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Tuesday, August 23, 2016

Citation du 24 aout 2016

TRYGÉE : Ça ne sert à rien, mes amis, d'avoir des dents blanches, si l'on n'a rien à se mettre dessous. 
Aristophane – La Paix
A quoi servent les dents ? A manger – oui, bien sûr, mais pas seulement. Elles sont là pour être montrées – même si selon Aristophane, c’est secondaire.
Avoir les dents blanches, ce n’est pas seulement pour soi ; c’est aussi pour les autres, ceux à qui on les montre. Et l’originalité de l’espèce humaine, ce n’est pas de montrer les dents seulement pour faire peur – parce que là, on se moquerait qu’elles soient blanches ou jaunes, il suffirait qu’elles aient l’air solides. Mais il arrive aussi que les être humains montrent leurs dents pour charmer, dans le sourire. – et là, leur aspect est important.
D’ailleurs, le quel de ces deux sourires est-il le plus avenant ?

 
Le rire est peut-être le propre de l’homme, mais le sourire l’est également. Ça c’est sûr…

Bon, mais je sens chez vous, chers lecteurs, une certaine insatisfaction : « Quoi, lisons-nous ce Blog pour trouver de pareilles fadaises ? Etre philosophe, ça sert seulement à ça ? Que de temps perdu ! »

Un peu de patience, chers amis, j’y viens : Aristophane a mille fois raison, et je crois qu’on aurait tort de l’oublier. Supposons que le sourire de gauche soit celui d’un mineur bolivien ou d’un paysan philippin ; imaginons que, par miracle, son sourire laisse voir une rangée impeccable de dents blanches. Mais qu’est-ce que ça changerait ? Peut-il supporter le travail épuisant de la mine sans mâcher des heures durant des feuilles de coca (mauvais pour les dents-blanches) ? A-t-il de quoi se nourrir suffisamment ? Quelle est son espérance de vie ? Quand les hommes sont obligés pour vivre de travailler durement toute la journée, sont ils autre chose que des animaux attelés à la quête de nourriture ? Avant de se soucier de savoir quelle est la couleur des dents demandons-nous ce qu’on a à se mettre dessous.

Friday, April 08, 2016

Citation du 9 avril 2016

Amoureux goûtent les lèvres sur l'arbre du sourire.
Charles de Leusse
Ah… Dire que le baiser vient se poser sur des lèvres qui sourient, quelle belle formule !
Suggérer que le baiser est comme l’abeille qui se pose sur la fleur, c’est une image rafraichissante.
Mais d’où ce pouvoir vient-il au sourire ? Comment exerce-t-il cette attraction, lui qui ne demande rien, qui éclot comme le bourgeon qui s’ouvre, libérant ce qu’il contenait, feuilles ou fleur. C’est cela n’est-ce pas ? Le sourire est une émanation de l’être qui s’ouvre à l’existence, qui n’a besoin de personne pour être. Mais le baiser alors ? Par quoi est-il attiré ? Est-il comme l’abeille qui vient prendre le nectar de la fleur avant d’aller butiner plus loin ? Baiser voleur plutôt que baisé volé ?
Peut-être, mais aussi peut-être pas. Le sourire appelle le sourire (1), l’innocence appelle l’innocence – innocence du baiser, ce baiser qu’on dépose sur les lèvres de l’amie qu’on retrouve ou sur la joue d’un enfant qui sommeille.
Maintenant, n’oublions pas que notre auteur-du-jour nous parle des amoureux et de leurs baisers qui goûtent l’autre comme on goûte un met précieux – en très petite quantité pour mieux le savourer. Ces baisers amoureux sont solidaires d’un amour encore fusionnel, un amour qui découvre l’autre comme on se découvrirait soi-même, comme la Belle-au-bois-dormant qui s’éveille d’un long sommeil et qui redécouvre son corps. Le baiser du Prince Charmant est alors une révélation, il n’est pas là pour prendre mais pour donner : « Oui ma Princesse, tu souriais dans ton sommeil, rayonnante de beauté, et mon baiser s’est posé sur tes lèvres comme sur l’arbre aux sourires. »
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(1) Alain – Les passions et la sagesse (lire ici)

Saturday, February 22, 2014

Citation du 22 février 2014

Le chien a son sourire dans sa queue.
Victor Hugo


Victor Hugo souligne que le chien et l’homme se distinguent anatomiquement par le fait que le sourire se situe du côté du visage pour l’un et du côté de la queue pour l’autre.
Ce qui laisse apparaitre que, si le rire est le propre de l’homme, en revanche nous partageons le sourire au moins avec le chien.
Bien sûr, ce qu’on veut dire c’est que le contentement animal existe et qu’il se manifeste de façons différentes, mais toujours visibles : le chien remue la queue, le chat ronronne – quant aux éléphants et aux rhinocéros, on ne sait pas mais on suppose qu’eux aussi se manifestent d’une façon ou d’une autre.
- Mais le sourire est-il seulement l’expression d’un contentement ? N’est-il pas plutôt un moyen d’entrer en communication à distance avec autrui ?
En effet, si l’on peut dire que le chien sourit en remuant la queue, c’est parce qu’on peut, grâce à ce signe, s’approcher de lui en supposant qu’il ne nous mordra pas.
Et de même si nous sourions à quelqu’un c’est qu’on lui signifie : « Je suis content de te voir. Tu peux approcher sans crainte : je t’accueillerai avec bienveillance ».
Alors, je ne sais pas si le chien est le seul animal qui manifeste son contentement en remuant la queue (1) ; mais on a signalé que l’homme est le seul primate qui ne cherche pas à montrer son agressivité lorsqu’il montre ses dents en souriant.
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(1) Ceux qui diront que l’homme le fait aussi sont priés de passer leur chemin : ce Blog n’est pas fait pour eux.

