Saturday, October 08, 2016
Citation du 9 octobre 2016
Wednesday, November 14, 2012
Citation du 15 novembre 2012
Friday, May 18, 2012
Citation du 19 mai 2012
Wednesday, March 04, 2009
Citation du 5 mars 2009
Thursday, January 15, 2009
Citation du 16 janvier 2009
Je ne puis pardonner à Descartes : il aurait bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n'a plus que faire de Dieu.
Blaise Pascal – Pensées
1 – Pascal est bien injuste avec Descartes : lui, qui prend grand soin de dire que Dieu produit le monde et moi même à chaque instant par le même acte par le quel il l’avait créé au premier jour. Car, voici ce qu’écrit justement Descartes :
[…] tout le temps de ma vie peut être divisé en une infinité de parties, chacune desquelles ne dépend en aucune façon des autres; et ainsi de ce qu'un peu auparavant j'ai été, il ne s'ensuit pas que je doive maintenant être, si ce n'est qu'en ce moment quelque cause me produise et me crée, pour ainsi dire derechef c'est-à-dire me conserve.(1)
A l’instant même où je trace ces lignes, Dieu est là, derrière moi ( ?) qui me recrée tel que j’étais au moment où j’ai commencé à les écrire.
2 – Par contre, c’est plutôt l’opinion de Buridan que brocarde Pascal :
Dieu a imprimé dans les corps célestes des impetus qui à leur tour les meuvent sans qu’il lui faille intervenir sinon sur le mode de l’influence générale qui le fait coopérateur de toute action, en sorte qu’au septième jour il a pu se reposer c'est-à-dire cesser toute action visible et remettre les unes aux autres ces actions et passions… » (2)
3 – Sauf erreur (et on voudra bien me la signaler), Pascal critique la physique de Descartes (qu’on peut bien appeler sa philosophie, mais non toute sa philosophie) : une chose est de dire comment fonctionne le monde et alors l’action de Dieu peut être omise, puisqu’il a créé les lois de la nature et qu’ordinairement, il ne fait pas de miracle (3). Une autre chose est de dire comment il se fait que le monde matériel qui n’a pu se créer soi-même peut continuer d’exister.
On pourrait dire que l’inertie n’est pas un principe ontologique, mais seulement une propriété mécanique.
(1) 3ème méditation métaphysique. On a aussi évoqué cette question il y a peu ici même.
(2) Buridan – Questions sur le livre huitième de la physique. (Non, Buridan n’a pas fait que contempler son âne crever de faim et de soif.)
(3) Ou plutôt, il s’abstient d’en faire, encore qu’il le puisse, parce que les lois du monde étant sa création, il n’a sans doute pas de raison d’aller à leur encontre.
Sunday, January 11, 2009
Citation du 12 janvier 2009
Agnosticisme :
Le fait que le pourquoi se pose en moi, n'implique pas l'existence d'un parce que qui me soit accessible.
Félix Le Dantec – L'athéisme
Le fait que nous ayons des questions sans réponses ne prouve pas que les questions ne doivent pas être posées.
Mais cet agnosticisme ne prouve pas non plus que nous ayons à nous poser des questions insolubles : il ne porte que sur le degré de la certitude de la réponse.
Les athées rencontrent souvent des gens qui leur disent : si Dieu n’existe pas, dites moi s’il vous plaît comment vous expliquez tout ce qui existe, le ciel et les étoiles, l’océan et la terre, les petites fleurs et les animaux – et vous-même ?
Bien entendu ces gens-là n’ont pas vraiment réfléchi : ils vous questionnent sur le comment (à propos du quel la science justement à des réponses) et non sur le pourquoi qui seul aurait de la consistance : dites-moi pourquoi il y a un univers plutôt que rien, et pourquoi vous existez – et quel est le sens de votre vie ?
Rappelons que depuis bien ses siècles, en particulier depuis Auguste Comte, la philosophie a appris qu’il y avait des questions qui n’ont pas de consistance, des questions qu’on peut verbalement poser, mais qui n’impliquent aucune réponse – entendez, non pas que les réponses sont inaccessibles à notre entendement, mais tout simplement qu’elles n’existent pas.
Cette idée qu’il y a des questions qu’on ne doit pas poser, non pas parce qu’elles sont indiscrètes, ni parce qu’elles nous dépassent, mais bien parce qu’elles ne se posent pas, est vraiment une idée qu’on a du mal à assimiler.
Kant reprochait à ceux qui posaient de pareilles questions « de donner ainsi le spectacle ridicule de deux hommes dont l'un (comme disaient les anciens) trait le bouc pendant que l'autre présente un tamis » (1)
Voilà qui aurait pu être la Citation du jour…
(1) Kant - Critique de la raison pure. 2ème partie, Logique transcendantale, III
Il est vrai que Kant se rattrape en faisant de l’existence de Dieu un postulat de la raison pratique, qui est une hypothèse (et non un dogme) validant la vie morale. Autrement dit, nous avons une réponse même là où nous ne devons pas poser de question.
