Friday, June 16, 2017
Citation du 17 juin 2017
Wednesday, February 18, 2015
Citation du 19 février 2015
Wednesday, October 13, 2010
Citation du 14 octobre 2010
Ce n’est pas la rue qui gouverne.
Jean-Pierre Raffarin (en 2003, à l’occasion des grèves contre le projet de réforme des retraites)
Jean-Pierre Raffarin aurait aussi bien pu paraphraser Kant : « Votez tant que vous voudrez, mais – entre temps – obéissez ! ».
Que ça ait pu valoir du temps de Kant, soit. Mais aujourd’hui, la question n’est même plus de savoir si cette affirmation est vraie ou fausse, mais bien à partir de quand elle devient fausse.
Deux exemples :
- En 1995, Alain Juppé alors premier ministre est pris dans une vaste contestation de ses réformes (retraite, sécurité sociale). Il a alors l’imprudence de déclarer : « Je ne bougerai que s’il y a 5 millions de manifestants dans la rue » : il les a eus, et il a du bouger. Reste à lui accorder que, pour une fois, le politique n’a pas usé de la langue de bois.
- En 2006, avec le CPE (« Contrat Première Embauche » réglementant le travail des jeunes) on a vu une loi déjà votée (le 31 mars 2006) être abrogée (le 21 avril de la même année) sous la pression des manifestations. Comment éviter de voir là une forme de démocratie directe, qui s’exprime en dehors des urnes, parfois par les grèves, parfois par les manifestations, parfois par les sondages d’opinion ?
Il faut alors admettre que la légitimité se partage alors entre le gouvernement et les manifestants. Bien que la légalité reste du côté des autorités constituées, néanmoins aucun gouvernement démocratique ne peut tenir face à une contestation massive de la rue.
Mais attention : tout cela vaut en politique, là où il y a des choix à faire. Pas pour l’économie où la dure loi de la nécessité s’applique.
Si vous manifestez contre la pauvreté, c’est seulement parce qu’il y a quelque part des richesses à redistribuer.
Tuesday, May 15, 2007
Citation du 16 mai 2007
Le roi est mort, vive le roi !
Proclamation traditionnelle lors de l’enterrement du roi de France (1)
La monarchie connaissait un moment essentiel : celui de la transmission du pouvoir d’un roi à son successeur, qui avait lieu au moment des funérailles. Elle se faisait par la formule citée : « Le roi est mort, vive le roi ! »
Il s’agissait de montrer que le lien sacré unissant le Roi à sa fonction n’était pas rompu, et que le nouveau roi participait de la même légitimité, la continuité de la fonction impliquant la permanence du lien.
Nous autres républicains avons aussi la cérémonie de la passation du pouvoir d’un Président à un autre. Simplement, nous n’avons pas besoin d’attendre la mort d’un roi pour remplacer un président. C’est toujours ça de pris…
Mais l’idée est la même : il ne doit pas y avoir vacance du pouvoir. Toutefois, notre interprétation est beaucoup plus utilitariste : nous comprenons cette continuité par l’obligation que le pouvoir suprême soit en mesure de s’exercer à tout moment du fait des dangers qui menacent le pays. C’est sans doute ce qui explique que lors de l’entrevue qui accompagne la passation de pouvoir le président sortant remette les codes du feu nucléaire à son successeur (2).
Admettons que cette légende soit vraie. Et si on avait tort de ne voir là qu’une obsession sécuritaire ? Si comme pour le roi de France, on avait affaire à une réaffirmation du pouvoir absolu du monarque républicain ? Quelque chose comme l’adoubement du nouveau Prince par la prise de possession du pouvoir régalien par excellence : celui de détruire la planète. Je détiens le bouton rouge, donc je suis tout puissant ; je suis tout puissant, donc je suis le roi.
Hobbes disait que l’Etat était un « Dieu mortel » (3). Louis XIV aurait dit « L’Etat, c’est moi ».
La conclusion, nos Présidents Républicains l’ont, semble-t-il, tirée depuis longtemps.
(1) Voir cet article. A noter que ce n’est pas par snobisme que je cite Wikipedia en anglais, mais parce que l’article français est moins bien documenté.
