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Sunday, July 16, 2017

Citation du 17 juillet 2017

 La publicité, c'est la gloire du riche ; la gloire, c'est la publicité du pauvre.
Auguste Detoeuf
Constitue une publicité toute inscription, forme ou image, destinée à informer le public ou à attirer son attention.
Article 3 - Loi n° 79-1150 du 29 décembre 1979
Cet article de loi est rappelé par l’article de La Toupie qui est par ailleurs bon à lire et à relire pour discuter cette citation. On admettra que le mot « publicité » a ici deux sens différents : le sens initial (qualité de ce qui est publié) dans son second emploi ; et puis, dans le premier, le sens dérivé actuel, portant sur la moyen de faire connaître plus que sur la connaissance qui en résulte.
Bref, quant à la gloire, il n’y a pas une, mais deux questions à poser (résultat du chiasme utilisé dans cette citation) : « comment accéder à la gloire » d’une part ; et « que produit la gloire » d’autre part ? Mais on le voit, ce qui importe, c’est de saisir la différence entre le riche et le pauvre qui se révèle par là.
Selon notre auteur-du-jour, la richesse est la renommée du riche, alors que la renommée est ce qui fait connaître le pauvre. Du coup, si on n’a pas besoin de demander ce qui permet au riche d’arriver à cette gloire – étant entendu que la richesse y suffit – en revanche il faut s’interroger : que faut-il faire quand on est pauvre pour accéder à la renommée ?

Il n’est que de donner deux exemples pour saisir la différence entre le riche et le pauvre.
- Le Qatar par exemple est connu pour ses largesses financières quand il s’agit de montrer simplement par là qu’il est riche.
- Le coureur du Tour de France quant à lui a besoin de faire des exploits sur son vélo en haut de la montagne. Qu’il devienne riche par ce moyen  et du coup montrer sa richesse deviendra suffisant : rouler en Lamborghini par exemple (on pensera plutôt au tennisman ou au footballeur).


Reste que la richesse doit absolument se montrer pour obtenir l’effet de publicité. Raison pour la quelle de grand luxe est nécessaire. Rue de la Paix à Paris il y a une bijouterie où l’on vend une Rolex à 135000 euros. C’est le prix d’une moitié de Lamborghini.

Tuesday, June 09, 2015

Citation du 10 juin 2015

Le succès flatteur est de conquérir, et non de conserver.
Stendhal – De l'Amour
Cette phrase de Stendhal est venue à point nommé pour éclairer la question que je me posais après la finale du tournois de tennis de Roland Garros : que fait-on de la coupe une fois qu’on l’a remportée ?
La met-on sur une étagère construite exprès pour cet office ? La donne-t-on à sa maman pour qu’elle puisse la montrer avec fierté à ses amies ? L’oublie-t-on dans son garage ?
- Demandons aux vainqueurs.
Les unes la serrent sur leur cœur comme un amoureux chéri :


D’autres la baisent affectueusement :


Certains la croquent goulûment :


Seulement voilà : après la séance-photo, le vainqueur du Tournois rend gentiment la coupe aux organisateurs, et il n’emporte chez lui qu’une réplique modèle réduit : pas de quoi calmer sa vanité !

C’est qu’en vérité, le succès flatteur est de conquérir, et non de conserver.

Sunday, October 14, 2012

Citation du 15 octobre 2012

Je m'absente pour quelques jours (jusqu'au 24 octobre). Les citations continueront à pleuvoir comme feuilles d'automne, mais je ne pourrai répondre à vos aimables commentaires.
Chers lecteurs. veuillez m'en excuser.
J-P. H.


Sur la route de la vie j’ai lutté avec courage dans le travail j’ai seul trouvé la vraie gloire
Les phrases du Palais de facteur Cheval

