Sunday, October 13, 2013
Citation du 14 octobre 2013
Saturday, August 05, 2006
Citation du 6 août 2006
Une fête est un excès permis, voire ordonné.
Sigmund Freud - Totem et tabou
Voilà posé le problème soulevé par l’existence des fêtes (celles qui sont socialement reconnues du moins) : comment peuvent-elles autoriser, voire même ordonner l’excès ? L’excès n’est-il pas par définition ce qui doit être évité ? Les Grecs le disaient justement : « Rien de trop ! », telle était leur devise.
Pour ceux que la question intéresse, il est une référence utile : c’est le livre de Roger Caillois.– L’homme et le sacré.– Selon Caillois, il y a deux formes d’excès liés à la fête :
- L’excès de consommation. Certaines fêtes sont liées à des cycles, comme les fêtes des moissons, ou même pour marquer la fin de l’année. L’idée est que pour entrer dans un nouveau cycle, il faut d’abord terminer le précédent. La fête n’est pas là seulement pour marquer le passage au nouveau cycle ; elle est aussi clôture du précédent. Et pour cela il faut que tout ce qui appartenait à cette période disparaisse. Ainsi, dans des sociétés d’ancien régime qui connaissaient la disette, on n’hésitait pas lors des fêtes des moissons à gaspiller les provisions de la récolte précédente, et cela pour rendre possible de remplir les greniers de nouveau. Bien entendu cela n’a rien à voir avec nos soldes, qui obéissent à une logique économique ; ici on est plutôt sur le versant naturaliste : dans la nature la vie succède à la mort, le printemps à l’hiver, les moissons à la disparition intégrale de précédente récolte. (S’il fallait comparer avec notre époque, on comparerait plus utilement avec nos bombances de réveillon.)
- Le désordre social. La fête la plus ancienne à être encore vivace aujourd’hui, c’est peut-être le carnaval. Celui-ci a pris le relais des Saturnales romaines, qui voyaient un esclave proclamé roi de la fête, puis assassiné arrivé à son terme. Aujourd’hui encore Sa Majesté carnaval est solennellement brûlée en clôture des célébrations. Si le Carnaval nous intéresse, ce n’est pas seulement pour son ancienneté, c’est surtout parce qu’il révèle un ressort fondamental de la fête : elle a pour fonction de jouer la vie sociale à l’envers. « Jouer », et non pas « instituer » : l’esclave ne devient pas roi, de même que la débauche et l’ivresse ne sont pas tolérés en dehors de cet espace bien clôt et bien délimité de la fête. On peut aussi penser au Carnaval du nord de la France, où patron et ouvrier peuvent se coudoyer, en minijupes et perruques roses.
Voilà sans doute à quoi pensait Freud dans Totem et tabou. En tout cas ça signifie que la fête ne peut pas être permanente.
Tuesday, January 17, 2006
Citation du 17 janvier 2006
A chaque fois, c'est la même affirmation : moi, je m'y retrouve, si on range mon désordre alors c'est là que je ne trouve plus rien, et surtout : je suis bien comme ça, si ça dérange les autres qu'ils aillent voir ailleurs, mais pas chez moi.
Bref Bergson aurait une grosse responsabilité dans ce vice (si c'est est un). En réalité il s'interrogeait sur l'objectivité du désordre, et il en faisait une simple attitude affective: le désordre n'est que la déception devant un ordre qui n'est pas celui qu'on attendait; sous-entendu : le désordre absolu (capharnaüm, tohu-bohu, chaos) n'est pas de l'ordre de l'existence, c'est une image, pas une réalité; rien ne peut être sans un certain ordre.
Je conserve de l'interprétation courante qu'on vient de décrire une idée qui m'est chère : la vie ça crée du désordre (provisoire, ordre différent, peu importe), ça dérange. L'ordre du désordre, c'est ça : créer le terreau fertile où la vie peut s'enraciner. L'ordre qui serait immuable, répétiton de lui-même, chaque jour, c'est la mort.
Mais peut-être que le désordre peut lui aussi être le même chaque jour...