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Tuesday, December 28, 2010

Citation du 29 décembre 2010


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Dans la compétition inévitable pour le pouvoir, l'instrument de travail avait longtemps été le poison, la dague et le meurtre. On a inventé les partis politiques pour limiter la violence du processus.
Michel Rocard – Interview-débat – Le Monde.fr (25-11-2010) (1)
On a inventé les partis politiques pour limiter la violence
Voilà le genre de phrase que j’aime à rencontrer, parce qu’au lieu de chercher à nous indigner, elle nous remet en ligne avec la réalité.
L’un des aspects de la vie politique – et peut-être le seul qui soit universel – est la conquête et la conservation du pouvoir : on le répète au moins depuis Machiavel. Simplement nous avions peut-être cru que, puisque depuis Machiavel justement on avait remisé le poison et la dague, alors la conquête du pouvoir était devenue une affaire qui se réglait par le consensus, au sein des partis politiques – ou bien dans les urnes.
Hé bien, non !
Rien n’a changé, sauf que les perdants dans la compétition politique peuvent refaire surface après une « traversée du désert » alors qu’avant, avec la dague plantée dans le dos, c’était un peu plus difficile.
Regardez un peu ce qui se passe dans notre pays. Plutôt que de ressasser l’histoire du « bal des ego » au PS, faisons un tout petit saut en arrière : nous sommes en 1993 et Edouard Balladur est premier ministre RPR, grâce à Jacques Chirac, l’homme fort du parti. Tout le monde suppose qu’il y a un deal entre les deux hommes : à Balladur le soin de gouverner avec l’impopularité qui risque de s’en suivre ; à Chirac de se mettre en réserve de la République pour se présenter aux présidentielles de 1995.
Oui, mais Balladur sentant que les sondages lui sont – contre toute attente – favorables, trahit son « ami de 30 ans » et se présente lui-même à la présidence. On connaît la suite et elle ne nous intéresse pas ici, puisque c’est à la trahison, cette violence spécifique à la démocratie que nous nous attachons.
Une dernière remarque : dans les pays où l’on ne pratique pas la démocratie, le poison et la dague ont été rangés au magasin des accessoires obsolètes. On les a remplacés avantageusement par le lance-roquette et le char d’assaut
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(1) Voici le passage :
Question : Comment jugez-vous le bal des ego au PS ?
Michel Rocard : Dans la compétition inévitable pour le pouvoir, l'instrument de travail avait longtemps été le poison, la dague et le meurtre. On a inventé les partis politiques pour limiter la violence du processus.
Leur métier est donc d'offrir sa place au bal des ego et de proposer des règles du jeu pour parvenir à désigner le meilleur. Je commence à être fatigué de ces critiques absurdes du rôle même de la politique. Si vous voulez revenir au poignard, dites-le ! Le problème n'est pas là.
Le problème est la correspondance entre des ego et des projets. Or l'humanité vit une conjonction de crises rarissime et il n'y a pas encore de bon projet de réponse simultanée. Du coup, le bal des ego reprend un caractère artificiel, qu'il a partout.

Tuesday, November 10, 2009

Citation du 11 novembre 2009

J'appelle culture la coïncidence entre une langue et un art de prier

Propos de Michel Rocard recueillis par Baptiste Legrand pour le Nouvelobs.com (le 2 novembre 2009)

Ça c’est vraiment ce que Rocard appelle le parler vrai ! Et en plus c’est dans une interview intitulée : « L’identité nationale est un débat imbécile ». (A lire ici)

Débat imbécile, parce que l’identité nationale est suffisamment évidente pour ne pas avoir besoin d’un débat pour être connue. La preuve : qui dit identité nationale dit culture, et la culture se définit tout simplement comme la coïncidence entre une langue et un art de prier.

Et vous, vous auriez dit la même chose ? Peut-être pas, hein ?

Moi, je ne sais pas. En tout cas j’ai dit ici même que être français, c’était parler français. Mais faut-il y ajouter l’art de prier ? Et d’abord, qu’est-ce que c’est que l’art de prier ? Faut-il donc posséder un art pour prier ?

Je comprends que c’est peut-être un style, une manière particulière en relation avec un dogme (on a parlé ici avec Lévi-Strauss des règles de la prière musulmane). Ce qui reviendrait à dire – à peu près – que la culture se définit par un rapport spécifique à la divinité.

