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Monday, December 19, 2016

Citation du 20 décembre 2016

Celui qui connaît la paix intérieure n’est pas plus brisé par l’échec qu’il n’est brisé par le succès. Il sait vivre pleinement ces expériences dans le contexte d’une sérénité profonde et vaste, en comprenant qu’elles sont éphémères et qu’il n’a aucune raison de s’y attacher. Il ne saurait « tomber de haut » lorsque les choses tournent mal et qu’il doit faire face à l’adversité. Il ne sombre pas dans la dépression, car son bonheur repose sur des fondements solides.
Matthieu Ricard – Plaidoyer pour le bonheur
- Eh bien, Kévin, te voilà tout chiffonné : qu’est-ce qui t’arrive donc ?
- C’est Jade – tu te rappelle ?
- Ta meuf ?
- Oui, elle. Tu sais ce qu’elle m’a fait ?
- Ne me dis pas qu’elle t’a plaqué ?
- Si… Et en plus elle est partie avec un sale type, un barbu qui l’oblige à porter le voile et à marcher trois mètres derrière lui.
- Ah… Je comprends Kévin – tu te dis : « Pourquoi elle a préféré ce type ? Est-ce que je suis si minable qu’elle préfère un homme qui la traite comme ça ? Qu’est-ce que j’aurais dû faire ? La sortir en laisse ? »
- Laisse tomber… Tu vas me faire pleurer.
- Non, Kévin, ne pleure pas. Pense que ton épreuve n’est qu’une occasion de comprendre comment ça fonctionne des filles comme celles-là, qu’est-ce qu’elles veulent en réalité, et puis que ça ira mieux avec la prochaine.
- Alors, selon toi je devrais aller draguer à la sortie des mosquées ? Merci bien !
- Pas seulement : comprends que certaines femmes ont besoin de sentir l’autorité de l’homme, qu’elles ne la sentent vraiment que lorsqu’elles se sentent en danger. Et s’il n’y a pas de menace extérieure, c’est à toi d’être menaçant et de donner les règles pour y échapper.
- Autant s’acheter un  labrador !
- Oui… Je vois Kévin que tu n’es pas fait pour ce genre de femmes… Alors, au lieu de gémir, tu dois profiter de ce qui t’arrive pour comprendre qui tu es. Si Jade t’a plaqué, c’est parce que tu n’étais pas ce type d’homme et que tu ne le savais pas. Maintenant tu le sais, et donc tu es plus fort.
Tu sais Kévin, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. C’est ce que dit Nietzsche… à moins que ce ne soit Matthieu Ricard ?
- Arrête ! Epargne-moi tes clichetons pourraves !
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(Certains parmi vous, mes chers lecteurs s’attendaient peut-être à ce que, rebondissant sur les propos de Matthieu Ricard je parte sur l’idée qu’une petite jeune fille ça n’a pas beaucoup de cervelle et que, du coup, si l’une s’en va une autre la remplacera sans difficultés. Mais que nenni ! La Citation-du-jour respecte l’être humain, quelque soit son genre)

Monday, November 28, 2016

Citation du 29 novembre 2016

Les faiblesses des hommes font la force des femmes.
Voltaire
Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
La Boétie – Discours de la servitude volontaire.
Thèse : la force et la faiblesse ne sont que des valeurs relatives, ainsi : ce sont les faiblesses des hommes qui font la force des femmes. Et les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux
Antithèse : la force est une action mécanique d’un objet sur un autre. On peut mesurer son intensité en newton (symbole : N) (1)
On comprend que s’il y a « thèse » et « antithèse », c’est parce que d’un côté on pense qu’il est impossible de mesurer la force, et que pour l’évaluer il faut un degré de comparaison (on dit « plus fort que… » comme on dit « plus beau que … », sans pouvoir dire de combien), alors que de l’autre on peut avoir une mesure de la force, sans se soucier de faire une comparaison.
o-o-o
Voyez ça :


