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Thursday, April 08, 2010

Citation du 9 avril 2010

Dieu est un fumeur de havanes Je vois ses nuages gris Je sais qu'il fume même la nuit.

Serge Gainsbourg – Paroles de la chanson Dieu Fumeur de havanes (Vidéo)

Dieu est un fumeur de havane… S’agit-il d’un blasphème ? D’une plaisanterie ? D’une révélation, d’une prophétie ?

Passons sur les interprétations qui mettent l’accent sur la signification phalliques du gros cigare – et puis aussi, tant qu’on y est, sur celles qui font référence à Fidel Castro (1).

Par contre j’ai deux remarques à faire :

- Premièrement, la différence entre l’homme et Dieu tient à la dimension du cigare comparée à la médiocrité de la clope (même s’il s’agit d’une Gitane). On a cherché pendant des millénaires à déceler un indice clairement compréhensible pour nous de la supériorité ontologique de Dieu : son immortalité, son immensité, le nombre infini de ses attributs infinis, restent totalement inaccessible à notre imagination.

En revanche, la différence entre la cigarette et le cigare : voilà qui nous parle fort et clair.

- Ensuite, l’originalité de Dieu, c’est qu’il fume son havane même la nuit.

On se doute que pour le Créateur, la différence entre le jour et la nuit, ce n’est rien du tout.

Mais admettons que cette précision nous concerne nous ; qu’elle soit donnée parce que c’est ça justement qui va nous permettre de situer Dieu par rapport aux chétives créatures que nous sommes. Pourquoi ?

On pourrait dire que celui qui fume la nuit est un très gros fumeur qui ne s’arrête jamais de cloper – et qui va donc avoir bientôt un cancer du poumon ; et que si Dieu fume même la nuit, c'est qu'il ne craint pas le cancer, et ça, c'est la preuve qu’il est bien immortel…

Mais aussi, la nuit il n’y a personne pour le voir (2) Alors seriez vous prêt à dire comme la chanson, qu’un être supérieur se distingue par le fait qu’il n’a pas besoin d’être en conférence pour allumer son cigare ? Qu’il n’a pas besoin qu’on le voie et qu’on l’admire ? En bref, que le havane n’est pas pour lui un moyen de briller – Bling-Bling – mais une pure jouissance qu’il s’octroie ?

Dans ces conditions nous avons une indication précieuse non seulement pour connaître Dieu, mais aussi pour tenter, en l’imitant, de nous approcher de la vie divine.

Et si le cigare vous fait tousser, essayez le caviar – ou le cognac.


(1) On se doute qu’au moment où cette chanson a été écrite, c’est quand même à Fidel Castro qu’on pensait avec cette histoire de fumeur de havane.

(2) Sauf Gainsbourg qui lui, sait qu’il fume même la nuit

Tuesday, April 28, 2009

Citation du 29 avril 2009

En général, si vous voulez créer quelque habitude, pratiquez ; si vous voulez ne plus l'avoir, cessez de pratiquer et habituez-vous plutôt à une autre pratique qui remplace la première. […] Il est impossible que les actes correspondants ne fassent pas naître des habitudes et des dispositions, si elles n'existaient pas auparavant ou, sinon, ne les augmentent et ne les renforcent.

Épictète – Entretiens

Ce que vous faites par habitude vous le devenez peu à peu : marathonien si vous courez régulièrement, lubrique si vous succombez au commerce charnel trop souvent.

Pour Epictète, non seulement la plasticité humaine existe, mais encore elle est sous la dépendance de notre volonté. Pour une fois qu’on ne peut reprocher aux stoïciens leur passivité, on ne va pas se priver d’en profiter.

Supposez que vous ayez l’intention de perdre de l’embonpoint. Vous avez un régime fait de carottes râpées et steak de soja. Mais vous fantasmez sur des pots de rillettes et des gâteaux au chocolat ? Dites-vous que ça ne durera pas et que bientôt vous rêverez de potage aux fanes de radis.

Et l’addiction, me direz-vous ? Epictète, il est bien gentil, mais il faut croire que de son temps, l’addiction, ça n’existait pas. Car aujourd’hui oui, ça existe. Et la volonté elle peut faire ses valises : elle ne sert à rien dans ce cas.

