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Friday, September 23, 2011

Citation du 24 septembre 2011

La droite veut que les personnes qui acquièrent la nationalité française fassent «allégeance aux armes ».

François Cornut-Gentille, secrétaire national à la réforme des armées (déclaration du 20 septembre date anniversaire de la bataille de Valmy)

Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir.

Ernest Renan - Qu'est-ce qu'une nation ? (cité le 14 juillet 2007)

L’allégeance aux armes : encore un chiffon rouge agité sous les naseaux fumant des anarchistes et des individualistes épris d’indépendance ? « Boule puante » larguée dans le contexte d’une campagne électorale subrepticement commencée ? Manipulation destinée à faire du buzz ?

Oui, sans doute. Mais que voulez-vous ? Un Blog reste marqué par la subjectivité de son auteur et là, j’avoue que je marche : je vois rouge.

Car si les mots ont un sens, ça veut dire non pas simplement que ce serait l’occasion d’affirmer son appartenance à la Nation (Luc Chatel), mais bien que c’est la défense armée de la Nation qui incarne la nationalité.

--> Dans la formule « allégeance aux armes », le terme « allégeance » est presque trop technique pour être commenté : c’est « un acte de soumission et d'obéissance qu'un sujet prête à son souverain » (TLF). Par contre la question intéressante est : « Qui est le souverain ? » Car on devrait répondre : l’armée. C’est en effet à elle qu’on prêterait serment, et c’est donc à elle que reviendrait le droit de définir les valeurs de la Nation.

C’est là que je vois rouge – car on comprend en effet ce qui se dit ici : c’est que, comme dans les années 30, il va falloir pour célébrer la Nation enfiler l’uniforme et défiler, le menton levé et le bras tendu.

Je préfère encore Renan.

Saturday, February 19, 2011

Citation du 20 février 2011

Rien ne se fait par le calme : on n'ose qu'en révolution.

Ernest Renan – L'Avenir de la science, Pensées de 1848 (1890) (Voir texte en annexe)

On s’étonne sans doute de voir ces révolutions qui font tomber des régimes corrompus et dictatoriaux dans les pays arabes. On s’étonne de ne rien avoir vu venir, et ne n’y rien comprendre. Quoi ? Ce sont des pays arabes ? Et ils ont fait la révolution sans avoir demandé à leurs imams si ça convenait ? (1)

On se contente en songeant que le mot d’ordre a été : « Ben Ali [Moubarak] dégage ! » en français sur les pancartes :

- Ah Ah… ils ont appris la révolution de nos Lumières

Soyons sérieux : il y a des réalités dans la vie sociale et politique d’un pays qui relèvent des circonstances et de l’action des hommes et que rien d’autre ne permet d’expliquer vraiment.

Renan le dit fortement : ce ne sont pas les idées des intellectuels qui font la révolution (même si leur existence est nécessaire) ; expliquer quelles sont les preuves de la corruption des dirigeants et clamer que la justice commande qu’ils s’en aillent (« Dégage ! ») ne suffit pas. Il faut en plus la présence physique des manifestants dans la rue, leur poitrine faisant barrage devant les policiers, leurs clameurs qui résonnent dans la ville.

Voilà pourquoi ce n’est pas à coup de pétitions qu’on aura gain de cause dans de telles circonstances. De même les réseaux tissés par Tweeter et Facebook n’ont d’utilité ici que s’ils coordonnent les foules à l’abri de l’oreille du tyran.

Maintenant, Renan dit encore autre chose : l’action révolutionnaire est destruction – elle est donc toujours violente. Les institutions ne tombent pas d’elles-mêmes ; il faut toujours les pousser un peu. Ben Ali avait annoncé sa future candidature aux élections de 2014, et Moubarak avait placé son fils sur orbite pour être élu à sa place dès cette année. Le temps calme ne change rien : il faut la tempête.

Un souvenir : en mai 68 les étudiants de la Sorbonne prétendaient que la révolution (prolétarienne) était commencée. Un jour un étudiant polonais pris la parole dans un débat :

- Vous voulez faire la révolution ? Vous êtes donc prêt à prendre un fusil et à tirer sur des hommes dans la rue ?

