La rose est
sans pourquoi, fleurit parce qu'elle fleurit, N'a souci d'elle même, ne désire
être vue.
Silesius – Cherubinischer Wandersmann (Le
pèlerin chérubinique)
La rose est sans pourquoi,
mais: elle fleurit parce qu’elle fleurit. Elle n’est donc pas sans parce que. Comment comprendre cette
affirmation ?
o-o-o
Claude Stéphane Perrin, dans son blog, propose différentes
analyses de ces vers célèbres de Silesius :
- D’abord,
que nous n’avons nulle raison à rechercher lorsque nous admirons la rose :
ni fonction, ni rapport harmonieux avec quelque principe esthétique, ni quelque
équation expliquant la dispositions de ses pétales, ni plan de la Nature.
Citant Heidegger (1), il écrit : « La rose est une rose sans
qu’un reddere rationem, un apport de la raison, soit nécessaire à son être de
rose ». Bref, rien
à dire et surtout rien à penser.
- Mais il objecte à cette analyse
heideggérienne le mysticisme de Silesius. Dans cette perspective, la fusion des
êtres avec Dieu assure l’unité du réel au quel nous participons nous-mêmes de
façon pré-philosophique. Nul « pourquoi »
de la rose, mais néanmoins un « parce
que ». Aucune explication ne doit être tentée mais le constat que la
nature forme un tout parfaitement harmonieux au quel nous participons, à
condition justement d’oublier ces interrogations rationnelles
Au fond,
cette intuition subsiste dans l’injonction actuelle de « lâcher
prise » qu’on tente souvent de traduire de façons plus où moins
approximative. Le lâcher prise implique ici la mise à l’écart de la raison
conçue comme un obstacle à ce contact fusionnel – que ce soit avec un amant,
avec soi-même ou, comme ici avec la nature.
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(1) Heidegger
– Le principe de raison

