Presque tous les vieux gouvernements sont doux parce qu'ils
sont vieux et tous les nouveaux gouvernements durs, parce qu'ils sont
nouveaux.”
Benjamin
Constant / Le cahier rouge
On pourrait supposer que les gouvernements
nouveaux, impatients de réaliser leurs projets, les imposent durement à la
population. Quant aux anciens, recru des fatigues des luttes affrontées pour
faire passer les lois nouvelles, ils font une place conséquente aux reculades
pour échapper aux violences. D’où l’intérêt de ne pas dire exactement ce qu’on
veut faire, étant donné qu’on n’est pas sûr d’y arriver. Reculer plutôt
qu’avancer, survivre pour ne pas mourir. Faudrait-il dire qu’en politique la douceur et la mollesse sont deux aspects successifs du même objet ? - De Flanby à Pépère,tous les surnoms de Hollande tapent sur l'image de mollesse de son personnage et sur le contour flou de sa politique. Son gouvernement met sa politique en œuvre avec douceur - sans doute pour nous éviter le stress ? Et si c’était justement ça la bonne politique ?
Que faut-il choisir (si tant est qu’on ait le choix) ?
....
Allez, je vais dire ce que beaucoup attendent : Hého !
La gauche ! Peut-être François Hollande n’est-il pas un si mauvais
président : il n’a pas pu faire ce tout qu’il envisageait, mais il a
avancé tout de même dans le chemin des réformes. Certes il n’y a pas beaucoup
de panache dans ses actions ni dans ses discours, mais regardez quel homme politique en a - et ce
que ça donne.
- Ici, mettez le nom qui vous plait ; il faut bien se
mouiller... ... – Allez, je vous aide :
C'est un affreux malheur de n'être pas
aimé quand on aime. Mais c'en est un bien plus grand d'être aimé avec passion
quand on n'aime plus.
Benjamin
Constant
Benjamin
Constant commente l’actualité. 3
Cette citation, qui pourrait être le
début d’un billet pour le Courrier du cœur, est aussi un commentaire
d’actualité suite aux déboires de notre sémillant Président. Je n’y insisterai
pas.
- Ce qu’il y a de moins banal dans cette
citation, c’est qu’elle nous explique qu’être plaqué par notre petite amie est
moins traumatisant que de quitter une femme aimante. Comment cela serait-il
plausible ? Si n’êtreplus aimé
quand on aime encore est un « affreux
malheur », comment la situation inverse serait-elle plus affreuse encore ?
A moins bien sûr d’être victime de la vengeance amoureuse, ce qui nous renvoie
au Livre dont on a décidé de ne pas parler…
o-o-o
Faisons un petit effort de mémoire. Que
s’est-il passé quand nous avons décidé de quitter celui/celle que nous
aimions ? Laissons de côté le coup de foudre qui nous aurait saisis pour
une autre personne. Pensons plutôt au déclin de la flamme amoureuse, qui fait
qu’un matin on regarde la personne couchée à nos côté comme si elle était
quelqu’un d’ordinaire qui aurait juste le droit d’être là, sans plus.
J’aimais – je n’aime plus : c’est
très banal. Près d’elle/lui, je m’ennuie : pas grave ! Sauf que la
voilà qui se love contre moi : « Bonne
journée mon chéri ? ». Même si je n’ai pas à lui cacher que j’ai
maté les nichons de la stagiaire – et que je rêve de recommencer demain,
pourrais-je lui dire que je préférerais qu’elle ne soit plus là ? Avant
même d’être victime d’éventuelles représailles, je suis embarrassé dans mes
mensonges – le premier étant de lui dire « Oui, ma chérie je t’aime aussi ».
- Et par devers moi, je
soupire : Qu’y puis-je ?
Ça veut dire que je ne me sens plus concerné par cette histoire. J’ai tourné la
page, refermé le livre, mais je dois faire semblant de le garder ouvert. Souffrance.
- Et puis, dans un souffle, j’avoue :
Oui, je t’ai aimé – mais ça, c’était
avant. Douleur ! Ou plutôt : spectacle de sa douleur, qui
engendre quelque chose en nous qui oscille entre l’ennui et la peine.
Bref : même si les peines endurées
par l’amant volage ne sont pas si grandes que cela, quand elles sont prises
isolément, par contre elles vont rapidements’additionner.
L'unique garantie des citoyens contre
l'arbitraire, c'est la publicité.
Benjamin
Constant – Observations sur le discours prononcé
par
S.E. le ministre de l'intérieur - 20 Août 1814
Benjamin
Constant commente l’actualité. 1
[Publicité – Pris ici au sens
de : Action de rendre public, et non de : fait de promouvoir la vente
d'un produit.]
