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Tuesday, August 29, 2017

Citation du 29 aout 2017

L'endroit le plus érotique d'un corps n'est-il pas là où le vêtement bâille ?... Celui de la peau qui scintille entre deux pièces ( le pantalon et le tricot), entre deux bords ( la chemise entrouverte, le gant et la manche) ; c'est ce scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d'une apparition-disparition.
Roland Barthes – Le plaisir du texte
(Cité le 2 avril 2006)



Mireille Darc –
Cette citation de Barthes a été souvent évoquée ici même depuis 2006. Ces réemplois tiennent à la justesse du propos et à la difficulté de le remplacer par d’autres citations.
De surcroit, alors que la mort de Mireille Darc émeut le public, la presse nous propose presque systématiquement la séquence de la robe noire dénudant le dos jusqu’à la raie des fesses portée par l’actrice dans Le Grand blond avec une chaussure noire – encore faut-il la montrer correctement c’est à dire avec le personnage joué par Pierre Richard qui mate (avec ahurissement) cette « chute de reins ».
Oui, si on revient sur cette image de Mireille Darc, c’est bien parce que le vêtement baille sacrément, et pas simplement entre deux pièces. C’est d’ailleurs la limite du sujet : du bâillement, point trop n’en faut ! On a voulu faire avec les fesses ce qu’on fait avec les seins, c’est à dire montrer leur sillon : c’est peut-être abusif, mais on ne va pas chicaner : si tout le monde se précipite sur ce sujet, y compris Raphaël Enthoven (dans son émission que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’écouter), c’est bien parce qu’il y a quelque chose à en dire.
Maintenant est-ce que cette image que sans doute beaucoup ont gardée en mémoire est une bonne image de la femme que fut Mireille Darc ?

Un exemple : que Brigitte Bardot vienne à mourir – ce qu’on espère pour le plus tard possible – son image sera sans doute assez variée, mais toujours autour de la séduction comme avec ce mambo dansé sur la table du cabaret (voir ici). Maintenant voilà Mireille Darc avec son dos dénudé : c’est le personnage provocateur et audacieux qui la caractérise dans l’esprit du public.

Sunday, September 25, 2016

Citation du 26 septembre 2016

Si nous observons l'interdit, si nous lui sommes soumis, nous n'en avons plus conscience. Mais nous éprouvons, au moment de la transgression, l'angoisse sans laquelle l'interdit ne serait pas : c'est l'expérience du péché.
Georges Bataille – L'Erotisme (1957)
- Angoisse sans la quelle l’interdit ne serait pas /connaissable/. La soumission est donc inconsciente elle correspond au refoulement, dont Philippe Sollers dit que c’est l’œuvre de la culture.
- Transgression du refoulé = angoisse du péché. Ce dont Adam prend conscience avec la découverte de son impudeur, c’est précisément cela : non que certaines parties de son corps soient « honteuses », mais plutôt qu’il lui était interdit de prendre conscience de son corps.
La honte est simplement la condition de cette découverte.

Pour Bataille, la création est nécessairement accompagnée d’angoisse, puisqu’elle est transgressive, dépassement des limites imposées à l’être humain par la culture. Le degré de création est proportionnel à celui de l’angoisse, et bien sûr on devine que la mort va jouer un rôle là-dedans : plus vous prenez de risques, plus vous en approchez, et plus vous angoissez – donc plus vous créez.
Au fond, l’impression troublante qu’on a en lisant Bataille, lorsque le mal et le bien fusionnent, ce n’est pas une expérience d'un naufrage des valeurs, mais celui d'un mélange opéré par l’incandescence de la création. En créant, nous transgressons, nous outrepassons les limites, nous entrons dans un domaine où la vie et la mort se confondent, où la plus grande jouissance accompagne la plus horrible des souffrances (1).
Bien sûr cet excès ne peut s’atteindre dans la création, même fiévreuse, de l’art. C’est dans l’érotisme que cette transgression peut toucher à ce point d’incandescence.
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 (1) Allusion au « Supplice chinois » voir ici.