Thursday, October 04, 2012

Citation du 5 octobre 2012



Ça m'paraît toujours rigolo d'êt' forcé d'saluer des cul-terreux que je connais ni des lèvres ni des dents, comme dit ma concierge »
P. Vaillant-Couturier
Ne connaître quelqu’un ni des lèvres ni des dents (fam.). Ne pas connaître du tout Rem. Cette loc. est une var. com., avec une connotation érotique, de la loc. ne connaître ni d'Ève ni d'Adam.
TLF
Leçon d’anatomie : aujourd’hui les dents et les lèvres.
Ne connaître quelqu’un ni des lèvres ni des dents : même si on a affaire à un jeu de mot plutôt faible, la proximité des lèvres et des dents est bien mise en évidence.
Toutefois, cette proximité n’intéresse que pour autant qu’elle rend également plus évidente la différence de fonctions : les lèvres sucent et les dents mordent. Raison pour laquelle les lèvres symbolisent la sensualité et les dents l’agressivité ou l’appétit de vivre – selon les cas.
Différence que notre image illustre joliment :


(Cette image fait partie d'une pub pour un hôtel d’Ibiza : sensualité et appétit de vivre sont bien sûr une bonne image pour un tel établissement).
Toutefois, les lèvres et les dents peuvent se combiner dans une seule manifestation où se trouvent neutralisés leurs effets opposés : on l’aura deviné, il s’agit du sourire – en évitant bien sûr les sourires paradoxaux tels que le sourire de la Joconde (sans les dents) et le sourire carnassier (avec des dents agressives). Le sourire n’est ni une proposition sensuelle (je laisse de côté bien sûr les sourires séducteurs – type : Georges Clooney), ni une menace d’agression. D’ailleurs, on a fait observer que de tous les primates l’homme est le seul qui sache sourire, parce que quand les singes montrent les dents c’est toujours une menace d’agression.
J’ai évoqué par le passé un des Propos d’Alain où le sourire est décrit comme la perfection du rire : le sage sourit plus qu’il ne rit.
On pourrait proposer aussi que dans l’espèce humaine le sourire ait une fonction socialisante : le bébé sourit sans même l’avoir appris, par imitation ; on a même évoqué à ce propos le mécanisme des neurones miroirs.
Quant aux formateurs d’hôtesses, ils sont unanimes : pour accueillir le public, il faut lui sourire – et de façon si possible pas trop mécanique.
D’ailleurs, c’est ça qui manque aux ordinateurs : je ne sais pas ce que fait le vôtre, mais le mien, il me dit chaque matin bonjour et bienvenue – mais il ne me sourit pas ! Désastreux

Thursday, January 06, 2011

Citation du 7 janvier 2011

« Rire et sourire. - Plus l'esprit devient joyeux et sûr de lui-même, plus l'homme désapprend le rire bruyant ; en revanche il est pris sans cesse d'un sourire plus intellectuel, signe de son étonnement devant les innombrables charmes cachés de cette bonne existence. »

Friedrich Nietzsche – Humain, trop humain

Commentaire 2.

Le sourire, signe de l’étonnement devant les innombrables charmes cachés de la « bonne existence ».

Vu que je n’ai pas le texte allemand sous les yeux, je ne sais quel sens il convient de donner au terme « charme » : compte tenu du contexte, je suppose qu’il s’agit du charme de l’enchantement, celui qui est produit par une puissance magique et ensorcelante.

Je retiendrai surtout que Nietzsche parle du sourire comme d’une manifestation de la surprise.

Mais comme le sourire est en même temps une manifestation de satisfaction, on va supposer que cette surprise est en même temps une satisfaction… devant les charmes cachés de l’existence. Autrement dit, il ne s’agit pas du sourire satisfait et béat content de tout, même du pire. Non. Le sourire accompagne la découverte d’une bonne chose qu’on n’avait pas imaginée.

C’est le moment de parler du « ravi de la crèche » (voir image), ce personnage que les santons représentent toujours les bras en l’air, souriant béatement, arborant un sourire qui nous paraît être celui d’un crétin. Mais voilà : le ravi de la crèche n’est pas comme on le croit généralement un débile, car son sourire est justement celui de la surprise. C’est le sourire du pessimiste qui découvre, avec la naissance de l’Enfant-Dieu que le monde est bien meilleur qu’il ne croyait. Du moins, c’est ce que nous raconte cette belle histoire que vous pourrez lire ici.

Nietzsche nous dit que le sourire est alors un sourire intellectuel ; il aurait pu ajouter d’un intellectuel pessimiste.