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Friday, July 21, 2017

Citation du 22 juillet 2017

Mes problèmes, ce sont aussi les vôtres.
Emmanuel Macron – Discours à la conférence nationale des territoires
– Le 17 juillet 2017
Les idées fortes ont souvent besoin de peu de mots pour être dites, parce qu’elles ne sont fortes qu’à condition d’être l’expression de la réalité.
Ici, il s’agit d’un Président de la République qui, parlant des problèmes de la gouvernance, dit aux citoyens : Mes problèmes, ce sont aussi les vôtres.
Bof, dira-t-on… Ça ne mange pas de pain. De toute façon, il n’a sûrement pas les problèmes que nous, nous avons, avec les fins de mois difficiles et l’emploi qui fiche le camp !
Pour que ça marche, il faut que les problèmes du Président soient des problèmes de Présidence. Oui, mais alors pourquoi me sentirais-je concerné, moi, simple citoyen ? Après tout, le Président, je l’ai élu pour qu’il aille affronter ces problèmes à ma place – et qu’il ne m’en parle plus !
Faux, et pour deux raisons : 
            - Déjà, parce qu’on a tous la même situation à vivre : la France est un pays qui doit être gouverné en fonction d’une situation qui englobe tout le monde. Certes, le Président ne risque pas le chômage ; mais il a la réduction du chômage en numéro 1 sur sa feuille de route, et du coup, ses intérêts sont les mêmes que ceux de tous les Français.
            - Mais aussi – et surtout – les citoyens doivent comprendre que la gouvernance rencontre des contraintes qui ne sont certes pas celles que rencontrent tous les français, mais qui, entravant l’action politique, sont quand même indirectement les leurs.
Un exemple actuel : la question de la réforme du code du travail. Les libéraux – disons les jeunes cadres déjà en place dans une entreprise – sont tout à fait persuadés que faciliter les licenciements, c’est aussi faciliter l’embauche : la « flexisécurité », c’est pour eux. Oui, mais si vous êtes ouvrier du côté de La Souterraine et qu’on ferme votre usine (1), vous sauriez que la réembauche ce n’est pas pour demain. Du coup, ils (les ouvriers) font un foin de tous les diables, bloquent l’usine et menacent d’y mettre le feu. Mais les autres (les jeunes cadres) ne comprennent pas que le pouvoir tergiverse, que certaines mesures ne soient que des demi-mesures, et qu’on ne fasse selon eux que semblant de réformer.
--> Le  gouvernement lui, sait que pour avancer il faut savoir aussi parfois reculer, que l’une des principales conditions pour réussir une réforme en politique est de savoir faire deux pas en avant et un en arrière et non l’inverse - comme au tango. 



Vu ici
DE toute manière, inutile d’envoyer la troupe pour forcer le passage : on ne gouverne pas un pays moderne comme on gouverne une caserne.
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(1) Pour ceux qui liraient ce message depuis une lointaine ile du Pacifique, la référence à GM&S pourrait échapper. Qu’ils lisent donc ça.

Tuesday, December 27, 2016

Citation du 28 décembre 2016

Ce qui tuera l'ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l'esprit français : la blague.
Edmond et Jules de Goncourt – Journal 30 juin 1868

Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloges flatteurs.
Beaumarchais – Le mariage de Figaro.
La blague. –
Chaque matin sur les grandes radios généralistes – et aussi quelques autres que je ne connais pas – au milieu d’un fleuve d’informations, et sans doute pour réveiller l’auditoire, on nous propose une brève intervention de chroniqueurs humoristes ou d’imitateurs du même calibre qui viennent « vanner » les hommes politiques, souvent de façon répétitive et monotone, mais toujours en les ridiculisant. Peu importe que ces comiques soient talentueux et qu’ils délassent effectivement un esprit déjà fatigué de la journée qui commence, car l’essentiel n’est pas là : il est dans la réduction des gouvernants politiques à la taille de la caricature qui en est faite.
Bien sûr, les démocraties peuvent s’enorgueillir de cette liberté laissée aux citoyens ; bien sûr on citera Beaumarchais en agitant la menace révolutionnaire devant l’interdit dont l’éventualité ne nous viendrait d'ailleurs même pas à l’idée. Et c’est tant mieux. Mais qu’on ne prenne pas à la légère cette condamnation des Goncourt : il se pourrait que la blague soit un peu plus corrosive qu’il n’y paraît.