Le Palais imaginaire du Facteur Cheval – Photo de Sophie (à voir sur son site Les grigris de Sophieici)
La diversité des inscriptions gravées par le facteur Cheval sur son beau Palais Imaginaire est telle qu’il est difficile d’en trouver une pour représenter l’ensemble des autres. Du moins peut-on y trouver ce qui revient un peu partout : la fierté du facteur Cheval d’avoir par sa ténacité produit une œuvre qui a réussi à sortir son existence de l’obscurité à la quelle sa condition sociale la condamnait. D’ailleurs, si on parle toujours du « facteur » Cheval – et non de « Joseph Ferdinand Cheval » - c’est bien parce que sa position sociale rend son œuvre encore plus admirable. Bref : l’art brut a théorisé là-dessus, je n’y reviens pas.
Alors, qu’est-ce qui a fait que je me sois intéressé à cette inscription ? S’agit-il d’insister sur la célébration du travail, source non pas seulement de richesse, ni de salut, mais bien de Gloire ? Certes, mais pas seulement.
Ce qui m’intéresse ici, c’est la matérialité de l’inscription, ondulant au hasard de la fracture de la pierre, et ces  lignes tracées comme sur un cahier d’écolier pour inscrire les caractères bien régulièrement. Et puis aussi, cet ajout au-dessus de « trouvé » avec une petite flèche pour qu’on sache comment le lire (agrandissez l’image si nécessaire) : j’ai seul trouvé la vraie gloire.
Voilà, c’est ça aussi le Facteur Cheval : il utilise la pierre pour y graver l’histoire de sa vie et de son œuvre – pour l’héroïser, un peu comme ces stèles de l’Egypte antique célébrant les victoires du Pharaon. Mais en même temps, il y a ces indices qui nous montrent que celui qui a écrit cela est un homme du peuple, et voilà donc sa modeste culture populaire unie à la Grande Culture.

Tuesday, August 07, 2012

Citation du 8 août 2012

Seule la victoire est belle.
Peggy Bouchet (1)
L’important n’est pas de vaincre, mais de participer
Pierre de Coubertin (cité le 11 février 2006)
Aussi y a-t-il des pertes triomphantes à l'envi des victoires.
Montaigne – Essais I, 31 – Des cannibales (cf. le texte en annexe)


David – Léonidas aux Thermopyles

Où y a-t-il la plus de gloire ? Dans la victoire ? Dans la participation à un combat ou à un concours ? Dans la défaite ?
Les jeux olympiques sont – sans même qu’on pense à Pierre de Coubertin – une occasion superbe de réflexion sur ce sujet.
Un récent reportage télévisé (= 4 août) montre une lanceuse de disque française qui vient de terminer 6ème du concours. Elle est saisie par la caméra assise sur le bord de la piste : elle pleure silencieusement. Le commentateur nous explique que ces larmes sont sans doute de joie parce qu’elle a amélioré son propre record de France. Sa défaite était aussi une victoire, et on peut croire que Léonidas aux Thermopyles a lui aussi remporté une victoire : celle de sauver une partie de l’armée grecque en bloquant temporairement la progression des soldats perses. Et cette victoire n’est rien par rapport à la gloire de mourir en héros : « passant qui va à Sparte, va dire que nous sommes morts pour obéir à ses lois » (Phrase que le soldat (en haut à gauche du tableau) grave de son glaive dans le rocher).
Mais Montaigne va plus loin : à ce compte, une victoire aléatoire, due peut-être au soleil qui éblouit les yeux de l’ennemi (voir texte en Annexe – nous sommes plus de deux siècles avant Austerlitz) serait de moindre prix qu’une défaite héroïque. La lutte – ou la compétition – est toujours aussi une lutte avec soi-même.
Belle pensée. Mais à qui allez-vous faire croire ça aujourd’hui ? Déjà à l’époque de Montaigne c’était sans doute un paradoxe qui nécessitait une longue explication. Quand le vainqueur de Tour de France vient à être disqualifié suite à un contrôle anti-dopage, le numéro 2 du classement a-t-il plus de gloire à être déclaré vainqueur ? Eh bien oui, bien sûr : Seule la victoire est belle.
Voyez la réaction des parents d’élèves quand on a voulu modifier la notation des enfants en instituant une évaluation qui privilégiait l’évolution de l’élève par rapport au niveau antérieur au détriment d'un classement par rapport aux autres enfants :
- Quoi ! Qu’est-ce que c’est que ce refus de la compétition ? Nous voulons que nos enfants soient classés du meilleur au moins bon, qu’ils sachent où ils se situent. Dans la société, ils seront sans cesse soumis à la concurrence, autant qu’ils s’y habituent immédiatement.
L’Ecole, c’est l’école de la vie !
° ° ° °
Quizz de l’Eté : De nos jours, que ferait  Léonidas aux Thermopyles ?
1 – Il embaucherait (avec l’argent du FMI) des mercenaires pour stopper l’armée perse.
2 – Il minerait le passage des Thermopyles et il se sauverait vite fait.
3 – Il planterait-là la guerre et il irait finir l’été aux Seychelles
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(1) En 2000, à l'âge de 26 ans, à son deuxième essai, Peggy Bouchet réussit la traversée de l'Atlantique à la rame en solitaire en moins de 49 jours.
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Annexe : voici l’extrait du texte de Montaigne, légèrement modifié :
Assez d'avantages gagnons nous sur nos ennemis, qui sont avantages empruntés, non pas nôtres. C'est la qualité d'un porte-faix, non de la vertu, d'avoir les bras et les jambes plus raides [solides] : c'est une qualité morte et corporelle, que la disposition [agilité]  : c'est un coup de la fortune, de faire broncher notre ennemi, et de lui éblouir les yeux par la lumière du Soleil ; c'est un tour d'art et de science, et qui peut tomber en une personne lâche et de néant, d'être suffisant à l'escrime. L'estimation et le prix d'un homme consiste au cœur et en la volonté : c'est là ou git son vrai honneur : la vaillance c'est la fermeté, non pas des jambes et des bras, mais du courage [cœur] et de l'âme : elle ne consiste pas en la valeur de notre cheval, ni de nos armes, mais en la nôtre. Celui qui tombe obstiné en son courage, s’il est tombé, combat à genoux (Sénèque La Providence II), qui pour [malgré] quelque danger de la mort voisine, ne relâche aucun point de son assurance ; qui regarde encore en rendant l'âme, son ennemi d'une vue ferme et dédaigneuse, il est battu, non pas de nous, mais de la fortune : il est tué, non pas vaincu.
Les plus vaillants sont parfois les plus infortunés.
Aussi y a-t-il des pertes triomphantes à l'envi des victoires. Ni ces quatre victoires sœurs, les plus belles que le Soleil aye jamais vues de ses yeux, de Salamine, de Platées, de Mycale, de Sicile, n'osèrent onques opposer toute leur gloire ensemble, à la gloire de la déconfiture du Roy Leonidas et des siens au pas de Thermopyles. Montaigne – Essais I, 31 – Des cannibales.

