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Sunday, April 16, 2017

Citation du 17 avril 2017

Pour les hommes préhistoriques, le cannibalisme était d’abord une pratique rituelle, le corps humain étant moins nourrissant que celui d’animaux comme l’ours ou le cheval sauvage.
Scienceetavenir.fr
Au bout de cinq à six semaines, / Les vivres vin-vin-vinrent à manquer / Ohé ! Ohé !
On tira z’à la courte paille, / Pour savoir qui-qui-qui serait mangé, / Ohé ! Ohé !
Le sort tomba sur le plus jeune, / C’est donc lui qui-qui-qui fut désigné, / Ohé ! Ohé !
Il était un petit navire – Chanson populaire française


Les chercheurs sont des drôles de gens : toujours à l’affût d’énigme à résoudre, ils vont chercher des obscurités là nous n’en verrions aucune.
--> Comme de savoir pourquoi depuis son origine l’espèce humaine a pratiqué l’anthropophagie, ce qu’aucune espèce animale n’a jamais pratiqué – sauf famine avérée.
Justement : pourquoi ne pas supposer que l’homme, comme tout autre espèce animale, a été amené à dévorer son prochain simplement parce qu’il avait faim – et rien d’autre à manger ? Comme les matelots du « Petit navire » qui mangent le mousse parce qu’ils sont affamés.
Seulement voilà – Ces fameux chercheurs se sont dit : "Et si les hommes d’autre fois avaient mangé leurs compagnons même sans privations, comme ça, simplement pour se nourrir parce qu’ils avaient « ça » sous la main ? De plus : manger de l’homme est-ce que c’est vraiment nourrissant ? Si nos ancêtres avaient eu bien plus intérêt à manger du cheval, de l’auroch, voire du mammouth ?" Les voilà donc à chercher la valeur nutritionnelle des différents organes du corps humain :



A ce compte, mieux vaut manger une cuisse qu’un cœur ; mais mieux vaut quand même manger du cochon, c’est plus nourrissant ; et pourtant tous les hommes ont toujours pratiqué l’anthropophagie ainsi que le révèle l'analyse des restes de foyers de la lointaine préhistoire.
Alors, voilà nos chercheurs qui triomphent :
- On vous l’avait bien dit : il y a bien un problème à résoudre, mais il fallait le poser d’abord. Sachant que la chaine humaine ne nourrit pas le cannibale, qu’est-ce donc qu’ils ont tous recherché et apprécié dans cette pratique ?
Or donc, nous, chercheurs, nous vous le disons : là où la réalité fait défaut, il y toujours du symbole par en dessous.

Et c’est à cause de ça qu’il vaut mieux manger le cœur de son ennemi que sa cuisse.

Sunday, May 08, 2016

Citation du 9 mai 2016

Le cœur excède  le cœur.
Maylis de Kerangal – Réparer les vivants (p.244)
(Maylis de Kerangal poursuit : « Il (= le cœur) est l’origine centrale du corps, le lieu des manifestations les plus cruciales et les plus essentielles de la vie. (…) Autrefois le cœur était le membrum principalissimum, le roi du corps … placé au centre de la poitrine, comme le souverain en son royaume. » Idem. p. 269)

Il n’est pas indispensable de revisiter la symbolique du cœur pour comprendre ce que les transplantations cardiaques ont de troublant. Nous avons évoqué récemment la question vue du côté du « donneur » (cf. Post du 2 mai) ; on peut à présent envisager le sujet vu du côté du receveur. En recevant le cœur d’un autre, est-ce qu’on reçoit « simplement » un supplément de vie ? Ne s’agit-il pas aussi d’une partie de sa personne, de sa psychologie, de ses émotions qui venant se bouturer dans la poitrine va modifier la personnalité ? Dans le roman de Maylis de Kerangal, le personnage qui reçoit ce cœur cherche à savoir qui le possédait : un homme ou une femme ? Bien sûr les informations données sur le sujet sont strictement contingentées, réduites à presque rien du tout, sans doute pour ne pas alimenter les fantasmes.

Les Témoins de Jéhovah refusent toute transplantation, comme toute transfusion sanguine parce que, disent-ils, ce serait une forme de cannibalisme, ce qu’ils refusent absolument (1). On hausse les épaules devant tant d’obscurantisme, mais on devrait peut-être considérer avec plus de sérieux cette attitude. Que fait le cannibale sinon chercher à posséder une part de la force et de la vaillance de celui qu’il mange ? Et ferions-nous autre chose en intégrant à notre corps un organe prélevé dans le corps d’un autre ? Alors bien sûr on n’y songe guère quand on reçoit du sang venu d’un autre (quoique certains voudront savoir si ce sang vient d’un bras blanc ou d’un bras noir…) ; par contre le cœur, siège du courage et de la vaillance, le cœur, dont Platon faisait la demeure de l’âme irascible, peut-on impunément recevoir celui qui battait dans le poitrine d’un autre ?
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(1) On peut voir ici que cette position n’est pas exempte de contradictions.