Si Benjamin Constant revenait
aujourd’hui, 2 siècles exactement après avoir écrit cette phrase, il serait
sans doute comblé d’aise.
Car, s’il suffit de publicité pour
lutter contre l’arbitraire, nous avons Internet, les réseauxsociaux, l’information en ligne, les chaines
d’info 24/24 etc… Bref : si l’arbitraire
existe encore chez nous, c’est qu’il a une autre source que le défaut de
« publicité ».
[Arbitraire :
Qui dépend uniquement d'une décision individuelle, non d'un ordre préétabli, ou
d'une raison valable pour tous.]
On voit bien qu’il s’agit là d’un acte
despotique, contraire à ce qu’une démocratie doit réaliser. Toutefois, à l’encontre
de ce que pense Constant, on s’aperçoit aujourd’hui que les décisions les plus
arbitraires sont parfois les mieux connues, parce qu’elles sont les plus
désirées.
Car, c’est cela qu’ignore
Constant : les actes despotiques ne sont pas seulement ceux qui visent la
peuple. Ce sont aussi parfois ceux qui sont faits au nom du peuple et même à sa
demande – par exemple contre une minorité. Quand Hitler a promulgué les lois
antisémites, en Allemagne tout le monde était au courant et beaucoup étaient
d’accord. J’entends bien qu’il y a contradiction entre le fait qu’il s’agisse
de lois populaires « = voulues
par tous » et en même temps arbitraires
« voulu par un seul ». Reste que les lois antisémites étaient
établies sans raisons valables pour tous.
o-o-o
J’ajouterai encore que la
« publicité » (toujours au sens indiqué ci-dessus) peut avoir des
effets désastreux pour ceux qu’elle intoxique. On le voit
quotidiennement : la répétition de l’information en déforme la portée, on
finit par croire qu’elle a dans la réalité autant de place qu’elle en a dans la
durée des programmes d’information. Qu’on parle de la même chose 24 heures sur
24, et voilà ce qui va devenir une obsession dans le cerveau des citoyens.
La contrepartie de cela c’est que ce
souci peut alors disparaitre aussi vite qu’il est arrivé.
Un exemple ? Voyez les scandales
judiciaires qui font tâche sur la réputation de nos hommes politiques. Il
suffit qu’on attende un peu pour que la page soit tournée et qu’on les
laisse leur demande de revenir au pouvoir.
Certains gouvernements, quand ils envoient leurs légions
d'un pôle à l'autre, parlent encore de la défense de leurs foyers ; on dirait
qu'ils appellent leurs foyers tous les endroits où ils ont mis le feu.
Benjamin Constant
Pourquoi fait-on la guerre ? Sans doute est-il
arrivé qu’on la fasse par plaisir, parce qu’il était beau de partir en
chevauchée au printemps et de voir le sang vermeille de l’ennemi se répandre parmi
les fleurs des champs.
Mais voilà : depuis ce glorieux moyen-âge, on a
renoncé à ces heureuses sensations, on a même renoncé à faire de la guerre
l’exaltation de la foi religieuse. Nous faisons maintenant la guerre, comme nos
ancêtres les sans-culottes pour protéger nos foyers de ces féroces soldats / Qui viennent jusque dans nos bras / Egorger nos
filles nos compagnes. (Air connu)
D’ailleurs, qui donc dans les démocraties modernes
accepterait qu’on parte en guerre si ce n’est pour protéger la Nation ?
Même quand « W » a lancé la guerre anti-Saddam, c’était pour
exterminer le détenteur d’armes de destructions massives prêtes à se tourner
contre le territoire américain.
On a été stupéfait d’apprendre que cette guerre n’était
pas si protectrice que ça, et que tout ce qu’elle pouvait faire, c’est mettre
l’Irak à feu et à sang. Mais on n’a été étonné que parce qu’on a oublié
Benjamin Constant : [ces
gouvernements] appellent leurs foyers
tous les endroits où ils ont mis le feu.
Et quoi ? Serions-nous naïfs au point d’oublier que
nos gouvernants nous mentent et nous manipulent ? Et quand ce ne sont pas
eux, ce sont les politiciens d’opposition pour briguer leur pouvoir. Et si nous
l’oublions c’est parce que nous sommes flattés dans nos tendances les plus
bornées par notre égoïsme.
… Voilà que je fais une rechute de misanthropie. Ça vient
avec l’âge, comme l’arthrose et les maladies de la prostate.
En France, une institution aussi arbitraire que la censure serait à la fois inefficace et intolérable ; dans l’état présent de la société, les mœurs se composent de nuances fines, ondoyantes, insaisissables, qui se dénatureraient de mille manières, si l’on tentait de leur donner plus de précision. L’opinion seule peut les atteindre ; elle seule peut les juger, parce qu’elle est de même nature.