Relisons notre Citation-du-jour à travers le commentaire qu’en fait Robert Kopp (1) : « [Pour les Goncourt, la blague] c’est l’irrespect généralisé qui se moque de tout ce qui est grand, héroïque, sacré. C’est l’esprit des démocraties modernes qui n’aspirent qu’à la médiocrité. » Et on pourrait écrire à peu près la même chose à propos de Flaubert. Selon eux, cette liberté laissée par les démocraties permet juste de dévoiler la nature même du peuple : le ridicule qu’il affectionne tant est avant tout  le signe de sa médiocrité.

En sommes-nous là ?
Certains politiques se plaignent et disent qu’il y a aujourd’hui quelque chose de corrompu et de mauvais dans les persiflages et les billets humoristiques qu’on entend en permanence et qui visent systématiquement tous les hommes politiques (2). Certes, on l’a dit, le droit à rire de tous est institutionnel et les politiciens ne sont pas à mettre à part. Mais ce qui pèche – et c’est bien ce que disaient les Goncourt – la blague qui diffuse l’irrespect n’a d’autre légitimité que de faire rire, et dès lors on ne se demande même plus si ce qu’on dit est vrai : la distinction vrai/faux n’est plus opérante : seule compte la vanne qui-fait-rire opposée à celle qui-ne-le-fait-pas.

A force de prendre les décisions politiques pour des actes dérisoires dont on peut rire, il est devenu normal d’élire un bouffon, comme l’ont fait les italiens en élisant Beppe Grillo. La boucle est bouclée.

Question : Quel bouffon pourrions-nous prendre comme prochain Président ?
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(1) Robert Kopp, dans la préface de l’édition complète du Journal des Goncourt chez Laffont-Bouquins

(2) Autre fois les « chansonniers » faisaient métier de ridiculiser les gens qui ont du pouvoir. Il n’y a plus de chansonnier aujourd’hui, sans doute parce que tout le monde l’est devenu.

Sunday, December 18, 2016

Citation du 19 décembre 2016

Un mauvais général vaut mieux que deux bons.
Napoléon
Il est des citations dont la valeur dépend de celle de leurs auteurs. Ainsi de cette surprenante assertion concernant l’art de la guerre, qu’on ne retiendra que parce qu’elle émane de Napoléon, car on suppose qu’il savait de quoi il parlait.
Oui, mais en plus de lui faire confiance, on voudrait comprendre pourquoi il a dit cela et savoir si on peut généraliser. L’idée est simple : une mauvaise décision est moins mauvaise que pas de décision du tout. Or, c’est ce qui risque d’arriver si deux généraux se disputent pour savoir qui des deux commandera la manœuvre. En revanche une manœuvre mal organisée par un mauvais général risquera de perdre du temps et de mettre en péril l’armée ; mais ce péril sera moins grand que d’attendre l’arme au pied pendant que l’ennemi s’organise et charge.
Le point litigieux est d’admettre que nos deux « bons généraux » ne seront pas d’accord sur ce qu’il convient de faire. Pourquoi ne donneraient-ils pas leur approbation aux mêmes décisions ? Certes, c’est sûrement ce qui doit arriver.
Mais alors le danger signalé par Napoléon se trouve ailleurs : c’est que chaque chef d’armée veut être le seul vainqueur, et donc être le seul à porter la responsabilité de la manœuvre. Napoléon le sait bien, lui qui a remporté tant de victoires : pas question d’accorder l’ordre de charger à Austerlitz à l’un de ses généraux : c’est lui seul qui a remporté la victoire et il n’a laissé à ses généraux que des rôles d’exécutants. Bref, un bon général ce n’est pas seulement un général capable d’organiser la bataille ; c’est surtout un général victorieux

Sans être obnubilés par les élections françaises, songeons que nos « Primaires » de la droite ou de la gauche ont le même profil : ce qu’il nous faut ce n’est pas forcément le meilleur ; c’est le vainqueur. Et il se pourrait que ce ne soit pas le même.
Bien sûr, il faut que le vainqueur soit bien malin sinon il ne remporterait pas la victoire. Soit – Réécrivons donc la citation de Napoléon : « Un général (= candidat aux élections) malin vaut mieux que deux (= concurrents) bons (= sincères). » Traduisons : « Qu’importe que notre candidat élu soit bon, du moment qu’il est le plus malin »

Vous n’êtes pas d’accord ? Et pourtant on vous dit maintenant qu’à droite le candidat choisi est entrain de modifier le programme sur le quel il a été élu pour se mettre en accord avec l’opinion qui va décider de l’élection présidentielle. Autrement dit, le programme n’est pas fait pour gouverner, mais seulement pour être élu. Si ça ce n’est pas être malin, alors il faudra me dire qu’est-ce que c’est donc ?