La femme qui porte le gros camion est-elle plus forte que l’homme qui le conduit ? Evidemment s’il n’est pas Superman. Mais l’important ce n’est pas cela : c’est de savoir à combien de newton (N) évaluer la force de cette Superwoman.
Manifestement, l’image reproduite ici se plait à inverser les codes : alors que la femme est habituellement comparée aux hommes pour des qualités morales (celles qui justement peuvent subir une variation du fait de la faiblesse des hommes), la voilà qui l’emporte dans un « jeu de force basque » très physique.
Mais revenons à l’avertissement de Voltaire : faut-il négliger la force morale, qui vaut non seulement pour le rapport homme/femme, mais aussi pour le rapport maitre/serviteur ou patron/salarié, comme le rappelle La Boétie ?
Car en réalité, la notion de force herculéenne, avec ces colosses de foire qui soulèvent des troncs d’arbre ou des sacs de sable, nous font bien rire aujourd’hui. L’incroyable force qui consiste à soulever un énorme camion fait hausser les épaules : pour faire cela, il y a des grues, qui peuvent être manœuvrées par un gringalet – ou par une minette épaisse comme un haricot vert. Quelle importance ? Par contre imposer son autorité d’un seul regard parce qu’on a su transmettre le message qu’on ne céderait pas, qu’on a une force de caractère inoxydable : voilà la vraie force, celle qui se mesure non pas en newton (N) mais en individus subjugués.
Et là inutile de recourir à des machines super-puissantes.
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(1) Les nuls en physique pourront avantageusement lire ceci.

Friday, October 09, 2015

Citation du 10 octobre 2015

L'union fait la force
Proverbe
L'union fait la force : oui, mais la force de qui ?
Alain
L'union même de la médiocrité fait la force.
Homère – Iliade
Oui, l’union fait la force : en témoignent ces deux faits divers : « A Dublin en Ireland et puis aussi à Perth en Australie, deux personnes coincées l’une sous une rame de métro l’autre sous un tram, ont été dégagées grâce à l’action conjuguée de dizaines de personnes alors présentes : deux accidents si éloignés l’un de l’autre et pourtant similaires ». Notre site (référencé) affirme en effet que ces deux actions sont le résultat d’une seule et même passion présente dans ces deux pays : le rugby et ses mêlées. « La seule question qui demeure et de savoir quelle équipe a le meilleur « fighting spirit » et le meilleur impact à la mêlée pour faire bouger les choses. » Bref, s’il s’agit de soulever un tram ou de pousser un métro, il faut et il suffit d’avoir le bon impact dans la formation de la mêlée.

--> Réponse à Alain : l’union fait la force de ceux qui veulent faire bouger les choses, sans demander il est vrai quelles sont les choses qu’on ne fera pas bouger comme ça. On peut affirmer que ce qui peut bouger doit être homogène à ce qui fait bouger : la force physique fait bouger ce qui a une masse physique, et non ce qui relève de la pensée.
--> Du coup on arrive à une précision concernant la citation d’Homère : il est des médiocrités qui peuvent s’additionner, comme celles des bras et des jambes qui poussent dans le même sens. Mais tout n’est pas de ce registre : il est des choses qui ne peuvent bouger sous l’impact de la force physique. Il en est même certaines qui restent toujours aussi faibles malgré la force de la multitude qui les soutient.
            - Multitude qui a cru que le soleil tournait autour de la terre.
            - Multitude qui pensait que la moisson serait meilleure si on faisait des sacrifices aux dieux.

            - Multitude qui a soutenu que les filles étaient des biens comme les bestiaux de l’étable, dont on pouvait disposer pour les marier selon l’intérêt des pères, ou trousser dans le grenier à foin quand la libido du « bon maît’ » s’éveillait.

Thursday, May 14, 2015

Citation du 15 mai 2015

Ainsi va la vie, les faibles cherchent toujours à se faire aimer des dominants. Jamais on ne verra un rottweiler sauter dans les bras de son maître pour se faire cajoler. Les molosses n'ont pas besoin de flatteries pour se sentir exister.
Ingrid Desjours – Tout pour plaire (2014)