J’ai eu en commentaire d’un ancien post sur l’arrêt du tabac un monsieur qui est je crois coach en arrêt de fumer (qu’il me pardonne l’approximation éventuelle de cette formule). Il dit : pour arrêter de fumer, il ne faut pas faire appel à la volonté, mais stimuler un désir opposé. Arrêter de fumer doit faire plaisir (1). Dont acte.

Après tout ce n’est pas si opposé au stoïcisme. Déjà parce que c’est à peu près ce qu’on trouve dans le Traité des passions, et que Descartes n’est pas si loin du stoïcisme. Et puis de toute façon, en disant qu’on ne lutte contre une habitude qu’avec une contr’habitude, on ne sort pas du déterminisme de notre nature : on se contente d’en exploiter les contradictions.

Mais alors, voilà que notre croqueur de chocolat proteste : il n’y a rien en lui qui puisse s’opposer au délice du chocolat ?

Mais, mon ami, dites-vous que ce n’est qu’une habitude, et que comme toutes les habitudes, il ne dépendait que de vous de ne pas la contracter.

Fallait pas commencer.


(1) Ancien fumeur moi-même, j’atteste que je me suis arrêté de fumer au printemps, pour retrouver mon odorat affecté par le tabac et profiter du suave parfum des fleurs. Il est vrai que j’avais aussi le plaisir narcissique de me dire que j’avais été plus fort que la dépendance, ce qui est un peu contradictoire…

Wednesday, April 15, 2009

Citation du 16 avril 2009

Attention : lire ce post risque de donner le cancer du poumon.

Je ne veux pas travailler / Je ne veux pas déjeuner / Je veux seulement oublier / Et puis je fume

Pink Martini (Paroles et Musique: Forbes, Lauderdale à lire ici à écouter ici)

Je ne veux pas travailler… Et puis je fume.

- Vous savez de quoi je rêve ? Qu’un jour cette chanson devienne l’hymne d’un mouvement politique qui remporte les élections.

Voilà.

Son programme ?

Au lieu de : Fumer moins pour vivre plus longtemps. Et de : Vivre plus longtemps pour travailler plus.

Il revendiquerait : Fumer plus pour vivre moins longtemps. Vivre moins longtemps pour travailler moins.

Voilà.

- Hé ben…. Peut-être oui, mais vous oubliez que la dame elle dit : Je ne veux pas déjeuner / Je veux seulement oublier / Et ça, ça montre que c’est une chanson dépressive. Votre héroïne elle déprime dur et c’est pour ça qu’elle ne veut pas travailler, et qu’elle fume.

Voilà.

- Chez monsieur c’est vous qui oubliez à qui vous vous adressez. Je suis un spécialiste des citations, moi monsieur. Et je n’ai pas pour rien cité Saint-Paul (le 8 mai 2007) qui relie en effet le travail au besoin de manger (Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus). Mais vous oubliez aussi l’ermite de Thoreau (1), qui dit : Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler. Réduisons notre besoin alimentaire et nous réduirons du même coup le besoin de travail.

Nouvelle revendication : Manger moins pour travailler moins.

Voilà.


(1) H-D Thoreau - Walden page 256. Thoreau considérait en plus que le gros mangeur est un homme à l’état de larve. Et toc !

Tuesday, January 01, 2008

Citation du 2 janvier 2008

Ah, et puis je m'en fous, tenez, donnez-moi, /Avant de mourir, une dernière fois,
Du gris, que dans mes pauvres doigts /Je roule / C'est bon, c'est fort, ça monte en moi, / Ça me soûle.
Je sens que mon âme s'en ira, / Moins farouche / Dans la fumée qui sortira / De ma bouche.

Du gris - Paroles: E. Dumont, musique: F. L. Benech (interprété par : Berthe Sylva)

Alors, ça y est ?

Vous l’avez écrasée votre dernière clope ?

Non ? Pourquoi donc ? Je croyais que depuis hier fumer était devenu interdit ?

Ah !... Vous dites que c’est une conspiration des médias pour faire de la sensation là où il n’y en a pas… La cigarette n’est pas plus interdite par la récente loi anti-tabac que le foulard ne l’était dans la rue après son interdiction dans les lycées… En plus vous avez lu quelque part que Molière faisait l’éloge du tabac…

Vous n’avez pas tort, remarquez (1). Toutefois, je me dois de vous faire observer qu’avec l’allongement de la vie, vous risquez d’avantage qu’à l’époque de Molière d’être victime du tabac.