Thursday, May 29, 2008
Citation du 30 mai 2008
Aussi loin qu’on remonte en arrière à des états antérieurs, on ne trouvera jamais dans ces états la raison complète, pour la quelle il existe un monde et qui est tel.
Leibniz – De la production originelle des choses prise à sa racine. (Traduction Schrecker, p. 83)
La métaphysique et la science sont depuis l’origine séparées par ce clivage : l’une pose la question de l’origine absolue, cause première – l’inconditionné ; l’autre pose la question de l’enchaînement des phénomènes dans le temps – le conditionné.
Qu’il y ait du conditionné sans condition première ; autrement dit qu’il y ait un univers sans créateur (une horloge sans horloger aurait dit Voltaire), voilà ce qui choque la raison humaine, et depuis Kant on est résigné à admettre que le refus de cette opposition fasse partie de la nature humaine.
Résigné parce qu’on sait qu’on ne parviendra jamais à répondre scientifiquement à la question : « Pourquoi y a-t-il un univers plutôt que rien du tout ? »
Résigné… pas tout à fait.
On commence ces jours-ci à mettre en service l’accélérateur de protons qui se situe à la frontière franco-suisse (le L.H.C.). Or, voilà que dans leur programme de recherche, les scientifiques, à côté de la mise en évidence de particules aux noms plus ou moins exotiques, vont essayer de savoir pour quoi l’univers existe encore.
En effet, lors du Big Bang, on admet que sont apparues autant d’anti-matière que de matière: dès lors l’univers était condamné à disparaître à peine né, puisque matière et anti-matière ne font pas bon ménage. Or, voilà que la matière s’est « imposée » : d’où vient cette dissymétrie ? Pourquoi y a-t-il un univers plutôt que pas d’univers du tout ?
Wednesday, April 23, 2008
Citation du 24 avril 2008
Pourquoi ma connaissance est-elle bornée ? Ma taille ? Ma durée à cent ans plutôt qu'à mille ? Quelle raison a eue la nature de me la donner telle, et de choisir ce nombre plutôt qu'un autre, dans l'infinité desquels il n'y a pas plus de raison de choisir l'un que l'autre, rien ne tentant plus que l'autre ?
Blaise Pascal Pensées
La philosophie est-elle l’art de poser des questions ? Est-elle l’art de transformer des questions que tout le monde comprend en questions que plus personne ne comprend (cf. Post du 18 avril) – histoire de ne pas être embêté par la réponse ?
Bon, si vous y tenez… Mais disons alors que la philosophie c’est aussi l’art de réfuter les questions qu’on n’a pas à poser.
--> Et c’est vrai que lorsque l’on compare la durée de notre vie à celle de la tortue – par exemple – on est déconcerté : comment se fait-il que l’homme, le sommet de la création, ne soit pas en même temps celui qui vive le plus longtemps – déjà que pour expliquer le fait qu’il meure on est obligé de faire intervenir un fait surnaturel (comme le péché originel) (1). Si je cherche la cause de la brièveté de la vie dans la nature (et non dans la Volonté impénétrable de Dieu), aucune cause déterminante ne peut s’y trouver, et comme rien n’arrive de rien, alors, non seulement on ne comprend pas pourquoi on ne vit pas plus longtemps, mais aussi pourquoi on meurt
La métaphysique, science des causes premières, a semble-t-il répondu à ces questions, donc a accepté de les accueillir. Mais en réalité, en même temps qu’elle y répondait, elle y mettait un terme. Qu’on conteste telle ou telle métaphysique : à savoir que c’est l’Esprit qui a créé la nature et que les imperfections qu’on y trouve sont la conséquence de cette création et non du Créateur ; ou qu’on considère que la nature est le fait du hasard et que les « imperfections » n’y sont que l’expression de notre attente et non d’une disposition qui en ordonne le contenu ; il n’en reste pas moins que choisir une réponse, c’est en même temps affirmer qu’il faut savoir arrêter, qu’après cette réponse, il n’y aura plus de « pourquoi », que les « pourquoi » ne sont donc pas en nombre infini, ou alors, comme le fait observer Pascal, qu’on n’aurait jamais dans ce cas la moindre réponse.
La question philosophique majeure n’est pas le « pourquoi » : pourquoi suis-je né comme-ci ou comme-ça ? - mais le « comment » : comment je fais avec ça ?- Ou si vous préférez, ce qui compte, c’est ce que j’arrive à faire avec ce qu’on a fait de moi.
C’est d’ailleurs cela, la définition de la liberté selon Sartre.
(1) La mort comme fait naturel est parfaitement explicable, direz-vous. Pas tant que ça : expliquez déjà pourquoi les cellules souches se divisent indéfiniment, de même que les cellules cancéreuses ? Qu’est-ce qui fait qu’un tissu vivant se dégrade et meurt, est-ce un bafouillage de la reproduction ou bien y aurait-il quelque part un gène létal ?
