Monday, June 20, 2016
Citation du 21 juin 2016
Tuesday, February 10, 2015
Citation du 11 février 2015
Monday, February 28, 2011
Citation du 1er mars 2011
Qui presse trop la mamelle pour en tirer du lait, en l'échauffant et en la tourmentant, tire du beurre; qui se mouche trop fortement fait venir le sang; qui presse trop les hommes excite des révoltes et des séditions. C'est la règle que donne Salomon.
Bossuet
A défaut de traire les vaches, Bossuet aurait pu demander à une vachère comment on fait du beurre : ça lui aurait évité d’écrire une bêtise.
Mais l’idée est suffisamment éclairée par les autres exemples : à trop exiger des hommes qu’ils soient soumis on s’expose à des révoltes et des séditions. C’est la leçon que chacun tire en ce moment des révoltes en pays arabes soumis à des dictatures. Reste que, même en faisant appel à la théorie des catastrophes, on n’y comprend pas grand-chose.
C’est qu’on fonctionne avec des préjugés qui nous viennent de loin, telle l’idée qu’il y a des peuples « faits pour la servilité », des peuples qui se complaisent dans la tyrannie – en tout cas qui la subissent sans s’en plaindre.
C’est d’ailleurs Rousseau qui exprime le mieux la chose : « Tout homme né dans l’esclavage naît pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu’au désir d’en sortir. » (Contrat social – I, 2) : pour Rousseau déjà, l’homme est le produit de l’histoire, et s'il paraît parfois être esclave par nature, c’est simplement qu’il est né de parents esclaves. C’est à une véritable transformation de la nature humaine que l’esclavage procède.
Oui mais voilà : des peuples qui ont subi le même tyran durant plus d’une génération, tout à coup descendent dans la rue en criant : « Ça suffit ! ». Cherchez l’erreur.
C’est que la société aussi se transforme et pas seulement par la volonté des maîtres. L’économie en se développant produit des hommes nouveaux, avides de consommation et de jouissance et ça, ça va très mal avec la servitude.
« … la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires. » écrivent Marx et Engels en 1847 (1).
--> Remplacez « hommes » par « force économique » et « ouvriers et prolétaires » par « pétrole » : vous verrez que ça ne marche pas si mal que ça.
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(1) Manifeste du parti communiste, voir ici
Friday, July 18, 2008
Citation du 19 juillet 2008
Une servitude ne peut consister en une obligation de faire mais bien en une obligation de laisser faire ou de ne pas faire. (Servitus in faciendo consistere non potest sed in patiendo vel non faciendo) (1)
Maxime de droit
Les juristes ont ceci d’intéressant qu’outre le précision du vocabulaire, ils ont en plus la profondeur de vue.
Voyez le cas de la servitude. En droit (civil ou public), la servitude correspond à une obligation certes ; mais celle-ci n’impose que l’abstention et non l’action. Chacun aura compris ce qu’il en est si l’on l’évoque la servitude de passage. Les curieux iront voir un dictionnaire comme celui de Cornu (2) qui en énumère gaillardement une quarantaine.
Nous avons l’habitude de considérer que l’état d’esclavage consiste à être obligé de faire ce qui est avantageux pour le maître et jamais pour l’esclave (Spinoza), en sorte que la servitude suppose l’obligation de faire. L’esclave travaille, d’où l’assimilation facile du travail à l’esclavage. Admettez que l’approche des juristes est plus qu’intéressante. Car celui qui est obligé de laisser faire est-il moins contraint que celui qui est contraint de faire ?
Toutefois, entre les juristes et nous (commun des mortels), il y a une différence : la loi ne nous suffit pas pour définir quelque chose qui nous touche de si près.
Ainsi : la privation de liberté dans une prison consiste à ne pouvoir faire ce qu’on voudrait ; cela signifie que la servitude suppose un empêchement de la volonté. Ce qui veut dire , premièrement que celui qui ne veut rien n’est empêché de rien. Deuxièmement – et réciproquement – que si la volonté échappe à la contrainte alors celle-ci ne peut exister. La liberté du sage est inaliénable parce qu’il ne veut que ce qu’on ne peut l’empêcher de faire : respirer, jouir de la lumière du jour, penser, etc. Et troisièmement que si on m’oblige à faire ce que j’ai envie de faire, il n’y a pas de contrainte non plus.
Reste quand même que la servitude juridique comporte un aspect essentiel : l’obligation, résulte ici de l’universalité de la loi. Ainsi, la loi ne joue pas là où ma volonté me porte à faire ce qu’elle prescrit. C’est quand mon voisin est détestable que le voir passer sur mon terrain pour rentrer chez lui est pour moi une servitude.
(1) Laisser faire, par exemple : servitude de passage . Ne pas faire, par exemple : servitude de vue de ne pas bâtir.
Servitude de passage : obligation de laisser le libre passage sur sa propriété pour accéder à un terrain enclavé
(2) Gérard Cornu– Vocabulaire juridique (PUF)