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Friday, May 11, 2012

Citation du 12 mai 2012

Une femme en soutien-gorge elle se hisse vers le ciel. Quand elle enlève son soutien-gorge elle retombe sur le sol comme un oiseau blessé.
Bertrand Blier – Existe en blanc (1998)


La clôture de soutien-gorge de Cardrona en Nouvelle-Zélande

C’est une histoire de soutien-gorge.
- Un jour une femme accrocha son soutien-gorge à la clôture d’un champ, sur le bord d’une petite route de Nouvelle-Zélande. Puis quelques autres firent de même, tant et si bien que de jours en jours la nouvelle s’ébruita et que des touristes toujours plus nombreux passèrent par là pour contempler la chose. Jusqu’au jour où le Conseil local décida de tout enlever : il y avait alors 1500 soutiens-gorge accrochés à ce qu’on appelait la Bra Fence.
--> Intrigué par cet épisode, je me suis reporté à mon Google habituel, dans l’espoir de comprendre pourquoi tant de femmes avaient trouvé utile de se débarrasser ainsi de leur soutien-gorge : j’ai constaté alors qu’il y avait de nombreux sites de militantes « anti-soutien-gorge ».
On a accusé le soutien-gorge de tous les maux : non seulement de brimer la liberté des femmes, mais encore d’être à l’origine de plein de sales maladies – dont le cancer du sein. Rien que ça ! (1)
A supposer qu’il ne faille pas prendre trop au sérieux cette menace, la question est bien : pourquoi tant de haine ?
Mais aussi, pourquoi tant de gens faisaient-ils le détour par la petite route de Cardrona pour voir tous ces soutifs pendus à la barrière ? Simple curiosité ? Goût pour la décoration ? Recherche d’un nouvel happening ? Fantasme érotique masculin (en supposant que ce soient plutôt les hommes qui faisaient le détour par Cardrona) ?
Sans doute, mais à l’origine, il y a eu quand même des femmes qui ont dégrafé leur soutien-gorge pour l’accrocher là, pour que tout le monde le voie, signifiant ainsi qu’elles voulaient se libérer de cette contrainte.
Oui, mais pourquoi ne les ont-elles pas remplacés, au fur et à mesure que le Conseil local les enlevait ? Ce que je crois, c’est que la mode qui voulait que la femme libre soit celle qui ne porte pas de soutien-gorge a changé depuis lors.
La question qui reste est  alors : qu’est-ce que les femmes d’aujourd’hui doivent enlever – ou mettre – pour montrer qu’elles sont libres ?
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 (1) On peut lire à ce propos le livre Dressed to kill, de Sydney Ross Singer and Soma Grismaijer – aujourd’hui bien discrédité, mais qui sait ? C’est peut-être un effet du lobbying des fabricants…

