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Wednesday, April 05, 2017

Citation du 6 avril 2017

L'égalité civile et politique n'est qu'un aveu d'impuissance, l'impuissance à classer les mérites.
            J.H. Rosny Aîné – Pensées errante
Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de la personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion, car on aurait tort de s'exposer à un grand mal pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver.
DESCARTES – Lettre à Elisabeth 15 septembre 1645

Voyez la force des préjugés : quand on lit cette citation de Rosny, on lui trouve un relent de préjugé antidémocratique et même, disons-le, un tantinet fasciste.
Par contre, que Descartes écrive que l’homme qui vaut plus que les autres doit être protégé même si c’est au prix du sacrifice des autres, ça ne nous choque pas plus que ça :  ça s’appelle le pragmatisme.
Pourtant, si nous voulons bien examiner les choses sans préjugés, justement, nous constaterons que les principes de la justice ne se laissent pas dériver si facilement des considérations sur la nature humaine. Ou plutôt que ces considération nourrissent un peu n’importe quoi, et pas seulement l’impératif catégorique de Kant.
Tant et si bien que John Rawls a cru nécessaire de faire appel à son célèbre voile d’ignorance pour expliquer comment on va opter pour l’égalité des droits et imposer la considération de l’utilité sociale des individus (2). Moyennant quoi, on doit être non pas juste, mais équitable. Si comme le dit Descartes on était sûr de détenir l’homme dont le talent est absolument utile aux autres, il faudrait lui faire un pont d’or pour garder ses services, quitte à appauvrir tous les autres.
Mais comme nous vivons dans un monde en perpétuel changement, en mutations constantes, nous ne savons ni quelles qualités, ni quel savoir sera utile et avantageux dans l’avenir.
Par exemple, nous sommes sous le voile d’ignorance aujourd’hui même quand à l’éducation qui sera avantageuse pour nos enfants, parce que nous ne savons pas dans quel monde ils vont évoluer.
Et donc l’égalité pour tous, nous la voulons d’abord pour nous-mêmes.
C’est exactement ce que dit Rosny.
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(1) John Rawls (1921-2002) a soutenu que les principes de la justice doivent être choisis derrière un « voile d'ignorance », c'est-à-dire sans que personne ne connaisse ni sa place dans la société, ni ses talents ni sa conception du bien.

On peut aussi lire ça.

Tuesday, July 19, 2016

Citation du 20 juillet 2016

Tout le monde veut gouverner, personne ne veut être citoyen. Où est donc la cité ?
Saint-Just (Guillotiné en 1794 à l’âge de 27 ans)

« Personne ne veut être citoyen » : terrible constat fait par Saint-Just lors de la Révolution française – c’était il y a bien longtemps. Mais ne pourrait-on pas dire la même chose aujourd’hui, avec toutefois une correction essentielle, car nous dirions à présent : « Personne ne veut gouverner, et donc personne ne veut être citoyen ».
C’est qu’il y a pour Saint Just une nécessité : le citoyen veut être que celui qui promulgue les lois ; mais en même temps, il ne veut pas être celui qui leur obéit. Le mystère de la démocratie réside en effet dans le fait que le même individu est tantôt Souverain, tantôt sujet. Or voilà : bien vite, s’il accepte toujours d’être Souverain, en revanche il ne veut plus du tout être sujet.
De nos jours, la situation a bien changé : le pouvoir législatif est carrément oublié, la Chambre des députés, subissant l’emprise de l’Exécutif, est devenue une chambre d’enregistrement. Et puis on fait des lois comme autrefois on faisait des décrets : une loi  pour obliger les chiens à pisser dans le caniveau ; et une loi pour interdire de fumer dans les lieux clos…
Mais tout ça c’est peu de choses : si nous ne sommes plus des citoyens, c’est surtout parce que nous ne voulons plus être mêlés aux choix politiques. Nous voulons avoir plus d’argent, moins de temps de travail, plus de santé, de logement, d’écoles, de sécurité etc. mais ne nous demandez pas en plus de dire comment on va s’y prendre pour y arriver, quels choix, qui sera privilégié et qui ne le sera pas….
… Stop ! Là ça ne va plus : nous voulons être suffisamment citoyens pour choisir qui sera privilégié (= nous) et qui ne le sera pas (= les autres). Etre citoyen c’est bénéficier des prébendes de la République, un peu comme l’habitant d’une ville bénéficie de la gratuité dans les transports urbains alors que les autres voyageurs doivent payer leur place.

