Wednesday, October 19, 2016
Citation du 20 octobre 2016
Tuesday, December 06, 2011
Citation du 7 décembre 2011
Pour aimer les hommes, il faut en attendre peu : pour voir leurs défauts sans aigreur, il faut s’accoutumer à les leur pardonner, sentir que l’indulgence est une justice que la faible humanité est en droit d’exiger de la sagesse
Helvétius – De l'esprit (Discours I, ch. 4 p.35) – (1)
Aujourd’hui, je propose, dans le sillage d’Helvétius, un éloge de la modération, ou plutôt de la modestie.
On pourrait certes en se concentrant sur la fin de la citation : l’indulgence est une justice que la faible humanité est en droit d’exiger de la sagesse, y voir un encouragement à la tolérance (2) : n’attendons pas des autres ce que nous ne savons faire nous-mêmes.
Mais si je me reporte au début du propos d’Helvétius : Pour aimer les hommes, il faut en attendre peu, alors, ça va plus loin : il s’agit d’aimer les hommes, et en attendre peu est un acte de philanthropie, au sens fort du terme.
Ce que nous attendons des autres relève d’une part de notre conception de la normalité, et d’autre part d’une conception de notre droit.
- Pour ce qui est de la normalité de l’être humain, une faible exigence peut aussi bien conduire à la philanthropie qu’à la misanthropie. Alceste ne cherche pas à corriger l’espèce humaine : il préfère se retirer dans un désert.
- Par contre, ne pas se considérer en droit d’exiger beaucoup de nos contemporains est sans doute un signe de sagesse dont tout le monde n’est pas capable. Or, notre droit – du moins ce que nous pensons l’être – n’est pas forcément calibré sur les capacités des autres : ce qu’on exige d’eux peut fort bien passer au-dessus de leurs ressources. Dans une lettre Léopold Mozart (le papa), se plaint de ce que Wolfgang, chez qui il était de passage à Vienne, l’avait fort mal nourri. On imagine pourtant le dénuement du pauvre fils : à l’époque il dansait devant le buffet avec Constance pour oublier qu’il était vide.
Mais par-dessus tout, cette modération dans l’exigence de notre droit me parait être une disposition psychologique sans doute acquise dans l’enfance et qui nous rend modestes dans nos exigences.
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(1) Voir aussi la citation de Spinoza : J’ai pris grand soin de ne pas tourner en dérision les actions humaines, de ne pas les déplorer ni les maudire, mais de les comprendre. Traité de l'autorité politique ch. 1, § 4 (cité le 29-04-2006)
(2) Un peu comme chez Voltaire : « Tolérance - Pardonnons-nous réciproquement nos sottises» (cité le 17-02-2006)
Monday, July 05, 2010
Citation du 6 juillet 2010
La tolérance est un moment provisoire. Elle permet à ceux qui ne s'aiment pas de se supporter mutuellement, en attendant de pouvoir s'aimer.
Vladimir Jankélévitch
On se perd en conjectures sur la tolérance dès qu’on tente de savoir si elle doit avoir une limite ou pas et comment en établir la légitimité.
Mais il y a un autre sujet de perplexité : doit-elle être provisoire ou définitive ?
- Définitive, elle l’est pour Voltaire, qui écrit : « Tolérance - Pardonnons-nous réciproquement nos sottises» (1), car quand on pardonne, c’est définitif.
- Provisoire selon Janké, parce qu’elle ne suffit pas et qu’elle n’est qu’un préalable à l’amour.
Autrement dit, la tolérance est une façon de rendre possible l’approfondissement des sentiments par la meilleure connaissance des gens. L’idée suggérée est que plus on connaît les gens et plus on les aime – et que pour ça, la tolérance est indispensable.
Il y a un certain intérêt à considérer la tolérance comme ça : ça permet de comprendre pourquoi on nous dit qu’il ne faut pas être hostile aux étrangers, et que si on se donne le temps de les connaître nous verrons s’évanouir ce rejet qui tient à la peur de la différence. Si au lieu de les rejeter nous acceptions avec tolérance leurs comportements, nous verrions qu’ils ne sont pas si différents de nous et alors nous pourrions les aimer.
La tolérance serait donc justifiée paradoxalement par le fait qu’elle serait provisoire, dans la mesure où elle doit déboucher sur une attitude plus positive et plus définitive.
Oui, mais : si au lieu de nous conduire à les aimer, la meilleure connaissance de nos semblables nous conduisait à les haïr ? Si les vieux – ceux qui sont misanthropes – étaient simplement venus à l’intolérance par l’observation assidue du comportement de leurs contemporains ? (2)
Nous aurions à réécrire la phrase de notre philosophe :
La tolérance est un moment provisoire. Elle permet à ceux qui ne s'aiment pas de se supporter mutuellement, en attendant de pouvoir s'aimer – ou d’arriver à se détester pour de bon.