Friday, January 15, 2016

Citation du 16 janvier 2016


Vous reprendrez bien une ligne de poésie. - Miss.Tic – Exposition Flashback  à la galerie Leila Mordock, rue Mazarine Paris (16ème) Prolongation jusqu'au 30 janvier 2016

C'est par les robes décolletées que s'évapore peu à peu la pudeur des femmes.
Alexandre Dumas
Chez une femme, c’est souvent le décolleté qui l’habille.
Jean Delacour
L'endroit le plus érotique d'un corps n'est-il pas là où le vêtement bâille ?... Celui de la peau qui scintille entre deux pièces ( le pantalon et le tricot), entre deux bords ( la chemise entrouverte, le gant et la manche) ; c'est ce scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d'une apparition-disparition.
Roland Barthes – Le plaisir du texte

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué : Miss.Tic en restylant ses miss leur donne non seulement une ligne qui n’est pas exclusivement poétique, mais elle les dote aussi de décolletés suggestifs.
C’est que, dans la silhouette féminine, le décolleté est essentiel. Faille dans la pudeur, comme le dit Dumas, il est pour les hommes, même les plus sages, une invitation à rêver de folies. Et si c’est le décolleté qui habille la femme, il faut dire alors que pour se déshabiller, il faut qu’elle s’habille.
Paradoxe dissipé par Roland Barthes : le décolleté est nécessaire pour créer le « bâillement » ou plutôt le « scintillement » par le quel l’érotisme s’immisce.
Oui, mais tout cela relève de la sensibilité personnelle, on reste dans le domaine subjectif. L’amateur de mode voudra une étude un peu plus sérieuse. Le décolleté n’est pas simplement destiné à émoustiller les messieurs, il doit encore être élégant.
On notera donc que cette échancrure dans le haut de la robe ou dans l’encolure du chemisier peut avoir une amplitude variable. La quelle faut-il retenir ? Peut-on tenter un typologie (voire même une taxinomie) du décolleté ?
--> Il y a deux type de décolletés : celui qui montre et celui qui cache. Certes on l’a déjà dit : le décolleté érotique cache pour montrer parce qu’il montre en cachant. Mais il y a aussi ceux qui ne font que l’un ou que l’autre. Voyez cette illustration :


- La dame de gauche montre tout ce que décemment elle peut montrer. La robe doit donc cacher l’illicite.
- Celle du milieu cache à peu près tout, sauf ce qu’on doit échancrer du débardeur pour que ça ne soit pas trop moche.

- Maintenant il y a aussi l’image de droite : sillon mammaire ou raie des fesses ? Le couturier taquin joue avec nos nerfs…

Saturday, December 13, 2014

Citation du 14 décembre 2014

Par la caresse, s'accomplit une relation exceptionnelle : le découvert ne perd pas dans la découverte son mystère, le caché ne se dévoile pas, la nuit ne disperse pas.
Levinas – Totalité et Infini
Dimanche : grasse mat’ sous la couette, bien au chaud, auprès de la bonne amie qui s’étire langoureusement…
C’est le moment de tenter une expérience philosophique qui vous apprendra à mieux comprendre le monde : la caresse
Ah… L’érotisme… Que n’a-t-on dit à son propos : qu’il était une pornographie hypocrite. Qu’il servait de caution à des opérations publicitaires de bas étage. Qu’il était fait de vieilles images usées pour avoir trop servi.
Il était temps que la philosophie vienne remettre de l’ordre dans tout ça. Déjà avec l’érotisme du regard, chez Barthes (voir La-citation-du-jour du 2 avril 2006). Et puis maintenant avec la caresse érotique selon Levinas.
o-o-o
La caresse : disons d’abord ce qu’elle n’est pas.
Nous venons de le dire : elle n’implique pas le regard : le corps caressé n’a pas besoin d’être vu.
Elle ne prend possession de rien : la main qui caresse ne tient pas, elle ne pétrit ni ne possède.
Et du coup, contrairement à ce que l’on pense souvent, la caresse n’est pas fusionnelle : elle n’est que ce glissement qui érotise et révèle à l’autre que son corps est chair frissonnante.

