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Monday, September 18, 2017

Citation du 19 septembre 2017

Celui qui peut, agit ; celui qui ne peut pas, enseigne.
George Bernard Shaw – Maximes pour révolutionnaires (1905)

Paraphrasons la citation de Bernard Shaw : enseigner ce qu’il faut faire présuppose qu’on soit incapable de le faire soi-même. – Non pas qu’on ait déjà fait et que devenu trop vieux et incapable de continuer, on transmette son expérience pour que d’autres, plus jeunes, soient à leur tour en état de faire ; car Bernard Shaw pense qu’on n’est absolument pas obligé de savoir vraiment ce qu’on enseigne ; d'ailleurs, si on ne le fait pas soi-même sans doute est-ce qu’on n’en sait rien du tout.

Pour Bernard Shaw, enseigner est une escroquerie où des hommes dépourvus de savoir véritable mettraient un bonnet carré pour faire croire qu’ils savent.


 On peut s’interroger : pourquoi tant haine ? On dirait que Bernard Shaw identifie l’enseignement à une activité parasite, qui fait oublier l’essentiel qui est de faire et non de dire comment faire ?
Aujourd’hui, on reformulerait cette phrase : « Celui  qui sait agit; celui qui ne sait pas apprend. » Et comment apprendre, si non auprès de ceux qui savent et qui peuvent enseigner ? On retrouve alors les normes modernes de l’enseignement qui n’est plus rien d’autre que de la « formation », où l’individu est considéré comme un exécutant et jamais comme une personne libre et porteuses de ses propres valeurs.
Car, voilà ce qu’il faudrait répondre à Bernard Shaw : « Oui, celui qui enseigne n’enseigne pas à faire ; mais il enseigne à être ». Et qu’on ne considère pas que cette promesse soit une escroquerie parce que personne ne pourrait nous enseigner quoique ce soit qui nous aide à être.

Car on peut encore de nos jours enseigner la philosophie.

Sunday, September 17, 2017

Citation du 18 septembre 2017

L'art du gouvernement consiste à organiser l'idolâtrie.
Bernard Shaw ; L'homme et le surhomme (1903)
Ce n'est pas l'incrédulité qui est dangereuse dans notre société, c'est la croyance.
Bernard Shaw ; Androclès et le lion (1912)

On lira de surcroît la Citation-du-jour du 5 septembre : Tout Etat social a besoin des fictions. – Paul Valéry (Cité par Emanuel Macron dans son interview au magasine Le Point)

Cultiver ou refuser l’imaginaire dans la vie sociale ? Il faudrait un très long développement pour clarifier cette alternative, et je n’en chercherai pas tant pour aujourd’hui.
Mais on peut quand même réfléchir à cet état de fait que soulignent nos Auteurs-du-jour : aucune société humaine ne peut exister sans le recours à une fiction, que ce soit celle d’un Etre tout puissant ou celle d’un chef qui l’incarnerait.
Et si le Tout-Puissant ou le chef « délégué » ne sont pas en cause, alors il s’agit d’un idéal d’avenir porté par une représentation du « destin de l’humanité ».

Je retiens donc que la fiction (qu’on nommera selon les cas avenir transcendant ou idolâtrie) est inévitable dans le développement des sociétés – et que partout où le pouvoir est centralisé dans quelques mains, un idéal d’espérance ou une représentation d’un châtiment futur existe. On a dit que là se trouve le véritable point d’origine des sociétés humaines (1), ce qui signifie qu’on ne saurait en faire l’économie.
Le Président Macron dont je rapportais les propos récemment (réf. ci-dessus), disait fort honnêtement (à moins que ce ne soit cyniquement ?) que la France avait besoin de croire à l’avenir et qu’elle devait porter en elle une représentation de ce qu’il faut espérer. Bien sûr il ne disait pas en quoi il faut espérer. Car tel est le privilège du philosophe-président : une fois qu’il a dit que la cause première existe, il retourne finir sa sieste, nous plantant là sans nous en dire plus.
--> Mais quelle est donc cette « cause première » en la quelle nous devons espérer ?

La Citation-du-jour veut bien vous dire en quoi faut-il espérer : 
            - En la venue du règne de Dieu ?
            - Dans l’avènement de la société sans classe ?
            - Dans la société sans régulation ni frein permettant de s’enrichir sans limite ?
À vous de choisir : il faut bien vous mouiller un petit peu…
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(1) Yuval Noah – Sapiens, une brève histoire de l’humanité.

