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Monday, January 13, 2014

Citation du 14 janvier 2014



Jamais le renard fauve et les lions rugissants n'échangeront entre eux leur nature.
Pindare – Onzième Olympique, 20
Le prince, devant donc agir en bête, tâchera d'être tout à la fois renard et lion car, s'il n'est que lion, il n'apercevra point les pièges; s'il n'est que renard, il ne se défendra point contre les loups; et il a également besoin d'être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups.
Machiavel – Le Prince, chapitre XVIII (voir texte ici)
1 – Il n’est pas possible de métisser le renard et le lion, mais ça n’est pas nécessaire non plus. Il faut au contraire les maintenir distincts, de sorte que chacun conserve sa vertu spécifique.
2 – Du coup l’homme politique diffère de l’homme commun en ce qu’il peut cumuler ces deux vertus : il peut être un renard et être un lion en même temps.
3 – Lorsqu’un homme politique rugit et fronce les sourcils, vous devez vous dire : « Voici le lion ; et que fait le renard pendant ce temps ? »
- Bref, tout ça pour vous donner une leçon de méfiance : on a parfois tendance à considérer que les hommes politique sont de parfaits crétins, parce qu’on imagine qu’ils ne font qu’une chose à la fois – et donc qu’ils ratent forcément quelque chose d’autre. Entre les foucades et les rugissements du lion de pacotille que paraissait être Notre-Ex-Président – et les promesses inaccessibles, grosses ruses pour faire passer la pilule des nouvelles taxes du Renard qui gîte à l’Elysée en ce moment, on se prend à penser que n’importe qui ferait aussi bien – ou aussi mal.
Un exemple ? Voyez l’usage qui est fait du « cas-Dieudonné » : au sein de l’exécutif, il semble que ce soit un affrontement politique entre le Ministre de l’Intérieur et le Président, le premier disant au second : « Moi Lion – toi Renard ».
Mais pas du tout ! en réalité chacun des deux joue en sourdine de ces deux facultés animales en même temps.
C’est qu’on ne peut pratiquer la politique sans avancer masqué, c’est-à-dire sans faire toujours deux choses à la fois : la duplicité est l’essence même du pouvoir politique – et ça, ce fut l’honnêteté de Mitterrand de nous l’avoir révélé.

Sunday, January 12, 2014

Citation du 13 janvier 2014


La fortune des mortels grandit en un instant ; un instant suffit pour qu’elle tombe à terre, renversée par le destin inflexible. Êtres éphémères ! Qu’est chacun de nous, que n’est-il pas ? L’homme est le rêve d’une ombre. Mais quand les dieux dirigent sur lui un rayon, un éclat brillant l’environne, et son existence est douce.
Pindare –  Ode dans la traduction d’Aimé Puech (éd. Les Belles Lettres)
Sur ce site, le texte original de Pindare est suivi d’une vingtaine de traductions différentes tant en latin qu’en français. Une belle leçon de modestie quand on prétend travailler scientifiquement sur des traductions !