(1) Voir Post du 17 février 2006
(2) "Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien" (voir ici)
Wednesday, January 31, 2007
Citation du 1er février 2007
Saturday, December 16, 2006
Citation du 17 décembre 2006
La tolérance, il y a des maisons pour ça.(1)
Paul Claudel
La maison de tolérance est un établissement accueillant des prostituées, dans un cadre législatif défavorable à la prostitution, voire hostile, mais non prohibitif. (2)
Curieuse conception de la tolérance, qui la considère comme un mal nécessaire, comme une concession à la faiblesse humaine. Même à l’époque de Voltaire, la tolérance était encore une attitude simplement passive (cf. citation du 17 février). La tolérance comme ouverture aux différences d’autrui, désir d’échanger ou de partager ses valeurs, éventuellement même de se comporter comme lui : est-ce que ça peut exister ? est-ce que c’est seulement pensable ?
Il y a selon moi deux formes positives de tolérance :
1 - L’une consiste à dire « l’être humain est par nature multiforme ; ses coutumes, la civilisation dont il porte les valeurs, changent avec les lieux et les époques. Nous devons non pas nous contenter d’en prendre acte et le tolérer avec patience, comme un mal inévitable ; nous devons accueillir ces différences comme autant de facettes de l’être humain. Il ne suffit pas de les supporter, il faut les cultiver comme on soigne les espèces menacées d’extinction. »
2 - L’autre va insister sur le rôle du métissage dans la société humaine : tolérer, c’est accepter de vivre et de former communauté avec ceux qui diffèrent de nous parce que ces différences vont renforcer la société en permettant d’inventer des solutions là où la population autochtone serait stérile. Evidemment, la métaphore biologique de la diversité génétique s’offre comme un modèle. Supposez que demain une maladie foudroyante et mortelle frappe tous les français « de souche » et que seule la population « d’origine africaine » possède le gène que permet de résister à ce virus. C’est le métissage qui serait notre désir le plus fort pour assurer l’avenir de nos enfants.
- La solution 1 est très morale, mais depuis plus de 2000 ans elle n’a guère porté autre chose que des illusions. La solution 2 a dû sauver plusieurs fois l’espèce au cours des 3 ou4 derniers millions d’années. Ça ne porte pas de message moral, mais c’est très efficace
(1) Voir citation du 17 février, 29 avril
(2) Source : http://ledroitcriminel.free.fr/index.htm
Sunday, May 14, 2006
Citation du 15 mai 2006
Créon : Et ainsi, tu as osé violer ces lois ?
Antigone : C'est que Zeus ne les a point faites, ni la justice qui siége auprès des dieux souterrains. Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux, puisque tu n'es qu'un mortel.
Sophocle - Antigone
Antigone c’est cette femme qui se rebelle contre la loi du tyran de Thèbes, son oncle Créon, qui refuse une sépulture à son frère qui est mort en le combattant. La loi de Dieu l’emportant sur celle des hommes, Antigone obéit au commandement religieux en ensevelissant sa dépouille ; elle désobéit donc à la loi humaine, en l’occurrence celle de son oncle. La rébellion est donc un acte héroïque (qu’Antigone paiera de sa vie), et légitime parce qu’il repose sur l’existence d’un ordre (ici religieux) supérieur à la loi humaine.
Alors ça vous fait penser à quoi ? Les jeunes musulmanes voilées de nos lycées ne se sont-elles pas réclamées du Coran pour refuser de retirer leur foulard ? Leurs Imams n’ont-ils pas dit que les lois de Dieu étaient des prescriptions que personne, pas même la République laïque, ne pouvait dispenser d’observer ?
On a appelé au bon sens et à la tolérance ; après tout dit-on il faut vivre les uns avec les autres, acceptons nos différences, ce n’est pas un foulard qui va révolutionner nos rapports sociaux… En réalité il s’agit de savoir si la laïcité est simplement une attitude passive ou si c’est une conception de l’homme, issue de la philosophie des lumières, fondant la déclaration de droits de l’homme et donc à l’origine de notre société politique.
On connaît la suite, le problème paraît réglé dans les faits mais en réalité il ne l’est pas du tout parce que ce débat n’a rien donné et on n’en sortira que par une transformation soit de notre démocratie, soit de l’islam.
Si la port du foulard n’était qu’une coutume sociale et non une prescription religieuse on pourrait facilement tomber d’accord pour l’interdire comme contraire à nos coutumes, ou pour le tolérer comme insignifiant. Mais le fait qu’il y ait une telle résistance, montre qu’il y a un tout autre enjeu.
S’il y a des Antigones dans nos banlieues, qui donc sera Créon ?
Friday, April 28, 2006
Citation du 29 avril 2006
« J’ai pris grand soin de ne pas tourner en dérision les actions humaines, de ne pas les déplorer ni les maudire, mais de les comprendre. »
Spinoza - Traité de l'autorité politique ch. 1, § 4
Devant les actions des hommes, mêmes celles qui nous paraissent les plus folles, plutôt que de porter un jugement de valeur ou de se laisser aller à l’émotion, évitons tout préjugé et étudions ce à quoi on a affaire. « Ne pas rire » des coutumes étranges des peuples lointains ; « ne pas pleurer » devant leur barbarie. D’abord les comprendre, et pour cela avoir l’attitude du botaniste en présence de la plante inconnue, ou de l’entomologiste qui découvre un nouvel insecte : savoir comment il fait pour vivre, pour se reproduire, dans quel biotope il se développe.