Maintenant, écoutons Levinas. La caresse est une expérience philosophique, elle nous donne à vivre un rapport général au monde et à autrui. Paradoxalement c’est le respect dont elle est constituée qui nous fait pénétrer dans le secret de l’être : elle révèle que rien dans le corps de l’autre ne peut être sans rester d’une certaine façon caché. « La caresse crée une relation à l'altérité des objets et des personnes (et à soi-même), dans laquelle ni l'autre ni le moi ne s'absorbent, ne s'effacent. » écrit Levinas un peu plus loin. La caresse déploie l’être d’autrui, tout en respectant son retrait. Certes, elle découvre en partie ce qu’il cache (y compris à lui-même) en suscitant le désir jusque dans le tréfonds de son corps ; mais elle respecte en même temps son mystère : elle n’est ni profanation ni impudeur.
Elle exclut absolument la pornographie qui veut posséder et dominer, tout comme elle refuse la prétention à connaître ce corps dans ses moindres replis, comme exposé au soleil « d’un midi sans ombres ». Le philosophe n’ira pas plus loin : il ne va pas vers le Tantrisme, ni vers ces sectes qui prétendent trouver dans l’orgasme une ouverture vers le transcendant. L’orgasme divin n’est pas pour nous philosophes, car nous sommes des gens sérieux. (1)
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(1) Allez, je suis sympa : ceux qui seraient tentés d’y croire n’ont qu’à se documenter ici.

Saturday, October 11, 2014

Citation du 12 octobre 2014



Ame – Principe spirituel de création divine, transcendant à l'homme auquel il est uni pendant la vie terrestre comme foyer de sa vie religieuse où s'affrontent le Bien et le Mal ;
- Principe spirituel opposé au corps soumis aux instincts et instrument de corruption.
Définition TLF

 [Le cunnilingus], c’est l’accès à l’intimité absolue... C’est baiser l’âme de l’autre.
Blog – Ce que veulent les hommes (Voir ici)
Trajectoire sémantique : comment on passe du principe spirituel évoquant le souffle divin, à l’évocation d’attouchements physiques graveleux ?
Trajectoire scandaleuse, mais qui évoque très clairement notre manière de concevoir l’âme dans son rapport au corps – et puis aussi : comment peut-on imaginer avoir accès à l’âme d’autrui ?
--> Comment concevoir ce rapport ?
- Si l’âme vient du souffle divin, alors ne peut la toucher, mais seulement avoir l’intuition de sa présence spirituelle. Pour la rencontrer chez l’autre, c’est vers l’insondable mystère de son regard qu’il faut se tourner.
- Mais selon certains, l’âme est liée au corps : soit qu’elle le dirige, ou qu’au contraire elle soit enlisée en lui.
- Pour les matérialistes, l’âme est consubstantielle au corps : pour l’atteindre, elle, il faut donc passer par lui. Pour rencontrer l’âme de l’autre, on doit donc passer par son corps.
« Passer par le corps pour rejoindre l’âme » : oui, on veut bien. Mais c’est où, l’entrée ?
Voilà, mes chers lecteurs : c’est ici que notre « citateur-du-jour » apparait. C’est grâce à lui que nous comprenons enfin la dimension spirituelle du Kâma-Sûtra, livre dont on devrait méditer le message autant que les images (1).
Les images, justement : elles peuvent certes choquer. Mais on peut aussi trouver en elles une des fonctions essentielle de l’érotisme, je veux parler du déploiement sans retenue de l’imaginaire, ainsi que le révèle cette estampe d’Hokusai :

Hokusai : le rêve de la femme du pécheur (2)
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(1) Pour ce faire, vous avez jusqu’au 11 janvier pour visiter à la Pinacothèque de Paris l’expo « Le Kâma-Sûtra: spiritualité et érotisme dans l'art indien »
(2) Pour plus de détails voir ici. Ajoutons que cette estampe est absente de l’actuelle exposition Hokusai au Grand Palais – ce dont certains s’affligent.