On a dit que Prince serait peut-être mort d’une dose trop forte du calmant qu’il prenait depuis plusieurs mois en raison d’intolérables douleurs à la hanche nécessitant une opération qu’il refusait  en raison de son adhésion à cette secte.

Monday, August 10, 2015

Citation du 11 aout 2015

J’ai vu des Écossais dans la Gaule, qui, pouvant se nourrir de porcs et d’autres animaux dans les forêts, aimaient mieux couper les fesses des jeunes garçons et les tétons des jeunes filles ! C’étaient pour eux les mets les plus friands.
Saint Jérôme, cité par Voltaire Dictionnaire philosophique – Art. Anthropophages

Spécial tabou.


Parmi les tabous les plus tenaces, l’anthropophagie fait bonne figure. Quand de surcroît il ne s’agit pas de pratiques de féroces sauvages qui mettent des missionnaires dans leur marmite, mais des honorables européens (encore que les écossais du temps de saint Jérôme…), là, ça ne va plus. Ajoutez une horreur encore plus « horrible » si c’est possible : cette dévoration humaine n’est pas un rite plus ou moins magique, mais un raffinement des pratiques gastronomiques. Un steak taillé dans la fesse d’un jeune garçon et une salade de tétons de jeunes filles... Mmmmm !!!! (1)
Oui, manger l’autre, mais pas n’importe le quel – celui qu’on aime : c’est le tabou des tabous. Car n’est-ce pas, on se sent un peu concerné. Bien sûr manger une guibole bien rassie de vieux missionnaire, ça ne me viendrait pas à l’idée. Mais quand j’enfouis mon visage dans le cou de ma chère amie, et que mes lèvres baisent sa peau délicate, qu’est-ce qui me passe par la tête ?
- On retrouve ainsi le thème qui nous fut cher du baiser anthropophage. Si Patrizi au quel nous donnions la parole autrefois était si mystérieux quand il abordait le sujet du baiser dans le cou, n’est-ce pas justement que c’est ce baiser là qui nous porte le plus au désir anthropophage, celui qui rappelle l’étreinte de Dracula
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(1) Il paraît difficile d’atteindre le comble de l’horreur quand on pense à l’anthropophagie. Pourtant cet extrait de la Guerre des juifs de Flavius Josèphe (Livre VI, 3, 4-5 – lire ici) qui montre une femme affamée dans un siège durant l’antiquité, prenant l’enfant qu’elle allaite, le tue et le mange. Manger celui que l’on nourrit : c’est le pire retournement qui soit !

Thursday, August 06, 2015

Citation du 7 aout 2015

L'économie cannibale ne perd jamais rien de ce qui accable les hommes. Elle fait profit de tout.
Pierre Drachline – Fin de conversation (1996)
On a depuis longtemps dénoncé la cupidité des hommes qui traitent leurs semblables comme un instrument pour faire toujours plus de profit. Ainsi du maitre avec ses esclaves, ainsi du capitaliste avec ses ouvriers. Mais tout cela n’est rien à côté des puissances financières d’aujourd’hui. Avec les progrès de la techniques et avec la puissance décuplée dont on jouit à présent, voici que l’exploitation de l’homme par l’homme ne suffit plus : c’est la planète entière qu’il nous faut !

Image trouvée ici
Heidegger avait il y a bien longtemps énoncé cette caractéristique de la technique : elle n'est pas seulement un dispositif mécanique, mais elle est aussi un moyen permettant de sonder la nature humaine en fonction de l’usage qu’en fait l’humanité. La technique nous révèle que pour nous, la nature n’est qu’un stock de ressources dans la quel nous puisons : ce que Heidegger appelle l’arraisonnement de la nature (1). Mais en même temps que l’homme organise la domination de la nature, il se rabaisse lui-même jusqu’à n’être qu’une pièce du dispositif technique. Pour accomplir l’essence de la technique l’homme doit se désolidariser de la nature, oublier qu’il est l’être qui ne peut être qu’en son sein. Dénaturalisant la nature, il se dénature lui-même. Ce qui fait que lorsqu’on dit : « La première espèce à sauver, c’est l’espèce humaine », ce n’est pas une boutade.
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 (1) Sur le concept d’arraisonnement voir ici. J’ajoute que s’il nous faut un philosophe pour penser le drame que constitue la destruction de la planète par l’humanité, Heidegger pourrait être celui-ci.