Sunday, July 10, 2016

Citation du 11 juillet 2016

Je stipule dit le fou / que les grelots de ma mule / seront des grelots de houx.
Mais, quand on appela le menuisier, / Il n’avait que du merisier.
Maurice Fombeure – A dos d’oiseau
 Le foot est parti : revoici les élections présidentielles !

--> Dans 10 mois, les élections : nous voici déjà en période pré-électorale ; bientôt les promesses des futurs candidats vont enfler jusqu’à devenir description de l’avenir radieux.
Et à chaque fois, c’est la même chose : on est tellement indignés du sort qui nous est fait qu’on prête oreille complaisante et on vote … comme un seul homme pour le candidat le plus charmant. Voyez les électeurs britanniques : ils nous offrent le spectacle affligeant de celui qui aurait voté en rêve et qui se réveille groggy par la réalité qu’il trouve au petit matin.
o-o-o
Moi, je dis : écoutez le poète ! Voyez dans ce petit poème de Maurice Fombeure, que vous avez peut-être appris en récitation étant petit, comment, face à la ridicule autorité de ceux qui ne font rien, la tranquille réalité est dévoilée par l’artisan – celui qui fait.

— Je stipule dit le roi,
que les grelots de ma mule
seront des grelots de bois.

— Je stipule dit la reine
que les grelots de ma mule
seront des grelots de frêne.

— Je stipule dit le dauphin
que les grelots de ma mule
seront en cœur de sapin.

— Je stipule dit l’infante élégante
que les grelots de ma mule
seront fait de palissandre.

— Je stipule dit le fou
que les grelots de ma mule
seront des grelots de houx.

Mais, quand on appela le menuisier,
Il n’avait que du merisier.


Maurice Fombeure, A dos d’oiseau

Wednesday, February 17, 2016

Citation du 18 février 2016

On a beau ne rien attendre de lui, il déçoit toujours.
Attribué à Arnaud Montebourg
Pour les lecteurs francophones non français : Montebourg parle ici du Président Hollande.
D’où vient qu’on puisse être déçu par un homme dont on n’attend rien ? Il faudrait en effet pour en arriver là manquer à des obligations absolument basiques de la part d’un homme : oublier d’enfiler son pantalon en sortant de chez lui, arriver au bureau avec un cabas rempli de dossiers, faire des bruits incongrus pendant une réunion.
Ce n’est de toute évidence pas de cela qu’il s’agit. Et si la déception venait plutôt non de celui qui déçoit, mais de celui qui est déçu ? Si on ne renonçait jamais tout à fait à voir en certains de nos élus ceux qui arriveront bien – un jour… –  à réaliser nos espoirs? S’il y avait en nous des désirs qui nous disaient (comme le patient d’Octave Mannoni) : « Je sais bien, mais quand même… » ? (1) Oui, n’est-ce pas, c’est sans doute cela.
Reprenons alors : nous avons voté en 2012 pour un candidat dont nous savions qu’il ne pouvait tenir les promesses mirobolantes qu’il nous avait faites, telles que renégocier le pacte européen, conduire les entreprises à relocaliser leurs usines, interdire aux banques d’exercer dans des paradis fiscaux, etc… Si nous avons cru à de telles promesses, c’est parce qu’il y a en nous une force qui impose le déni de la réalité. Maintenant ajoutons encore un point qui me semble capital : cette évidence d’ordre psychologique, tout le monde la connaît, et principalement les staffs des futurs candidats qui sont en ce moment même entrain de plancher sur les programmes des futurs candidats. A l’heure où j’écris, j’entends de partout des sondages qui promettent des résultats mirobolants à des hommes qui paraissent vouloir des réformes dignes de feus Reagan ou Thatcher. Ah bon ? On aurait donc renoncé à nous cramponner à nos espoirs de vie repue de fric ? On aurait accepté de voir notre pays devenir comme l’Amérique, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne, des pays riches peuplés de pauvres ?
Bien sûr que non ! Simplement ce qu’on va nous « vendre » c’est l’idée que nous (nous qui allons voter prochainement) nous aurons à élire un candidat qui aura enfin la capacité de nous protéger (oui : nous qui lisons ces lignes).
Oui, le boulot harassant à 4 euros de l’heure, ce sera seulement pour les autres !
… Ou sinon, bien que n’attendant rien du pouvoir, vous serez quand même déçus…
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(1) «Un article célèbre d'Octave Mannoni, publié dans les Clefs pour l'imaginaire, ayant pour titre «Je sais bien, mais quand même», indique précisément comment une croyance peut survivre au démenti de l'expérience. » (Art. Wiki)