Tuesday, February 19, 2013
Citation du 20 février 2013
Monday, January 05, 2009
Citation du 6 janvier 2009
… notre unique peine / est que sans espoir nous vivons en désir.
Dante – La divine comédie – L’Enfer chant IV, vers 41-42
De quels maux souffrent les damnés ? Sont-ils empalés vivants, ébouillantés, démembrés, déchiquetés par les dents de monstres sanguinaires ?
Sans doute…mais tous ces supplices sont mal perçus en tant souffrances, non seulement parce qu’ils sont devenus – heureusement – inimaginables, mais aussi parce que – hélas ! – nous pouvons puiser dans leur évocation une jouissance sadique.
Mieux vaut sans doute rechercher de quoi souffrent les damnés a minima, ceux qui ne sont accablés ni de ces supplices ni de ces tourmenteurs. (1)
Voici le tout début de la Divine comédie, le chant IV, celui du premier cercle de l’Enfer. Nous sommes dans des Limbes, juste sous les remparts de la Cité Dolente, celle dont la terrible porte nous annonce : « Vous qui entrez, laissez toute espérance » (2). S’y trouvent des enfants morts avant le baptême, et des païens ayant vécu avant que ne vienne le Christ. Tous sont sans tâche ; mais aucun n’a été sauvé.
Quelle est leur souffrance ? …sans espoir nous vivons en désir : la formule reprend l’avertissement placardé sur la porte (ci-dessus), car telle est la souffrance infernale minimale dont sont victimes ces pauvres âmes en peine – c’est le désir sans espoir. Entendez : désir d’être sauvé, sans l’espoir du Sauveur (3). Mais nous pouvons aussi entendre : désir au cœur du quel l’espoir est éradiqué.
Rappelons-nous que le désir est par définition (4) le sentiment qui porte avec lui la certitude que nous pouvons atteindre ce que nous désirons. Autrement dit, que l’espoir est consubstantiel à la vie – si tant est que la vie ne va pas sans désir.
Voici le message de Dante : ceux qui appellent la mort plutôt que la vie sont ceux qui désirent sans espoir.
... Pas gai mon Post ? Mais enfin, je ne vous avais rien promis !
Si c’est ça, éteignez l’ordi et allumez la télé.
(1) Pour un enfer sans supplices voir aussi Huis clos de Sartre.
(2) Chant III - voir aussi Post du 3 mars 2006
(3) Selon Dante, le sacrifice du Christ n’a pas eu d’effet rétroactif.
(4) Cf. la définition de Kant : Le désir est pouvoir d'être par ses représentations cause de la réalité des objets de ces représentations. (KANT – Critique de la faculté de juger – Introduction, III, note)
Thursday, March 02, 2006
Citation du 3 mars 2006
"Ô toi qui entres ici abandonne tout espoir !"
Dante - La divine comédie (L’Enfer)
C'est cette phrase, gravée sur la porte de l’Enfer, qui accueille les damnés; elle ouvre aussi l’œuvre de Dante. C’est un peu plus honnête que le « Arbeit macht frei » du portail d’Auschwitz…
L’enfer, et après ? Après rien. Ou plutôt si : après l’enfer, l’enfer. Il faut s’appeler Rimbaud pour ne vivre qu’« une saison en enfer » !
Nous avons là une idée de l’éternité. Outre les tortures, l’enfer est désespérant par la certitude de l’avenir. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » dit la sagesse populaire ; parce que l’irréversible de la mort ne s’est pas accompli. Mais l’enfer, c’est l’irréversible dans la vie éternelle : car les damnés vivent, c’est certain : ils vivent en tout cas suffisamment pour souffrir. Mais justement, quelle est la première souffrance en Enfer ? A celle des tourments complaisamment imaginés par l’Eglise médiévale, il ne faudrait-il pas substituer celle du désespoir ?
Dans ce cas nous aurions une idée de l’Enfer dès cette vie. De même que Sartre imaginait l’enfer comme un enfermement dans une chambre d’hôtel de trois personnes qui se détestent et se déchirent sans jamais en finir, la vie quotidienne avec son lot de lassitude, avec ses efforts bientôt abandonnés nous donne une idée de cette déprimante stagnation.
C’est Nietzsche qui a raison. Si tu veux savoir ce que c’est qu’aimer la vie, pense à l’« Eternel Retour » : vouloir que tout ce que tu as vécu, y compris les échecs et les blessures, les souffrances et les deuils, se reproduise indéfiniment, car c’est cela aussi la vie. Aimer la vie pour les sourires de l’enfant et le gazouillis des oiseaux, c’est l’imaginer comme le paradis, un jardin édénique dont on ne sortirait jamais : c’est banal. Aimer la vie au point de vouloir qu’elle se prolonge indéfiniment y compris avec ses désolations, ses chagrins et ses douleurs voilà qui l’est moins.
L’enfer c’est l’éternel retour, c’est sauf pour le Surhomme.