Tuesday, November 29, 2016

Citation du 30 novembre 2016

La démocratie est une technique qui nous garantit de ne pas être mieux gouvernés que nous le méritons.
Bernard Shaw
Suite à l’élection américaine qui amène à la Maison Blanche un bouffon, l’idée qui nous vient est quand même celle-là : « Les américains l’ont bien mérité. C’est eux et eux-seuls qui ont donné le pouvoir à cet homme. S’il est grossier et dangereux, c’est que ses électeurs aiment ça – peut-être le sont-ils également eux-mêmes... »
D’ailleurs il n’est que de voir avec quelle insistance on dénombre les voix obtenues : 2 millions de plus pour Hillary que pour Donald ! On cherche la preuve que c’est le système électoral et non la démocratie véritable qui a permis cette élection… (1) Le débat reste ouvert, mais restons au niveau de l’affirmation de notre Citation-du-jour : est-ce que vraiment en démocratie, les électeurs choisissent les gouvernants qui leur ressemblent ? Ne devrait-on pas dire qu’au contraire ils recherchent le meilleur, l’homme que justement ils ne sont pas, sans quoi ils se seraient gouvernés eux-mêmes ?
Au fond la démocratie est le régime qui permet de poser cette question à propos des dirigeants : pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ? Est-ce l’origine sociale de sa famille ? Sa religion ? Sa personnalité ? Ses mérites personnels, qu’il soit héros de la guerre ou milliardaire ? Ou bien son programme ?
Puisque la réponse appartient au peuple, on voudrait que ce soit uniquement la dernière proposition : programme contre programme, et que le meilleur gagne ! Mais il est difficile d’y croire – voyez chez nous : un candidat clame qu’il veut réduire les impôts des plus riches, augmenter les taxes sur la consommation, remplacer la sécu par des mutuelles payantes, remplacer les 35 heures de travail hebdo par 39 heures, réduire les indemnités chômage, etc… Or, voilà qu’une majorité d’électeurs se précipite sur ce candidat : Pourquoi donc ?
            - Soit (Réponse A) : c’est la preuve de la maturité des électeurs qui comprennent que sans sacrifice il ne sera pas possible de redresser le pays ;
            - Soit (Réponse B) : c’est la preuve de la forte personnalité du candidat qui se dit déterminé à réaliser ces réformes radicales (les quelles ? On n’y fait guère attention) alors que les autres sont considérés comme des ramolos.
--> Qui donc a raison ? Attendons : quand les réformes seront faites voyons combien de manifestants seront dans la rue.
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(1) Moi je n’y crois pas : le peuple américain est unanimement d’accord avec le système en question, sans quoi sa réforme aurait été un thème de campagne, comme chez nous avec la proportionnelle.

Monday, March 20, 2006

Citation du 21 mars 2006

« Il y a deux tragédies dans la vie. L'une est de ne pas obtenir ce que l'on désire ardemment.

L'autre est de l'obtenir. »

George Bernard Shaw

Première tragédie : le désir inassouvi. Pas de problème, c’est bien tragique.

Deuxième tragédie : le désir assouvi. Là c’est moins évident. Expliquons :

- d’abord Bernard Shaw ne dit pas « assouvi » ; il dit « obtenir ce que l’on désire ». Ce n’est pas du tout la même chose, car entre ce que nous désirons et ce qui nous satisfait pleinement il y a parfois une marge importante. Donc le tragique, c’est de comprendre que toute la peine qu’on s’est donnée pour obtenir ce qu’on désirait est peine perdue parce qu’on est déçu du résultat.

- Ensuite, à supposer que notre désir soit assouvi, c’est peut-être au prix d’une tragique conséquence. Nous tremblons qu’on devine nos fantasmes tant ils sont immoraux et asociaux. Mais s’ils devaient être réalisés, quelle catastrophe ! La civilisation s’est réalisée dit Freud le jour où le Droit a contraint les individus à renoncer à leurs plaisirs : preuve de l’impossibilité de les laisser s’exprimer.

Troisième tragédie : c’est qu’il n’y a pas d’autres possibilités. Nous sommes confrontés à cette alternative ou bien la première tragédie, ou bien la deuxième. Point final. Donc la vie est tragique.

Et alors, c’est tout ? Pas de message du philosophe ? Pas de recette pour sortir de ce dilemme ?

En cette période de troubles au quartier latin, des images, réminiscences de mai 68, me reviennent. Elles disaient : « Jouissez sans entraves » Facile. Mais comment faire, puisque le désir ne se satisfait pas d’être satisfait. Les petits étudiants de 68 ne se laissaient pas troubler : sur le mur de la librairie Larousse, en face de la Sorbonne, sous le dessin du pissenlit-Larousse qui s’égrène, ils avaient écrit : « Je sperme à tous vents… »(1).

Trop facile.

(1) Pour mémoire, le slogan de Larousse était à l’époque : « Je sème à tous vents. »

Saturday, January 14, 2006

Citation du 14 janvier 2006

Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes.
George Bernard Shaw, 1856-1950
«Et pourtant, elle tourne... » Voilà à quoi on pense spontanément devant cette citation. Le progrès du savoir dérange l’ordre établi par la religion qui ne souffre pas que des hommes puissent connaître par leur propre force le monde et l’univers.
Ce qui veut dire aussi que Dieu défend aux hommes de chercher à connaître la vérité : c’est rébellion orgueil et impiété.
Encore faut-il que ces vérités soient « grandes » : leur force dépend des bouleversements qu’elles imposent à la représentation de l’univers établie par le pouvoir.
Mais aujourd’hui, pourrions-nous dire la même chose ? Nous aspirons au changement, à l’évènement qui bouleverse ; c’est la stabilité qui dérange plus que l’instabilité. Ainsi des soit disant découvertes scientifiques les plus farfelues qui sont applaudies avant même qu’on se soit donné la peine de vérifier.
Rappelons-nous la « mémoire de l’eau » qui pour le coup remettait en cause pas mal de « lois de l’univers ». Le sacrilège a eu lieu, c’est vrai ; mais il l'était contre l’esprit scientifique, et non pas comme abus de confiance du public. 
Car il ne demandait qu'à être abusé - à condition d'être étonné.