Allez, racontez-moi. Qu’est-ce qui vous empêche de vous arrêter de fumer ?... Vous ne savez pas ? Je vais vous expliquer.

Ce qui fait obstacle d’après moi au fait de s’arrêter de fumer, c’est le moment où l’on écrase la dernière cigarette. On doit avoir le sentiment d’être comme le condamné à mort qui tire sur sa dernière cigarette avant l’échafaud…

Oui. Mais surtout, il y a un fantasme assez général qui imprègne notre rapport à la cigarette : c’est l’assimilation de l’âme à la fumée de cigarette qui nous impressionne.

Je sens que mon âme s'en ira Dans la fumée qui sortira / De ma bouche. L’exhalaison de la dernière bouffée de fumée de la dernière cigarette est assimilée au dernier soupir, celui par le quel s’échappe l’âme du mourant (2).

D’ailleurs Berthe Sylva n’est pas la seule à le chanter. Jean Cocteau a aussi utilisé cette image pour figurer la mort du poète :

Jean Cocteau - Le Testament d’Orphée (1960)


(1) Sganarelle - tenant une tabatière- Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve ? On n'attend pas même qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. Molière - Dom Juan (1665)

(2) Rappelons que l’âme (la psyché) a d’abord été considérée comme un air ou un gaz immatériel circulant dans le corps. Telle est l’interprétation qu’on peut donner à la Genèse lorsque Dieu anime Adam en lui soufflant dans les narines.

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Liste des auteurs qui figurent sur le Post d’hier (de gauche à droite et de haut en bas) :

Platon, Aristote, Freud, Bergson, Augustin, Kierkegaard, Merleau-Ponty, Bachelard, Averroès, Lévi-Strauss, Sartre, Descartes, Nicolas de Cues, Bayle, Kant, Chrysippe, Rousseau, Marx, Nietzsche, Bentham, Arendt.

Saturday, December 22, 2007

Citation du 23 décembre 2007

J'aimerais être une cigarette pour naître au creux de tes mains, vivre sur tes lèvres et mourir à tes pieds.

Anonyme

Voilà : cette citation étant anonyme, vous pouvez vous l’approprier sans scrupule, et la resservir à votre bonne amie comme si vous veniez de l’inventer.

Non ? Décidément ça ne vous dit rien ?

C’est qu’il n’est pas très valorisant aujourd’hui, de se comparer à une cigarette… Et surtout pas comme ça !

Pas besoin d’être psychanalyste pour décoder l’image - que dis-je ? le symbole - contenu dans cette citation. Fumer un cigare ou même une cigarette, ça a quelque rapport avec le phallus. Bien sûr vous l’aviez déjà deviné en lisant l’Anonyme : se développer au creux des mains d’une femme - hein… vous m’avez compris… Et puis vivre - frémir ? - sur ses lèvres, avant de mourir à ses pieds - flaque ! C’est pas très valorisant. Et c’est un peu dégoûtant.

Comment voulez-vous draguer une nana avec ça ?

Et puisqu’on en parle, vous arrivez à fumer tranquille votre clope vous ? (1)

Si vous êtes fumeur, vous avez sans doute ressenti le changement de mentalité qui accompagne l’acte de fumer.

Autrefois, fumer posait la personne, c’était un acte viril, au point que les femmes qui fumaient étaient suspectes de virilité (2). Fumer après l’amour comme pour montrer qu’on l’avait fait et bien fait… Aujourd’hui, on est un assassin asphyxieur de son prochain, et en plus on revendique ça comme une liberté.

Mais enfin, s’il n’y avait que ça, les toxicos de la nicotine n’en seraient pas vraiment impressionnés. Non, ce qui les a définitivement détruits, c’est l’obligation de fumer dehors.

Tous les fumeurs de balcon ou de pas-de-porte le savent : quand il fait moins 5 dehors et que les fumées crachées par les pots d’échappements nappent chaussée et trottoirs, alors la survie devient précaire.

(1) Un curieux phénomène sémantique concerne le terme de clope désignant la cigarette : ceux qui ont … 50 ans et plus ont dû l’observer. Dans les années 60, clope était du masculin : on disait un clope. Vérifiez dans les films de la nouvelle vagues. Ce n’est que dans les années 80 que le clope est devenu la clope. Sans doute parce que ce mot signifiait d’abord un mégot (masculin donc) avant de désigner, comme aujourd’hui, la cigarette.

