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Thursday, June 22, 2017

Citation du 23 juin 2017

No man is an island entire of itself; every man  is a piece of the continent, a part of the main;
John Donne (1624) – Méditation XVII (lire ici)
(Traduction : « Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne. »)

Commentaire I
(Je prendrai trois vues successives sur ce court poème, dont chacun connaît la fin grâce au livre d’Hemingway, mais qui porte bien d’autres éléments auxquels nous réagirons spécialement aujourd’hui et les jours suivants.)
- « L’homme est un animal politique » disait Aristote, suivant en cela le principe grecque selon le quel la Cité n’est pas seulement un milieu de vie, elle est aussi le terreau dans le quel nous sommes enracinés et qui nous produit tels que nous sommes. N’oublions pas le mythe des autochtones dans lequel Platon décrit les premiers athéniens surgissant du sol de la future acropole comme des plantes qui poussent – raison pour la quelle Socrate pressé par ses amis de fuir Athènes avant d’y être mis à mort répondait qu’il ne pourrait vivre ailleurs.

- L’homme est donc enraciné, mais pas n’importe où : dans un continent et non, comme il apparaît parfois, dans une île.
La métaphore de l’île est intéressante à évoquer : au fond l’idée est qu’une île n’est pas véritablement séparée du continent : elle fait partie du continent – simplement un effondrement l’en a isolé en remplissant une grande vallée par de mer – un peu comme la Manche séparant l’Angleterre de la France : après tout l’Angleterre elle n’a pas toujours été une île et peut-être reviendra-t-il un jour (lors d’une nouvelle glaciation) où elle ne le sera plus !

Le poème de John Donne déploie cette métaphore : tout homme est lié aux autres de façon souterraine peut-être – mais néanmoins essentielle. Mais, qu’est-ce qui nous relie ainsi aux autres ? Est-ce une communauté de besoins, chacun apportant aux autres une petite partie de ce qui leur est nécessaire et recevant d’eux tout le reste. Mais on peut aussi se dire que nous sommes liés par la langue (sic), ou par la tradition, ou par la musique ou par…notre condition humaine : même le plus misérable des hommes, celui dont la peau n’a pas la même couleur que la mienne, qui ne parle pas la même langue – celui qui ne prie pas comme les miens le font – oui, même celui-là, qui n’est pas de la même souche est quand même est aussi issu du même terreau.

Sunday, December 20, 2015

Citation du 21 décembre 2015

Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph le vit, mais conversa avec lui, il le pressa dans ses bras d’une paternelle tendresse, il le couvrit de baisers; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il le nourrit.
Pie IX – Les Mystères du Rosaire

Image trouvée ici – En prime vous découvrirez comment un homme peut, allaiter un enfant
Nativité – Honneur à Joseph.
Oui, je sais je tape fort sur les tabous : primo, Joseph avec l’enfant, plutôt  que Marie ; ensuite le petit Jésus, comme son papa, de race « pas blanche ». De quoi faire fulminer Nadine Morano, mais qu’importe ?
Alors, c’est vrai, dans une crèche, c’est Balthazar, le roi mage, qui est noir – et qui s’incline devant l’enfant blond. Mais imaginons le petit Jésus noir (après tout beaucoup de chrétiens le sont aussi) : il faut alors aller jusqu’au bout – si Jésus est noir, alors ses parents le sont aussi. Et pourquoi pas Joseph ? Sans me prononcer sur la couleur du Seigneur-Dieu (Aïe ! Ne me lapidez pas !), on pourrait supposer que, si Jésus est métis, alors Marie est noire et que donc elle a épousé un homme de même couleur.
Passons – Non ? Je sens que ça ne passe pas du tout – que tout ce que je viens d’écrire est ressenti comme un abominable blasphème. J’évoquais il y a un instant les propos de Nadine Morano : au lieu de la huer on aurait dû mieux réfléchir. Oui, elle a raison au moins pour une chose : nous avons des racines – quand je dis « nous », je nous vise tous, nous les occidentaux, et pas seulement les cathos qui suivent le rite saint Pie V –  des racines faites des traditions venues de nos parents et de leurs grands parents et puis aussi des ancêtres de ceux-ci etc. C’est devenu un inconscient collectif que les sociologues ont étudié, et qui nous détermine sans que nous le sachions.
Ecoutons l’un d’entre eux : « … on peut maintenant définir /l’inconscient collectif/ : ensemble des normes et des représentations, élaborées collectivement, incorporées et qui définissent la scène de l’action sociale. Cet inconscient participe d’une aptitude individuelle à incorporer du collectif et à oublier les modalités de cette acquisition. » Supposons que la blancheur de la peau et la blondeur des cheveux aient été de temps immémoriaux repérées comme les couleurs des maitres. On imagine que le Surhomme avait une crinière blonde – de même que les Walkyries : Nietzsche a fait le bonheur des nazis, le jour où il a écrit dans sa Généalogie de la morale « Au fond de toutes ces races aristocratiques, il est impossible de ne pas reconnaître le fauve, la superbe brute blonde rôdant en quête de proie et de carnage. » (Ici)


