Hildegard cherche-t-elle simplement, par une métaphore bien sentie, à nous dégouter du vice, ou bien faut-il prendre au sérieux l’identification de celui-ci à la graisse ?
Monday, December 18, 2017
Citation du 19 décembre 2017
Hildegard cherche-t-elle simplement, par une métaphore bien sentie, à nous dégouter du vice, ou bien faut-il prendre au sérieux l’identification de celui-ci à la graisse ?
Friday, October 03, 2014
Citation du 4 octobre 2014
Thursday, February 27, 2014
Citation du 28 février 2014
…il est également vrai de dire que, toutes choses égales, ceux qui savent manger, sont comparativement de dix ans plus jeunes que ceux à qui cette science est étrangère. Les peintres et les sculpteurs sont bien pénétrés de cette vérité, car jamais ils ne représentent ceux qui font abstinence par choix ou par devoir, comme les avares et les anachorètes, sans leur donner la pâleur de la maladie, la maigreur de la misère et les rides de la décrépitude.
Tuesday, October 15, 2013
Citation du 16 octobre 2013
Les compartiments non-fumeurs sont toujours moins garnis que les autres: un ascétisme même inférieur procure de l'espace aux hommes. Lorsque nous vivons en saints, l'infini nous tient compagnie.
Sunday, February 26, 2012
Citation du 27 février 2012
L'homme est le seul animal qui accepte de mourir pourvu qu'il en tire un plaisir (stupéfiants, alcool, etc.).
Boris Vian
Incroyable le nombre de philosophes qui se sont décarcassés pour découvrir la caractéristique qui permettrait de distinguer l’homme de l’animal (ce qu’Aristote appelait « la différence spécifique ») : la parole, le rire, l’âme, les échanges économiques, tout y est passé…
Tout ? Non pas, car voici encore une autre différence peut-être la plus significative : l'homme est le seul animal qui accepte de mourir pourvu qu'il en tire un plaisir. Autrement dit, on empile deux caractères spécifiques l’un sur l’autre : le premier, l’homme se sait mortel (1) et, deuxièmement il veut jouir sans entraves. Qu’importe donc que le plaisir menace notre survie : l’homme est le seul être au monde capable de dire : « Plutôt mourir que vivre une vie sans jouissance ».
Comment vérifier une pareille assertion ? Peut-on faire le tour de tous les cas, de toutes les époques, de tous les hommes ?
--> On peut au moins la tester sur l’exception : si il y au moins un cas où elle ne se vérifie pas, un cas où l’irrésistible attraction du plaisir ne joue pas, alors notre affirmation qui prétend valoir pour « tous » les cas est fausse.
Et donc : que dire de saint Antoine ? Le pauvre (futur) saint au fond de son désert est assailli de visions licencieuse qui devraient rendre fou de désir notre ermite. Mais il résiste comme nous déjà l’avons vu (2), comme si le plaisir que lui promet le démon ne pouvait avoir de prise sur lui.
Il y aurait donc au moins un homme qui résisterait au plaisir ? Et qui plus est un saint homme qui réalise en lui la quintessence de l’humain – de sorte que l’homme qui résiste au plaisir serait l’homme le plus parfaitement humain ?
Peut-être…
Mais, il y en a qui froncent le sourcil. Des gens qui disent avec Pascal, n’est-ce pas, qui veut faire l’ange fait la bête. Et donc que notre ermite, si ça se trouve, ne refuse le plaisir de la chair que parce qu’il trouve de quoi jouir mille fois plus avec les souffrances qu’il s’inflige.
Une bête ? Peut-être seulement un pervers.
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(1) Ici même, une récente discussion nous permis d’apprendre qu’il partage néanmoins ce pouvoir avec le cochon.
(2) Voir le tableau de Félicien Rops, ici.
Friday, September 18, 2009
Citation du 19 septembre 2009
Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples
La Rochefoucauld – Maximes
Voilà une maxime bien classique au point qu’elle a même été reprise dans une célèbre définition de mots croisés… (1)
Parce qu’au fond, l’idée est bien connue : le vieillard ne supporte pas son impuissance parce qu’elle n’est pas partagée par les plus jeunes.