Cela Saint Just ne l’avait pas imaginé. C’est vrai qu’il est mort bien jeune.

Friday, June 03, 2016

Citation du 4 juin 2016

Panem et circenses. (Du pain et des jeux /du cirque/)
Locution latine
On lit ceci dans Wiki : « panem et circences » est une expression latine utilisée dans la Rome antique pour dénoncer l'usage délibéré fait par les empereurs romains de distributions de pain et d'organisation de jeux dans le but de flatter le peuple afin de s'attirer la bienveillance de l'opinion populaire. »
Ceux de mes lecteurs qui sont en France et qui lisent aujourd’hui (4 juin 2016) ce billet s’en doutent : on va y parler des grèves qui paralysent actuellement le territoire, bloquent les pompe à essence, les trains, les métros, les avions, bref tout ce qui bouge. Là dessus on voit le gouvernement sortir le carnet de chèques et distribuer des prébendes afin de calmer chaque profession sans accéder à la revendication générale (= retrait de la loi-travail). Vous pensez peut-être mes chers lecteurs que je vais dénoncer cette distribution d’argent, sorte de corruption qui ne résout rien au plan politique ?
Vous avez raison ! …Mais je ne m’arrêterai pas là : les « circenses » de la revendication romaine sont à prendre au premier degré : il s’agit de l’Euro de foot qui était (qui est encore ?) menacé par ces grèves. Certains syndicalistes ont dit : « Puisque le gouvernement le veut, alors continuons le mouvement et bloquons l’euro ! ». Là dessus le gouvernement a répondu : « Ecoutez-les, citoyens. Ces gens sans scrupules (= la CGT) sont prêts à commettre l’irréparable : ils veulent l’échec de la coupe d’Europe de foot ! L’échec de Paris – l’échec de la France ! » Et là-dessus, Patatras ! L’opinion qui était favorable au mouvement commence à basculer, les responsables syndicaux de dire « Mais bien entendu, nous aussi nous aimons le foot, et nous ne laisserons pas le pays bloqué durant la compétition. » Bref, l’Euro de foot est plus important que l’avenir politique du pays, plus essentiel que le sauvetage du modèle social français. Cette compétition, si attendue que depuis 4 ans nous comptions les jours nous séparant du match d’ouverture de Nos Bleus au Stade de France… Oui, nous attendions ce bonheur comme on attend le Père Noël, et voilà – le Père Noël est passé et le mouvement syndical va échouer.
Certains vont se désoler devant le niveau politique lamentable que manifestent ainsi nos concitoyens ; mais qu’ils y songent : ce que même les romains n’ont  pas su faire au moment où ils étaient les maitres du monde, vous ne voudriez quand même pas que nous y parvenions ?