« L’homme est le rêve d’une ombre » … Là aussi voilà une leçon de modestie. L’homme est un rien produit par un rien. Un rien élevé au carré ! (1)
Et comme parfois ce rien du tout arrive à la gloire, il faut supposer que ce n’est que par le fait de la grâce des Dieux – ou plutôt de Jupiter, le plus grand d’entre eux
Il y a dans la sagesse grecque une sorte d’égalitarisme : tous les hommes sont à égalité à la naissance. Les différences qui apparaissent entre eux en suite résultent de l’intervention des Dieux qui tantôt élèvent, tantôt abaissent ceux qui feront sortir du lot.
Mais alors, nul mérite ? Nulle culpabilité ? Œdipe, coupable sans l’avoir voulu – en tout cas sans le savoir ? Achille, héros qui n’a mérité l’invulnérabilité que par sa naissance ?
o-o-o
Et pour nous, quelle leçon tirer aujourd’hui de cette attitude, qui nous parait liée à un fatalisme sans rapport avec l’activisme de la société capitaliste ?
Pour avoir une idée de ce que Pindare nous apprend sur nous-mêmes, il suffit de lancer l’appli Google-Earth et de taper votre adresse complète. Vous voyez la terre se rapprocher, et puis la carte de France et puis votre région, et enfin (2) voilà votre maison qui apparait plein écran. Maintenant passez la séquence à l’envers : voilà ce que vous êtes à l’échelle de votre ville, de votre pays de la Terre, du Cosmos.
Les seuls héros sont ceux qui malgré tout pensent qu’ils peuvent – que dis-je ? qu’ils doivent ! – lutter comme s’ils possédaient le joystick qui permet de manœuvrer leur vie comme l’image sur l’écran.
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(1) Rien multiplié par Rien = l’homme. Cette observation qui avait échappé à Raymond Devos, spécialiste du « Rien » !
(2) En enchainant avec l’appli street-view, of course !

Saturday, January 11, 2014

Citation du 12 janvier 2014


La leçon d’optimisme du Dimanche matin.-
(Matériel requis : un canapé et une télé)

Citation : O mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible!
Pindare – Troisième Pythique, 61
Traduction : puisqu’on n’est pas immortel, tâchons au moins de ne pas mourir avant d’avoir épuisé tous les possibilités qui étaient en nous.
Paraphrase : hâtons-nous de vivre, car la vie est bien courte et le pire regret que nous puissions avoir en la quittant est d’avoir perdu le temps durant lequel nous avons vécu.
Exemple : on le voit d’ailleurs avec la prison, qui, outre la privation de liberté, est aussi la condamnation à passer à côté de la vie.
Discussion : reste que cette incitation de Pindare est bien optimiste : épuiser le champ du possible ? Est-ce que ça ne suppose pas qu’on ait en soi, à la naissance, toutes sortes de possibilités, un peu comme ces petites princesses sur le berceau des quelles les bonnes fées se sont penchées pour leur accorder toutes sortes de dons qu’elles n’auraient plus qu’à épanouir durant leurs vies ? Et si nos « possibles » étaient en réalité les fruits de notre existence, parce qu’à la naissance nous n’étions rien (ou pas grand-chose) et que tout ce qui nous est apparu bon à faire ensuite a été produit par nos efforts pour devenir quelque chose d’autre (= d’autre que rien du tout) ? Moyennant quoi, même en vieillissant on peut toujours découvrir de nouvelles choses à faire, de nouvelles gens à rencontrer, de nouveaux horizons à franchir… sans quoi nous risquons d’avoir toujours des regrets quand la mort viendra nous taper sur l’épaule : « Allez, Vieux ! C’est à toi ».
Pour ceux qui en sont là : comment éviter ce désespoir ? C'est très simple : enfoncez-vous dans votre canapé, allumez la télé et farcissez-vous les programmes de l’après-midi.
La sérénité viendra rapidement, vous verrez.