Benjamin Constant– De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes
Censure 1.
La censure est souvent choisie comme exemple de l’inanité des interdits quand il faut réguler la pensée humaine.
Nous n’échappons pas à l’erreur signalée par Constant : voyez les ridicules procès intentés pour des délits d’opinion racistes, antisémites, etc…
L’exemple le plus récent dans ma mémoire c’est le procès intenté à Siné pour antisémitisme, pour avoir écrit que le fils Sarkozy – celui qu’on appelle depuis le Prince Jean – s’était converti au judaïsme pour épouser une riche femme juive. Le délit étant constitué par le fait de souligner que cette femme était et juive et riche (1).
On sait que la censure apparaît généralement comme une vieille femme acariâtre (Anastasie) armée d’une grande paire de ciseaux. On ne parle d’elle que pour s’en moquer, et la meilleure façon de le faire, c’est effectivement de montrer qu’elle ne sait même pas elle-même ce qu’il faut censurer et pourquoiil faut le faire.
Toute fois il y a au moins une censure qui ne se trompe jamais et qu’on ne peut contourner : c’est la censure que, selon Freud, notre propre psychisme s’applique à lui-même.
Le sur-moi au quel est liée la censure n’est pas seulement un censeur sévère ; il est aussi infaillible, au point que son action nous révèle souvent la portée de certaines de nos pensées qui nous avaient parues innocentes de prime abord.
En quoi une censure peut-elle être infaillible ? En ce qu’elle reconnaît parfaitement tous les franchissements de la frontière de l’interdit, et si elle les connaît, c’est parce qu’elle sait quelles sont les intentions qui animent ces débordements et qui leur donne un sens.
On dit parfois qu’on ne peut sonder les cœurs et les reins. C’est faux. Le sur-moi le peut, et si on l’a symbolisé par l’œil de Dieu-qui-voit-tout, ce n’est pas pour rien.
(1) Voici le texte incriminé, publié dans Charlie Hebdo du 2 juillet 2008 « [Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme pour épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin ce petit ! »
Rien de plus absurde que de violenter les habitudes, sous prétexte de servir les intérêts. Le premier des intérêts, c'est d'être heureux, et les habitudes forment une partie essentielle du bonheur.
Benjamin Constant –De l'esprit de conquête et de l'usurpation
Eloge de l’habitude 2 –
Les habitudes forment une partie essentielle du bonheur.
Heureuse philosophie de la vie, qui situe le bonheur dans la routine de l’habitude…
Car si une telle vision du bonheur est fondée, alors rien n’est plus facile à atteindre que le bonheur. Inutile de chercher où le trouver – dans les lointains horizons, sur les plages à cocotiers ? Ou dans le pré ? dans quel pré ? (1)
Inutile de le chercher, parce que vous l’avez déjà : le bonheur est dans les habitudes, c’est à dire dans le retour chaque jour, chaque semaine des mêmes actes, des mêmes situations, des mêmes rencontres.
Je vous sens sceptique : comment peut-on prétendre jouir de la routine alors qu’elle est l’image la plus forte de l’ennui, porteur du désespoir d’une vie qui file vers son terme sans que rien ne la marque.
On pourrait peut-être soutenir que l’habitude permet un certain bonheur : celui de la tranquillité, du repos. Dans l’habitude, pas de stress ! Pas d’angoisse du choix. Par d’effort d’invention ni de crainte de l’échec. Tout est déjà connu, balisé, et les vieux en tirent une tranquille assurance : ils ont déjà fait mille fois les gestes de la vie quotidienne et ils savent déjà ce qui va se passer. Le bonheur est alors dans la paix de l’âme.
Encore dubitatif ? Et vous avez sans doute raison, parce qu’il ne suffit pas que la routine s’installe pour que ce soit une situation heureuse. La petite Cosette avait l’habitude d’aller puiser de l’eau glacée dans son énorme seau, et de le porter de ses doigts gourds tout le long du chemin jusqu’à la maison des Thénardier qui, comme d’habitude, lui mettraient une gifle pour avoir traîné en chemin.
Bon – Précisons alors : l’habitude accompagne le bonheur quand elle est le résultat de ce que nous avons choisi de répéter chaque jour – chaque semaine – parce que c’est le retour de ce que nous aimons. En vrac : le pastis du soir ; le bisou à la femme aimée le matin ; le moment d’écrire ce blog.
Bref : le bonheur est aussi dans l’éternel retour. Nietzsche ne disait pas autre chose. (2)
(1) Allusion au poème bien connu de Paul Fort et non au film d’Etienne Chatiliez