Alors là, permettez-moi de vous dire qu’une telle affirmation fait débat ! Parce que le divin n’est pas forcément reconnu comme condition et horizon de la culture. Certes, on admet souvent qu’une transcendance – quelque chose qui nous fait désirer ce qui manque, ce dont notre monde porte la marque en creux – est nécessaire pour que la pensée humaine puisse prendre son vol (1), et donc pour que la culture ait une substance véritable. Mais faudrait-il donc dire aussi que la transcendance serait toujours religieuse ?

Je ne peux que renvoyer au débat entre Marcel Gauchet et Luc Ferry sur la transcendance horizontale (2): on y voit que ce débat-là n’est pas près d’être tranché.


(1) Certains, comme Régis Debray, ajouteraient que la fraternité humaine la présuppose

(2) Luc Ferry et Marcel Gauchet - Le religieux après la religion - Livre de Poche, évoqué le 26 septembre 2008


Thursday, May 24, 2007

Citation du 25 mai 2007

LA FRANCE ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.

Michel Rocard - Le Monde du samedi 24 août 1996 (Point de vue).

Dans cet article de 1996 (lire), Michel Rocard revient sur cette phrase - qu’il avait prononcée en 1990 - pour souligner qu’elle avait été utilisée et tronquée par le gouvernement de droite afin de justifier ses mesures anti-immigration (lois Pasqua de 1993).

Qu’on me permette de ne pas rouvrir le débat sur l’immigration qui d’ailleurs n’a pas besoin qu’on le rouvre, vu qu’il n’a pas été refermé. Je noterai seulement que la phrase de Rocard a pour objet de délimiter une démarche d’accueil volontaire et raisonné, je dirai même planifié.

N’est-ce pas étonnant de croire qu’on va planifier ce qui se produit forcément de façon anarchique et incoercible ? Peut-on planifier l’écoulement des laves du volcan ? Peut-on canaliser la vague du tsunami ? Lorsque des millions d’hommes et de femmes meurent de faim, peut-on les empêcher de prendre la route, la pirogue, le camion du passeur pour aller chercher ailleurs les moyens de survivre un peu plus longtemps ? Ces pauvres gens n’ont rien à perdre que la vie ; ils sont exactement dans la situation des prolétaires auxquels s’adressait Marx (1).

En fait tout ça on le sait bien, mais on fait comme si on y pouvait quelque chose. « Ce mystère nous dépasse, feignons donc d’en être les organisateurs » disait à peu près Cocteau.

- Reconduite à la frontière : autant vouloir vider la mer avec une petite cuillère, à moins que vous ne soyez prêt à financer leur avion pour Bamako - mais si c’est pour Bagdad ou pour Kaboul, faites-le escorter par une escadrille de Rafales.

- Interdiction pour les sans-papiers de travailler (idem pour les demandeurs d’asiles) : bon, autant les encourager à vivre de larcins. C’est vrai les voleurs gagnent plus à voler les riches de chez nous que les miséreux de leur pays d’origine.

- Contrôle des frontières, arrestation des passeurs, démantèlement des filières clandestines : qui ne voit que les profiteurs de misère prolifèrent autant que la misère elle-même ? Et même qu’ils font leurs choux-gras de toutes les mesures coercitives qui, faute de décourager les candidats à l’immigration, renchérit les frais de passage.

Ces réflexions n’ont pas pour objet de désespérer les généreux (bobos ?), ni d’exciter les méchants <-----> (2). Je dirai que c’est pour moi un indice de sincérité politique : le fameux parler-vrai (Rocard encore) se révèle lorsqu’on me dit : « Solution de l’immigration : Co-développement » Tout autre propos sent l’idéologie, ou si vous préférez l’intox.

Si vous ne voulez pas être envahi par des crève-la-faim, aidez les à ne plus mourir de faim. Si vous ne le pouvez pas, ne prétendez pas que c’est en faisant autre chose que vous règlerez le problème. (3)

Ou alors, si : devenez fondateur d’Emmaüs-sans-frontière : la place est vacante.


(1) « Les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner.
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » (Manifeste du parti communiste)

(2) Déminage 1 : je vous laisserai le soin de nommer qui vous voudrez

(3) Déminage 2 : j’entends bien que le plus pauvre bédouin a encore toute la richesse de sa civilisation à partager avec nous… (oui mais nous, nous lui proposons quoi en échange ?)