- Et voilà le travail : votre science va étonner vos amis.

(2) Par exemple Georges Sand qui a fumé tout ce qui pouvait se fumer (je ne parle que du tabac, pour le reste je n’en sais rien) et qui dans sa jeunesse parisienne s’habillait en homme.

Wednesday, January 31, 2007

Citation du 1er février 2007

Ceux que la fumée n'empêche pas de tousser et que la toux n'empêche pas de fumer ont droit à la reconnaissance de la régie française des tabacs.
Pierre Dac
Un cancer pour deux.
- Bonjour monsieur le Chef de Service.
- Bonjour monsieur Pulmol. Vous avez demandé à me voir ?
- Oui, monsieur le Chef de Service. C’est rapport à mademoiselle Smoky. Vous savez, ma collègue de bureau.
- Oui. Et alors ?
- Eh bien voilà, monsieur le Chef de Service. Je voudrais changer de bureau pour ne plus être avec mademoiselle Smoky.
- Ah bon ? Quelque chose ne va pas ? Vous vous êtes disputé avec elle ?
- Non.
- Il y a quelque chose qui vous choque peut-être ? Dites moi, ce ne serait pas par hasard une question d’hygiène ?
- Non, non, monsieur le Chef de Service
- Alors quoi ? Allez y, parlez, ça restera entre nous.
- Hé bien, voilà : mademoiselle Smoky est une grosse fumeuse vous savez…
- Oui, évidemment. Mais vous devez aussi savoir que le tabac est strictement interdit dans l’entreprise depuis aujourd’hui. Plus aucun fumeur ni dans les bureaux, ni aux toilettes, ni à la machine à café. Rien.
- Ce n’est pas cela, monsieur le Chef de Service. Voyez vous, le bureau est très petit, et il est mal ventilé. Nous restons enfermés tous les deux, huit heures par jour là-dedans. Forcément je finis par respirer le même air qu’elle : l’air que j’inspire est déjà passé par ses poumons. Il s’est chargé de la nicotine et des goudrons dont ils sont capitonnés : résultat c’est moi qui récupère tout ça à chaque fois que je respire. J’ai lu quelque part qu’en pareil cas, il y a tabagisme passif. Que mademoiselle Smoky ait un cancer si elle veut, ça la regarde. Mais moi, je ne suis pas d’accord pour qu’elle m’en fasse cadeau.
Voyez-vous, monsieur le Chef de Service, moi je pense qu’il ne suffit pas d’interdire de fumer. Il faut aussi interdire les fumeurs.

Saturday, December 09, 2006

Citation du 9 décembre 2006

Sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare elle serait incolore, sans la chique elle serait intolérable !

Gustave FLAUBERT - Correspondance

Etes-vous comme moi un peu énervé par le consensus anti-tabac ?

« Tremblez, fumeurs, car vous creusez votre tombe avec votre clope ; mais, vous devez aussi rougir de honte, car vous êtes des criminels qui empoisonnent les autres . »

Voici un petit florilège :



On est dans le délire collectif, dans la folie purificatrice. Le mal existe, il est incarné par le fumeur ; sa seule existence est déjà un malheur. La preuve, il suffit qu’il y en ait un sur le trottoir pour qu’aussitôt certains prennent l’air dégoutté, se retenant tout juste de le pousser sous les roues du bus. Et pourtant, heureusement que le fumeur existe : grâce à lui on sait quoi faire pour éradiquer LE mal.

Essayons d’en sortir, demandons-nous pourquoi on fume ? On s’est déjà interrogé sur l’évaluation de la vie (1). Ici Flaubert fait plus simple : il ne s’agit pas de la vie entendue comme un tout lié à la nature essentielle de l’individu, mais plutôt de la saveur de la vie, de son feeling, étant entendu que ce qui lui donne de l’agrément est fort limité : c’est le tabac. Je crois que les non fumeurs ne comprennent pas ce qu’est le plaisir de fumer. Ils croient que c’est une dépendance et que le fumeur n’allume sa cigarette que pour échapper au désagrément du manque de nicotine. Il y a pourtant une curieuse exception : on admet que le fumeur de cigare (dont pourtant la fumée est jugée répugnante) éprouve un plaisir raffiné et exclusif - à condition qu’il s’agisse d’un Davidoff et qu’il s’accompagne d’un verre de cognac. Tiens, Davidoff, puisqu’on en parle ; lorsqu’il évoque le fumeur de cigare, il va encore beaucoup plus loin que Flaubert : "Il y a dans les gestes lents, dignes, mesurés du fumeur de cigare une cérémonie qui permet de retrouver des rythmes oubliés et de rétablir une communication avec soi-même." Rien que ça !