Sunday, December 29, 2013

Citation du 30 décembre 2013


En effet, il est de bon augure de déguster les mets les plus raffinés et les plus luxueux car c'est une façon d'envisager avec confiance la nouvelle année et de la mettre sous le signe de la prospérité… beaucoup de gens s'ingénient à faire varier le menu du nouvel an, avec une seule constante : la recette doit faire appel à des ingrédients rares et réputés.
Je vous sens un peu désemparé(e) : que faire pour le réveillon de demain soir – que faire qui soit raffiné, luxueux, rare et réputé ? Fini le foie gras, finies les huitres – et le saumon fumé ? Pareil : tout ça c’est bien trop ordinaire.
Moi, je vous propose d’essayer le cannibalisme : ça au moins c’est rare et réputé (enfin, ça dépend de qui on mange). En plus c’est un bon moyen de se faire une renommée : voilà dira-t-on de vous quelqu’un qui sait recevoir !
Je sais que parfois on fait la grimace : le cannibale c’est quelqu’un de barbare et de dégouttant : manger de la chair humaine, c’est le pire le péché qui soit – pire que de croquer la Pomme.
Mais rappelez-vous de Lady Gaga paraissant aux MTV dans sa robe de Barbaque : n’était-ce pas pour nous inviter à la dévorer – et pas seulement des yeux ?

Donnez donc à vos convives un bouillon de jolie fille, un râble de bombasse, une salade de vertu-de-la-vierge…
Alors, c’est vrai : vous risquez de vous attirer des reproches : quoi vous dira-t-on ! C’est tout ce que tu as trouvé à faire des jolies filles qui rôdaient dans le quartier avant que tu n’y arrives ? Mais ce sont les sauvages qui mangent les pucelles. Les hommes civilisés eux, savent en faire un autre usage.
Comme ici :


La soupe à la gazelle.
(J’emprunte cette ravissante image au Blog de  mon amie Frankie Pain)
Que va faire l’homme au casque colonial de cette ravissante gazelle ? Chevaleresque, va-t-il la raccompagner à son campement ? Peu probable. Viril, va-t-il lui faire beaucoup de bien – du genre de bien qu’un monsieur convenablement outillé peut faire à une jeune et jolie dame ? Possible.
A moins qu’il ne se propose d’en faire justement cette délicieuse soupe à la Gazelle qui pourrait bien faire la gloire de votre table de Réveillon…
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P.S. Si vous avez une « gazelle » sous la main mais que vous en ignoriez la recette demandez-là à Frankie…

Tuesday, July 16, 2013

Citation du 17 juillet 2013



Si « l’homme est un loup pour l’homme », le hareng pour autant n’est pas « un tigre pour le hareng ».
Colette Guillaumin – Sexe, race et pratique du pouvoir, Côté-femmes, 1992
Cette remarque a sans doute pour but de montrer que les hommes sont les seuls être capables de s’entredévorer, la Nature n’ayant pas été jusqu’à produire d’autres espèces cannibales.
- C’est pourtant une évidence dont l’observation semble avoir manqué à notre auteur du jour : tout ce qui est comestible se mange. Rien n’est donc plus banal que le cannibalisme, même dans les espèces animales ; d’innombrables cas montrent que les petits qui sortent du nid – ou de la protection de leur mère – sont souvent impitoyablement dévorés par leurs congénères – voire même par leurs propres parents.
Voyez ce gentil ourson blanc : sa maman-ours l’accompagne partout. Mais qui voit-on, les suivant s’il le faut pendant des jours et des jours ? Le Grand ours mâle qui attend que le petit soit isolé pour le croquer comme un vulgaire phoque !
Et attention,  mignon poussin de mouette ! Si tu sors du nid où tu es née, n’importe quelle autre mouette va te dévorer – y compris ton propre père (voire même ta mère) qui ne te reconnaîtra plus.
Qu’est-ce que l’espèce humaine a ajouté à ça ? Que l’anthropophagie est rituelle, qu’elle confère à la victime des pouvoirs qu’on espère s’approprier par l’ingestion, ou qu’elle permet par la répartition des morceaux de sa carcasse de confirmer la hiérarchie sociale.
Et quoi d’autre ? La cruauté ? Oui, certes : il ne s’agit pas seulement de détruire pour s’approprier les biens de l’autre, mais aussi de jouir de lui, par le viol, par les raffinements de cruauté par lesquels on va le mettre à mort. (1)
Et si c’était comme ça aussi que l’homme est supérieur à l’animal ?
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(1) Je n’ai lu nulle part que le supplice chinois des « 100 morceaux » (qui dépèce tout vif le condamné) ait été suivi de la mise en vente des pièces de viande ainsi découpées. Mais pourquoi pas ? On sait que Clemenceau raconte avoir vu ça en Afrique (voir ici)