Sunday, April 22, 2012

Citation du 23 avril 2012


…à moins que le gars ne m'enlève ma culotte avec ses dents … j'embarque pas.
Belles paroles vides – Blog de l’Impulsive Montréalaise (1)
Le seul problème qu’on se pose  / C’est de séparer en deux portions / Cinquante-cinq kilos de chair rose / De cinquante-cinq grammes de nylon
Claude Nougaro – Les Don Juan
[Un grand merci à l’Impulsive Montréalaise qui nous régale de ses textes que je vous invite à découvrir ici – si vous ne les connaissez pas encore]
Comme on  le voit, la Montréalaise qui écrit ce Post est effectivement impulsive, et elle nous donne assez crûment une leçon de séduction, à nous les séducteurs impénitents qui pourtant devraient savoir ce qu’il faut faire depuis que Claude Nougaro nous l’a chanté.
C’est pourtant vrai que les séducteurs « mains frôleuses et œil luisant » pour poursuivre avec Nougaro, sont moins vaillants quand leur proie prend les devants, devenant à son tour chasseresse.
Réciproquement, il y a des dames qui crient « au harcèlement sexuel », quand le collègue du bureau les frôles de trop près, mais qui seraient charmées quand l’envie leur en  prend, de se faire culbuter dans les foins. Ah !... se faire culbuter dans les foins… Se faire « fointer », pour parler comme mon amie Olivia... (2)
…Oui, tout cela est bien connu… Mais il n’y a pas que cela.
Car ce qui me charme dans ce texte, ce n’est pas seulement son contenu, c’est aussi son écriture.
Je suis un amoureux de la langue française, et je l’utilise du mieux que je peux. Mais bien sûr le français que j’utilise est celui qu’on parle aujourd’hui en France. Or, il faut le reconnaitre, au cours de l’histoire notre langue a évolué de multiples façons, passant par toutes sortes d’étapes, chaque étape nouvelle effaçant les acquis de l’étape précédente. Pourtant ce passé est parfois resté vivant et a continué d’évoluer selon ses règles propres dans des pays lointains où le français s’est enraciné.
Voyez les pays africains : on y parle – jusqu’au fond de la brousse – un français châtié, qui sent bon son 17ème siècle : Racine et Boileau ne sont pas loin !
Voyez les gens du Québec : leur français gouteux et dru est plus proche de Montaigne et de Rabelais que de la langue de Michel Houellebecq. Et c’est très bien comme ça.
--> D’ailleurs puisqu’on en parle : Rabelais, justement n’aurait-il pas lui-aussi enlevé les culottes des dames avec les dents (au cas bien sûr où elles en eussent portées à son époque) ? (3)
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(1) Extrait du texte : « Je parle des gentils garçons qui veulent nous encourager/réconforter/aider à avoir confiance en nous. À avoir confiance en notre pouvoir de séduction plus précisément.
Ils ne tarissent pas d'éloges. Ou presque. Du moins, se montrent fort encourageant. Nous disent qu'on n'a qu'à piger. Que plein d'hommes nous regardent. Qu'on a à offrir. Qu'on est intelligente et intéressante. Bla bla bla.
(…) En fait, pour tout dire, à moins que le gars ne m'enlève ma culotte avec ses dents (si je suis d'accord et que le gars me plaît bien entendu) après avoir dit ça, ou à moins qu'il ne m'offre quelques fleurs et un souper au restaurant, j'embarque pas. » A lire in extenso ici.
(2) On le constate : nous aussi nous savons faire des choses savoureuses avec la langue (française : qu’alliez-vous imaginer ?)
(3) Il faut dire que le progrès de la civilisation passe aussi par l’invention de la petite-culotte. Voyez ça.

Friday, January 20, 2012

Citation du 21 janvier 2012

Mais notre règne arrivera / Quand votre règne finira (Bis):/ Nous tisserons le linceul du vieux monde, / Car on entend déjà / la révolte qui gronde.
Les Canuts, chant de la révolte des ouvriers soyeux lyonnais (1830)


- Ci-contre : une centaine de salariés de Lejaby, le 17 janvier à Lyon dans la Cour des Voraces, lieu emblématique de la révolte des canuts (1).