Un silence gêné fut la seule réponse qu’il obtint.

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Annexe :

« Les révolutions seules savent détruire les institutions depuis longtemps condamnées. En temps de calme, on ne peut se résoudre à frapper, lors même que ce qu'on frappe n'a plus de raison d'être. Ceux qui croient que la rénovation qui avait été nécessitée par tout le travail intellectuel du XVIIIe siècle eût pu se faire pacifiquement se trompent. On eût cherché à pactiser, on se fût arrêté à mille considérations personnelles, qui en temps de calme sont fort prisées ; on n'eût osé détruire franchement ni les privilèges ni les ordres religieux, ni tant d'autres abus. La tempête s'en charge. Le pouvoir temporel des papes est assurément périmé. Eh bien ! tout le monde en serait persuadé qu'on ne se déciderait point encore à balayer cette ruine. Il faudrait attendre pour cela le prochain tremblement de terre. Rien ne se fait par le calme : on n'ose qu'en révolution. » Ernest Renan – L'Avenir de la science, Pensées de 1848 (1890)

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(1) J’ai écrit ces lignes il y a quelques jours, alors que seuls les régimes tunisien et égyptien étaient contestés.

Friday, November 06, 2009

Citation du 7 novembre 2009


Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera.

Ernest Renan – Qu'est-ce qu'une nation ? (Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882)

A la question Qu’est-ce qu’être français, on sait que Renan répondait : « est français celui qui en a la volonté permanente » (1). Notons au passage qu’il faudrait alors considérer les demandeurs d’asiles, qui ont choisi notre pays comme étant celui qui incarne le mieux les valeurs qui leur ont été déniées, sont plus français que les autochtones qui ne se sont donné que le mal d’y naître pour paraphraser Beaumarchais…

Mais la lucidité de Renan ne se borne pas à définir la nation. Elle prévoit la disparition des nations européennes dans un vaste conglomérat formée par une confédération européenne. En 1882, il fallait le faire…

Même si la prophétie de Renan ne semble pas encore prête à se réaliser de nos jours, elle est sûrement moins osée aujourd’hui qu’à son époque. En tout cas elle nous aide à nous poser la question : est-il opportun de débattre de l’identité française à l’époque où tout doucement, une communauté européenne se forme, où les jeunes des différentes nations sont invités à se découvrir et à étudier ensemble, où les travailleurs se retrouvent pardessus les frontières pour lutter ensemble pour résoudre leurs difficultés communes ?

Je pose la question tout en sachant qu’elle fait polémique : n’est-ce pas notre myopie qui nous condamne à regarder à nos pieds, au lieu qu’il faudrait avancer sans peur vers l’horizon ? Et cette obsession de l’identité n’est elle pas le signe d’une peur des envahisseurs (un peu comme les américains du temps de la guerre froide, dans les années 50) ? En tout cas, Renan voyait la nation dans des considérations qui excluaient le nationalisme agressif, celui qui fait qu’on n’existe qu’au détriment des autres.

Vous me direz qu’il était bien naïf et que l’histoire du 20ème siècle lui a apporté bien des démentis ; et qu’il ne suffit pas de regarder au-dessus de l’horizon pour voir loin.

Bon. Mais tant qu’à faire de mal voir, autant être presbyte que myope.


(1) Voir mes Post patriotiques des 14 juillet 2007 et 2009. Voir surtout sa conférence ici.

Monday, July 13, 2009

Citation du 14 juillet 2009

Dans bien des cas, la patrie aura été défendue par des «sans-patrie», et abandonnée par des «patriotes»

Mauriac – Bâillon dénoué. (1945)

Autrefois, la Patrie qu’on célèbre en ce 14 juillet était ce sans quoi on ne pouvait réellement vivre. La terre où étaient ensevelis les ancêtres était en même temps le terreau des nouvelles générations. On ne pouvait l’emporter à la semelle de ses souliers, et les apatrides étaient des hommes sans droit, presque sans existence. Au point que la Charte des Nations Unies a cru nécessaire de garantir le droit imprescriptible pour chacun d’avoir une nationalité.

