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Saturday, October 15, 2011

Citation du 16 octobre 2011

Créer c’est résister / Résister c’est créer.

Stéphane Hessel – Indignez-vous !



Exposition Miss.Tic Attak (voir également ici)

On comprend que Miss.Tic ne garde que la première partie de ce slogan, car elle est artiste et c’est à la création qu’elle a affaire.

Que par ailleurs elle descende dans la rue et qu’elle en reprenne la seconde partie, on n’en doutera pas.

Ce que Stéphane Hessel souligne dans cette injonction qui vient clore son petit livre, c’est qu’on ne peut pas en séparer les deux parties qui la constituent.

Créer, c’est résister : oui, car rien ne sera nouveau sans subir l’opposition de l’ordre ancien.

Mais surtout, résister, c’est créer : ce qui est un paradoxe.

On pourrait croire en effet que résister ne fait que conserver quelque chose, et donc qu’il n’y a nulle création à en attendre. Oui, sauf si on admet qu’on ne résiste que pour créer et que la résistance soit en réalité l’effort pour faire éclore quelque chose de neuf.

La résistance dont parle Hessel est celle à laquelle tout français se réfère : celle qui a lutté contre l’occupant allemand durant la seconde guerre mondiale. Là, résister était une question de vie ou de mort. Il s’agissait de faire revivre la nation humiliée et aliénée par un régime de soumission et d’abdication. Peut-être pas « créer » - mais à coup sûr « re-créer ».

Toute la portée de cette injonction livrée dans cet opuscule consiste à montrer que ce qui s’est joué dans les brumes de l’occupation se rejoue aujourd’hui dans les injustices dont on nous assure qu’elles sont dans l’ordre inéluctable du monde.

Donc, par d’hésitation : comme Miss.Tic, nouez un bandana autour de votre tête, armez-vous d’un sabre et d’un poignard et partez à l’assaut du vieux monde.

Friday, October 14, 2011

Citation du 15 octobre 2011

Ce qui prouve qu'en protestant / Quand il est encore temps / On peut finir / Par obtenir / Des ménagements!

Boris Vian – Paroles de la chanson « On n’est pas là pour se faire engueuler » (vidéo ici)

Qu’on ne s’y trompe pas : Boris Vian ne nous chante pas les accommodements tiédasses de la social-démocratie. Les « ménagements » dont il s’agit concernent plutôt le choix d’aller en Enfer plutôt qu’au Paradis, parce que l’Enfer c’est quand même plus drôle…

Il ne s’agit pas non plus seulement d’une bouffonnerie car on est dans l’actuel, avec cet encouragement à protester Quand il est encore temps.

--> On pense bien sûr à l’extraordinaire retentissement du livre de Stéphane Hessel Indignez-vous ! (à lire ici) dont on célèbre en ce moment le 1er anniversaire de la publication.

Ce qui frappe en effet dans ce succès qui ne se dément pas depuis un an, dans cet extraordinaire retentissement international, c’est qu’il est dû au fait que cette injonction « Indignez-vous ! » provienne d’un très vieil homme qui, du lointain de son âge enseigne non la résignation (comme le ferait un sage stoïcien), mais la révolte.

C’est aux jeunes qu’il s’adresse et c’est là que la réaction s’enchaine : Qui sommes-nous, nous les jeunes, pour supporter passivement ce qu’un vieillard de 93 ans dit être insupportable ?

Et quel est le titre de compétence de cet homme ? Avoir été résistant à une époque où les obstacles à vaincre étaient encore plus grands que ceux que nous opposent les Marchés boursiers et les sbires des politiciens corrompus.

Protestez ! Indignez-vous ! Mais faites-le quand il est encore temps. C’est-à-dire avant d’avoir tout perdu… même l’honneur.

Thursday, March 03, 2011

Citation du 4 mars 2011

Les raisons de s'indigner peuvent paraître aujourd'hui moins nettes ou le monde trop complexe. (...) Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l'indifférence, dire « Je n'y peux rien, je me débrouille ».

Stéphane Hessel – Indignez-vous !

Quand on s'indigne, il convient de se demander si l'on est digne.