… et puis, c’est quand même trop mignon…

Tuesday, May 17, 2016

Citation du 18 mai 2016

Le vrai Citoyen préfère l'avantage général à son avantage.
Gracchus Babeuf
Cette affirmation est une évidence, elle constitue la condition de possibilité de la citoyenneté. Supposons en effet que la liberté publique et le droit de vote soient accordés à tous les citoyens : quel régime aurait-on si chacun ne votait que pour ceux qui lui sont favorables en tant qu’individu ?
Invraisemblable ? Heu… Attendez un peu. Lorsque j’entends les discours de certains hommes politiques j’entends quand même un peu ça : « Les français d’abord ! Laissez crever les pauvres hères qui gémissent à vos frontières et occupez-vous de votre bien être. Comme Donald Trump, faites construire un mur qui sépare les riches des pauvres, débrouillez-vous pour être du bon côté, et voilà tout. Soyez égoïste à plusieurs, vous serez plus fort. Surtout si vous me suivez – votez pour moi ! »
Mais alors, qu’est-ce que ça veut dire « Le vrai Citoyen préfère l'avantage général à son avantage. » ? En quoi cela constituerait-il, comme on le hasardait plus haut « la condition de possibilité de la citoyenneté » ? Serait-ce le seul moyen de faire-société avec autrui ? En fait, c’est exactement l’inverse qui se passe : que chacun retrouve dans la collectivité ses propres envies et plus de moyens pour les réaliser, voilà quelle « noble aspiration » anime en réalité le citoyen.
Précisons un peu l’idée. On dit « Le vrai Citoyen préfère l'avantage général à son avantage. » Autrement dit, si la collectivité considère qu’il est souhaitable de financer un nouveau Grand Stade plutôt qu’une salle de concert symphonique (et l'orchestre qui va avec), je dois en effet préférer cette orientation et remettre à plus tard mon rêve de bel canto. Dur…
Quoique : de toutes façon, préférer les émotions du sport ou bien celles de la culture, quelle différence ? On vient de le dire, l’essentiel est ailleurs : dans les deux cas, la démocratie est considérée plutôt comme une somme d’égoïsmes : Tout pour ma pomme, voilà mon credo. Que je ne puisse y parvenir qu’en agissant avec d’autres qui suivent exactement le même principe, voilà l’alpha et l’oméga de la politique.

Oui, l’égoïsme à plusieurs est le contenu des programmes politiques ; la démocratie consiste à donner satisfaction aux égoïstes les plus nombreux.

Heureusement, il  nous reste Rousseau qui est encore au programme des lycées.

Thursday, February 11, 2016

Citation du 12 février 2016

La République c'est le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté.
Jean Jaurès
« Quelle que soit sa croyance religieuse » : il faut se souvenir de cette phrase, en particulier aujourd’hui, puisqu’à qu’à présent, aidés en cela par les musulmans radicaux, on a parfois le sentiment que l’appartenance à la communauté musulmane prive ceux qui en font partie de certains droits : par exemple celui d’être considérés comme étant leur égaux par certains citoyens.
On aurait pu ajouter : « Quelle que soit sa race », mais voyez comme vont les choses : à présent la race et la religion c’est du pareil au même. Et qu’importe que les musulmans soient éventuellement kurdes, perses, berbères ou turcs ? Qu’importe qu’il y ait des arabes athées ? Mais surtout : qu’importe que ce soient-là des bêtises ? Car les bêtises ont elles aussi leur poids et parfois elles font très mal.

Bim ! Ça c’est du lourd ! et pourtant ce n’est pas cela que je voulais souligner. Je voulais reprendre un autre passage de la citation – celui-ci : « Tout homme, (…) a droit à sa part de souveraineté ». Car, depuis Jean Bodin on sait que la souveraineté ne se divise pas, parce que la diviser ce serait la réduire en la cantonnant dans un domaine étroit où elle cesserait du même coup d’être « souveraine ». Comment donc se pourrait-il que chacun des français – vous, moi, les autres – en ait un morceau (d’autant plus petit qu’on serait plus nombreux) ? Admettons ce qu’on nous répète : tu es citoyen français parce que tu jouis du droit de vote – en particulier pour élire ton député, au pouvoir législatif, et ton Président au pouvoir exécutif. Bon, mais moi,  j’écoute Jean Bodin et je voudrais que ce morceau soit en même temps le tout ! Etre en même temps la chambre des députés et la Présidence à moi tout seul ! Que ce bout de souveraineté soit la Souveraineté absolue ! Comment faire ?
Rappelons-nous que le suffrage est destiné à désigner les représentants non de monsieur Dumollet ou Tartenpion, mais du peuple dans son ensemble. Notre part de souveraineté, c’est ça : désigner ceux qui sont les meilleurs pour gouverner la France et non ceux qui ont promis de réduire les impôts de telle classe social (dont justement, nous faisons partie).

Et donc : si nous avons élu un candidat parce qu’il a promis de faire de nous des privilégiés, ne nous plaignons pas qu’il ne tienne pas sa promesse, si c’est un faveur de la France entière qu’il gouverne.