Reste que le Surhomme de Nietzsche était plutôt un petit enfant que la Grande brute blonde. On imagine Zarathoustra : « Ecoutez-moi, mes frères : le Surhomme est le petit Jésus » – mais ça je ne suis pas sûr que notre inconscient collectif l’ait enregistré…

Thursday, May 30, 2013

Citation du 30 mai 2013


Le monde entier est en train de devenir une seule population, et cet aspect de la globalisation ne peut être que bénéfique sur le plan génétique.
Luigi Luca Cavalli-Sforza – Evolution biologique, évolution culturelle (2005) chap. Gènes, populations, phénotypes et environnement.   

A l’heure où la France vient de rayer le mot « race » du texte de la Constitution de la 5ème République (1), il est intéressant de voir comment les anthropologues se sont intéressés à la génétique des populations (population, mot employé systématiquement en lieu et place de la race).
1 – On observe en effet une répartition géographique des caractéristiques de certains gènes selon une carte politique de l’Europe (on lira les détails dans cet article très savant illustrant ce point (2)). Bien sûr ce fait n’invalide pas la détermination politique à exclure le terme de race, qui a une signification politique et non scientifique. Par contre, il montre que le concept de population a aussi une dimension génétique.
2 – Il en résulte que, comme le dit notre auteur du jour, ce fait est à corréler avec le brassage des peuples tel qu’il résulte des échanges entre régions permis par les nouveaux modes de transports et nécessité par la concentration économique (qui ne coïncide pas forcément avec les lieux de concentration de population humaine).
3 – De ce fait, le métissage des populations de l’espèce humaine doit se développer, avec une conséquence positive (selon Luca Cavalli-Sforza), qui serait de la renforcer, un peu comme on protège par hybridation certaines plantes des maladies.
4 – Oui, mais qu’arriverait-il à terme ? J’imagine… Un monde où tous les êtres humains auraient le même aspect physique, la même couleur de peau, les mêmes cheveux, la même voix, la même odeur…
Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi, ça ne me fait pas envie…

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(1) L'article 1er de la Constitution, stipule: "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée".
(2) On lit par exemple :  « De plus, nous détectons une barrière génétique significative suivant un axe nord-est / sud-ouest qui longe approximativement les Alpes et coupe à travers les Pyrénées, séparant les populations du pourtour méditerranéen de celle d’Europe du nord-ouest » –Source : De l’Europe à l’Inde: structure génétique et diversité des populations de part et d’autre de leurs frontières géographiques et culturelles (Colloque du groupement des anthropologistes de langue française) Voir le texte ici.

Tuesday, November 04, 2008

Citation du 5 novembre 2008


Pureté-Impureté 1

Tout est pur pour ceux qui sont purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui refusent de croire, rien n’est pur […] Ils sont abominables, rebelles, inaptes à toute œuvre bonne.

Saint Paul Epître à Tite, I-15-16

Il est des mots dont la définition contredit le sens. Ainsi le mot pur qui devrait être défini d’une ligne (par exemple : sans mélange) remplit plusieurs pages de dictionnaires avec des cascades de sens dérivés. On se prend à songer que cette définition est bien impure…

Pur, pureté, … Que d’abominations n’a-t-on pas commises au nom de cette perfection ? La plus récente, la purification ethnique n’étant que le dernier – mais non l’ultime hélas - avatar de cette histoire. Car l’impureté est à la fois la condition humaine et ce qui rejette l’homme dans l’inhumanité.