- Kévin, fais bien attention ! Les jeunes filles tu sais c’est souvent comme un beau fruit : on a envie de mordre dedans, mais l’intérieur est peut-être pourri, et ça, vois-tu c’est vraiment dangereux. Au moins, sors couvert, Kévin !
Cette maxime est violemment amorale, puisqu’elle suppose non seulement que les bons préceptes n’ont pas de poids quand les forces vitales pousse l’instinct à l’action, mais encore – et c’est bien sûr le pire – que les préceptes ne sont choisis que comme un frein suscité par la jalousie, qui est un vilain défaut, et non par la considération des valeurs.
Pourquoi adhérons-nous à une morale ascétique (puisqu’on suppose que c’est de celle-là qu’on parle ici) ?
Les ascètes sont-ils seulement ceux qui ne renoncent à rien, parce qu’ils n’ont plus rien à quoi renoncer ?
Nietzsche distinguait deux formes d’ascétisme : celui qui est animé par la haine de la vie, dont parle ici La Rochefoucauld ; et celui qui est destiné à dresser l’animal humain.
Car l’ascétisme ça peut être aussi cela : forcer les instincts à obéir à la volonté au lieu de soumettre celle-ci à ses fantaisies.
Parce que si vous le ne faites pas, alors c’est le désordre.
Celui que décrit si poétiquement Grand corps malade dans son délicieux poème intitulé : ma tête, mon cœur et mes couilles. (Si vous ne connaissez pas : vidéo ici)
Notez quand même que Grand corps a manifestement pompé son slam chez Platon (cf. la tripartition de l’âme dans République, IX, 571a et s.) (2)
(1) La quelle ? Mais si ! Rappelez-vous : Est rigide quand le reste ne l’est plus – en 8 lettres
Et la réponse est : principe.
(2) Il s’agit de diviser l’âme en trois parties ; la partie raisonnable (la tête), la partie irascible (le cœur), et la partie concupiscible (les couilles). Voir le texte ici
Monday, May 26, 2008
Citation du 27 mai 2008
Dans toute morale ascétique, l'homme adore une part de soi-même sous les espèces de Dieu, et il a besoin pour cela de changer en diable la part qui reste...
Nietzsche - Humain, trop humain
Que l’idéal ascétique soit pour Nietzsche essentiellement issu de la haine de la vie, et que la haine de la vie ait partie liée avec la haine de soi-même, voilà ce que nous ne discuterons pas ici.
Par contre nous retiendrons essentiellement que l’homme ne peut se déifier sans se diaboliser en même temps.
Nous avons ici quelque chose d’un peu plus clair que l’affirmation pascalienne « Qui veut faire l’ange, fait la bête », car ce n’est pas à une alternative, mais à une dualité permanente que renvoie Nietzsche.
J’entends bien que pour celui qui n’est pas contaminé par la morale ascétique, l’homme n’est ni Dieu ni Diable. Mais c’est que simplement il peut s’accepter avec ses aspirations morales et ses cruautés toutes ensembles, sans avoir la nécessité de rejeter les unes au profit des autres.
Car c’est cela que Nietzsche nous propose : acceptez vos contradictions, elles font partie de la vie.
Mais une vie sans idéaux, n’est-ce pas la vie d’un pourceau ? Et l’absence d’efforts ne fait-il pas de l’homme un être mou et velléitaire, c’est à dire tout sauf un surhomme…
Peut-on vivre sans ascétisme ? Sûrement pas, et Nietzsche le sait.
Car n’oublions pas que Nietzsche a aussi valorisé l’ascétisme en tant qu’il permet de dresser la bête humaine, qu’il permet de renvoyer à leur place nos craintes et nos tremblements, comme on renvoie un chien fourbe dans son chenil. C’est que, comme le rappelle Deleuze, chez Nietzsche, ce qui importe c’est la force qui s’empare des valeurs. L’idéal ascétique peut être aussi au service du "maître" qui s’élève grâce à lui.
C’est à cette condition que l’homme deviendra non pas un Dieu, mais un « surhomme ».