(2) Si c’est une légende, elle a la vie dure. Voici ce qu’on raconte : au moment de l’entrevue précédant la passation de pouvoir, Giscard avait remis à Mitterrand un médaillon dans le quel était enfermé ce code. Dans l’après midi Mitterrand s’efforce de l’ouvrir ; pince, tournevis ; il y arrive finalement pour constater que le médaillon est vide. On pourrait en faire un conte philosophique.
(3) Hobbes - Léviathan, I, 17 (lire)
Tuesday, October 31, 2006
Citation du 1er novembre 2006
Monday, March 20, 2006
Citation du 20 mars2006
« Nemo plus juris ad alium transferre potest quam ipse habet. » (Personne ne peut transmettre à autrui plus de droits qu'il n'en a lui-même.)
Maxime juridique
Dans la théorie du contrat, cette sentence explique l’origine du droit : l’autorité du Législateur résulte d’une délégation de pouvoir concédée par les citoyens, qui tracent ainsi la frontière entre le domaine de la loi et celui de la vie privée. Beccaria (Des délits et des peines - 1764) s’est servi de ce principe pour démontrer l’illégalité de la peine de mort. On sait comment il fut entendu ! Mais l’argument mérité d’être considéré.
Nul ne peut prétendre avoir reçu mandat pour condamner à mort un criminel, parce que ce droit que personne ne possède (« Tu ne tueras point. » c’est le présupposé de Beccaria) ne peut être délégué à quiconque. La suppression de la peine de mort est donc non motivée par des considérations humanitaires, ni au nom de la civilisation ; c’est un argument juridique qui prévaut ici.
Mais il y a d’autres arguments.
La barbarie est un bon argument. Par exemple, pour la justification par l’exemplarité de la peine de mort. On dit « qu’importe que la peine de mort ne soit pas bien fondée, il suffit que les criminels soient moins nombreux grâce à elle pour que ce soit légitime. » Mais on pourrait compléter : « Et si ce n’est pas suffisant ressortons le pal, la roue, la croix. Ce sont les anciens qui avaient raison. » La férocité des anciens temps risque de n’être plus au goût du jour.
Mais il y a aussi un argument « métaphysique » : que savons-nous de la mort à la quelle nous condamnons le criminel ? Qui donc en est revenu pour nous raconter comment ça se passe ? Certes, nous supprimons une existence à titre d’éradication du mal, ou a titre de punition pour avoir empêché de vivre une victime (Talion). Mais ce faisant, que faisons-nous ? Anéantissons-nous une existence ? Envoyons-nous un pécheur comparaître devant son Créateur ?
Et s’il était accueilli par les vierges d’Allah ?
Tuesday, February 14, 2006
Citation du 15 février 2006
Summum jus, summa injuria. (Justice extrême est extrême injustice)
Térence
Selon cette maxime juridique, on peut commettre des iniquités par une application trop rigoureuse de la loi. Faut-il y voir un pressentiment de l’affaire d’Outreau ? Voyons un peu. Un juge d’instruction et un procureur, en restant dans le cadre de la loi qu’ils servent avec zèle (summum jus), mettent en prison en toute légalité des innocents et ravagent leur vie avant même qu’ils soient jugés (summa injuria). Ça colle semble-t-il.
La justice nous dit Térence est comme un serpent qui se mord la queue : si la tête c’est la justice, la queue c’est l’injustice, et l’un n’est jamais loin de l’autre.En effet. Néanmoins le sens de cette maxime doit être complètement repensé pour coïncider avec la situation d’Outreau.
Application : dans l’affaire d’Outreau on a accusé tout le monde, juge, procureur, média ; tout le monde sauf nous. Nous, le brave peuple, qui crie à l’extrême injustice, quand la justice n’est pas extrême. Car il nous faut du crime, même s’il n’y en a pas (ou : pas autant qu’il faudrait) : en effet sans crime, pas de coupable, et sans coupable, pas de châtiment ; or, la justice, pour nous les braves gens, c’est le châtiment.
Ce n’est donc pas l’application stricte de la loi qui forme le terreau de cette affaire ; c’est le désir de vengeance ; il y a des pédophiles, on le sait, mais où sont-ils ? On nous en signale toute une bande, bien organisés et bien répugnants. Qu’on les pende ! On est plus du côté du lynchage que de celui de la justice.
Et si les pédophiles manquent à l’appel, on se fera le juge.