres gens innocents. Quoique ces victimes innocentes fassent saigner nos cœurs, ces attentats seraient justifiés à une condition : que le terroriste se constitue en martyre  de sa cause, c’est à dire, comme le souligne Camus, qu’en choisissant cette mort, il affirme du même coup une valeur qui le dépasse lui-même.
Nous sommes révoltés à l’idée que quelque chose puisse justifier ce qui nous paraît justement injustifiable. Qu’on puisse dire : « votre vie ne vaut rien ; elle n’est là que pour rendre plus extraordinaire le sacrifice que je fais de ma propre vie » c’est cela qui est horrible. On pourrait dire au terroriste : « Les bonzes du Vietnam se sont immolés par le feu sans tuer personne. En sacrifiant leur vie ils se sont comportés en martyrs montrant que leurs valeurs religieuses sont bien plus importantes que leur existence – mais ils n’ont pas cru nécessaire d’entrainer des innocents dans leur mort ».
Mais les kamikazes djihadistes nous mettent au défi : « Vous tremblez par peur de mourir ? Vous refusez de mourir pour vos valeurs ? Comparez à notre mort triomphante : mourir en martyr est bien plus souhaitable que continuer de vivre dans ce monde d’infidèles.
Convertissez-vous ! »
--> Nous pousser à renoncer à nos valeurs, là est la victoire du terroriste.
Camus ne l’a je crois pas dit, peut-être parce qu’il n’a pas connus nos terroristes : aujourd’hui, ce renoncement commence avec la haine des autres.
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(1) On y trouve cette remarque, que je livre à votre réflexion : « Et aujourd’hui, existe-t-il des causes pour lesquelles nous serions prêts à mourir ? Telle est la question posée par l'enquête de Radio France. On a bien peur de devoir répondre par la négative. »

Friday, May 27, 2011

Citation du 28 mai 2011

[Théodore de] Bèze et sa magnifique comparaison de l'Eglise avec une enclume, qui n'était faite que pour recevoir des coups et non pas pour en donner, mais qui aussi, en les recevant, brisait souvent les marteaux dont elle était frappée.

Bossuet Vème avertissement

Ce n’est pas le marteau qui brisera l’enclume, mais l’enclume qui brisera le marteau : le paradoxe est bien fait pour retenir l’attention. L’extraordinaire popularité des martyrs chrétiens, comme par exemple sainte Blandine, confirme bien les propose de Bossuet.

On voit ici les lions chargés de dévorer la sainte se soumettre à ses pieds. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : Blandine abominablement torturée pour la plus grande joie du public, exhorte les chrétiens à subir le même sort pour montrer à tous combien est forte leur foi en Dieu.

Et aujourd’hui, dirions-nous également que l’enclume brise le marteau ? Y a-t-il donc encore des martyrs ? Sans doute. Sauf que maintenant on se moque un peu de savoir pourquoi on a subi le martyr : tout ce qui compte c’est de se présenter comme martyr.

C’est cela qu’il aurait fallu rappeler à notre DSK lorsqu’il apparait triste et mal rasé, menotté entre deux policiers. (1)

Qu’on se rappelle les menottes de José Bové : lui, il a su construire sa popularité là-dessus.

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(1) Juste une remarque : on a dit que les français avaient été sidérés d'apprendre que Dominique Strauss-Kahn avait été arrêté pour viol, imaginant peut-être que les politiques ne sont pas adeptes de ce genre de chose.

C'est qu'ils n'ont pas lu nos philosophes: comme Alain - ou a défaut de lire Alain qu'ils lisent notre estimé Blog.