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Tuesday, September 05, 2017

Citation du 6 septembre 2017

Ce qu’on te reproche, cultive-le : car c’est toi
Cocteau
Voyez comme sont les gens : toujours à critiquer ! L’interview du Président Macron a donné le vertige à certains commentateurs, obligés qu’ils étaient de lire 20 pages d’un texte dense et qui plus est émaillé de citations. Pourtant parions que ce sont les mêmes qui reprochaient à Nicolas Sarkozy de critiquer la présence de la Princesse de Clèves au programme des lycées.
Ils ne font en disant cela qu’étaler leur paresse cérébrale !  Car si on lit ce texte on constate d’abord qu’il n’a rien d’obscur et qu'en plus il ne comporte que 2 ou 3 citations. D’ailleurs les passages les plus « filandreux » sont contenus dans les questions des journalistes du Point.

Citation 2
Cette citation proposée par l’interviewer du Point clôt l’entretien avec le Président Macron – le quel précise tout de suite qu’il faut penser à la France quand on prononce cette phrase.
De quoi accuse-t-on la France ? D’être incapable de se réformer autrement que par des secousses révolutionnaires ; et puis aussi sa prétention à chapitrer le monde entier sur les droits de l’homme, les libertés, l’égalité etc… Je ne cite pas la fraternité pour ne pas me répéter (cf. Post du 8 avril dans le quel le futur-président faisait une brillante explication de ce qu’est la justice sociale telle que définie par le devise républicaine devant une classe de CM2 éberluée par tant de brio).
Bref : nous avons à gagner à repérer les caractéristiques attribuées par le regard étranger, car il y là quelque chose de positif – à condition de l’assumer.
Oui, on veut bien. Mais… comment savoir de quelle façon on voit le français modèle ?
Voilà l’idée que je pourrais vous suggérer : voyez comment Gottlieb représente le français modèle qu’il a baptisé « Super-Dupont » :





Allez, c’est maintenant qu’il faut vous y mettre. Point de redressement national sans le béret basque. Et n’oubliez pas le camembert, la baguette de pain et le litre de rouge.

Thursday, March 24, 2016

Citation du 25 mars 2016

Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif, et son futur est toujours conditionnel.
Jean Cocteau
Jolie citation, n’est-ce pas : un peu d’esprit ne fait jamais de mal – mais l’essentiel est ailleurs. Cocteau nous dit que l’amour fou, celui qui nait d’une étincelle dans le regard, celui qui fusionne deux êtres dans un même instant, celui qui nous donne une expérience de l’éternité – oui, cet amour-là n’existe pas, même dans le serment murmuré à l’oreille :
« Réfléchissez bien nous dit-il et vous verrez que le doute est installé là dedans depuis toujours, parce que vous avez dès le départ eu une autre expérience amoureuse, une expérience cachée sous l’autre, faite de doutes et d’incertitudes, de failles et de strates contradictoires. »
Peut-on réconcilier ces deux expériences – je veux dire celle de l’amour monobloc et celle de l’amour-histoire construite à grand coup de je t’aime / je te quitte suivis de je ne peux vivre sans toi ? Car après tout, beaucoup reconnaîtront qu’ils ont vécu ces deux phases presque simultanément, chacune recouvrant l’autre selon l’humeur du moment.
Paradoxe ? Peut-être. Reste que l’avertissement de Cocteau souligne un fait irréfutable : dans l’amour l’instant présent contient une intuition de passé et de l’avenir. Non pas une analyse, qui relie entre elles des étapes successives, mais bel et bien une représentation solidaire d’états qui fusionnent entre eux et qui nous livrent une expérience qui n’a pas forcément de rapport avec ce qu’on sait du passé ni avec ce qu’on attend de l’avenir.
Illusion face à réalisme ? L’amour entraine-t-il une sorte de schizophrénie, une double expérience à la fois d’une force qui nous pousse et d’autre part d’une expérience désabusée qui nous murmure « tu sais bien comment tout ça va finir »… Une illusion, est selon  Kant « le leurre qui persiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas. ».  Ça serait donc ça, l’amour ? Une illusion persistante ?

