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Monday, June 20, 2016

Citation du 21 juin 2016

Avoir peur, c’est se préparer à obéir.
Corey robin et Patrick Boucheron – L’exercice de la peur, usages politiques d’une émotion.
L’avantage de certaines citations c’est de ne jamais pouvoir être prises en défaut. Ainsi de la Citation-de-ce-jour puisqu’on on peut admettre qu’on soit prêt à subir l’autorité dès lors qu’on en craint les effets, ou bien qu’en ayant peur on soit prêt à obéir à n’importe qui – un führer par exemple – qui saurait nous faire croire qu’il est seul à pouvoir nous protéger.
Des lâches qui fuient comme des lapins sont en effet prêts à subir la domination qui les fera plier sous sa menace. Telle était la situation de l’esclave soumis aux brutalités d’un maitre, et telle était aussi autrefois l’idée qu’on se faisait de la soumission politique. On croyait en effet qu’il suffisait de résister pour surmonter la servitude : qu’on se rappelle la thèse de La Boétie (1) : la servitude est volontaire de la part de ceux qui la subissent car ils sont multitude alors que le tyran est seul (étant admis que ses soldats font partie de ceux qui subissent également sa domination). Mais quelle erreur ! Nous le savons bien depuis que le 20ème siècle est passé par là : le pire tyran est celui qui se présente comme un amical protecteur ; celui qui dit : « Oui, le danger qui vous menace est grand et soyez persuadé que si vous ne faites rien vous êtes perdu. Mais vous avez une chance de vous en tirer : c’est de vous en remettre à moi pour vous défendre. Car je saurai vous tirer de là : ensemble c’est possible ! »
On dira Trump ! Marine ! Mélanchon ! Abou Bakr al-Baghdadi !
Attention toutefois à ne pas aller trop vite : il y a là dedans différents chefs : les uns vont vous dire : « Comptez sur moi pour vous défendre, pour cela il vous suffit de me donner les pleins pouvoirs. » Ça c’est Trump. Et puis il y a ceux qui disent : « Soyez prêts à vous faire sauter avec les impies qui menacent notre religion. Vous êtes les soldats de Dieu unis dans la foi pour chasser de ce monde les mécréants qui veulent sa perte ! » Ça c’est l’islamisme.
D’accord – Maintenant on voudrait savoir comment faire pour ne pas avoir peur ?
Croyez-vous que je vais vous dire : « Ecoutez-moi et faites ce que je vous dis, car en vérité je vous le dis, Je suis le chemin, la vérité, et la vie » ?
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Tuesday, February 10, 2015

Citation du 11 février 2015

Je fais vœux d'appeler prêtre c'est à dire charlatans, imposteurs, tous ceux que je verrai dévier de la ligne des droits de l'homme
Gracchus Babeuf (1760-1797)

Gracchus Babeuf est l’un de ceux qui ont inventé les Droits de l’homme. Certes pas dans les débats de l’Assemblée Constituante de 1789, mais dans leur esprit et dans leur exigence.
Avant d’en venir à la question de savoir si seuls les prêtres charlatans dévient de la ligne des Droits de l’homme, demandons-nous : qu’est-ce qui fait dévier le prêtre de cette ligne ?
- Faut-il dire que Dieu est une fiction qui justifie ce déni de la liberté individuelle ? Que le péché originel excuse les abus de pouvoir des interprètes de Dieu. Comme l’éducateur sévère qui prend l’enfant en flagrant délit de désobéissance, l’Eglise n’est-elle là que pour brimer la liberté humaine pècheresse au nom de salut dans l’au-delà ?
- Ou bien devons-nous accorder à la religion un plus grand respect de la liberté des l’hommes, mais admettre aussitôt que le clergé, avide de pouvoir, est allé faire un pacte avec les exploiteurs de l’humanité en échange d’un peu d’autorité ?
o-o-o
Mais aujourd’hui, dans nos pays où le pouvoir profane a accordé à la vie publique une grande indépendance à l’égard de la religion, sommes-nous devenus plus respectueux des droits de l’homme ?
Babeuf voulait dire il me semble non que les prêtres étaient les seuls à bafouer ces droits, mais qu’ils étaient les seuls à le justifier autrement que par un rapport de force. Le maitre peut bien dire à l’esclave : Tu es mon esclave donc tu n’as aucun droit. Le prêtre dira : Tu es une créature de Dieu et, comme telle, je dois te respecter. Mais tu as le devoir de te soumettre à Sa volonté – c’est à dire à la mienne.
Dans la vie publique, il n'y a plus de prêtres… mais il y a des élus. Nous n’avons plus de maîtres… mais nous avons des chefs politiques.

Bien sûr, la liberté du citoyen est totale dans  nos démocraties. Mais la volonté de rester libre est-elle toujours là ? Les farouches combattants de 89 n’ont ils pas fait place à des hommes jouisseurs et passifs qui demandent qu’on les mette en cage à condition qu’il y ait la télé dedans ?