Wednesday, February 08, 2012

Citation du 9 février 2012

Mais où sont les neiges d'antan !

François Villon – Refrain de la Ballade des Dames du temps jadis (1461)

Alors que le France grelotte – tout comme une bonne partie de l’Europe, et sans doute une encore plus grande partie du monde – il est bon de fredonner un peu.

…Comme par exemple cette poésie de François Villon, reprise et puis mise en musique par Georges Brassens (avec il est vrai une strophe en moins).

On pourrait penser qu’il est un peu décalé de regretter les neiges d’antan au moment même où la neige, la vraie, la froide avec la bise qui souffle dessus, se trouve à nos portes. Sans doute. Mais ce n’est pas non plus un hasard si c’est ce poème de Villon qu’on a retenu depuis le 15ème siècle. La neige reste depuis lors le symbole (ou l’exemple) de la beauté enfuie et regrettée avec nostalgie.

La neige, comme la beauté des femmes se désagrège et disparait. Celle d’aujourd’hui ne remplacera jamais celle qu’on a perdue, et c’est là sans doute la morale de la Ballade de François Villon. Mais il ne s’agit pas seulement de célébrer les beautés enfuies ; il s’agit aussi de célébrer les femmes du temps jadis, celles qui ont été immortalisées dans la mémoire populaire pour leur beauté, mais aussi par leur héroïsme (Jeanne la bonne lorraine…) ou par leurs vices extraordinaires (« où est la roine / Qui commanda que Buridan / Fût jeté en un sac en Seine ? » (1)).

Bref : les neiges dont on rêve, celles dont on célèbre la beauté sont toujours les « neiges d’antan », jamais celles d’aujourd’hui.

Et les femmes d’aujourd’hui ne nous feraient donc pas rêver, en tout cas beaucoup moins que les femmes d’autre fois ? Là je ne suis plus d’accord. L’histoire regorge de femmes qui ont subjugué les hommes par leur beauté. Et quand on voit à quoi elles ressemblaient – ou bien comment on se les représentait autrefois – alors on se dit que nos beautés d’aujourd’hui sont bien plus convaincantes.

C’est qu’à la différence des actes héroïques et mémorables, la beauté féminine est tributaire des canons esthétiques du moment, et que si nos stars n’avaient sans doute pas eu le moindre succès autrefois, Dalila aujourd’hui, telle que peinte par Rubens en 1609, n’aurait eu aucune chance avec les Samson de maintenant.

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(1) C’est l’épisode de la Tour de Nesle, avec selon la légende, Jeanne de Bourgogne