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Sunday, February 05, 2017

Citation du 6 février 2017

Tout l’art d’un gouvernement consiste en sa capacité à être honnête.
Thomas Jefferson
Une question devenue prioritaire en ce moment est bien celle-ci : devons-nous récuser les candidats à  la présidence de la République qui ne seraient pas tout à fait honnêtes ? Nous avons dans l’esprit l’affaire Fillon (1), mais on pourrait aussi bien citer d’autres cas où le Président Français s’est trouvé mêlé à des affaires tout aussi embarrassantes (2). La question la plus urgente n’est plus : « Où trouver un homme d’Etat honnête ? », mais plutôt « Ce candidat a-t-il commis un délit qui le disqualifie comme homme d’Etat ? »
On le voit bien, lors des meetings de soutien à François Fillon, ses supporters pleurent le candidat irremplaçable qu’il reste à leurs yeux. Ce qu’ils disent, c’est qu’on n’avait rien à lui reprocher, et que, même si c’était le cas, ça n’aurait pas d’autre importance que de montrer qu’on a voulu l’abattre et donc qu’il est réellement fort puisque redouté de ses ennemis politiques.
Et donc je reprends à mon compte cette question : Pourquoi penser que monsieur Fillon est disqualifié pour avoir piqué dans nos poches de l’argent qui aurait dû être employé autrement ? Redoute-t-on qu’il recommence depuis l’Elysée si d’aventure on l’élit quand même ? Regardez Jacques Chirac, le bon grand père que la France entière pleurera quand il passera dans l’autre monde : lorsqu’il était Président il a bien financé ses vacances dispendieuses à l’Ile Maurice avec de l’argent public et dilapidé en « frais de bouche » les crédits de l’Elysée. Qu’est-ce que ça prouve ? Allons-nous demander aux politiciens de fournir un certificat de moralité ? Est-ce un gage d’efficacité ? Regardez les américains quand, après avoir forcé à la démission Nixon-le-menteur (on l’appelait alors « Tricky-Dick), ils ont élu Jimmy Carter pour sa réputation d’honnêteté à toute épreuve – Ça n’a pas suffi à faire de lui un grand président.

Alors ? Admettons une bonne fois que la capacité à gouverner et l’honnête ne font pas forcément bon ménage et qu’à condition de recompter les petites cuillères en argent de l’Elysée après son passage (3), il n’y a pas d’inconvénient à élire monsieur Fillon … si toutes fois il a un bon programme. Mais de ça, on ne discute pas en ce moment.
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(1) Pour ceux qui ne seraient pas en France en ce moment, lire ici.
(2) Voir cette compilation « Les grandes affaires » du Canard enchaîné. Compilation à la quelle il faut ajouter bien des nouveaux chapitres, tels l’affaire Urba (le P.S. sous Mitterrand), les frais de bouche de l’Elysée, les emplois fictifs de la ville de Paris, les vacances à l’ile Maurice (Chirac), l’affaire Bygmalion (Sarkozy – affaire en cours)... et beaucoup d'autres que je prendrai pas le temps de citer.
(3) Si on élit DSK, on adaptera cette précaution en dotant les femmes de ménage de l’Elysée d’un Taser.

Tuesday, September 22, 2015

Citation du 23 septembre 2015

Tout comme nos amies les entreprises ne consacreraient pas des milliards à la publicité si elle ne rapportait pas encore plus, la classe politique fait rarement dans la gratuité.
Jean Dion
Montesquieu disait que le principe de la démocratie est la vertu, c’est à dire la volonté de faire passer l’intérêt général avant l’intérêt privé. On se contente en général de cette réponse, et, quand quelqu’un demande : « Mais, qu’est-ce qui rend le combat politique si acharné ? Oui, qu’est-ce qui fait que nos hommes politiques courent après le pouvoir, s’ils sont tellement désintéressés ? », on répond quand même : « Gratuité» …  « Sacrifice »… « Amour de son pays »… Et surtout : « Engagement politique »…

