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Friday, September 29, 2017

Citation du 30 septembre 2017

Nous ne sommes rien ou vraiment peu de chose / sommes la rose qui pousse au coin des rues / Si la rose meure, il vient une autre rose / Nous n'aurons de noms que ceux de disparus. (Couplet)
Adieu Mes Amis, adieu mes frères / Adieu Rosalita, Carlos et Maria / Car si j'ai gravé vos noms dans ma mémoire / Vous êtes pour moi à jamais disparus (Refrain)

Adieux mes amis…
Version originale Woody Guthrie et Martin Hoffman

L’originalité de cette chanson c’est de regarder aussi bien vers le passé que vers l’avenir : souvenir des noms des amis disparus… Mais aussi Nous n'aurons de noms que ceux de disparus : aujourd’hui comme demain, nous serons la répétition de tous ces compagnons disparus en portant leurs noms, et donc en perpétuant leur souvenir. Là où vous fûtes, nous sommes aujourd’hui et nos enfants seront demain.
Plutôt que de cultiver la nostalgie (« Mais où sont les neiges d’antan ? ») pensons la continuité : les générations passées n’ont pas disparu comme cela sans laisser aucune trace : elles ont survécu dans notre époque par le fait qu’elles sont devenues nos modèles et que nous avons élevé nos enfants pour les reproduire.

Soit. – Mais alors, de qui provenons-nous, aujourd’hui ? De Robespierre ? De Victor Hugo ou de Jaurès ? De Chateaubriand  ou de Rancé ? A moins que ce soit de Rabelais ? Ou de Socrate ? Les hypothèses sont multiples et jamais on n’en viendra à bout de les énumérer.
Et qu’importe ? Que chacun fasse son propre choix et nous verrons qui a opté comme nous.

Mais attention ! L’essentiel n’est pas de choisir mais de réussir à incarner le modèle. Si je veux imiter un compagnon de Rabelais, je serai sans doute au niveau à condition d’avoir bon gosier et bonne braguette. Mais si je rêve d’incarner Jaurès ou Che Guevara, je risque bien d’être ridicule de vouloir me mesurer à de pareils modèles. Qu’on pense aujourd’hui à ceux qui parmi nos orateurs voudraient se mesurer à Jaurès :


Monday, May 30, 2011

Citation du 31 mai 2011

Le clou qui dépasse appelle le marteau.

Proverbe japonais

Le clou qui dépasse appelle le marteau – Je traduis :

- C’est la rébellion qui entraîne la répression, et non l’inverse.

- L’individualité qui sort du rang est comme le clou qui dépasse : un désordre.

- La beauté est dans l’ordre et non dans le désordre.

- Donc : le marteau est l’instrument de l’ordre – et de la beauté.

Quant à la forme, on ne peut qu’admirer la concision du proverbe japonais : décidément les inventeurs des Haïkus sont des maitres dans l’art de dire beaucoup avec peu de mots. On devrait inviter des communicants japonais pour la prochaine campagne électorale : ça nous gagnerait du temps.

Quant au fond, on peut être sceptique : le conformisme institutionnalisé est-il une bonne chose ?

On va sans doute le savoir bientôt en observant non les japonais, mais les chinois. On nous dit que les chinois sont des bucheurs sans égal, que chez eux, ceux qui ne le sont pas meurent de faim, et que les autres sont prêts à nous dévorer tout crus parce qu’ils sont habitués à travailler 18 heures par jour avec 8 jours de vacances dans l’année.

Et pourquoi ce travail acharné ? Parce qu’il s’agit pour eux non d’inventer, mais de reproduire : il faut tout connaitre par cœur pour ne pas se tromper en refaisant. Et ça c’est du boulot.

Soit. Mais que valent-ils dès qu’il faut inventer, modifier, créer ? Que ce soit dans l’organisation de l’entreprise, dans les process de fabrication, dans l’innovation industrielle, il y a toujours un moment où le respect de la hiérarchie est un frein plus qu’un accélérateur, des moments où – comme on dit – il faut « renverser la table ».

Je crains fort que le chinois qui aura envie de renverser la table ne reçoive un bon coup de marteau.

Et même de marteau piqueur.

Tuesday, October 19, 2010

Citation du 20 octobre 2010


Quelle vanité que la peinture qui attire l'admiration par la ressemblance des choses, dont on n'admire point les originaux !
Pascal – Pensées
Le fait d'imiter est inhérent à la nature humaine dès l'enfance; et ce qui fait différer l'homme d'avec les autres animaux, c'est qu'il en est le plus enclin à l'imitation : les premières connaissances qu'il acquiert, il les doit à l’imitation, et tout le monde goûte les imitations. La preuve en est dans ce qui arrive à propos des oeuvres artistiques; car les mêmes choses que nous voyons avec peine, nous nous plaisons à en contempler l'exacte représentation, telles, par exemple, que les formes des bêtes les plus viles et celles des cadavres.
Aristote – Poétique chapitre 4 (48b)
Ne chicanons pas Pascal en disant que la peinture n’a pas pour fonction d’imiter mais de transfigurer. Prenons plutôt l’idée d’imitation au sérieux : à quoi bon imiter la nature ? Ne ferait-on pas mieux de créer les formes et les objets qui nous plaisent plutôt que de reproduire ce qui existe déjà ? C’est ce que disait Hegel dans un texte resté célèbre.
Pour Aristote, l’imitation (mimèsis) correspond à une tendance fondamentale : l’homme est un animal « mimétique », un zoon mimetikon. La satisfaction de cette tendance est indépendante de la chose reproduite : ici, même les bêtes les plus viles, mêmes les cadavres dont la présence nous dégoûte, deviennent agréables quand il s’agit de leur représentation. Et la peinture n’est pas sans doute la seule forme d’art pouvant illustrer ce cas : la poésie le fait également – qu’on songe à la charogne de Baudelaire (1).
Aristote nous fournit une explication du phénomène : l’imitation est la première étape sur la voie de la connaissance. Imiter, c’est découvrir la chose, c’est en faire l’inventaire, c’est se l’approprier (2). Dans ce cas, il ne s’agit plus de savoir si l’objet est agréable à nos sens, mais bien si nous pouvons découvrir sa nature. Je dirais que la nature de l’homme est plus épistémique que mimétique.
Bref : sommes-nous plutôt des créateurs ou des imitateurs ? La balance penche-t-elle plutôt vers Pascal et Hegel, ou vers Aristote ?
Les neuro-sciences nous apportent un début de réponse : la découverte des neurones-miroirs éclaire en effet le processus d’imitation, en l’enracinant dans le fonctionnement instinctif du cerveau humain.
Mais comme ce processus a été découvert d’abord chez d’autres primates, nous ne pouvons néanmoins pas souscrire à la thèse d’Aristote qui fait de la mimèsis un caractère distinguant l’homme de l’animal.
Mais ça on le savait bien, puisqu’on réprimande les enfants qui singent les adultes.
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(1) Lecture à éviter si vous avez déjeuné il y a moins de 4 heures.
(2) C’est aussi ce que dit Lévi-Strauss à propos de la peinture flamande dans un passage (que je n’ai pu retrouver) de la Pensée sauvage.