Wednesday, October 29, 2014
Citation du 30 octobre 2014
Tuesday, January 17, 2012
Citation du 18 janvier 2012
De ceux qui feuillettent fébrilement les brochures des voyagistes pour trouver le Tour Operator qui mettra au programme du voyage en Malaisie un détour par un village perdu en montagne où l’on vous fera assister à la Cérémonie du buffle ?
Et en plus, ces voyageurs-là ont des quantités d’appareils numériques pour photographier, filmer, enregistrer… Malheur à leurs amis qui accepteront l’invitation au barbecue de retour !
Bref : des gens comme ça, on n’est pas prêt d’oublier qu’ils ont voyagé, parce que en partant en voyage ils ne pensaient qu’au retour, ce n’est pas l’étrange nouveauté qu’ils visaient, mais une manière de briller dans leur environnement familier.
Mais vous,
Oui, c’est cela la différence : le retour.
Les uns ne partent que pour revenir, et encore : non pas plein d'usage et raison, mais les poches bourrées de clés USB.
Pour les autres, le retour est souvent une déroute – et c’est un peu le cas de Kerouac. A moins que le retour soit l’occasion de rêver au prochain départ. J’ai connu un jeune homme qui démissionnait de son job avant de partir en voyage, et qui ne rentrait qu’une fois épuisées ses ressources.
Celui-là, ce n’est pas pour raconter ses voyages qu’il rentrait chez lui, mais parce qu’il n’avait plus de thune.
Mais peut-être ses poches étaient-elles vides comme les poches crevées d’Arthur Rimbaud ?
Saturday, November 06, 2010
Citation du 7 novembre 2010
Sunday, September 06, 2009
Citation du 7 septembre 2009
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Wednesday, October 24, 2007
Citation du 25 octobre 2007
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / (1)
Arthur Rimbaud Voyelles
Que puis-je espérer de ce sonnet, à part le plaisir de relire - et de faire relire - ces vers de Rimbaud ?
Puis-je ajouter un commentaire innovant (car ce qui n’est pas innovant aujourd’hui n’est bon à rien) ?
Je n’en ai pas la prétention. Par contre je pourrais évoquer un phénomène étrange qui est suggéré par ce début de poème : la synesthésie, état neurologique résultant de l’association de plusieurs perceptions d’origines sensorielles différentes (voir l’article de Wikipedia qui est assez complet). Ici ce sont les lettres (= les sons) qui se trouvent associés à des perceptions visuelles (= les couleurs), et c’est dans ce propos que j’ai isolé ce premier vers (2). Car dès le second, Rimbaud s’élance dans l’univers fantastique d’où sont issues ces associations, laissant de côté le phénomène neurologique qui est automatique, donc dénué de sens.
On donne d’autres exemples, tels que les Correspondances de Baudelaire (3), et dans d’autres domaines Olivier Messiaen qui disait avoir une perception colorée des sons, et Kandinsky avait une perception sonore des couleurs.
Bon. Mais ce qui me paraît stimulant ici, c’est de se dire qu’au fond, la synesthésie est peut-être beaucoup plus fréquente qu’on ne pourrait le croire : n’avez-vous pas des perceptions automatiques de formes, d’images, de sensations gustatives, associées à des perceptions visuelles ou auditives ? Voire même des sentiments particuliers en présence de certains sons ou de certains mots ?
Alors, évidemment, d’autres origines que la neurologie stricte peuvent expliquer ces phénomènes - et alors on est en dehors de la synesthésie proprement dite. Mais on peut à bon droit trouver dans ce sonnet de Rimbaud quelque chose qui nous conduit ailleurs que dans son univers poétique - sachant que celui-ci reste à notre disposition, bien sûr.
(1) Voici la totalité :
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes : / A, noir corset velu des mouches éclatantes / Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
U, cycles, vibrement divins des mers virides, / Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides / Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, / Silences traversés des Mondes et des Anges : / - O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
(2) Dans le même article Wikipedia affirme que Rimbaud n’était probablement pas synesthésique.
...
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
…
Thursday, November 02, 2006
Citation du 3 novembre 2006
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulement d'eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Rimbaud - Le Bateau Ivre
Quelle différence entre la vraie poésie et les poésies médiocres ?
Je serais tenté de dire qu’avec la poésie le sens nous habite avant que nous l’ayons analysé. Je crois qu’il faut lire Merleau-Ponty pour le saisir cela – et peut-être Heidegger : de même que l’intention de signifier sous-tend et guide l’expression, de même il y a une intuition du sens déclenchée par l’expression poétique, qui sous-tend et guide sa compréhension. On est saisi par le sens avant de l’avoir compris. Si vous ne me croyez pas, lisez ce quatrain, lisez tout le Bateau ivre, lisez tout Rimbaud, tout Baudelaire, etc…
Les mauvaises poésies… Pourquoi en parler, puisqu’elles sont mauvaises ? En plus comme elles sont multiples il nous faudrait des pages et des pages pour en terminer le pitoyable inventaire. Aussi, je me contenterai de pointer une caractéristique de ces ennuyeux poètes, qui montre de quelle façon ils singent la poésie. Ils nous infligent des poèmes faits de trois mots sur une page blanche : « Un mot en moins, disent-ils, est un mot de trop en moins. » C’est qu’ils savent que dans un poème le sens du mot est comme un malle au trésor avant qu’on l’ait ouverte : il est riche de tous les sens à la fois. Alors comme ils ne savent pas faire, ils réduisent les occurrences des mots, pour créer une tension par ces juxtapositions insolites : à charge pour vous, lecteurs, de boucher les trous en fabriquant le sens qu’ils n’ont pas su créer ! Même s’il faut se casser la tête pour y arriver. Do it yourself !
Tout ça pour en arriver à ceci : la poésie, c’est ce qu’il y a de plus simple à lire, parce qu’elle est comme la musique : elle vous prend aux tripes sans qu’on l’ait voulu, sans qu’on l’ait cherché, parfois même quand on ne le voudrait pas.
D’ailleurs, n’est-ce pas l’effet de ces vers du Bateau ivre ?