Oui, mais… Et si notre auteur-du-jour avait raison ? Si les politiciens avaient besoin d’un autre carburant pour mettre leur talent au service du pays ?
C’est là que le bât blesse. Car on sait que les émoluments (c’est comme ça qu’on dit ?) versés aux personnes qui occupent un poste politique sont réduits – du moins comparés à ces primes versées par les entreprises privées à leurs cadres supérieurs. Il faudrait donc à ces gens encore plus de vertu qu’on ne leur en imaginait tout à l’heure parce qu’on n’avait pas la mesure de leur sacrifice ! En politique, pas de parachute doré ! Vous  perdez les élections et, du jour au lendemain, vous voici sans ressources, parce que bien sûr vous avez dû abandonner votre travail durant votre députation.
Donc, il y a forcément une compensation et si l’amour de la patrie ne suffit pas, en quoi consiste-t-elle ?
Certain disant que ces messieurs se constituent durant leur mandat des carnets d’adresse – on dirait aujourd’hui des réseaux – qu’ils peuvent faire fructifier quand, éloignés du pouvoir, ils se font conseillers, avocats d'affaire  etc. On a fait honte à Nicolas Sarkozy de profiter de son passé prestigieux pour donner à l’international des conférences payées plusieurs centaines de milliers de dollars. On devrait dire plutôt : « Je préfère ça à ceux qui se payent en jouissant, durant leur mandat,  de l’exercice sans frein de leur le pouvoir. C’est beaucoup plus dangereux. »

On oublie simplement de dire que les deux peuvent se cumuler : jouissance du pouvoir pendant la durée de leur fonction ; et royalties après.

Wednesday, April 08, 2015

Citation du 9 avril 2015

On peut dire qu'un gouvernement est parvenu à son dernier degré de corruption quand il n'a plus d'autre nerf que l'argent.
Jean-Jacques Rousseau – Discours sur l'économie politique (1755)
Evident, n’est-ce pas ? Sauf qu’on voudrait mieux comprendre à quoi pense Rousseau lorsqu’il évoque un gouvernement qui « n'a plus d'autre nerf que l'argent ». Veut-il dire que les politiciens ne recherchent que le gain personnel, que leur seule ambition est de gagner le plus d’argent possible ? Impossible ! Dans nos démocraties où la moindre corruption est sévèrement punie, celui qui veut faire fortune a intérêt à se faire banquier plutôt que premier ministre (1).
Reste alors l’autre hypothèse : pour gouverner il faut avoir des leviers d’actions pour manœuvrer les hommes et obtenir qu’ils fassent ce qu’on attend d’eux : l’argent serait l’un d’eux – et non le moindre. Suivons Montesquieu : les tyrans gouvernent en inspirant la terreur, les aristocraties mettent en jeu l’honneur ; les démocraties la vertu… Mais il peut arriver qu’on ne puisse agir politiquement qu’en promettant aux citoyens de s’enrichir. En politique, telle est la pire issue selon Rousseau. Alors que dans des régimes non corrompus, les hommes agissent pour l’intérêt commun, poussés par le désir de faire le bien en faveur de leurs concitoyens, ou par la recherche de l’honneur mérité par des faits glorieux, le gouvernement corrompu ne peut rien obtenir du peuple s’il ne promet pas un gain en échange.

- Et alors ? Le libéralisme a pris en compte cela aussi. Voici les thèses de ses théoriciens : 
            1° S’il faut payer, ne payer que ceux dont le travail est vraiment profitable à la communauté : il faut donc soumettre les fonctions socialement utiles à appel d’offre. (2)
            2° Du coup, la corruption des fonctionnaires n’existe que lorsqu’on est obligé de les payer deux fois : une fois sous forme de salaire ; une autre fois sous forme de pot-de-vin.
On remarquera que c’est au nom de l’équité du marché qu’on condamnera de tels agissements et non en fonction de principes moraux. Du coup le terme de corruption devient trompeur, et il vaudrait mieux employer l’adjectif « inéquitable » (unfairness)
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(1) On se rappelle sans doute que l’erreur de Jérôme Cahusac avait été de vouloir cumuler les deux.