Abbé Pierre – Servir (voir Post du 25 janvier 2007)

Le sympathique ouvrage de Stéphane Hessel et l’encore plus sympathique succès de sa diffusion ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, qui est la question de savoir où s’arrête la juste indignation et où commence l’indignation immonde.

Cette question m’est venue en voyant sur un plateau de télévision Stéphane Hessel, à qui on demande :

- Mais enfin, toutes sortes de gens s’indignent. Que répondriez-vous à ceux qui vous diraient qu’ils sont indignés de voir en France tant de noirs et d’arabes ?

Et Hessel de répondre :

- Eh bien, c’est mieux qu’ils s’indignent que de ne rien dire. Au moins on va pouvoir en parler.

Là, je me dis : cette valorisation de l’indignation, ne risque-t-elle pas de bénir n’importe quoi ?

Certes on comprend en lisant notre Citation du Jour que Stéphane Hessel regrette la passivité de la jeunesse et se dit que, si on arrive à les réveiller, nos jeunes vont tomber sur des motifs d’indignation tellement massifs et que sur ça on ne risque pas d’être en désaccord.

Mais tout de même : je crois qu’un petit détour par l’Abbé Pierre ne saurait nous faire de mal.

- Alors je vous rappelle sa citation et le petit commentaire que je risquais dans ses marges :

« Qui s’indigne ? La question est mal posée ; l'abbé nous demande : comment pouvons-nous être dignes de nous indigner ?

[…] pour être digne de s’indigner, il faut montrer par sa vie que l’on ne peut toucher impunément à la dignité humaine, que notre combat est celui de la fraternité. Que chacun ait honte de ne pas s’indigner devant l’exemple donné par la vie de celui qu’indigne le sort des malheureux. »

Abbé Pierre + Stéphane Hessel = le compte est bon.

Wednesday, January 24, 2007

Citation du 25 janvier 2007

Quand on s'indigne, il convient de se demander si l'on est digne.

Abbé Pierre - Servir

Au-delà de toute « abbé-pierrolâtrie », considérons l’abbé Pierre comme un spécialiste de l’indignation. Il est celui dont l’indignation faisait mouche : elle faisait trembler les puissants, parce qu’elle soulevait les faibles. D’où la question : qu’est-ce qu’elle avait de spécial, cette indignation pour toucher ainsi ?

La réponse est : tout dépend de qui s’indigne. Et de quoi on s’indigne.

1 - De quoi s’indigne-t-on ? La définition usuelle du mot nous dit : « indignation : sentiment de colère et de révolte suscité par tout ce qui peut provoquer la réprobation et porter plus ou moins atteinte à la dignité de l'homme. » (TLF) Voilà : on pourrait ne pas s’indigner que l’assassin de l’ourse Cannelle soit relaxé ; on s’indigne du sort des sans-abri parce qu’il porte atteinte à « dignité de l'homme ». Autrement dit, l’indignation est morale, elle ne prend son sens que lors que c’est l’humanité qui est atteinte et bafouée par le sort qui est fait à un homme, quel qu’il soit. On est dans l’impératif catégorique de la morale kantienne (1) car c’est l’humanité, incarnée par chaque être humain qui est en cause.

2 - Qui s’indigne ? La question est mal posée ; l'abbé nous demande : comment pouvons-nous être digne de nous indigner ? La réponse kantienne est ici de peu de secours : pour être moralement dignes, nous devons respecter l’humanité qui est en nous (2). Ainsi, tout ce qui porte atteinte à celle-ci, et en particulier le fait de considérer notre propre corps comme un simple instrument (par exemple de jouissance), nous rend moralement indignes. A ce compte-là personne n’est digne de s’indigner, par même l’abbé Pierre…

La vie du (futur) saint abbé nous enseigne la véritable réponse : pour être digne de s’indigner, il faut montrer par sa vie que l’on ne peut toucher impunément à la dignité humaine, que notre combat est celui de la fraternité. Que chacun ait honte de ne pas s’indigner devant l’exemple donné par la vie de celui qu’indigne le sort des malheureux.

L’« appel du héros » dont parle Bergson n’est pas loin…

(1) « Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen ».

(2) Voir le message du 8 novembre