Une preuve ? Voyez l’amoureux passionné qui découvre avec horreur que sa bien-aimée l’a quitté, qu’elle a choisi de vivre sans lui : il ne peut y croire et lorsqu’il se tourne vers vous, c’est pour obtenir que vous le confirmiez dans sa folie « Oui, elle t’aime quand même, un amour tel que le vôtre, ça ne peut pas mourir ».

Monday, September 17, 2012

Citation du 18 septembre 2012



Je tire de la douleur un bénéfice : elle me rappelle sans cesse à l'ordre. Les longs temps où je ne pensais à aucune chose, ne laissant naviguer en moi que les mots : chaise, lampe, porte, ou autres objets sur quoi se promenaient mes yeux, ces longs temps de néant n'existent plus. La douleur me harcèle et je dois penser pour m'en distraire. C'est à l'inverse de Descartes. Je suis, donc je pense. Sans la douleur je n'étais pas.
Jean Cocteau – La difficulté d'être
…à l'inverse de Descartes. Je suis, donc je pense. Sans la douleur je n'étais pas.
Et voilà encore un contresens sur le cogito, puisque :
- Cocteau nous dit : Je suis = une douleur. Et c’est parce que je suis une douleur qu’alors je peux penser.
- Et Descartes dit en réalité : si c’est la pensée qui atteste qu’on existe, c’est parce que la pensée est état de conscience. La douleur n’est donc rien d’autre pour Descartes et pour Cocteau qu’un état de conscience et non un état physiologique, puisqu’on peut s’en distraire.
Ne cherchons pas noise à nos écrivains Après tout ce n’est pas de leur faute si Descartes ne connaissait pas le terme « conscience » (1). Mais c’est quand même cela qui importe : par la rêverie ou par la méditation, je m’absente de moi-même et donc je n’existe plus – un peu comme si je dormais. Le maximum de conscience de soi apparait dans la douleur, et éviter la douleur, c’est éviter cette conscience de soi – si on le peut. On parle d’un mathématicien prisonnier dans un camp nazi et qui, soumis aux pires souffrances, leur survécut en résolvant dans son esprit des équations toujours plus compliquées.
Si Cocteau valorise ainsi la douleur (comme nombre de poètes et de philosophes « romantiques »), c’est qu’il considère que s’absenter de soi-même c’est plonger dans le néant. Or on peut en douter : je suis en ce moment entrain de taper sur mon clavier pour faire apparaitre une pensée que je juge être la mienne. Certes au moment même où je produis cette pensée, je m’« absente » de moi-même. Mais si une colique brutale m’arrache à mon travail et me tord de douleur, qu’aurais-je gagné ? N’étais-je pas d’avantage « moi-même » l’instant d’avant ?
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(1) J’entends bien que Descartes emploie le terme : mais c’est toujours dans le sens moral. A l’époque de Descartes, la conscience désigne la saisie intuitive des valeurs, pas celle de notre existence.

Sunday, November 27, 2011

Citation du 28 novembre 2011

Sexe : le fruit d'Eve fendu.

Jean Cocteau

Fendue-Défendue

Miss.Tic

Pourquoi le sexe des femmes est-il si rarement représenté par les artistes qui pourtant ne sont pas avares de représentations des attributs masculines ?

A part des artistes très contemporains, voyez la difficulté à en trouver, à l’exception de ces exemples :

Hans Memling vivait au 15ème siècle, et Houdon au 18ème. Néanmoins, les copies de la statue de Houdon réalisée en bronzes ont été « rebouchées » (1). Rien de tel pourtant pour ce qui est du sexe masculin, largement (ou longuement ?) représenté par les sculpteurs antiques.

Il y eut certes des périodes (Concile de Trente) où des « repeints » furent apposés sur les sexes masculins (l’un des peintres spécialisé dans l’opération Daniele da Volterra, fut même surnommé il Braghettone – lire ici). Mais il ne fut pas nécessaire de masquer derrière un voile le sexe féminin parce que c’était toujours déjà fait.