Tout dépend donc du contexte. Dans la Bible, les choses sont simples... ou presque ! L’impureté n’est autre que la souillure, et la souillure vient par contamination, du contact de l’être impur (la femme en couches par exemple), ou de l’ingestion de nourriture impure. Il n’est que de lire le Lévitique pour être édifié à ce sujet.

On comprend qu’il n’est pas besoin d’aller plus loin pour voir comment l’impureté a servi de caution aux pires atrocités.

Par contre il est plus délicat de saisir ce qu’est la pureté. On critique la Marseillaise pour avoir appelé à répandre le sang impur. Mais c’est quoi la pureté du sang ? C’est la pureté de la race ? Et c’est quoi la pureté de la race ? Le non-métissage ? Mais à ce compte, toutes les races, la blanche, la noire, la jaune, sont pures dès lors qu’elles existent en tant que telles. C’est ainsi que les nazis en étaient venus à prétendre – sur les traces de Gobineau – que les juifs n’étaient pas une race, mais le résultat du métissage des autres races. C’est de là que venait leur impureté.

On a compris sans doute déjà que nous sommes dans une idéologie de l’excellence de l’origine. Dès lors que cette origine se perd, ou qu’elle se mélange à une autre, ce métissage devient impureté, souillure.

D’où l’embarras devant la reproduction sexuée qui impose ce métissage. Les nazis - encore eux, les « spécialistes » de la pureté – ont voulu contourner cette difficulté avec les centres de « production » et d’éducation d’enfants de race aryenne pure qu’étaient les napolas.

Friday, August 22, 2008

Citation du 23 août 2008

Crainte et intelligence. - Si ce que l'on affirme maintenant expressément est vrai, qu'il ne faut pas chercher dans la lumière la cause du pigment noir de la peau : ce phénomène pourrait peut-être rester le dernier effet de fréquents accès de rage accumulés pendant des siècles (et d'afflux de sang sous la peau) ? Tandis que, chez d'autres races plus intelligentes, le phénomène de pâleur et de frayeur, tout aussi fréquent, aurait fini par produire la couleur blanche de la peau ? - Car le degré de crainte est une mesure de l'intelligence : et le fait de s'abandonner souvent à une colère aveugle est le signe que l'animalité est encore toute proche et voudrait de nouveau prévaloir, - gris-brun, ce serait peut-être là la couleur primitive de l'homme, - quelque chose qui tient du singe et de l'ours, comme de juste.

Friedrich Nietzsche - Aurore. 1881

D’où viennent les races ? Les caractéristiques héréditaires qui les distinguent ont-elles une explication ? Ont-elles une fonction ?

Nietzsche répond : chez les noirs, la peau est ainsi colorée par l’afflux du sang sous la peau. Thèse courante, un siècle plus tôt Kant disait la même chose (1), et je suppose qu’il n’était pas le seul.

Mais ce qui est plus original – plus « nietzschéen », c’est le rapport entre la crainte et l’intelligence, et l’idée que la colère soit diamétralement opposée à la crainte.

Si en effet on passe sur le jugement dépréciatif de Nietzsche sur l’intelligence des noirs (2) (jugement tellement tenace que jusqu’à aujourd’hui les élites africaines ont dû se barder de diplômes et de doctorats pour compenser – et même surcompenser – cette idée), alors on a ici un véritable inventaire des idées de Nietzsche :

- d’abord relation entre la couleur de la peau et le degré d’évolution ;

- en suite, relation entre les passions et l’intelligence ;

- enfin l’idée que l’espèce humaine issue d’une variété animale, s’est arrachée à l’animalité en accédant à la frayeur – c'est-à-dire à la conscience de sa situation dans le monde.

Voilà : même s’il n’y avait que cette dernière idée, ça vaudrait le coup de lire le reste du livre pour y parvenir.

(1) Kant – Définition du concept de race in La philosophie de l’histoire.
Selon Kant, le rôle de la peau est de déphlogistiquer (phlogistique = substance apportant la chaleur) le sang, et en Afrique, il y a beaucoup de phlogistique dans l’air qui passe dans le sang par l’intermédiaire des poumons. La couleur noire de la peau des africains s’explique donc par les résidus sanguins qui y restent.

(2) Je comprends parfaitement qu’on jette le livre au feu en lisant de pareilles choses. Mais c’est un peu dommage, parce qu’on jette aussi tout ce qui suit.