Or, comme le rappelle Mauriac, pendant l’occupation les vrais patriotes, ceux qui ont défendu au péril de leur vie l’intégrité du territoire national, ont été aussi les apatrides, des gens chassés de leur pays, expatriés de force et déchus de leurs droits. Des gens qui avaient choisi la France comme pays des libertés contre l’oppression, d’où qu’elle vienne.

Si on me permet la licence de glisser de la patrie à la nation, alors on me permettra aussi de rappeler la conférence de Renan Qu’est-ce qu’une nation ? où il affirme que c’est l’adhésion à une communauté qui la constitue : L'existence d'une nation est (…) un plébiscite de tous les jours… (Lire la suite ici)

L’existence des sans papiers rappelle aujourd’hui celle des apatrides d’hier, même si bien entendu, il y a des nuances à apporter. Mais la problématique reste la même:

- D’abord il faudrait rappeler que notre civilisation s’est construite sur une idée du droit qui est universelle et qui donc ne suppose pas des conditions de race, de religion, de naissance pour exister. Ce qui ne paraît pas si évident vu des dunes de Calais.

- En suite que, si nous suivons Renan, nous devrions dire que nous sommes tous des sans papiers, c'est-à-dire que chacun de nous doit les mériter, en adhérant activement aux valeurs de la République.

--> Pour faire court : quand on a dit qu’il faudrait passer un examen de français (pourquoi pas une dictée ?) pour avoir un permis de séjours, alors, là, je me suis dit qu’il faudrait poser la même condition à tous les français.

Ça va nous faire de la place…

Friday, July 13, 2007

Citation du 14 juillet 2007

Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir.

Ernest Renan - Qu'est-ce qu'une nation ?

14 juillet, fête nationale, fête de la Nation… A l’heure de la mondialisation vous vous demandez peut-être à quoi ça rime de célébrer ainsi une nation, alors que de plus en plus de décisions ne dépendent plus que de Bruxelles…

La fête nationale n’est-elle pas une ringardise de plus, tout juste bonne pour les gros beaufs qui plantent un drapeau tricolore à leur fenêtre et qui saluent le défilé militaire en agitant leur canette de Kro ?

Le discours de Renan (à lire ici) répond de façon éclairante (même pour nous en 2007).

D’abord, la Nation c’est un peuple sur un territoire. Ce qui unifie ce peuple, ce peut-être l’appartenance à ce territoire, ou l’appartenance de ce territoire à ce peuple (voir les autochtones de Platon). Mais la vérité est que seule l’identification à une histoire commune (ou à des mythes communs) crée cette communauté. Exemple : la prise de la Bastille, évènement historique lié à la volonté du peuple de Paris de s’emparer des armes de l’arsenal de la forteresse, réinterprété mythiquement comme une lutte contre l’arbitraire des emprisonnements sur lettre de cachet (1).

C’est donc sur de telles interprétations de l’histoire que nous construisons notre conscience collective.

Mais Renan voit plus loin : « Ce qui constitue une nation ... c'est … de vouloir en faire encore (=de grandes choses) dans l'avenir ». Autrement dit, l’histoire n’est qu’une trajectoire qu’il nous appartient de prolonger vers l’avenir. Ce qui revient à dire que le passé même mythique ne constitue qu’une base sur la quelle doivent s’élever les projets de l’avenir.

Si la fête nationale a encore un sens, c’est simplement dans la mesure où nous avons, en tant que pays, un avenir autonome et homogène avec nos valeurs.

Tout ça c’est bien exigeant… C’est quant même plus simple de se souder contre un ennemi commun : la perfide Albion, le Boche, le Bolchevique…

Sauf que aujourd’hui, l’ennemi, ça manque (2) ; va-t-il falloir revenir aux valeurs communes ? Attendez un peu… et les Chinois, ils ne feraient pas l’affaire par hasard ?


(1) Le marquis de Sade faillit bien être de la fête, lui qui fut transféré de la Bastille à Charenton le 2 juillet 1789

(2) Pour mémoire, les troupes de 26 nations européennes défilent aujourd'hui, 14 juillet, sur les Champs-Elysées.