Alors, pourquoi cette différence de traitement pictural ?

Deux hypothèses complémentaires :

- D’abord il parait plus facile d’ignorer presque sans avoir à le dissimuler le sexe féminin (écrivons sans trembler son nom : la vulve) : il se dissimule tout seul, l’artiste n’a qu’à laisser faire la nature…

- Les artistes, sculpteurs, peintres, sont à l’époque dont nous parlons tous des hommes. Et l’homme est fier de son sexe (écrivons de même sans trembler : de son pénis) : imaginer un Dieu de la mythologie, un héros tel qu’Hercule c’est toujours le pourvoir d’un attribut de sa force – de sa virilité.

Là est sans doute l’essentiel : le pénis est un symbole de puissance. La vulve ne nous « parle pas » de la même façon.

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(1) La raison en est exposée dans la Revue du monde catholique de 1861, sous la signature de Bathilde Bouniol : « Est-il besoin d’ajouter que ces étalages de scènes trop mythologiques et nullement pudiques, rendent fort gênante la visite dans les salles de l’Exposition pour le jeune homme, par hasard candide, pour les jeunes dames et demoiselles dont le front se colore aisément encore de ces nobles rougeurs, qui vont si bien à la vertu » (Lire la suite ici)

Tuesday, October 04, 2011

Citation du 5 octobre 2011

L'opium nous désocialise et nous éloigne de la communauté. Du reste la communauté se venge. La persécution des fumeurs est une défense instinctive de la société contre un geste antisocial.

Jean Cocteau – Opium / Romans, Poésies, œuvres diverses / La Pochothèque

Il est dommage qu'au lieu de perfectionner la désintoxication, la médecine n'essaye pas de rendre l'opium inoffensif.

Jean Cocteau – Idem

La persécution des fumeurs... J’avoue que j’ai eu la tentation de ne garder que cette phrase, vous laissant ainsi croire que Cocteau s’en prenait au Gouvernement qui persécute les fumeurs en taxant toujours plus fort les cigarettes. C’eut été dommage, parce qu’on aurait perdu alors l’essentiel de sa pensée. Nous parlons donc des fumeurs d’opium.

L’opium est un véritable paradis, mais il a deux graves inconvénients :

- D’abord il vous ruine la santé ;

- Ensuite, au moment même où il vous procure l’extase, il ne vous permet pas d’en communiquer le contenu à autrui. (1)

Sans doute ce dernier grief est-il le plus important, mais je ne vois pas comment en surmonter l’obstacle. En revanche, comme Cocteau le fait remarquer, il est dommage que la science, si prompte à évaluer les dégâts de l’opium ne se soit pas attelée à la tâche d’éliminer de ses effets ceux qui sont les plus nocifs. On a le soupçon que, pour nos gouvernants, il est important de retenir le peuple de jouir en l’effrayant par les désordres que les drogues occasionnent dans les organismes.

Faute de recherches dans ces domaines, il nous reste à consommer l’opium inoffensif qui est compatible avec notre organisme, celui que nous secrétons nous-mêmes, dans les profondeurs de notre cerveau. Il s’agit comme on le sait de l’endorphine.

Comment secréter l’endorphine ?

--> 4 possibilités (selon Wikipédia) et 4 façons de se shooter sans danger :

1 - Activité physique intense : c’est le shoot du marathonien.

2 - Douleur : bottes de cuir et fouet de postillon.

3 - Excitation : devenez artiste.

4 - Orgasme : devenez Directeur du FMI.

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(1) Voir cet autre passage : «L'opium permet de donner forme à l'informe ; il empêche, hélas ! de communiquer ce privilège à autrui. Quitte à perdre le sommeil, je guetterai le moment unique d'une désintoxication où cette faculté fonctionnera encore un peu et coïncidera, par mégarde, avec le retour du pouvoir communicatif. »