Les combats des ouvriers pour leur emploi n’a pas d’histoire : ou plutôt, c’est toujours la même histoire qui se répète.
Je sais bien que ça fait vieux ronchon, mais qu’importe ? Ce combat, c’est toujours celui de l’être humain qui refuse d’être réduit à l’outil :
1 – La révolte des Canuts lyonnais.
Le Patron : vous êtes dépassé par les métiers à tisser mécaniques (2). Je dois vous licencier (variante : baisser votre salaire).
Les Canuts : Nous n’avons rien à perdre : nous irons jeter dans le Rhône vos métiers mécaniques. (Variante : Nous tisserons le linceul du vieux monde, / Car on entend déjà / la révolte qui gronde.)
2 – La grève des Lejaby (du nom de l’entreprise fabriquant de lingerie féminine), licenciées pour cause de délocalisation en Tunisie de leur usine à Yssingeaux (Haute-Loire) – la dernière opérant en France.
Le Patron de Lejaby : vous ne pouvez produire au tarif tunisien. Je ferme l’usine et je la reconstruis à Sfax.
Même histoire ? Même cause, mêmes effets ?
Oui, c’est bien sûr toujours le choc de la logique économique contre l’humain.
Les canuts se battaient pour leur vie ; et ils refusaient d’être concurrencés par des machines.
Les Lejaby se battent bien sûr pour conserver leur gagne-pain ; et, comme les canuts, elles refusent une concurrence : celle des salaires.
Mais il ne faudrait pas croire qu’à un siècle et demi de distance rien n’a changé : les ouvriers d’aujourd’hui ne rencontrent plus devant eux ni fusils ni mitraille.
--> Retour sur l’actualité récente : les ouvrières de Lejaby se sont invitées au siège social de Lejaby, à Rillieux-la-Pape. Et là, elles ont découvert un incroyable stock de lingerie invendue. Tout le produit de leur travail, qu’elles avaient fait du mieux qu’elles pouvaient, soumises à la tyrannie du chronomètre pour être compétitives, voilà ce que la loi de la concurrence en avait fait : un tas de chiffons invendables.
Le Patron de Lejaby faisait les plans de redéploiement de l’entreprise hors de France, en laissant croire aux ouvrières qu’elles arrivaient – péniblement, mais quand même – à atteindre les objectifs qu’il leur avait fixés.
Les Lejaby ne sont plus des femmes : elles ne sont rien d’autre qu’un outil de production. Quand l’outil produit des chiffons au lieu de produire de la belle lingerie, il n’y a plus qu’à le jeter.
Et voilà sans doute la raison pour laquelle ces ouvrières paraissent sur la photo munies d’un masque blanc. Ce n’est sûrement pas pour ne pas être reconnues, mais plutôt parce qu’un être humain, réduit à n’être qu’un outil périmé, n’a plus d’identité.
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(1) Cour des Voraces : Il s’agit d’une cour d'immeuble lyonnais qui a servi de refuge aux ouvriers canuts lors de leurs révoltes (1848). Cette cour devint célèbre, par une bataille qui opposa les canuts aux soldats de l'armée régulière. (Lire la suite ici)
(2) Je reprends la thèse de la révolte issue du développement des métiers mécaniques jacquard. A vérifier

Thursday, June 24, 2010

Citation du 25 juin 2010


Entre le soutien-gorge et la culotte, s'étend cette brève zone de chair nue, boursouflée par les élastiques: étonnante erreur de la mode qui scie en deux le tronc féminin!
Hervé Bazin - La mort du petit cheval
Curieuse ne trouvez-vous pas, cette critique des sous-vêtements féminins à la quelle se livre Hervé Bazin, On se prend même à sourire en se rappelant la plaisanterie déjà bien ancienne : sur la plage un agent accoste une dame en bikini.
- Madame, sur cette plage, les maillots deux pièces sont interdits.
- Ah bon s’étonne la dame. Et la quelle dois-je ôter ?
Mais je dirais quant à moi que cette citation de Bazin ne me donne pas envie de sourire
.
Essayons en effet de visualiser ce dont il parle : voyez par exemple ces sous-vêtements conçus par notre Miss préférée.
Où voyez-vous donc de la chair boursouflée ? Où voit-on un tronc féminin scié en deux ?
Sous des dehors plutôt débonnaires, cette citation ne constitue-t-elle pas en réalité un fantasme de tueur pathologique, de dangereux schizophrène ?
Est-ce bien Bazin qui parle ici ?
- Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, sors de ce corps, Landru !

Wednesday, March 04, 2009

Citation du 5 mars 2009

Mettons à la fin de presque tous les chapitres de métaphysique les deux lettres des juges romains quand ils n'entendaient pas une cause : N.L., non liquet, cela n'est pas clair.
Voltaire – Dictionnaire philosophique
Ah… Que les publicistes ont raison, eux qui claironnent que sans la publicité notre vie serait bien fade…Mais, leur modestie dut-elle en souffrir, il faut admettre que leurs créations vont parfois encore plus loin qu’ils ne l’auraient cru.
Qui donc aurait osé nous proposer un tel abîme de réflexion en juxtaposant la nonne et le derrière de dentelle métaphysique ?
Leçons de métaphysique.
– Principe général : la métaphysique n’existe que comme problème. Ne lui demandez pas de solution, mais exigez que le problème soit clairement posé.
Si vous lisez Heidegger, en arriver là, ça sera déjà très bien.
– La leçon n°38 nous invite à nous interroger : Devons-nous choisir – comme Pascal nous le recommande – de renoncer aux plaisirs sensuels pour gagner notre paradis, ou bien au contraire, pariant que Dieu n’existe pas, devons-nous adorer les petites culottes Aubade ?
– Conclusion : du temps de Voltaire, la critique de la métaphysique est « Non liquet ». Du temps de la métaphysique-Aubade, son expression est « Non liquette ».