Snobisme que tout cela. Ecoutez Flaubert : la chique suffit au bonheur de l’homme. Trouvez plus simple, et venez me raconter ça : je suis preneur.

(1) C’était il y a deux jours. Vous avez déjà oublié ??

Sunday, August 13, 2006

Citation du 14 août 2006

Toute décision est un drame qui consiste dans le sacrifice d'un désir sur l'autel d'un autre désir.

Claparède

Spinoza : « Omnis determinatio est negatio »… : voir la Citation du 22 mai 2006 : j’espère que ça vous dit encore quelque chose ! (1).

Claparède complète ce principe en indiquant d’où provient la détermination. On retrouve un peu la thèse de Locke : la volonté est un exécutant au service d’une force qui la mobilise, en amont, et cette force n’est autre que celle du désir, sous toutes ses formes et à tous les degrés. Ce qui s’évacue alors, c’est le moment du choix. Se déterminer, ce n’est pas choisir ; c’est se conformer à une tendance qui nous est propre. Si nous croyons au choix (et donc au libre arbitre) c’est parce que certaines de ces forces qui sont antagonistes se combattent, et que l’issue de ce combat dépend de certains facteurs que nous pouvons activer au moment opportun.

Exemple : vous voulez vous arrêter de fumer. Bien. Mais pourquoi le voulez vous ? Si vous fumez, c’est pour le plaisir (ou pour éviter un déplaisir, nous n’en discuterons pas pour le moment) ; alors pourquoi renoncer à ce plaisir ? Parce que vous y trouvez votre compte, et donc que votre renoncement n’est que le sacrifice d'un désir sur l'autel d'un autre désir. Ne plus fumer, c’est retrouver votre pureté, ou montrer la puissance de votre volonté, ou conserver l’amour de votre ami(e) anti-tabac, ou être un bon père-ou-mère par rapport à votre chérubin joufflu que vous ne voulez pas intoxiquer… Bref tout ça, c’est du désir.

Ça veut dire deux choses :

- d’abord si vous faites cet acte « héroïque », ce n’est pas par devoir, mais par recherche d’un plus grand plaisir (oui, même si vous vous arrêtez parce que vous avez la trouille du cancer : le plaisir n’est autre que la cessation de cette souffrance-là).

- ensuite, la volonté est une fonction dont on peut se passer : si vous réussissez à vous arrêter, inutile d’évoquer la puissance de celle-ci, mais parlez plutôt de la force du désir. C’est très exactement ce que les psychologues nomment la motivation.

(1) Attention : il y aura bientôt une interro surprise.

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Commentaire de Luc Dussart:

effectivement l'articulation volonté/désir est essentielle dans l'arrêt du tabac. Et encore plus que ce qui est dit là. La volonté NUIT à l'arrêt du tabac, et c'est le piège commun. Avec la volonté on TIENT quelque temps, alors que la bonne attitude est de LÂCHER...
Et s'il y a de bonnes raisons (rationnelles) pour cesser le tabagisme (santé, argent, proches, etc.), elles sont inopérantes comme l'a bien montré Bateson (Vers une écologie de l'esprit).
Ce qui permet l'arrêt, c'est la force de l'inconscient, de l'irrationnel, du désir. Et comme l'inconscient ne connait pas la négation, NE PLUS FUMER est pour lui incompréhensible : il ne capte pas.
Alors, alors, quelles sont les (seules) bonnes motivations à faire mûrir pour alimenter l'inconscient ? Des choses qui ne se PENSENT pas mais qui s'éprouvent, se ressentent.
Quelques compléments pratiques dans l'article :
Faire face aux envies de fumer, knol de Luc DUSSART :
http://tinyurl.com/6d8xy2