Friday, January 10, 2014

Citation du 11 janvier 2014


Rien de nos actions ne peut être anéanti, justes ou injustes. Le temps même, père de toutes choses, ne saurait faire qu'elles n'aient pas été accomplies.
Pindare – Deuxième Olympique, 17-19
Si le poète souvent se plaint de la fugacité des choses temporelles : « Ô temps, suspend ton vol ! », Pindare par contre souligne qu’on ne peut les effacer.
Ce qui est donné ici comme une limite du pouvoir du temps est souvent présenté comme une limite du pouvoir des hommes : ne pas pouvoir revenir en arrière pour faire que ce qui a été ne soit plus...
C’est justement cette aspect que souligne le moraliste : « Si seulement je pouvais effacer l’acte – la faute – que j’ai commise ! la trace de sang sur la petite clé de Barbe-Bleue… ». Mais il ne sert à rien de frotter la tâche : car rien ne saurait faire qu'elle n'ait pas été accomplie. Et rien ne saurait faire non plus qu’elle cesse d'être une faute.
Mais alors, à quoi bon la morale si elle ne peut nous permettre de nous racheter ? Car, pour que la morale soit possible, il faut surmonter la faute. Il faut une rémission des péchés.
En bref, il faut le pardon.
Le caractère définitif de la faute a pour corrélat le pardon. Mais attention ! Pas plus que la trace de sang, le pardon n’efface la faute commise. Il n’est ni un blanchiment, ni un oubli. Il est la contrepartie de l’amour : « Oui, tu m’as trahi et à tout jamais cette faute restera. Mais elle ne restera pas entre nous. L’amour que je te porte la considère comme étrangère à la vie que je veux toujours mener avec toi. »
C’est ainsi que Dieu pardonne à ses créatures, et il lui faut beaucoup d’amour pour y arriver. Si le temps pouvait effacer les péchés, alors Dieu pourrait prendre sa retraite.
A remarquer que la (seule ?) philosophie qui met les Dieux en retraite, je veux dire l’Epicurisme, rejette aussi la notion de péché.

Friday, February 02, 2007

Citation du 3 février 2007

Deviens qui tu es (Genoi oios esti ).

Pindare

Que dit ta conscience ? « Tu dois devenir qui tu es. »

Nietzsche, Le Gai Savoir § 270

Deviens, ne cesse de devenir qui tu es — le maître et le formateur de toi-même

Nietzsche Fragments inédits § 11

Le célèbre paradoxe de Pindare – comment devenir ce que l’on est déjà – exerce toujours la même fascination sur l’esprit en particulier chez les plus jeunes qui y voient sans doute, comme Nietzsche, un encouragement à persévérer dans leur être – dans leur personnalité, dans leurs choix, etc… Que Pindare ait songé d’avantage à la nécessité de se découvrir soi-même (cf. l’injonction socratique) pour prendre conscience de ce qui nous sépare des Immortels a finalement assez peu d’importance : nous vivons le triomphe de l’individualisme, donc de l’individuation.

L’un de nos anthropologue (dont le nom m’échappe pour le moment) considère même que l’existence humaine est caractérisée par un processus d’individuation continu : de la naissance à la mort, c’est cela qui soutient l’évolution de l’individu.

Première conséquence, il n’y a pas de différence notables entre deux nouveaux nés, parce que celles-ci ne se sont pas encore développées. Mais il est certain qu’ils vont se distinguer l’un de l’autre de plus en plus au cours du temps (la question de savoir si c’est de l’acquis culturel ou un développement de caractères génétiques spécifiques n’étant pas posée ici).

Deuxième conséquence : la vieillesse n’a rien de spécifique, elle n’est que le prolongement de l’individuation. L’intolérance des vieux, leur refus de s’adapter pourrait donc venir de cette particularisation, développée et revendiquée : « J’ai bien le droit de vivre comme je l’entends, de dire ce que je pense, de faire ce que je veux ». Du coup, vieillir n’a rien d’effrayant, ce n’est pas une rupture, ce n’est surtout pas une involution. Et rester jeune n’est pas plus désirable que de retomber en enfance, puisque la jeunesse est l’époque de l’impersonnalité..

De Pindare à Nietzsche, cet aphorisme est apparu comme un précepte à suivre, comme un choix qu’il faut faire. En réalité, il se révèle ici comme la loi de l’existence, entendez : une loi indicative et non un précepte normatif. Si nous sommes si différents les uns des autres, c’est parce que nous sommes des individus différentiés. Chacun de nous est toujours plus authentiquement lui-même au cours de sa vie.

Oui mais du coup, si le grand-père est devenu en vieillissant super-chiant, vous êtes obligé d’admettre que c’était dans sa nature