(2) On se rappelle que c’était là le « Principe de différence » dégagé par John Rawls, et qui s’énonce ainsi : « les inégalités économiques et sociales doivent être telles qu'elles soient : (a) au plus grand bénéfice des plus désavantagés et (b) attachées à des fonctions et des positions ouvertes à tous, conformément au principe de la juste égalité des chances. »

Wednesday, November 26, 2014

Citation du 27 novembre 2014

Nous vivons dans une société sombre. Réussir, voilà l'enseignement qui tombe goutte à goutte de la corruption en surplomb.
Victor Hugo – Les Misérables (1862)
De la Corruption III
Réussir, voilà l'enseignement qui tombe goutte à goutte de la corruption en surplomb : au-delà de la belle image, voici une curieuse pensée.
Comment cela ? Réussir n’est-il pas le but de toutes les actions de tous les êtres humains ? On l’a dit récemment : comment agir si ce n’est pour réussir ? Pire encore : ce serait une véritable corruption, insidieuse car lente – mais d’autant plus dangereuse ?

Bien sûr, il faut imaginer le contexte de cette phrase. Il peut s’agir de l’ambition qui pousse les jeunes gens à tout faire pour s’approprier les premières places. Ils ont, dirions-nous aujourd’hui, « les canines qui rayent le parquet » ; en 1835, Rastignac apostrophait Paris : « A nous deux, maintenant ! ».
On devine que cette disposition est ambiguë : d’un côté elle est égoïste et sujette à critique ; de l’autre elle est cette force sans la quelle (comme dirait Hegel) rien de grand ne se ferait dans le monde. D’ailleurs, notre époque libérale tendrait à croire que, dans un CV, l’ambition personnelle est requise pour espérer une embauche. Mais nous le savons bien, pour un libéral, de la corruption nait la fortune.
Occasion de revenir sur cette déclaration qui fait beaucoup rire « J’aime l’entreprise ». Car, dit-on, il n’y a pas d’amour ; il n’y a que des preuves d’amour :
--> Que fais-tu, toi qui aimes l’entreprise, pour lui prouver ton amour ?
- Moi ? Je suis aveuglément les consignes de notre Manager et de notre CEO (1). L’Entreprise c’est eux – en aimant l’entreprise, je les aime.
Bon… Et si le PDG en question n’avait qu’une ambition, celle de faire carrière, quitte à saccager l’entreprise ? Inversement, si pour la faire réussir il fallait renoncer à ses ambitions personnelles ? Quelle est donc la bonne attitude, celle qui porte au respect de celui qui la manifeste ?
Lisons Montesquieu :
« On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence. » Montesquieu  - L’esprit des lois, livre IV, chapitre 5
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(1) CEO (prononcez à l’anglo-saxonne) signifie Chief Executive Officer (celui que chez nous  on nomme encore parfois: PDG).

Monday, November 24, 2014

Citation du 25 novembre 2014

Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Si le grain de froment ne se pourrit en terre, / Il ne saurait porter ni feuille ni bon fruit: / De la corruption la naissance se suit, / Et comme deux anneaux l'un en l'autre s'enserre.
Ronsard –Epitaphes (Sonnet)  « A lui-même »