Monday, February 28, 2011

Citation du 1er mars 2011

Qui presse trop la mamelle pour en tirer du lait, en l'échauffant et en la tourmentant, tire du beurre; qui se mouche trop fortement fait venir le sang; qui presse trop les hommes excite des révoltes et des séditions. C'est la règle que donne Salomon.

Bossuet

A défaut de traire les vaches, Bossuet aurait pu demander à une vachère comment on fait du beurre : ça lui aurait évité d’écrire une bêtise.

Mais l’idée est suffisamment éclairée par les autres exemples : à trop exiger des hommes qu’ils soient soumis on s’expose à des révoltes et des séditions. C’est la leçon que chacun tire en ce moment des révoltes en pays arabes soumis à des dictatures. Reste que, même en faisant appel à la théorie des catastrophes, on n’y comprend pas grand-chose.

C’est qu’on fonctionne avec des préjugés qui nous viennent de loin, telle l’idée qu’il y a des peuples « faits pour la servilité », des peuples qui se complaisent dans la tyrannie – en tout cas qui la subissent sans s’en plaindre.

C’est d’ailleurs Rousseau qui exprime le mieux la chose : « Tout homme né dans l’esclavage naît pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu’au désir d’en sortir. » (Contrat social – I, 2) : pour Rousseau déjà, l’homme est le produit de l’histoire, et s'il paraît parfois être esclave par nature, c’est simplement qu’il est né de parents esclaves. C’est à une véritable transformation de la nature humaine que l’esclavage procède.

Oui mais voilà : des peuples qui ont subi le même tyran durant plus d’une génération, tout à coup descendent dans la rue en criant : « Ça suffit ! ». Cherchez l’erreur.

C’est que la société aussi se transforme et pas seulement par la volonté des maîtres. L’économie en se développant produit des hommes nouveaux, avides de consommation et de jouissance et ça, ça va très mal avec la servitude.

« … la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires. » écrivent Marx et Engels en 1847 (1).

--> Remplacez « hommes » par « force économique » et « ouvriers et prolétaires » par « pétrole » : vous verrez que ça ne marche pas si mal que ça.

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(1) Manifeste du parti communiste, voir ici

Friday, July 18, 2008

Citation du 19 juillet 2008

Une servitude ne peut consister en une obligation de faire mais bien en une obligation de laisser faire ou de ne pas faire. (Servitus in faciendo consistere non potest sed in patiendo vel non faciendo) (1)

Maxime de droit

Les juristes ont ceci d’intéressant qu’outre le précision du vocabulaire, ils ont en plus la profondeur de vue.

Voyez le cas de la servitude. En droit (civil ou public), la servitude correspond à une obligation certes ; mais celle-ci n’impose que l’abstention et non l’action. Chacun aura compris ce qu’il en est si l’on l’évoque la servitude de passage. Les curieux iront voir un dictionnaire comme celui de Cornu (2) qui en énumère gaillardement une quarantaine.

Nous avons l’habitude de considérer que l’état d’esclavage consiste à être obligé de faire ce qui est avantageux pour le maître et jamais pour l’esclave (Spinoza), en sorte que la servitude suppose l’obligation de faire. L’esclave travaille, d’où l’assimilation facile du travail à l’esclavage. Admettez que l’approche des juristes est plus qu’intéressante. Car celui qui est obligé de laisser faire est-il moins contraint que celui qui est contraint de faire ?

Toutefois, entre les juristes et nous (commun des mortels), il y a une différence : la loi ne nous suffit pas pour définir quelque chose qui nous touche de si près.

Ainsi : la privation de liberté dans une prison consiste à ne pouvoir faire ce qu’on voudrait ; cela signifie que la servitude suppose un empêchement de la volonté. Ce qui veut dire , premièrement que celui qui ne veut rien n’est empêché de rien. Deuxièmement – et réciproquement – que si la volonté échappe à la contrainte alors celle-ci ne peut exister. La liberté du sage est inaliénable parce qu’il ne veut que ce qu’on ne peut l’empêcher de faire : respirer, jouir de la lumière du jour, penser, etc. Et troisièmement que si on m’oblige à faire ce que j’ai envie de faire, il n’y a pas de contrainte non plus.

Reste quand même que la servitude juridique comporte un aspect essentiel : l’obligation, résulte ici de l’universalité de la loi. Ainsi, la loi ne joue pas là où ma volonté me porte à faire ce qu’elle prescrit. C’est quand mon voisin est détestable que le voir passer sur mon terrain pour rentrer chez lui est pour moi une servitude.

(1) Laisser faire, par exemple : servitude de passage . Ne pas faire, par exemple : servitude de vue de ne pas bâtir.

Servitude de passage : obligation de laisser le libre passage sur sa propriété pour accéder à un terrain enclavé

(2) Gérard Cornu– Vocabulaire juridique (PUF)