Pour le scientifique, la précaution à prendre c’est de considérer que tout ce que font les hommes a une fonction et que celle-ci n’est pas forcément celle qu’on croit. Pour le moraliste, il s’agit de considérer la vie sociale des hommes à travers sa diversité comme étant liée à la nécessité de vivre ensemble, dans une société dont le lien social peut fort bien être enraciné dans des pratiques opposées aux nôtres. Pour le politique, l’indispensable est de comprendre les peurs et les ambitions de ses concitoyens en les interprétants selon leur milieu social et non selon des schémas idéologiques ou économiques préconçus…
Et pour Spinoza ? Le réalisme qu’il prône n’est pas seulement une leçon de tolérance, ni une précaution méthodologique : pour lui, rien de ce qui existe n’est contre-nature, tout ce qui est naturel est de ce fait bon. « Les comprendre », c’est simplement la condition pour savoir en apprécier la valeur.
Voyez l’ethnologue observant les rites d’initiation des adolescents(1) : il s’agit de véritables supplices destinés à confirmer la valeur de futurs guerriers. Que fait-il ? Il note, il dessine les scènes qu’il observe, comme un simple phénomène naturel - le combat entre deux insectes par exemple - afin d’en saisir le sens et la fonction.
Ce qui signifie que la pathologie n’existe pas au niveau de l’action humaine. Oui. Mais imaginez un ethnologue martien débarquant à Buchenwald en 1943 … « ne pas déplorer ni maudire »…
(1) En Amazonie. Par exemple, Pierre Clastres.
Thursday, February 16, 2006
Citation du 17 février 2006
« Tolérance - Pardonnons-nous réciproquement nos sottises»
Voltaire - Dictionnaire philosophique (article Tolérance)
Le spécialiste de la tolérance qu’est Voltaire (pour ne pas l’appeler comme certains « le fanatique » de la tolérance !) nous le dit : tolérer n’est pas accepter, ni partager les opinions d’autrui ; c’est ne pas les combattre, ne pas châtier ceux qui les ont proférées.
La question : qu’est-ce qui justifie la tolérance ? Pour Voltaire ce n’est pas un grand principe, du genre respect de l’autre, respect de ses droits imprescriptibles, encore moins l’amour du prochain. Non. La tolérance est simplement le réalisme : elle s’applique seulement aux erreurs et aux sottises (car pour la vérité il doit y avoir adhésion). Si nous ne tolérons pas les erreurs des autres, alors non seulement nous ne supporterons personne, mais nous devrons nous condamner nous-mêmes. L’intolérance est ruineuse.
Autre question : qu’est-ce qu’une sottise ? Voltaire toujours nous en donne l’exemple : s’agissant de différence de religion, la véritable sottise est de vouloir convertir les autres car cela ne se fera que par la force et les massacres. Il faut donc passer du « égorgez-vous les uns les autres » à « acceptez vos différences ». On n’en est donc pas à dire qu’il n’y a qu’un seul Dieu que les uns nomment Jéhovah, les autres Yaveh, d’autres encore Allah, que toutes les religions ont le même message, ni qu’on est tous des frères. Ce syncrétisme est lui-même une violence contre les dogmes : il est donc – potentiellement - lui-même intolérant.
Restons modestes ; sinon on finira par dire comme Claudel : « La tolérance, il y a des maisons pour ça ! »Thursday, February 02, 2006
Citation du 3 février 2006
« Monsieur l’Abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerais ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. »
Voltaire Lettre du 6 février 1770 à M. Le Riche
Une fois n’est pas coutume : la citation du jour offre à ses lecteurs la citation qui court partout en ce moment.
Tout y est : l’anticlérical Voltaire qui se bat pour la liberté d’expression de l’abbé, à mettre en parallèle avec la liberté de publier aujourd’hui dans la presse (= liberté de la presse) des images sacrilèges. Que des Danois soient menacés pour cela et que le chevalier blanc français se remette en selle comme aux beaux jours de la révolution pour libérer les peuples gémissants sous le joug de l’intolérance, voilà qui est beau. Que ce chevalier blanc soit France-Soir est un point de détail dans l’Histoire.
Liberté : "Etat de celui qui fait ce qu’il veut et non ce que veut un autre que lui" dit mon dictionnaire.
Mais que veut celui qui dans la presse française publie les caricatures honnies par les musulmans ? Quel est le message pour le quel, comme Voltaire, il serait près à « donner sa vie » ? (1) On y voit Mahomet en terroriste genre Kamikaze, avec une bombe dans le turban : ce n’est pas du tout le message de la presse française. Celui-ci est « je publie pour montrer qu’on peut publier ». En bref, ce qu’on revendique et ce qu’on dit ce sont deux choses différentes : le message est - pour le moins - brouillé.
Alors ou bien on publie une manchette en gros caractère pour revendiquer la liberté de la presse, ou bien on publie un bon vieux blasphème, bien de chez nous : que chacun imagine le sien.