De la Corruption II
Si le grain ne meure… La corruption de la graine est la condition pour que naisse une plante nouvelle. Cette parabole, Jésus la prononce pour faire comprendre à ses disciples que son sacrifice porte l’espérance de la résurrection et de la rédemption.
Voici une caractéristique bien embarrassante de la corruption : frein mortifère au développement (comme on l’a vu récemment), elle peut aussi se révéler nécessaire et même bénéfique dans les sociétés où elle se manifeste.
En fait, cela nous permet de mieux comprendre ce qu’est la corruption qui mine nos sociétés.
Car il y a trois sortes de corruptions :
            - Celle qui détruit sans aucune compensation.
            - Celle qui ne détruit qu’en faisant apparaître une nouvelle vie : c’est le grain qui meurt pour que naisse une plante. Parabole sociale, c’est le cas des révolutions ou des réformes décisives.
- Et puis, entre les deux, il y a la corruption qui retient la vie dont elle tire sa substance : c’est la corruption parasitaire, comme celle du gui qui ne doit pas épuiser entièrement l’arbre sur le quel il pousse et qui alimente sa vie.

C’est ce parasitisme qu’on reproche volontiers au racket des mafieux. Car ils doivent faire en sorte, pour que le négoce dont ils tirent profit continue, que des bénéfices soient réalisés afin que leur racket puisse fonctionner. Cette corruption répond d’avantage au modèle du parasitisme qu’à celui de la décomposition ; on pourrait même avancer qu’une telle corruption n’est que morale. En revanche elle doit faire en sorte que les ressources qu’elle pille se renouvellent et donc que ceux qui les produisent soient protégés – un peu comme le maitre protégeait ses esclaves pour qu’ils continuent de travailler et de l’enrichir.

Saturday, November 22, 2014

Citation du 23 novembre 2014

Ce qui met en danger la société, ce n'est pas la grande corruption de quelques-uns, c'est le relâchement de tous. Aux yeux du législateur, la prostitution est bien moins à redouter que la galanterie.
Alexis de Tocqueville – De la démocratie en Amérique (1835-1840)
Corruption, subst. fém. – Dégradation de ce qui est sain, honnête et constitue une valeur morale
(TLF)
De la corruption I
L’actualité propose parfois de singuliers rapprochements (1). Dans les pays émergents la corruption constitue le frein le plus puissant qui s’oppose au développement et dans les pays développés elle fait parfois de singuliers retours. Au point que trouver un pays où la corruption active ou passive n’existe pas semble être réservé à ceux où on ne la recherche pas.
Serait-elle dans la nature des hommes au point qu’à peine éradiquée elle revienne sans cesse ? C’est ce que suppose Tocqueville dans cette citation : si vous êtes indignés par ces ministres qui usent de leur influence pour favoriser leurs parents ou leurs amis, ne serait-ce pas pour oublier que vous employez des artisans en les payant « au noir » ? A moins que votre honnêteté ne soit dûe qu’à l’impossibilité de frauder vous-mêmes ? (2)

Passons sur la leçon de morale – il y a plus important. Selon Tocqueville, le législateur doit punir la galanterie plus encore que la prostitution : il est plus urgent de lutter contre ses manifestations les plus fréquentes, même si elles ne sont pas les plus voyantes.
On suit ici un principe bien connu (du genre : il vaut mieux taxer les pauvres qui sont innombrables que les riches qui sont si peu), ce qui importe dans une société, c’est la généralité d’un phénomène. Si la galanterie (qui recherche les aventures amoureuses) est moins dépravée que la prostitution, elle mine quand même la société par sa fréquence.
Bref : toute société porte en elle les tendances fatales pour son existence, et la corruption est l’une d’entre elles.
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(1) « Le secrétaire d'État Kader Arif a présenté sa démission ce vendredi, au lendemain des révélations de Mediapart. Une perquisition l'avait visé le 6 novembre, dans une enquête sur des marchés passés par le conseil régional de Midi-Pyrénées à une société dont les associés sont le frère, la belle-sœur ou les neveux du secrétaire d'État aux anciens combattants. » Info Médiapart du 22 novembre 2014

(2) « Nous autres les salariés (ou : fonctionnaires ; ou retraités ; etc.) on déclare tout. Nous, nous ne fraudons pas : le fisc sait tout de nos revenus. »