Rottweiler sautant au cou d’un passant

Si vous voulez comprendre le comportement de vos semblables, regardez comment vit votre chien. Tel il est, tel  nous sommes.
Mais non, bien sûr vous n’allez pas flairer l’arrière-train de vos amis pour savoir quelles sont leurs pensées du jour. Vous n’allez pas non plus pisser devant votre porte pour faire savoir qu’elle est bien à vous.
Ridicule. Mais ce serait pourtant moins angoissant que de faire ce que suggère Ingrid Desjours : conformer vos sentiments à votre force ou à votre faiblesse (1). Bien entendu, puisque ce sont des qualités relatives à ceux que vous côtoyez, votre attitude sera fonction de ces rencontres. Vous serez bien aimable et bien flatteur avec votre supérieur, et bien tyrannique avec vos subordonnés.
Classique. Sauf que si on a le malheur de généraliser ce propos, alors c’est notre univers affectif qui s’effondre : tous ceux que nous aimons sont aimés parce qu’ils nous dominent d’une façon ou d’une autre. Réciproquement, tous ceux qui nous aiment, le font en raison d’une quelconque supériorité qu’ils remarquent chez nous. Que celui qu’on aime cesse d’être dominant, et voilà l’amour qui s’effiloche… Horrible pensée.
Quoique : Aristote nous dit bien qu’entre l’amant et l’aimé il y a une relation d’inférieur à supérieur. Ce que l’amant aime, ce sont bien les qualités de l’aimé et on peut donc admettre que l’aimé n’a pas forcément un tel amour pour celui qui l’aime. Tout juste s’offre-t-il par générosité à l’amour qu’on lui porte. Il est naturel dit Aristote que l’enfant aime son père beaucoup  plus que celui-ci ne l’aime.
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(1) « Conformez vos sentiments à votre force ou à votre faiblesse » : remplacez « sentiments » par « morale » et vous aurez un principe que Nietzsche n’aurait pas désavoué. Reste qu’il n’aurait pas utilisé l’impératif : cette conformité s’établit tout seule.

Monday, May 04, 2015

Citation du 5 mai 2015

Il n’y a pas de phénomènes moraux, il n’y a que des interprétations morales des phénomènes.
Nietzsche – Par delà le bien et le mal
Où donc est la morale ? Dans les actes ou dans les intentions?
            - Seuls les actes comptent ; le bien s’incarne dans certains actes, qu’il suffit de réaliser pour devenir bon et gagner le paradis. Ainsi faisaient les pharisiens, qui accomplissaient des actes vertueux, ce qui ne les n’empêchait pas d’avoir un cœur impur.
            - Si au contraire la morale est une affaire de cœur, il faut dire qu’elle dépend de chacun de nous, car elle n’est rien d’autre que le jugement que nous portons sur les évènements de la vie. En dehors de ça, il n’y a que de la technique : des actes efficaces ou non.
Admettons provisoirement que ce soit là le sens de cette phrase de Nietzsche. Mais si ces évaluations sont des interprétations morales, reste à savoir en fonction de quoi elles se font.
On a déjà évoqué ici la distinction wébérienne entre éthique de la responsabilité et l’éthique de la conviction : certains voudront que tout acte coïncide avec ses principes, même si l’échec est garanti. D’autres préféreront obtenir un résultat conforme à la valeur souhaitée, même si ni l’acte lui-même, ni le résultat ne ressemblent tout à fait à ce qu’on appelle la morale.

Est-ce là ce que pensait Nietzsche lorsqu’il affirme qu’il n’y a aucun « phénomène moral » ? En fait, je crois qu’il ne visait pas une quelconque relativité des valeurs morales. Car, ce qui compte avant tout selon lui, ce n’est pas seulement l’évaluation des actes, c’est d’abord leur production : c’est elle qui nous donne la réalité de l’acte moral (d’où le terme étrange de « phénomène »). S’il faut examiner leur origine pour les évaluer, c’est parce qu’ils sont produits de façon très variable. Les uns sont sous l’emprise des principes qui sont l’expression de la transcendance. Ainsi des Commandements divins. C’est pour ceux-là qu’il s’écrie : « Brisez, brisez les tables de la loi ! » (Zarathoustra). Les autres, au lieu d’être l’extériorisation d’une volonté, sont l’effet d’une réaction aux forces qui oppriment l’homme

Car l’acte pour être moral – et donc pour être évaluable – doit être l’expression d’une force qui habite l’homme qui et qui l’exprime. C’est comme cela qu’il y a une morale du maitre et une morale de l’esclave :
            - La première est habitée par une force qui exprime la puissance de la volonté.
            - La seconde est l’expression du ressentiment et donc n’existe que par la souffrance subie. 

Interpréter les actes moraux consiste donc à les  classer selon leur origine – c’est en cela que consiste la « généalogie » de la morale.